Le cinéma marocain, riche de son histoire et de sa diversité, a vu émerger des figures marquantes qui ont contribué à son essor et à sa reconnaissance internationale. Parmi ces personnalités, Hassan Abbazi occupe une place particulière. Cet article se propose d'explorer la vie et l'œuvre de ce cinéaste, en s'appuyant sur des sources variées et en mettant en lumière son apport au paysage cinématographique marocain.

Les débuts d'un cinéaste engagé

Dans le contexte des années 1960, marquées par la décolonisation et les aspirations à l'indépendance, de jeunes cinéastes marocains se sont engagés à réapproprier l'image de leur pays et à raconter leurs propres histoires. Mohamed Abbazi, dont il est question ici, est l'un de ces pionniers. Fraîchement diplômé de l'école de cinéma de UCLA en 1968, il se voit refuser par le Centre cinématographique marocain l'autorisation de tourner un documentaire dans le centre-ville de Casablanca. Ce documentaire devait porter sur des femmes de ménage originaires du bidonville des Carrières centrales.

Malgré ce refus, le jeune Abbazi décide de tourner « tout de même » ce film, témoignant de son audace et de sa détermination. Cependant, il ne trouvera jamais le temps ni l'argent pour en achever le montage. Les images qui en restent constituent néanmoins des documents uniques et précieux sur la vie quotidienne féminine d'un Casablanca récemment décolonisé. Elles témoignent également d'un geste cinéaste singulier dans un Maroc qui traverse les « années de plomb » du règne de Hassan II.

La question de savoir comment un tel tournage illégal a été rendu possible soulève des interrogations sur les marges de manœuvre dont disposaient les cinéastes engagés à cette époque. Il est clair que la volonté de témoigner et de donner une voix aux populations marginalisées était plus forte que les obstacles administratifs et politiques.

L'influence du contexte politique et social sur le cinéma marocain

Le cinéma marocain des années 1960 et 1970 est profondément marqué par le contexte politique et social du pays. Après l'indépendance en 1956, le Maroc est confronté à de nombreux défis, notamment la reprise du contrôle sur son image et la narration de son histoire. Certains techniciens acceptent leur rôle d'« exécutants » des commandes gouvernementales, tandis que d'autres utilisent leur position comme un tremplin pour rêver d'un cinéma national à fonder. D'autres encore quittent le pays pour voler de leurs propres ailes et réaliser leurs propres films.

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Dans ce contexte, le cinéma devient un outil de contestation sociale et de transformation du militantisme. De nombreux collectifs cinématographiques agissent dans différents conflits, choisissant leurs sujets selon leurs affinités politiques. Certains films sont réalisés dans l'urgence, tandis que d'autres sont menés sur plusieurs années, constamment réévalués en fonction des circonstances.

L'exemple du court métrage Scènes de grève en Vendée (1974), réalisé par le collectif Iskra, illustre cette diversité d'approches. Bien qu'il puisse sembler relever d'une fabrication dans l'urgence, les nombreuses sources produites par Iskra témoignent d'un investissement au long cours sur un projet aux formes diverses et aux ambitions fluctuantes.

Les défis de la production cinématographique au Maroc

La production cinématographique au Maroc est confrontée à de nombreux défis, notamment le manque de moyens financiers et les difficultés administratives. Les écoles de cinéma existantes sont souvent perçues comme formant des réalisateurs et des cameramen pour la propagande gouvernementale, plutôt que pour le développement d'un cinéma national indépendant.

De nombreux cinéastes marocains choisissent donc de se former à l'étranger, notamment en France et en Europe de l'Est. Cette expérience leur permet d'acquérir des compétences techniques et artistiques, mais aussi de s'ouvrir à d'autres cultures et d'autres perspectives.

Cependant, une fois diplômés, ces cinéastes sont confrontés à un dilemme : travailler pour la propagande africaine ou pour la propagande française. Ils doivent échapper à une double prison : celle de leur pays d'origine et celle du pays où ils ont été formés.

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Les sources d'inspiration du cinéma marocain

Le cinéma marocain puise son inspiration dans de nombreuses sources, notamment la culture arabe, l'histoire du pays et les réalités sociales contemporaines. Les cinéastes marocains sont souvent bilingues et ont une connaissance approfondie de la culture française, ce qui leur permet de créer des œuvres originales et métissées.

L'exemple de Moumen Smihi, cinéaste marocain formé à l'IDHEC de Paris, illustre cette richesse et cette pluralité de sources d'inspiration. Smihi considère que son expérience à Paris lui a permis de rencontrer des mondes, des cercles et des lieux qui furent autant d'« écoles » et de « bombes intérieures ». Il souligne également l'importance de la culture arabe et de la Nahda (renaissance intellectuelle arabe) dans son parcours intellectuel et artistique.

Smihi insiste sur le fait que le cinéma marocain est fait de toutes les rencontres, de tous les cinémas, de tous les arts, de toutes les langues et de toutes les causes qui ont pu habiter les intériorités et les imaginaires des cinéastes qui les produisent.

Hassan Abbazi : Un parcours artistique diversifié

Outre son travail de réalisateur, Hassan Abbazi a également contribué au cinéma marocain en tant que producteur et acteur. Il a notamment produit Un film de Farida Benlyazid (1988), un film qui raconte l'histoire de Nadia, une femme qui retourne au Maroc après de nombreuses années d'absence.

En tant qu'acteur, Abbazi a joué dans Les Trésors de l'Atlas, un film de Mohamed El Abbazi qui a révélé l'actrice Fatima Harrandi au grand public. Harrandi a ensuite connu une carrière prolifique, collaborant avec de nombreux réalisateurs marocains et internationaux.

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Ces différentes facettes de l'activité d'Hassan Abbazi témoignent de son engagement envers le cinéma marocain et de sa volonté de contribuer à son développement sous différentes formes.

Les défis contemporains du cinéma marocain

Aujourd'hui, le cinéma marocain est confronté à de nouveaux défis, notamment la concurrence des productions étrangères et la nécessité de trouver un public plus large. Le Centre cinématographique marocain (CCM) joue un rôle important dans le soutien à la production et à la diffusion des films marocains.

Le CCM met en œuvre différentes mesures pour encourager le développement du cinéma marocain, notamment l'octroi de subventions à la production, la promotion des films marocains à l'étranger et la formation de jeunes talents.

Cependant, malgré ces efforts, le cinéma marocain peine à trouver sa place sur le marché national. Le taux de fréquentation des salles de cinéma reste faible et les films marocains ont souvent du mal à rivaliser avec les productions étrangères.

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