Tomber enceinte peu de temps après une précédente grossesse soulève des questions importantes concernant les risques potentiels pour la mère et l'enfant. Cet article examine en profondeur les grossesses rapprochées, en s'appuyant sur des études et des recommandations d'experts pour vous informer des risques, des avantages et des considérations essentielles pour une telle situation.
Savoir s’entourer
Bien avant la naissance de votre enfant, il est primordial de « sonder » votre entourage pour savoir qui pourra vous venir en aide le moment venu. Même si vous avez l’impression que vous pourrez tout gérer une fois ce deuxième enfant né, mettez en place des solutions de secours pour les jours où vous serez épuisée ou vous aurez juste besoin d’aide. Amies, mamies, halte-garderie, même si vous n’avez pas envie de laisser votre premier bébé, vous aurez besoin de respirer et de vous reposer. Essayez donc de trouver une solution qui correspond à vous et votre enfant.
Définition et recommandations
Une grossesse est considérée comme rapprochée lorsque la conception survient moins de 18 mois après l'accouchement précédent. Certaines organisations, comme l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), recommandent même d'attendre au moins 24 mois. Ces recommandations visent à minimiser les risques potentiels pour la mère et l'enfant.
Risques de prématurité
Bien qu’il n’y ait pas d’écart idéal à proprement parler entre deux enfants, les études sont néanmoins formelles et mettent en garde : les grossesses rapprochées entraîneraient des risques de prématurité. En effet, accoucher moins de 18 mois après votre premier enfant augmente le risque d’accoucher prématurément. Selon le Royal College of Obstetricians and Gynaecologists, 53,3 % des femmes qui ont à nouveau un enfant la même année accouchent avant les 39 semaines. Au-delà d’un an et demi d’écart, le risque tombe à 37,5 %. Ainsi, même si vous vous sentez d’attaque à tomber à nouveau enceinte, pour votre corps, ce n’est peut-être pas encore le cas…
Une étude canadienne portant sur 148 544 grossesses a révélé qu'un intervalle de moins de douze mois entre la fin d'une grossesse et le début de la suivante "augmente nettement les risques" pour la mère et/ou l'enfant. Les risques d'accouchement prématuré sont augmentés d'environ 60 % chez les femmes de 20 à 34 ans pour les grossesses espacées de 6 mois (53 cas pour 1000) comparées aux grossesses espacées de 18 mois (32 cas pour 1000).
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Risques accrus pour la mère
Les femmes de 35 ans et plus sont particulièrement vulnérables. Le taux de mortalité ou de morbidité grave est plus de doublé dans le cas de grossesses espacées de 6 mois (6,3 pour 1000) contre celles espacées de 18 mois (2,6 pour 1000).
Une grossesse rapprochée est un facteur de risque de carence martiale maternelle et de complications néonatales de type hypotrophie et hypothermie.
Prévenir la fatigue
Une grossesse, bien que cela ne soit pas une maladie, est fatigante pour votre corps. Votre organisme est modifié et très sollicité. Débit sanguin qui augmente, organes qui font de la place au locataire, ce n’est pas anodin. On dit qu’il faut 9 mois pour faire un bébé et 9 mois pour s’en remettre : ce n’est peut-être pas une simple façon de parler. Lancer une nouvelle grossesse rapidement peut se révéler éreintant. En dehors de l’effet de votre état… il y a aussi un premier enfant dont il faut s’occuper et qui demande énormément d’énergie. Si vous êtes à la maison, profitez de ses siestes pour vous aussi vous poser. Sinon, vous coucher tôt le soir vous préservera de l’épuisement. Écouter ce que votre corps vous dit, c’est ça le secret ! Une fois votre deuxième petit bout né, il faudra redoubler de vigilance et revoir vos priorités. Dormir, manger, les enfants, c’est ce qui compte et c’est déjà beaucoup. Pour le reste, sollicitez le papa, les grands-parents. Une aide ménagère peut également être une excellente idée. Aussi, réservez-vous des moments de plaisir, un peu chaque jour : dessin, bain, lecture, la fatigue psychique s’installera moins facilement si vous gardez ces sas de décompression.
Facteurs de risque et complications
Une étude rétrospective cas-témoins entre 2007 et 2009 a révélé que le facteur de risque principal d’une grossesse rapprochée est l’absence de profession (OR=3,2 ; p<0,001). Il existe un lien significatif entre l’absence de prescription de contraception en post-partum et un intervalle court entre deux grossesses (OR=3,4 ; p<0,001).
Les principaux déterminants indépendants de grossesses rapprochées sont : l'âge ≤ 21 ans, l'absence de profession, les antécédents de « pertes fœtales », de prématurité, de nouveau-nés avec un petit poids de naissance, l'origine géographique. Le tabac ainsi que l'allaitement artificiel et l'absence de contraception dans le post-partum sont des déterminants retrouvés lors de la première grossesse.
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Un intervalle court entre les grossesses est associé à un risque significativement plus élevé de transfusion maternelle dans le post-partum immédiat, de prématurité, d'enfant de petit poids de naissance, d'hypotrophie, de réanimation néonatale et d'IMG.
Grossesses rapprochées : revue de la littérature
Plus le délai entre grossesses a été court, plus les conséquences ont été défavorables hormis le risque de pré-éclampsie qui s’est retrouvé diminué. Le risque d’hémorragie du post-partum et le mode d’accouchement ont été identiques en fonction des différents intervalles entre grossesses.
Le contexte socio-économique le plus souvent défavorable et les conséquences néfastes des grossesses rapprochées nécessitent un suivi particulier de la part de la sage-femme. Sa principale action doit porter sur l’éducation de la femme à la contraception. Elle peut, en fonction du contexte, mettre en place un accompagnement multidisciplinaire médico-psycho-social.
Les avantages des enfants rapprochés
L’avantage des enfants qui n’ont pas beaucoup d’écart c’est qu’ils développent généralement une grande complicité, un peu à l’instar des jumeaux. Sauf que quand le petit a besoin d’un biberon, l’aîné de quelques mois, lui, peut déjà manger à la cuillère et seul. Un petit détail qui a toute son importance dans les journées bien chargées de papas et de mamans de deux jeunes enfants. En grandissant, quand vous expliquez quelque chose pour l’un, l’autre écoute aussi : vous traversez les mêmes phases pour les deux, de manière pas si éloignée. Quant aux jouets, ils peuvent se les partager. Il y a aussi tout un tas d’avantages à avoir des enfants rapprochés !
Et le couple dans tout ça ?
Un enfant, ça bouscule le couple. Deux enfants, surtout très proches, aussi ! Les nuits, les biberons, la maison, cela prend du temps : vous vous croisez plus que vous vous voyez ? Ayez confiance, il ne s’agit que d’une période délicate à passer. Dans quelques mois, vous retrouverez intimité et complicité. Et si possible, essayez de vous octroyer une après-midi, un dîner en tête-à-tête régulièrement, histoire d’entretenir la flamme.
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Importance de la contraception
Un espacement court des grossesses pourrait refléter des grossesses non planifiées, en particulier chez les jeunes femmes. Que les risques élevés soient dus au fait que notre corps n’a pas le temps de se rétablir ou à des facteurs associés à des grossesses non planifiées - comme des soins prénatals inadéquats - la recommandation est la même : améliorer l’accès à la contraception après l’accouchement ou s’abstenir de rapports sexuels non protégés avec un partenaire masculin après une naissance.
Attendre ou ne pas attendre ?
On estime que s'il faut 9 mois pour faire un bébé, il en faut au moins 9 autres à la femme pour s'en remettre. Soit un écart de 18 mois minimum. En dessous de ce seuil, on peut parler de grossesses rapprochées comme lorsque deux enfants ont un an d'écart par exemple.
Dans certains cas, il vaut mieux attendre un peu plus longtemps, notamment si vous avez eu des jumeaux. "Le corps est souvent plus distendu et a besoin de plus de temps pour se remettre" explique la généraliste. Et puis, quand on a déjà deux bébés, il vaut mieux attendre qu'ils soient un peu plus autonomes pour faire le troisième. Qu'ils marchent notamment.
A l'inverse, attendre trop pour faire le suivant peut générer un décalage. L'un fait la sieste, l'autre non, les centres d'intérêts ne sont plus forcément les mêmes ce qui complexifie le choix d'activités en famille. Idem pour les jouets surtout s'ils partagent la même chambre. Le bébé peut aussi réveiller son frère ou sa sœur la nuit avec ses pleurs. Et puis, il peut être difficile de remettre le nez dedans quand vous êtes sortie des couches, que votre grand dort bien, bref, que vous avez retrouvé une certaine indépendance, un certain confort.
D'autre part, le Dr. De Gasquet tient à souligner qu'aujourd'hui la fertilité a beaucoup diminué et que nombre de couples peinent à concevoir un bébé. "Si le premier a mis beaucoup de temps à venir et que l'on a passé les 35 ans, il est préférable de ne pas attendre trop longtemps entre les deux car il y a un risque que le second ne vienne pas non plus tout de suite". Elle constate d'ailleurs de plus en plus d'hypofertilité (diminution de la fertilité chez la femme ou/et chez l'homme) au moment de la conception du deuxième enfant.
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