L'actualité du Nantes Atlantique Handball (NAHB) a été secouée par une polémique concernant la pratique de tests de grossesse sur ses joueuses. Cette affaire a mis en lumière des questions sensibles liées à la vie privée des sportives, au consentement médical et à la maternité dans le sport de haut niveau.
Révélations et Accusations de l'AJPH
L'Association des joueurs professionnels de handball (AJPH) a déclenché la polémique en dénonçant des pratiques qu'elle jugeait « inacceptables ». Dans un communiqué, l'association a révélé que des tests sanguins visant à détecter un état de grossesse avaient été effectués sur des joueuses « sans le consentement des joueuses », dans un club de Ligue Butagaz Énergie, rapidement identifié comme étant le NAHB. L'AJPH a dénoncé une violation de la vie privée et une atteinte à l'intimité des joueuses. « Ce type de contrôle est totalement illégal et viole non seulement la vie privée des joueuses mais porte également une grave atteinte à leur intimité », a dénoncé une association.
La Réponse du Club : Transparence et Intérêt des Joueuses
Face à ces accusations, le président du NAHB, Arnaud Ponroy, a convoqué une conférence de presse en urgence. Entouré de l'entraîneur Allan Heine et de plusieurs joueuses, il a défendu la position du club. Ponroy a reconnu que des tests de grossesse avaient été réalisés, mais il a nié qu'ils aient été illégaux ou effectués sans le consentement des joueuses. « Il est vrai de dire que des tests de grossesse ont été réalisés [à l’été 2019]. Mais il est faux de dire qu’ils étaient illégaux et effectués sans le consentement des joueuses, a défendu le dirigeant. Ce sont des tests réalisés en début de saison, dans les règles de l’art, avec un entretien individuel préalable et délivrance d'ordonnances et certificats médicaux. »
Selon le club, ces tests étaient réalisés dans le cadre des bilans biologiques de début de saison, avec un entretien individuel préalable et la délivrance d'ordonnances et de certificats médicaux. Le médecin du club, le Dr Thibault Berlivet, aurait ajouté le dosage de l'hormone Béta HCG à la liste habituelle d'analyses, afin de s'assurer que les joueuses étaient en mesure de supporter les efforts intenses de la préparation de début de saison et pour connaître les traitements à éviter, comme il le fait avec les autres sportives qu'il suit.
Plusieurs joueuses, dont les taulières Léa Lignières et Camille Ayglon-Saurina, ont appuyé leur président, assurant que les tests n'avaient pas été faits à leur insu et que le médecin en avait parlé. « Ces tests n’ont pas été faits à notre insu. Le médecin [Thibaut Berlivet] en a parlé, pour nous c’était clair, a assuré la seconde, 34 ans et 263 sélections en équipe de France. Il y a peut-être eu un problème de compréhension pour certaines. »
Lire aussi: Acte de naissance à Nantes
Discordances et Doutes Persistants
Malgré les assurances du club, la réalité semble plus nuancée. Certaines anciennes joueuses ont affirmé n'avoir jamais été informées de la réalisation de ces tests. « Jamais ! Je suis sûre qu’on ne nous a jamais parlé de ça, certifie une ancienne licenciée du club requérant l’anonymat. On nous demandait de faire des prises de sang pour savoir si tout allait bien, si on avait des carences, et à ma connaissance c’étaient les seules choses qu’ils recherchaient à travers ces analyses. »
De plus, six joueuses actuelles du club ont publié une lettre ouverte, via l'AJPH, dans laquelle elles expliquent qu'elles n'avaient « pas été spécifiquement informées que les bilans biologiques que nous sommes allées faire, comprenaient un test de grossesse sanguin ». « Ce n’est pas notre rôle de savoir si c’est illégal ou non, mais nous aurions simplement voulu être informées au préalable et avoir pu donner notre consentement », ajoutent-elles. Elles ont également précisé que la moitié de l'équipe avait refusé d'assister à la conférence de presse du club, par désaccord avec la version qui allait être exposée. Refus de participer à la conférence de presse du club « Vendredi, la moitié de l’équipe a délibérément refusé d’assister à la conférence de presse du club, par désaccord avec la version qui allait être exposée », dénoncent toutefois les six joueuses signataires de la lettre ouverte publiée dimanche.
Ces discordances ont alimenté les doutes et les interrogations quant à la transparence et au consentement réel des joueuses concernant ces tests de grossesse.
La Maternité, un Sujet Sensible
Au-delà de la question des tests de grossesse, cette affaire a mis en lumière la complexité de la maternité dans le sport de haut niveau. Des témoignages ont révélé que l'attitude du président Ponroy sur le sujet de la maternité interrogeait. De sources concordantes, il n’avait pas bien pris du tout l’annonce de l’Espagnole Alexandrina Barbosa, sur laquelle il avait beaucoup investi à l’été 2018 et qui avait fait savoir quelques semaines plus tard qu’elle attendait un enfant.
Dans un article de L’Equipe consacré à la maternité, Arnaud Ponroy avait lâché : « Entre recruter une fille homosexuelle de 25 ans et une femme mariée de 30 ans… Je caricature mais malheureusement, ça entre dans nos critères de décision. »
Lire aussi: Guide suivi acte naissance
Ces déclarations ont suscité des réactions et ont soulevé des questions sur la discrimination potentielle à l'égard des joueuses en raison de leur situation familiale ou de leur projet de maternité.
Réactions des Instances et Rappel des Procédures
Suite à cette affaire, la Fédération française de handball (FFHB) et la Ligue féminine de handball (LFH) ont réagi en rappelant que les médecins étaient libres de prescrire les examens qu'ils jugent nécessaires, mais ont insisté sur « l'obligation légale de recueillir un accord exprès, formel et préalable des athlètes pour prescrire un dosage hormonal Béta HCG ».
La LFH a souhaité d'autres éclaircissements de la part du médecin, mais renvoie vers le club. De son côté, le médecin du club, Thibaud Berlivet, s'est attaché les services d'un avocat. Lundi, la commission médicale s'est entretenue avec l'ensemble des médecins de club, y compris Thibault Berlivet. L'occasion de rappeler que les éléments du bilan biologique de début de saison se limitaient strictement aux dosages NFS (numération des globules sanguins), de réticulocytes, du fer et de la vitamine D. En aucun cas de dosage sanguin de l'hormone Béta HCG, ni test de grossesse urinaire.
Ces instances ont souligné l'importance du respect des procédures et du consentement éclairé des joueuses en matière de santé.
Prise de Conscience et Perspectives d'Avenir
L'affaire des tests de grossesse au Nantes Atlantique Handball a provoqué une onde de choc dans le monde du handball français et a mis en lumière des problématiques importantes. Au-delà des aspects juridiques et médicaux, cette affaire a permis une prise de conscience sur la nécessité de protéger la vie privée des sportives, de garantir leur consentement éclairé et de lutter contre toute forme de discrimination liée à la maternité.
Lire aussi: Aides financières pour la garde d'enfants
«En dénonçant cette pratique, nous souhaitons qu’une prise de conscience s’effectue pour qu’aucune autre joueuse, pour qu’aucune autre femme n’ait à vivre ça de nouveau dans le cadre de son travail, qu’elle soit sportive ou non», ajoutent les six joueuses anonymes.
Cette affaire pourrait ainsi conduire à une évolution des pratiques et des mentalités dans le sport de haut niveau, afin de mieux concilier performance sportive et respect des droits et de la dignité des athlètes.
tags: #hcg #nantes #actualités #presse
