Dans un contexte où la culture médiatique et les réseaux socionumériques occupent une place prépondérante, il est essentiel d’analyser les phénomènes émergents qui y prennent forme. Parmi ceux-ci, le hashtag fétichiste des menstruations mérite une attention particulière. Cet article se propose d’explorer la définition de ce hashtag, ses usages, ainsi que les enjeux sociaux et culturels qu’il soulève.
L'Ère de la Consommation Spéculative et des Titres Accrocheurs
Dans un contexte marqué par une concurrence proliférante, les titres des séries télévisées, qui constituent la première accroche pour les publics ciblés, occupent une place prépondérante au sein de diverses stratégies de harponnage paratextuel. Leur fonction publicitaire est surinvestie et s’entremêle avec leurs fonctions narratives et esthétiques, à tel point que la séparation entre texte et paratexte peut paraître difficile à établir. Cet article entend proposer quelques pistes pour étudier le feuilletage fonctionnel des stratégies d’intitulation à la lumière de la relation protéiforme que le titre noue avec le contenu des séries télévisées qu’il désigne, en prêtant attention à ses lieux et à ses moments d’apparition, ainsi qu’à ses usages socionumériques.
Suivant une telle perspective, le paratexte reste principalement lié à l’intentionnalité auctoriale - il « a pour principal enjeu d’assurer au texte un sort conforme au dessein de l’auteur ». Dans le contexte de la culture médiatique, le paratexte ne peut être limité au discours de l’auteur·rice, ni même à celui des éditeur·rices. Il ne s’agit pas seulement de désigner une œuvre et d’en orienter l’interprétation, mais en amont, d’orienter le choix du récit : sa fonction est avant tout publicitaire. Le but n’est pas tant qu’un récit soit « bien » interprété, mais avant toute chose, qu’il soit consommé plutôt qu’un récit concurrent.
Les paratextes médiatiques, (c’est-à-dire les teasers, les bandes-annonces et autres spoilers) enclenchent ce que Jonathan Gray nomme une « consommation spéculative » : à ce stade, les lecteur·rices, les spectateur·rices ou les auditeur·rices ne sont encore que des consommateur·rices potentiel·les invité·es, à travers diverses opérations de promotion, à anticiper le plaisir que procurera le récit. L’invitation à la consommation se traduit alors par des formes particulières de paratextes, qui dessinent les contours d’une culture largement partagée.
Il convient de souligner que cette valeur commerciale du titre n’est ni récente ni spécifique aux fictions de grande consommation. On peut renvoyer à une citation de Furetière évoquée par Genette : « Un beau titre est le proxénète d’un livre ». Par ailleurs, la fonction publicitaire du titre n’a pas été ignorée par les premières analyses titrologiques de la littérature, dans les années 1970 et 1980. Si elle est envisagée avec réticence par Genette, qui la désigne par l’euphémisme « fonction de séduction » sans qu’elle lui inspire « guère de commentaires », ses prédécesseurs Charles Grivel et Leo H. Le titre sert à mettre en valeur l’ouvrage ; il le distingue parmi la masse des écrits tout en en vantant la qualité et en en soulignant l’intérêt. Le titre fait lire, fait saisir, fait acheter le livre, il en constitue, de manière plus ou moins accentuée, la réclame. Le titre convainc : il s’agit là d’une marque impérieuse couvrant la marchandise, propre à en garantir la qualité pour le plus grand nombre d’acheteurs possibles (ou pour un groupe spécifique d’acheteurs). [L]e discours intitulant est soumis aux mêmes logiques de marché que le discours publicitaire […].
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Mais elle prend une importance plus flagrante encore dans la culture médiatique, et plus particulièrement dans le contexte de la saturation de l’offre que connaissent actuellement les séries télévisées, notamment depuis le développement exponentiel des plateformes de SVoD étatsuniennes (Netflix, Hulu, Prime Video, Disney+…) qui impliquent une diffusion transnationale et une globalisation des formats. Face à un impératif concurrentiel grandissant, la fonction publicitaire du titre est surinvestie et, ainsi que je le montrerai dans cet article, celle-ci s’entremêle avec ses fonctions narratives et esthétiques, à tel point que la séparation entre texte et paratexte peut paraître, pour reprendre les mots de Raphaël Baroni, « de plus en plus difficile à établir », puisqu’« elle ne peut pas reposer sur le seul critère de l’opposition fonctionnelle entre un cœur narratif et des éléments d’autre nature, par exemple publicitaire ». En outre, le titre fonctionne à la fois en lien avec la série télévisée qu’il désigne, dont il constitue la vitrine, mais aussi, à un niveau supérieur, avec un ensemble culturel qui le dépasse, ce qui renvoie ici à la conception de la sérialité que défend Matthieu Letourneux, qui se situe au niveau notamment des grands ensembles architextuels. Mais il fonctionne également comme élément détachable, amené à circuler de façon plus marquée encore que la série elle-même. [J]ustement parce que les paratextes nous aident à décider quels textes consommer, notre connaissance de beaucoup de textes se limite au niveau paratextuel. Nous consommons tous beaucoup plus de paratextes que de films ou de programmes.
Définition du Hashtag Fétichiste des Menstruations
Le hashtag fétichiste des menstruations fait référence à un phénomène socionumérique où les menstruations, ou règles, sont érotisées et sexualisées. Les utilisateurs qui emploient ce hashtag partagent ou recherchent des contenus (images, vidéos, textes) qui mettent en scène les menstruations d'une manière explicitement sexuelle. Il est important de noter que ce type de contenu peut être perçu de différentes manières :
- Pour certains, il s'agit d'une expression de la sexualité et d'une manière de briser les tabous autour des menstruations.
- Pour d'autres, il s'agit d'une exploitation et d'une objectification du corps féminin.
Usages et Manifestations du Hashtag
Le hashtag fétichiste des menstruations se manifeste principalement sur les plateformes de réseaux sociaux telles que Twitter, Instagram, Tumblr et Reddit. Les usages varient considérablement :
- Partage de contenus érotiques : Des images et des vidéos de femmes pendant leurs règles sont partagées, souvent accompagnées de commentaires ou de descriptions à caractère sexuel.
- Recherche de partenaires : Certaines personnes utilisent le hashtag pour trouver des partenaires sexuels intéressés par ce fétiche.
- Discussions et communautés : Des discussions en ligne sont organisées autour du fétichisme des menstruations, où les participants partagent leurs expériences et leurs fantasmes.
Enjeux Sociaux et Culturels
L'émergence et la diffusion du hashtag fétichiste des menstruations soulèvent plusieurs questions importantes :
La Représentation des Menstruations
La représentation des menstruations dans la culture populaire est souvent taboue, négative ou médicalisée. Le hashtag fétichiste des menstruations propose une vision alternative, mais controversée. Il est crucial de s'interroger sur les implications de cette représentation sexualisée :
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- Briser les tabous : Est-ce que cela contribue à normaliser les menstruations et à réduire la stigmatisation ?
- Objectification : Est-ce que cela renforce l'objectification du corps féminin et la réduction des femmes à leur fonction reproductive ?
Le Consentement et l'Exploitation
La question du consentement est centrale dans le débat autour du fétichisme des menstruations. Il est essentiel de s'assurer que les personnes représentées dans les contenus partagés ont donné leur consentement éclairé et qu'elles ne sont pas victimes d'exploitation.
- Consentement éclairé : Les femmes sont-elles pleinement conscientes de la manière dont leur image sera utilisée et diffusée ?
- Exploitation commerciale : Les contenus sont-ils utilisés à des fins commerciales sans le consentement des personnes concernées ?
La Perception du Corps Féminin
Le fétichisme des menstruations peut influencer la perception du corps féminin et des menstruations elles-mêmes. Il est important de promouvoir une vision respectueuse et positive du corps féminin, qui ne se limite pas à sa sexualisation.
- Diversité des expériences : Reconnaître la diversité des expériences menstruelles et des attitudes envers les menstruations.
- Éducation sexuelle : Promouvoir une éducation sexuelle complète et respectueuse, qui aborde les menstruations de manière informative et non stigmatisante.
Le Titre : Vitrine et Vecteur de la Série Télévisée
Le titre d’une série est d’abord, à l’étape de la préproduction, un titre de travail destiné à convaincre son premier public : les équipes de production, qui cherchent à s’assurer que la série va être capable d’attirer du public et de maintenir son attention dans le temps. Il apparaît en premier dans la « bible », c’est-à-dire le document que fournissent les créateurs de séries pour présenter le cadre destiné à se répéter dans chaque épisode. Il s’agit bien à cette étape d’un proposition provisoire, sujette à discussion et susceptible d’être changée au moment de la production du pilote à la demande des directeur·rices créatif·ves (certaines bibles proposent d’ailleurs des projets de séries sans titre). Stranger Things, par exemple, était à l’étape de la bible intitulée Montauk, ville dans laquelle devait être tournée la série. Les créateurs de la série, les frères Duffer, ont été contraints de soumettre un autre titre lorsque le lieu de tournage a dû être changé.
Le titre n’est donc pas nécessairement choisi par les créateur·rices, il est l’objet de négociations parfois conflictuelles. S’il échappe partiellement au contrôle de ces dernier·ères, c’est parce qu’il est le premier élément permettant l’identification de la série, et donc le point de départ de toute la campagne promotionnelle. Le lancement d’une série est un long processus au sein duquel les informations sont livrées au compte-goutte, les premières filtrant généralement avant même le tournage des premiers épisodes. Le titre, communiqué pour susciter l’intérêt avant la sortie d’une série, est ainsi utilisé comme premier teaser lorsqu’aucune image n’est encore disponible pour capter l’attention du public.
De fait, le titre d’une série ne saurait être envisagé uniquement dans sa dimension verbale : ses caractéristiques visuelles (iconiques et typographiques) sont tout aussi stratégiques. Une autre chose importante pour nous, et je sais que les gens adorent la police du titre et ont beaucoup discuté de son design, mais nous avons testé ces titres avec la police pour voir ce qui marchait le mieux d’une manière bizarre.
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Afin de pouvoir imprégner durablement l’imaginaire collectif, le titre se doit d’exercer un impact visuel fort : il est aussi un logo, systématiquement stylisé de manière plus ou moins chargée ou au contraire plus ou moins dépouillée, qui présente l’intérêt d’être déclinable sous de multiples formes tout en restant identifiable. Il s’intègre à ce que Jean-Pierre Esquenazi nomme « contexte de présentation », c’est-à-dire les critiques, les annonces publicitaires et autres « médiatisations diverses » qui permettent aux publics de construire un « cadre d’interprétation », suivant une terminologie inspirée de la théorie des cadres de l’expérience d’Erving Goffman. On le trouve sur des images promotionnelles. Il peut s’agir d’affiches, qui sont placardées dans la rue ou dans les couloirs du métro, mais qui sont aussi relayées dans la presse papier et numérique, ou sur les bases de données en ligne comme IMdB ou Allociné. Conçues pour de grands formats, ces affiches reprennent souvent les codes des affiches de cinéma (présence de l’ensemble du casting par exemple) et fournissent les informations pertinentes (diffuseur, date de sortie, etc.). À l’inverse, les images qu’on trouve sur les menus scrollables des plateformes de SVoD sont dotées d’une composition plus simple et donnent à voir uniquement le titre et un personnage. En effet, le but de l’affiche est d’accrocher le regard dans l’espace urbain, de se distinguer parmi d’innombrables sollicitations visuelles. Mais lorsque nous consultons une plateforme, notre attention est déjà focalisée sur les images présentées à l’écran, qui cherchent alors à définir un rapport plus intimiste au programme. On le trouve également au début ou à la fin des génériques (title cards). Le logo se détache sur fond noir ou sur fond d’un décor figuratif ou abstrait, comme dans le cas du début du générique de GLOW. De même que l’affiche, le générique peut assurer l’ancrage référentiel des titres qui en sont dépourvus, comme c’est le cas pour GLOW, dont on ne peut comprendre spontanément qu’il s’agit d’un acronyme pour Glorious Ladies of Wrestling, et donc que la série raconte l’histoire d’une équipe de catch féminine. Mais le titre apparaît aussi en version non stylisée dans les programmes télévisés, les encyclopédies en ligne, les bases de données, etc. Il a donc également une fonction de mot-clé, que les spectateur·rices peuvent entrer dans un moteur de recherche pour obtenir des informations au sujet de la série. Il constitue ainsi la métadonnée initiale qui permet d’accéder à l’ensemble des ressources documentaires et des informations concernant la série.
Le titre-logo est ainsi doté d’une forme d’existence autonome, il s’affiche dans notre paysage visuel même si nous ne regardons pas la série - et ce dans de nombreux pays, pourrait-on ajouter pour les exemples examinés ici (dans des versions en langue d’origine ou traduites selon la pratique qui est privilégiée à l’échelle nationale). Le voir passer sur des panneaux publicitaires, dans le menu d’une plateforme de streaming, dans un spot télévisuel, dans un article de presse, sur les réseaux socionumériques… revient déjà à faire l’expérience d’une forme de relation minimale avec la série, même si elle n’aboutit pas à la consommation effective.
De ce point de vue, on peut rappeler un rôle supplémentaire du titre de séries télévisées par rapport à ceux d’œuvres unitaires : la fonction d’identification ne concerne pas un contenu unique (un film, un livre) mais un ensemble de contenus (les épisodes). Élément stable et régulier, il permet au public de postuler l’unité de la série au-delà de la segmentation épisodique, et ce quelle que soit la formule narrative retenue (série ou feuilleton). Le titre occupe dès lors une fonction organisatrice, structurante et même suturante, en assurant le lien entre des objets épars. Il peut même être l’un des seuls éléments d’unification de la série, comme c’est le cas des séries d’anthologie dont les épisodes sont narrativement autonomes les uns des autres, à l’instar de Black Mirror. Il fournit ainsi l’invariant visuel et verbal qui rassemble les fragments. Le titre n’a donc pas seulement une fonction apéritive, mais aussi une fonction de fidélisation, il permet l’instauration d’une logique de « rendez-vous » qui persiste, sous des modalités différentes, à l’heure du streaming - ce qui recoupe deux des régimes de l’attention identifiés par Yves Citton : l’alerte, qui vise à accrocher le public pour susciter l’acte initial de consommation, et la fidélisation, qui instaure une relation sur le long terme.
En effet, les campagnes publicitaires ne se limitent pas à la sortie du pilote mais sont renouvelées à chaque événement : elles annoncent une nouvelle saison, la sortie sur un support physique (DVD, Blu-Ray), ou encore la sortie de produits dérivés. Le titre fonctionne donc, sur le long terme, comme l’opérateur de la promesse de retrouvailles avec le monde fictionnel, quelle que soit d’ailleurs la forme de ces retrouvailles (nouveaux épisodes, sortie d’un jeu, conventions…). Appliquée aux séries télévisées, la terminologie de Genette n’est dès lors pas sans poser de problèmes. En effet, Genette envisage le titre comme un péritexte, qui se trouve à l’intérieur du livre. Or, pragmatiquement parlant, le titre d’une série télévisée est d’abord un épitexte, dans la mesure où il est visible avant la diffusion de la série, à travers les campagnes de lancement dont elles font l’objet. En outre, la métaphore genettienne du seuil trouve ici sa limite : le générique, et la présentation du titre dont il est solidaire, se situe de plus en plus souvent non pas avant le début de l’épisode, mais après une voire plusieurs séquences : on peut difficilement, lorsqu’il est ainsi pleinement incorporé à l’épisode, considérer un titre comme une « zone indécise entre le dedans et le dehors ». Le titre n’est pas seulement à la lisière de la série : il est partout, il occupe l’espace médiatique y compris durant le temps d’attente qui sépare les épisodes ou les saisons. En effet, dans le cas des séries télévisées, la « hype », que Jonathan Gray définit comme « une campagne publicitaire qui va “au-delà” et “plus loin” que la norme admise, en établissant une présence accrue » ne se réduit pas à « une période courte et éphémère », elle est relancée avant chaque nouvelle saison.
La fonction la plus banale (et maintes fois commentée) de tout titre est d’informer sur le contenu de l’objet qu’il d…
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