Introduction

Le hochet, le grelot et le sistre, bien plus que de simples jouets ou instruments de musique, occupaient une place significative dans la vie des enfants et les pratiques culturelles de l'Antiquité. Cet article explore l'histoire, les fonctions et les symboliques associées à ces objets, en se basant sur des découvertes archéologiques, des textes anciens et des interprétations modernes.

La Balle et les Jeux d'Enfance en Grèce

En Grèce antique, la balle (sphaîra) était un attribut important de l'enfance, un objet conçu pour divertir, exercer et ravir les jeunes. Les enfants découvraient le monde à travers ce jouet séduisant (áthurma), dont la forme sphérique symbolisait le globe céleste. Adrastée offrait une sphère cosmique cerclée d'or au petit Zeus. La balle accompagnait l'enfant dès ses premières activités. Les premiers jeux consistaient souvent à lancer des objets légers et faciles à trouver, comme une noix, un gland, un osselet, une balle ou une pelote de laine.

Sur un chous du Musée du Louvre (425-400 av. J.-C.), un garçonnet tend le bras vers un objet sphérique, cherchant peut-être à rattraper une balle. La vivacité du mouvement est soulignée par les attaches flottantes de son bandeau. Le corps peint en rehaut blanc indique peut-être qu'il appartient encore à l'univers du gynécée. Sur d'autres choés, l'enfant vise l'embouchure d'un cruchon transformé en jeu. L'ardeur des enfants transmet l'image d'une coordination des mouvements dans l'espace, augurant un développement physique harmonieux. Sur un chous d'une collection privée (vers 420 av. J.-C.), un strigile peint projette le petit garçon nu dans de futures activités gymniques, alors qu'il lance une balle en l'air. Le geste équivalent au féminin est plus rare et a un sens différent, car l'adresse rend les filles bonnes à marier. Le jeu de lancer pourrait anticiper que la fillette fera partie des arrhéphores, ces "porteuses de corbeilles" au service d'Athéna Polias sur l'Acropole, où un emplacement pour le jeu de balle, sphairístra, leur était réservé.

L'énergie vitale transmise par le jeu de balles se retrouve dans la statuaire. Une figurine en bronze de Dodone (fin IVe/IIIe siècle av. J.-C.) montre un jeune garçon nu brandissant une grosse balle en cuir. Son jeu de lancer s'adresse à des partenaires invisibles, peut-être d'epískuros, où deux équipes se disputent une balle.

Le Hochet : Plus qu'un Simple Divertissement

Dans le cycle de la vie, le hochet représente le premier jouet fabriqué par des adultes pour un enfant. Sa valeur dépasse celle d'un simple divertissement. Sur un chous attique à figures rouges conservé à Londres, un jeune enfant nu est assis dans un pot surélevé servant de chaise percée (440-425 av. J.-C.). Il brandit dans sa main droite le manche d'un objet circulaire, rehaussé de blanc, qui semble être un hochet. Ses petites jambes sont disposées de manière asymétrique dans l'ouverture du siège pour suggérer l'agitation qui l'anime.

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La scène est souvent interprétée comme un moment de détente dans l'intimité du gynécée, dévoilant le monde récréatif de l'enfant grec. Cependant, cette lecture plaque un concept moderne sur une image antique.

Terminologie et Définitions Antiques du Hochet

En Grèce, le hochet est désigné comme un idiophone, un instrument dont le son est produit par le matériau de l'objet lui-même. Le mot le plus usité, hē platagḗ, souvent traduit par "hochet", "crécelle" ou "cliquette", est associé au verbe platageô, "frapper des mains". La notice platagḗ de la Suda (fin Xe siècle) se réfère au son d'un grelot enfermé à l'intérieur d'un objet : le hochet y est défini comme "une sorte d'instrument qui produit une résonance, êkhos, et un son, psóphos".

Aristote ne décrit pas l'aspect de l'objet, mais il attribue son invention à Archytas, né à Tarente à la fin du Ve siècle (435/410-360/350), philosophe pythagoricien et politicien. L'affirmation d'Aristote surprend car les hochets sont attestés archéologiquement bien avant le Ve siècle. Si ce type d'objet était connu depuis longtemps, pourquoi l'associer à un inventeur contemporain? De plus, Archytas est un homme politique d'envergure, ami de Platon, et sa réputation contraste avec la trivialité de l'objet.

Dans l'Onomasticon de Pollux, l'idiophone est désigné par le terme platagónion ; il est défini comme un synonyme de krótalon, "crotale", et de seîstron, "sistre", deux autres types d'instruments idiophones, l'un (krótalon) par entrechoc de deux éléments en bois ou en métal, l'autre (seîstron) par secouement d'éléments enfilés sur des tiges en métal. Pour le lexicographe, cette famille de sons est aussi apparentée au bruit sec produit en faisant claquer une feuille ou un pétale de fleur posé sur l'anneau formé par le pouce et l'index afin de connaître la force des sentiments de l'être aimé.

La Fonction du Hochet : Développement de l'Enfant et Apaisement des Craintes

La fonction de l'objet correspond à la conception qu'avaient les Anciens du corps et des besoins de l'enfant. Elle révèle l'attention portée, dès la naissance, aux étapes de son développement physiologique et psychique. La première phase de croissance débute avec un état d'apparente insensibilité pendant les quarante premiers jours.

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Quand les quarante premiers jours sont écoulés, émerge un être dominé par les sensations et les émotions, immodérément, sans contrôle, semblable à un petit animal. Ce tempérament excessif résulte de sa nature chaude et humide dans la tradition hippocratique, sanguine chez Aristote. L'enfant devient alors sensible à son environnement, visuel et sonore. Des cris et des pleurs constituent son premier mode d'expression que Platon juge normal tout en recommandant d'éviter de laisser les petits pleurer trop longtemps. Il incite à tenter de déchiffrer ce premier langage, comme le font les nourrices avec ingéniosité, en précisant que "cette période ne dure pas moins de trois ans". À l'inverse, Aristote considère que les pleurs sont utiles et représentent une sorte d'exercice pour le souffle, propre à rendre vigoureux.

Les pleurs sont aussi redoutés, car ils peuvent être le symptôme d'un accès de frayeur, phóbos, qui constitue une menace pour la santé de l'enfant qui ne peut plus s'alimenter normalement. Une frayeur vive peut aussi causer une crise épileptique, désignée par l'expression "maladie d'enfant", paidíon nósēma. Pour éviter ces troubles, il convient de s'abstenir de menacer les enfants avec des mormolúkeia ou phóbētra, des épouvantails qui pourraient les rendre craintifs. Le son régulier du hochet joue un rôle essentiel pour leur faire retrouver le calme, associé au chant doux des berceuses qui procurent un sommeil réparateur.

Le souci culturel d'éviter que l'enfant soit saisi de peurs qui causent des troubles néfastes explique aussi le port d'amulettes sonores montées en breloque. Sur les choés, seules des lunules et des double-haches sont reconnaissables.

Le Hochet : Protection Contre les Forces Invisibles et Symbolisme Religieux

Le son du hochet aurait-il eu le pouvoir d'éloigner des forces invisibles nuisibles? Des chercheurs ont parfois suggéré qu'il pouvait écarter les démons, comme le faisaient les hochets du Moyen Âge qui renfermaient sept grains symbolisant les sept péchés capitaux. Cette fonction est envisageable à sa manière pour l'Antiquité. En grec, platagḗ peut désigner un instrument en métal dont le bruit écarte de manière efficace les êtres malfaisants. Dans les Argonautiques d'Apollonios de Rhodes (IIIe siècle), Héraclès agite une cliquette en bronze, chalkeíēn platagḗ, pour faire sortir des fourrés les oiseaux carnivores du lac Stymphale et les tuer. Cependant, l'expression est uniquement littéraire.

Plutarque décrit aussi la force protectrice et régénératrice du sistre en métal, capable d'apaiser la puissance destructrice du dieu Seth/Typhon. Dans sa vie de Pythagore, Porphyre explique que le bronze possède une sonorité remarquable qui manifeste la voix d'un daîmōn. Les méfaits des oiseaux du lac Stymphale rappellent les attaques d'autres oiseaux carnivores, les striges, qui pénètrent dans les maisons pour déchirer le corps des nourrissons. Le son de la platagḗ agitée par une nourrice avait-il le pouvoir de les chasser?

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Les hochets conservés ne sont cependant pas tous en métal, mais aussi en terre cuite ou en os. Certaines formes ont peut-être été conçues pour augmenter la protection des plus petits. Parmi les exemplaires en terre cuite des époques classiques et hellénistiques, le porcelet a une référence religieuse, car il renvoie à l'animal sacrifié à Déméter ou Artémis. À Sparte, les nourrices sacrifiaient à Artémis Corythalia des cochons de lait lors de la fête des Tithénidies ou "fête des nourrices", afin que la divinité accorde une croissance harmonieuse aux enfants dont elles avaient la charge. Des hochets de forme plus complexe représentent l'enfant lui-même allongé dans un berceau, la tête posée sur un coussin moelleux, nu ou enveloppé d'un tissu, résumant les soins qu'évoque le petit Hermès : "Le sommeil, le lait de celle qui est ma mère, avoir de bons langes et aussi des bains chauds : voilà ce qui m'intéresse!" D'autres exemplaires figurent l'enfant chevauchant un animal, comme sur les choés. Leur fonctionnalité (des simulacres votifs?) reste à clarifier.

Le Hochet : Initiation au Rythme et à l'Harmonie

La fonction du hochet ne se limite pas à distraire les frayeurs du tout-petit. L'objet participe à un véritable programme éducatif qui traverse toute l'enfance et vise à favoriser l'apprentissage de la raison par le rythme. La musique va faire de l'enfant un petit humain, distinct des animaux. Aristote préconise d'agir sans tarder, car les bonnes ou mauvaises habitudes s'implantent très tôt chez l'enfant de manière indélébile.

L'apprentissage du rythme, euruthmía, de la musique et de la gymnastique forme ainsi la base de l'éducation dans le but d'atteindre l'harmonie du corps et de l'âme. L'éducation est d'autant plus importante que la vitalité extraordinaire des plus jeunes est associée à l'absence de contrôle de leurs émotions, caractéristique qu'ils partagent avec les jeunes animaux. Ce qui distingue l'être humain de l'animal est le plaisir qu'il prend au rythme.

Le hochet représente donc une première initiation au rythme et à la musique, à laquelle "les petits enfants aussitôt nés prennent plaisir", souligne Pseudo-Aristote. Ces préceptes rejoignent les recommandations des Pythagoriciens sur la valeur éducative de la musique, d'origine divine, qui transmet l'harmonie cosmique. Dans le Cratyle, Platon explique les liens qui unissent les compétences guérisseuses à l'excellence musicale d'Apollon, le dieu qui délivre à la fois les maux du corps et de l'âme. Dans ce cercle, Archytas de Tarente, proche de Pythagore, est un pionnier renommé de la théorie musicale. Le savant aurait eu un intérêt particulier pour les instruments idiophones de la famille de la platagḗ et aurait établi une théorie sur les vibrations sonores et la propagation des sons. Un fragment de ce traité, cité par Porphyre, examine les variations de l'intensité sonore selon la force ou puissance du choc sonore, en décrivant comment se produisent les sons. L'invention qu'Aristote lui attribue peut ainsi être comprise dans le contexte pédagogique plus large d'une formation de l'enfant au moyen d'un apprentissage actif. Il faut considérer comme une belle invention le hochet, platagḗ, d'Archytas que l'on donne aux petits enfants pour que, grâce à elle, ils ne cassent rien dans la maison, car la gent enfantine n'est pas capable de rester tranquille. "Ne rien casser dans la maison" n'est donc pas une recommandation légère.

Cette fonction formatrice se retrouve à l'époque romaine dans la description du nouveau-né que donne le poème De la nature. Pareil au naufragé que les flots ont rejeté sur le rivage, le nouveau-né gît, tout nu, par terre, incapable de parler, dépourvu de tout ce qui aide à vivre, arraché avec effort du ventre de sa mère.

L'invention d'Archytas pourrait ainsi résider non dans la découverte de l'objet, qui existait depuis longtemps, sous différentes formes et en divers matériaux, mais dans la mise au point d'un concept éducatif qui pourrait avoir représenté l'application pratique de ses réflexions théoriques sur le pouvoir du son, du rythme et de la musique. Plusieurs anecdotes signalent l'intérêt particulier qu'Archytas portait aux enfants. Selon Élien (IIe siècle), son observation attentive de leur comportement a pu le conduire à élaborer une théorie sur la valeur éducative de la platagḗ. "Le hochet d'Archytas" ferait ainsi partie d'un programme de transformation du petit humain en être social par un premier apprentissage du rythme et du son pour structurer le corps et l'âme. Relevons que le mouvement vif de l'objet, par entrechoc ou secouement, correspond aussi à l'agitation que les enfants doivent apprendre à maîtriser en grandissant. Les idiophones accompagnent la croissance des enfants grecs de manière continue, mais leur forme change avec l'âge.

Le Hochet d'Archytas : Un Programme Éducatif en Action

Le programme éducatif contenu dans l'expression "le hochet d'Archytas" est ainsi mis en œuvre sur la scène du chous de Londres. L'image est organisée par un ensemble d'objets spécifiques à la catégorie d'âge et au sexe du garçonnet pour construire un discours visuel sur le processus d'apprentissage du futur citoyen : le petit est assis sur un pot, lásanon, qui montre l'acquisition du contrôle de son corps, du propre et du sale. À ses côtés, le bâton à roulettes est associé à l'apprentissage de la marche et à une première indépendance. Comme le cruchon de l'autre côté, il renvoie à sa première participation à la fête dionysiaque des Anthestéries. Le tableau est complété par le hochet dans la main de l'enfant signalant l'acquisition en cours de la mesure par le rythme de la musique. Relevons l'aspect paradoxal de l'image d'un enfant représenté seul, sans adulte ni compagnon, alors que tout parle de ses proches et des soins qu'il reçoit, du pot où une personne a dû le déposer, au bâton à roulettes et hochet fabriqués pour lui, tout comme le chous miniature. Sa gestualité suggère un apprentissage social par l'interaction : il tend le bras vers l'extérieur de la scène, en dirigeant son regard vers celles ou ceux dont la présence est implicite, la mère, la nourrice ou le pédagogue.

Les rares représentations de l'objet ne correspondent pas à la diversité typologique des hochets.

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