Introduction
Le hochet de poignet chamanique, bien plus qu'un simple instrument de musique, est un outil puissant utilisé depuis des temps immémoriaux dans diverses cultures, notamment la culture maya. Il sert de pont entre le monde visible et l'invisible, facilitant la guérison, l'introspection et la connexion spirituelle. Cet article explore en profondeur l'utilisation du hochet chamanique, sa symbolique, ses rituels associés et sa place dans les traditions ancestrales.
Qu'est-ce qu'un hochet chamanique ?
Dans la culture maya, le hochet est bien plus qu'un instrument de musique : c’est un véritable outil de soin et de connexion à l’invisible. Dans les mains du Curandero (chaman), il permet d’ouvrir le corps, de lire les besoins de l’âme, d’effacer les empreintes anciennes pour y inscrire de nouvelles clés. Le hochet chamanique est un instrument vibratoire utilisé par les chamans pour induire des états de conscience modifiés, faciliter la guérison et établir une communication avec les esprits. Son son rythmique et répétitif aide à créer un état de transe, permettant d'accéder à des niveaux de perception plus profonds.
Mais sa magie ne se limite pas aux soins. Au quotidien, il devient un compagnon précieux, capable d’ouvrir des espaces intérieurs de calme, d’introspection, d’harmonie. Il nous invite à un voyage vers nous-mêmes, loin des masques, au plus près de l’Être. Laissez-vous bercer par le chant du hochet, et offrez-vous ce moment de retour à soi.
La symbolique des animaux
Dans de nombreuses traditions chamaniques, les animaux jouent un rôle important en tant qu'alliés spirituels et guides. Chaque animal porte une médecine unique. L’aigle, lui, vient nous parler de prendre de la hauteur pour nous permettre d’avoir le recul nécessaire et nous apprend à reconnecter avec le divin. Les animaux nous apportent cette possibilités de puiser dans leur spécificité, pour (re)découvrir de nouvelles ressources en nous.
L'Aigle : Perspective et connexion au divin
Dans la tradition maya, l'aigle est un symbole puissant de vision, de clarté et de connexion spirituelle. L’aigle, lui, vient nous parler de prendre de la hauteur pour nous permettre d’avoir le recul nécessaire. C’est aussi lui, de part sa hauteur de vol incroyable, qui nous apprend à reconnecter avec le divin. En utilisant un hochet orné d'une représentation de l'aigle, on peut invoquer ces qualités pour obtenir une perspective plus large sur sa vie et se connecter à une guidance spirituelle supérieure.
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Rituel avec votre hochet chamanique
Voici une idée de rituel que vous pourriez faire pour vous poser avec votre hochet :
- Installez-vous dans un lieu calme
- Allumez une bougie pour ouvrir votre espace sacré
- Laissez une couleur émerger en vous : elle guidera votre intention
- Pensez à votre éclaireur d’âme (aussi appelé « animal totem »), si vous le connaissez
- Laissez le hochet vous conduire, durant 10 à 15 minutes.
Ensuite, notez vos ressentis, même les plus subtils, ce sont des messages précieux que l’on a tendance à vite oublier.
Fabrication traditionnelle
Votre hochet est une pièce unique. Il a été fabriqué artisanalement, en suivant la méthode ancestrale. De la peau de cerf à été utilisée. Les animaux ont eu une belle vie sauvage et sont morts de leur mort naturelle.
La vision du monde des Wayãpi et la maladie
Pour comprendre l'utilisation du hochet dans un contexte chamanique plus large, il est utile d'examiner la vision du monde des Wayãpi, une société amazonienne qui a conservé une forte connexion avec ses traditions ancestrales. Malgré le contact avec la médecine occidentale, la société wayãpi se présente aujourd’hui comme un bloc cohérent pour tout ce qui concerne ses conceptions philosophiques l’unissant à la Nature et la situant dans le Cosmos. La persistance de cette situation est largement liée au fait que la place de la plus grande partie des communautés wayãpi dans l’écosystème duquel elles participent est restée très stable jusqu’au début des années 1990.
Le but est de montrer ici les divers niveaux idéologiques cohérents auxquels se rattachent la notion de maladie et les traitements qui sont entrepris pour la contrer. Il s’agit donc de dépasser le pragmatisme de la « plante bonne pour soigner » pour renouer avec le système social et la pensé philosophique auxquels son utilisation renvoie.
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Afin de fournir une image analytique du sujet, nous examinerons successivement :
- la place de l’être wayãpi dans son univers ;
- les causalités profondes de la maladie entendue comme un déséquilibre ;
- l’esquisse des différents aspects de la maladie ;
- la place du végétal : intervention primaire sur la maladie ; la pharmacopée wayãpi.
- la place du chamane : intervention profonde sur la causalité de la maladie
- les interactions erratiques entre ethnomédecine wayãpi et médecine occidentale.
La place de l’être wayãpi dans son univers
L’étude écologique montre indubitablement que la vie des Wayãpi, au-delà des rythmes saisonniers, est peu contraignante, marquée par une abondance alimentaire réelle et un considérable surplus de loisirs. A contrario, l’organisation sociale et le système philosophique sont imprégnés, comme nous allons le voir, d’une véritable angoisse métaphysique, visant, à travers un réseau de pratiques quotidiennes, à maintenir un équilibre existentiel entre chaque communauté et ce qui l’environne. Voici à grands traits les éléments visualisables qui constituent l’univers wayãpi :
- une terre plate, conçue comme une platine circulaire servant à cuire le manioc ;
- sur cette terre, s’agencent des ensembles de cercles concentriques allant du village à la grande forêt jusqu’aux marges extrêmes du monde, conçues comme l’accès à la félicité ou le basculement dans le néant ;
- les hommes se situent au centre de ces cercles, tandis que les anneaux sont dominés par des entités surnaturelles collectivement nommées ayã ;
- vu verticalement, l’univers est un empilement de mondes circulaires, l’étage où nous habitons se situant au milieu. À l’étage inférieur, un monde d’en dessous, où la vie est dominée par des paresseux géants humanisés, les wo’o, qui y dupliquent toutes les qualités et les faiblesses des êtres humains ; au-dessus, deux ciels, d’abord celui des vautours, maîtres de la décomposition et de la pourriture, et enfin celui qui sert de résidence au créateur du monde, Yaneya - ce dieu qui fut chassé de la terre par les vivants - et aux âmes purifiées des morts (taɨwe). Dans toutes les dimensions, l’homme et la société wayãpi sont pratiquement centrés bien, trop bien mis en lumière… et donc menacés.
La vie d’un ou d’une Wayãpi va consister à s’épanouir en ce centre, c’est-à-dire à fortifier l’épanouissement de la communauté, mesuré à l’abondance des enfants, des aliments et des loisirs… en exploitant les ressources des cercles concentriques avec mesure. Cette conception entraîne des risques en série, la disette, le mal-être, la faiblesse et, in fine la maladie et la mort. Nous verrons d’ailleurs que ces notions sont liées, puisque le simple fait de rentrer bredouille de la chasse, par exemple, relève d’un état pathologique.
Les causalités profondes de la maladie
La connaissance très fine que les Wayãpi ont de leur milieu n’est pas seulement indispensable pour nourrir une famille ou un village ; elle leur permet aussi de détecter les présages (molãwã), de reconnaître les gibiers interdits en période de restriction (manɨwo naykoy) et de savoir limiter leurs captures. Enfreindre ces observances fait tomber tout individu dans la catégorie de « ceux qui en font trop » (eite pɨaso). Ce comportement déclenche une suite de déséquilibres, concrétisés par la rencontre conflictuelle avec les ayã, qui sont les esprits maîtres des animaux (ya), avec les monstres anthropophages de la forêt (ayã polosu’u), avec les ombres des morts (teãnge), ainsi qu’avec les autres ensembles de cercles concentriques que forment les communautés voisines ; suite à la disparition de la guerre ouverte, les heurts intervillageois et interethniques sont aujourd’hui sublimés à travers la geste de leurs chamanes (paye).
Pour équilibrer cette situation, on cherche à avoir un comportement pondéré, menant à une harmonie normative (wote ekoy), afin que la culture puisse profiter éternellement de la nature, jouir de sa générosité. Cette responsabilité est surtout le fait des hommes, qui vont quotidiennement à l’extérieur, le seul combat valorisant et risqué incombant à la femme étant l’enfantement. Dominer la cartographie des éléments surnaturels du monde du dehors est sans aucun doute aussi vital pour un Wayãpi que connaître les mécanismes du système de parenté et, aujourd’hui, les règles de l’Occident.
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La maladie est un phénomène totalement inclus dans le schéma que nous venons de décrire. Éviter la rupture sociale, mentale et physique qu’elle représente signifie pour l’homme ordinaire un dosage prudent de ses actions et pour le chamane, la manipulation avec une dextérité de stratège des forces externes à la société. Les circonstances possibles de rencontre entre les forces surnaturelles et l’homme et les risques qu’elles font encourir à ce dernier sont essentiellement de trois ordres :
- les agressions (yapisi) ;
- les alliances (yekway) ;
- les métamorphoses (inũ).
Les agressions
Qu’elles émanent des hommes, des chamanes ou des entités surnaturelles, elles provoquent toutes des réactions de défense, voire des contre-attaques de la partie adverse et impliquent en conséquence des interactions entre nature et culture. Les activités (essentiellement) masculines de subsistance, lorsqu’elles sont pratiquées en forêt, constituent l’agression la plus fréquente à laquelle se livre, le plus souvent de façon involontaire, le chasseur. Elle atteint indirectement les maîtres des animaux (ya), dans la mesure où ceux-ci possédant de grands troupeaux d’animaux domestiqués errant dans la forêt, tout acte de chasse ordinaire peut frapper leur cheptel de manière non provocatrice et cependant déclencher leur colère. Cette colère sera démultipliée en cas d’agression caractérisée, par exemple en cas d’excès de chasse ou de pêche. Les autres types de conflit ont pour origine soit les attaques des ombres des morts (teãnge) qui, en mal d’affection, cherchent à entraîner des vivants dans la mort, soit les agressions gratuites des monstres des eaux (ɨɨpo) ou de la forêt (ayãpolosu’u) ne visant qu’à nuire et tuer.
Les alliances
Il n’est cependant pas question pour lui de domestiquer les ombres des morts, partie abjecte de la personnalité humaine. Cette alliance est bénéfique pour la culture, par la cure dont le chamane et ses alliés gratifient les hommes malades d’une part, et bénéfique pour la nature, par les nombreux interdits, principalement de chasse et de pêche, que les associés imposent aux hommes d’autre part. Cependant, les relations entre les humains et les ayã sont fréquemment marquées par la tromperie mutuelle, comme en attestent de nombreux mythes. La seconde alliance, beaucoup moins contraignante et cependant non négligeable car elle permet de tisser des liens renouvelés avec l’autre monde, s’opère par la domestication d’animaux sauvages (eima), prélevés sur le cheptel des ya, certes, mais traités de la manière la plus respectueuse qui soit. Maltraiter un animal domestique est d’ailleurs aussi périlleux socialement que de maltraiter un gendre ou un beau-frère !
Les métamorphoses
F. Grenand (1982) a montré qu’il s’agit d’un des thèmes centraux de la pensée wayãpi : « ces transmutations d’état ou de fonction font partie de l’univers quotidien du Wayãpi, pas seulement à ses moments oniriques ou dans ses jours de réflexion philosophique, mais dans ses gestes les plus simples… ». Ces métamorphoses sont surtout de trois ordres :
- des esprits ya prenant la forme de leurs animaux domestiques pour berner ou attaquer les hommes ;
- des esprits ou des animaux se transformant en êtres humains pour le meilleur et pour le pire ;
- enfin des hommes déréglés se transformant en sens inverse en animal ou en ayãpolosu’u.
L’important est ici l’établissement d’une communication subtile entre deux mondes, pensés comme antagonistes. L’examen des diverses zones de friction ou d’alliance entre les hommes, les chamanes et le monde surnaturel nous a permis, pour une part, de discerner les causes profondes de la maladie.
Esquisse des différents aspects de la maladie
La maladie n’est jamais naturelle, même dans ces atteintes les plus bénignes. Ce schéma de pensée n’exclut en aucun cas un agnosticisme de bon aloi qui imprègne au quotidien le comportement d’un grand nombre de Wayãpi. La maladie est toujours provoquée par une intervention volontaire, cette intervention étant à rechercher le plus souvent dans le dérèglement initial du comportement du futur malade. D’un point de vue plus dynamique, les actions qui conduisent à l’état de maladie sont de quatre types :
- la maladie due à l’action vengeresse des esprits (incluant la malchance à la chasse) ;
- la maladie due à l’action purement malveillante des esprits ayã et des ombres des morts teãnge ;
- la maladie due à la manipulation d’esprits ayã par les chamanes ;
- la maladie due à la manipulation de plantes magiques par des humains malfaisants (malama ku’a).
À priori, le pronostic de mort (manõ) est toujours plus ou moins escompté, étant donné son champ très vaste pour les Wayãpi qui désignent les dérèglements mentaux par le terme de « petite mort » (manõmanõ). Le niveau perceptible de la maladie se traduit quotidiennement par e-tekolã, « je suis malade » signifiant étymologiquement « je ne suis plus un être humain », et insistant par là-même autant sur l’affaiblissement de l’être physique que sur un état qui, si l’on n’y prend pas garde, sera vite irréversible. Derrière l’état traduit par tekolã, se cache la cause profonde kaluwa, « le mal », celui qui est envoyé par les kaluwakũ, « les maîtres du mal », qui ne sont autres… que les ayã, ainsi dénommés lorsqu’ils frappent l’espèce humaine. Tous les kaluwakũ n’ont certes pas la même capacité de nuisance, et c’est au chamane qu’il revient de la déterminer. Le plus souvent, c’est lorsque la maladie ordinaire tekolã, ne parvient pas à être surmontée par les phytoremèdes, que le chamane tentera d’identifier le mal profond, dont la cause n’est décelable qu’au cours de la cure.
La douleur banale ou plus simplement le mal-être indiquant un état pathologique, sont aisément perçus de tous ; ils sont désignés par le mot aɨ, ne traduisant que l’aspect symptomatique des atteintes morbides. C’est ce mot qui entre en composition pour désigner les symptômes spécifiques sur lesquels agiront la masse des plantes médicinales (ãkãngaɨ, « mal de tête », tewikaɨ, « diarrhée », etc). Cette dichotomie apparente de la maladie ne semble pas unique aux Wayãpi pour ce qui est des Basses Terres de l’Amérique tropicale ; elle a en particulier été fort bien analysée chez les Yaruro et chez les Goajiro où on la voit inscrite dans deux modèles différents : chez les premiers, comme dans le cas des Wayãpi, les niveaux de maladie se rapportent à « deux modes d’appréhension de la même réalité » ; les seconds distinguent entre des maladies naturelles et des maladies envoyées par un esprit.
Les Wayãpi savent pertinemment que toute apparition de symptômes est liée à une cause profonde, et comme le dit avec justesse Alasuka : « si une diarrhée ne guérit pas avec [le remède] ulu’ay, on ne va pas voir le chamane pour cela, mais pour qu’il détermine et traite le mal envoyé ». Fort de cette conviction, un Wayãpi tentera d’abord d’enrayer la manifestation du mal, ici la diarrhée, à l’aide de la pharmacopée, puis si nécessaire (on considère parfois que la guérison d’un « symptôme » correspond à l’éloignement de l’esprit), il s’attaquera aux racines du mal, soit en usant de plantes surpuissantes, soit le plus souvent en consultant un chamane. Toutes ces interventions sont couvertes par le même mot, poãnu, « soigner » littéralement « dresser, mettre debout », c’est-à-dire redonner au malade le statut d’être humain qu’il avait perdu à l’apparition des premiers symptômes, insistant par là-même sur l’unicité de la maladie. Si le lien entre manifestations extérieures et causes profondes de la maladie est admis par tous les Wayãpi, il n’est pas suffisant pour permettre de traiter les symptômes au jour le jour et un classement nosologique est alors indispensable. Au stade actuel de nos connaissances, ce classement nous a paru se présenter en deux grands ensembles : le premier regroupe les atteintes essentielles, celles censées toujours déboucher sur la mort sans traitement énergique du chamane ; le second, plus touffu, rend compte de toutes les manifestations extérieures de l’atteinte morbide. La principale est l’atteinte du à, « le principe vital ».
L'expérience de la transe chamanique
La transe chamanique est un état modifié de conscience dans lequel le praticien peut accéder à des informations et des énergies qui ne sont pas disponibles dans l'état de veille normal. Claire Barré, scénariste et romancière qui pratique le chamanisme, décrit son expérience et celle des autres lors de ces transes. Elle a vu apparaître un Indien au beau milieu de sa cuisine et s'est initiée au chamanisme depuis 2014.
Lors d'une séance d'initiation, la chamane utilise un tambour amérindien, des chants gutturaux, des cliquetis de hochet et de graines montées en bracelet au poignet pour induire la transe. La personne allongée sur le canapé, les yeux bandés, tient deux pierres dans les mains, une ronde, une anguleuse. Des images peuvent alors apparaître dans l'espace mental de la personne, sur lesquelles il faut ensuite mettre des mots, oraliser.
Au retour de ce voyage, la chamane raconte ce qu'elle a « vu », comme au retour d'un voyage, puisque son rôle est de « guider » la personne venue participée à la transe. Elle peut ainsi interpréter les symboles et les messages reçus pendant la transe.
Selon Claire Barré, « cet état alternatif de conscience, qu'est la transe, n'a rien de magique ». Il nécessite, ensuite, « un jeu de lecture des choses vues, sur le plan symbolique ».
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