L'allaitement maternel est universellement reconnu pour ses bienfaits nutritionnels et immunitaires essentiels au développement des nourrissons, en particulier des prématurés. Si l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande un allaitement exclusif jusqu'à l'âge de six mois, les pratiques et les perceptions autour de l'allaitement varient considérablement à travers les cultures et les religions. Cet article explore la notion d'allaitement adulte en Islam, en examinant ses fondements, ses implications juridiques et les débats qu'elle suscite.
L'allaitement maternel : une pratique valorisée dans l'Islam
Dans la tradition islamique, l'allaitement maternel est considéré comme une obligation morale et un droit accordé par Allah (Dieu) à l'enfant, conformément aux règles de la Charia (loi islamique). Le Coran encourage les mères à allaiter leurs enfants pendant deux années complètes, soulignant l'importance de cette pratique pour le développement de l'enfant. En cas d'incapacité maternelle, le Coran autorise le recours à une nourrice, créant ainsi un lien de parenté spécifique entre les deux familles.
Références coraniques :
- « Les mères allaitent leurs enfants deux années entières, [ceci] pour quiconque veut donner un complet allaitement » (Coran 2, 233).
- « Et si vous rencontrez des difficultés réciproques, alors, une autre allaitera pour lui » (Coran 65, 6).
Le Prophète Mohammad a confirmé que « l'allaitement produit la même interdiction en matière de mariage que produit l'enfantement », interdisant ainsi le mariage entre l'enfant allaité et sa nourrice, ainsi qu'avec les enfants de celle-ci (frères et sœurs de lait).
La mère de lait : une figure centrale dans la tradition islamique
Dans la tradition islamique, la mère de lait, plus communément appelée nourrice, est une femme qui allaite un enfant qui n'est pas biologiquement le sien. Cette pratique, courante à l'époque préislamique et encore présente dans certaines cultures, permet de nourrir et de protéger les orphelins, ou de suppléer une mère incapable d'allaiter en raison de maladie, d'hospitalisation ou d'autres raisons.
Les quatre écoles juridiques sunnites (Hanafite, Malikite, Shafi'ite et Hanbalite) partagent des principes communs concernant les conditions pour qu'une femme soit considérée comme une mère de lait, mais des variations spécifiques existent selon l'école juridique.
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Les conditions de l'allaitement et le statut de la mère de lait selon les écoles juridiques sunnites
Les quatre écoles juridiques sunnites s'accordent sur le fait que l'allaitement doit avoir lieu avant l'âge de deux ans. Cependant, des divergences existent quant au nombre de tétées nécessaires pour établir le lien de parenté par l'allaitement (rida'a) :
- École Hanafite : Toute tétée, même unique, est suffisante pour établir la relation entre la femme qui allaite et l'enfant. L'allaitement doit avoir lieu avant que l'enfant n'atteigne ses deux ans, et directement au sein. Nourrir l'enfant avec du lait exprimé en biberon n'est pas considéré comme suffisant.
- École Malikite : Une femme est considérée comme mère de lait dès lors qu'elle a allaité distinctement un enfant qui n'est pas le sien, sans exiger un nombre spécifique de tétées.
- École Shafi'ite : La mère de lait doit allaiter l'enfant à cinq reprises avant ses deux ans. Chaque tétée doit être complète, c'est-à-dire que l'enfant doit lâcher le sein de lui-même après avoir été rassasié. Les cinq tétées doivent être distinctes et séparées.
- École Hanbalite : Les cinq tétées doivent être complètes et nécessaires pour considérer une femme comme mère de lait. Elle doit allaiter le bébé avant l'âge de ses deux ans. Comme dans l'école Shafi'ite, l'enfant doit relâcher de lui-même le sein de la mère de lait pour attester que la tétée l'a rassasié. Les cinq tétées doivent être séparées et non consécutives.
Le témoignage de personnes est nécessaire dans certaines situations complexes pour attester du lien d'affiliation par le lait. La mère de lait doit reconnaître devant des témoins qu'elle a allaité, et ce témoignage doit être présenté à une autorité religieuse compétente (imam, sheikh ou tribunal islamique).
Conséquences juridiques et sociales de l'allaitement en Islam
Lorsqu'une femme allaite un enfant dans les conditions requises par la jurisprudence islamique, l'enfant devient son enfant de lait (mahram). Cela entraîne plusieurs conséquences juridiques et sociales :
- Interdiction du mariage : L'enfant ne peut pas se marier avec la nourrice, ni avec les enfants biologiques de sa mère de lait.
- Absence de droits d'héritage : La relation de nourrice ne crée pas de droits d'héritage entre la nourrice et l'enfant allaité, contrairement à la relation de parenté biologique.
- Règles de pudeur : Les filles n'ont pas besoin de porter le hijab devant leurs frères de lait, ce qui facilite les interactions et renforce les liens familiaux. Les frères de lait peuvent également récupérer leurs sœurs de lait sans la nécessité d'être accompagnés d'un mahram.
L'allaitement adulte : une interprétation controversée
La notion d'allaitement adulte en Islam a suscité des débats et des controverses, notamment en raison de son utilisation pour contourner les règles de mixité entre hommes et femmes. Certains cheikhs ont émis des fatwas (avis religieux) autorisant une femme à allaiter un homme adulte (généralement cinq fois) pour créer un lien de parenté de lait et ainsi permettre à l'homme de fréquenter la femme sans enfreindre les règles de pudeur.
Ces fatwas ont été largement critiquées et ridiculisées, car elles semblent ignorer la dimension biologique et émotionnelle de l'allaitement. De plus, elles soulèvent des questions éthiques et pratiques quant à la faisabilité et à la pertinence de cette pratique.
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