Ginette Leclerc, née Geneviève Menut le 9 février 1912 à Paris et décédée en 1992, fut une figure marquante du cinéma français, souvent cataloguée comme la "garce" de l'écran, une étiquette réductrice qui ne rend pas justice à la complexité de son talent et de sa personnalité. Son parcours, des rôles de figuration à la consécration grâce à Marcel Pagnol, est jalonné de succès, de controverses et d'une indéniable singularité.

Une beauté singulière et une personnalité attachante

Ginette Leclerc ne ressemblait pas à "tout le monde". Elle possédait une personnalité forte, une beauté éclatante et une spontanéité qui la rendaient unique. Son visage, encadré de cheveux roux sombres (naturellement châtains, rehaussés d'un henné photogénique), était illuminé par des yeux brun vert expressifs et un sourire dévoilant des dents terriblement blanches. Malgré cette beauté, elle restait simple, joyeuse, légère et insouciante, comme un enfant. Elle était gaie, bien qu'avec des crises de cafard, assez coléreuse, mais pas rancunière. Elle aimait jouer à la belote, mais préférait le poker.

Débuts et ascension : de la figuration à la reconnaissance

Issue d'une famille de bijoutiers aisés, Ginette Leclerc est une enfant très gâtée. Elle se marie très jeune, à dix-sept ans, avec Lucien Leclerc, un danseur de l'Opéra de vingt ans son aîné, dont elle divorcera mais conservera le nom. Son attrait pour la danse et le théâtre la pousse à poser pour des cartes postales et à faire de la figuration au cinéma. Ses débuts sont modestes, avec des apparitions dans La Dame de chez Maxim’s d'Alexandre Korda et Ciboulette. Elle est ensuite remarquée par Jacques Prévert, qui la conseille et l'aide à progresser.

Elle enchaîne ensuite les petits rôles, notamment à Berlin dans L’Etoile de Valencia aux côtés de Simone Simon et Jean Gabin, et dans Cette vieille canaille avec Harry Baur et Pierre Blanchar. Elle retourne à Berlin pour Adieu les beaux jours, toujours avec Jean Gabin et Brigitte Helm. Suivent Une heure, Une rencontre, Le Témoin, Toto, et Le Commissaire est bon enfant.

La révélation : Prison sans barreaux et La Femme du boulanger

Ginette Leclerc accède à des rôles plus importants au milieu des années 1930. En 1937, elle se fait remarquer dans Prison sans barreaux de Léonide Moguy, où elle interprète une détenue révoltée avec une perversité touchante. Ce rôle marque un tournant dans sa carrière.

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C'est Marcel Pagnol qui la consacre en 1938 avec La Femme du boulanger, où elle incarne Aurélie, l'épouse infidèle mais attachante de Raimu. Pagnol lui fait changer sa coiffure et mise sur son jeu de silences et d'expressions fugitives. Ginette Leclerc y révèle sa spontanéité naturelle. Ce rôle lui vaut une immense popularité et la propulse au rang de vedette.

Une image de "garce" et des rôles marquants

Après La Femme du boulanger, Ginette Leclerc est souvent cantonnée à des rôles de femmes fatales, de "garces" au charme coquin. Elle incarne des personnages légers ou de très petite vertu, des "petites femmes" ignorant le sens du mot vertu, comme si elle avait le feu au corps. Elle joue dans Métropolitain, Le Ruisseau, Coups de feu, L’Empreinte du dieu, Le Briseur de chaînes, Fièvres, Le Chant de l'exilé, Le Mistral, Le Val d'enfer et Le Dernier Sou.

Elle est la rivale de Pomponette et devient une véritable splendeur de femme de désir, servie par des yeux de braise, un sourire charnel et une voix canaille. Sa mèche rebelle dissimule le côté gauche de son visage sensuel, doté d’une pointe de perversité.

Malgré cette image, elle parvient à nuancer son jeu et à montrer une maturité émouvante dans Le Val d’Enfer de Maurice Tourneur en 1943.

Le Corbeau et les années sombres de l'après-guerre

En 1943, Ginette Leclerc interprète l'un de ses rôles les plus marquants dans Le Corbeau d'Henri-Georges Clouzot, où elle est admirable d'émotion retenue dans le rôle de Denise, une femme boîteuse à la réputation douteuse. Cependant, à la Libération, elle est accusée d'avoir tourné pour la Continental, une société de production allemande. Le Corbeau est interdit jusqu'en 1947. Elle est également éclaboussée par les affaires de son compagnon d'alors, Lucien Gallas, et passe près d'une année en prison.

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Le retour au cinéma et les dernières années

Après sa sortie de prison, Ginette Leclerc reprend le chemin des studios en 1949 avec Un Homme marche dans la ville de Marcello Pagliero. Elle continue à tourner dans des films variés, comme Le Plaisir de Max Ophüls en 1951, où elle retrouve Jean Gabin, et Gas-oil de Gilles Grangier en 1955. Elle côtoie même l'avant-garde avec Goto, île d’amour de Walerian Borowczyk en 1968, où elle réalise son premier nu intégral. Son dernier film est La Barricade du point du jour en 1977.

En 1963, elle publie ses mémoires, Ma vie privée, un témoignage franc et émouvant.

Ginette Leclerc décède en 1992 à l'âge de 80 ans.

Vie privée et famille

En 1953, Ginette Gillet (Leclerc) rencontre Louis Leclerc. De leur union sont nés trois enfants : Jean-Louis, Marie-Jo et Jacques. Arrivé à Dampierre en 1966, le couple a repris la boucherie du village, puis quelques années plus tard, a ouvert le restaurant du Manoir. Cet établissement a vite pris une place centrale dans la vie locale et a profité de la clientèle des ouvriers des chantiers du gazoduc et de l’autoroute A31. Louis et Ginette cuisinaient pour les Fêtes de la bière de Dampierre, accueillaient les repas associatifs, les mariages, jusqu’à la construction de la salle des fêtes. Le couple s’est dépensé sans compter, trouvant encore le temps de choyer leurs huit petits-enfants. Pour Ginette, la famille était ce qu’il y avait de plus important. Dynamique, aimante, généreuse, Ginette aura pour raison de vivre de fédérer autour d’elle. Elle aimait avoir des visites pour égayer sa solitude, s’adonnait à la peinture, la lecture, les jeux de société. En 2019, elle a eu la douleur de perdre son mari. Handicapée et se déplaçant en fauteuil roulant, elle a réussi à rester à domicile grâce à un service médical optimal et un personnel soignant dévoué. C’est entourée par l’affection des siens que Ginette s’est éteinte.

Particularités physiques et morales

Ginette Leclerc mesurait 1m63 et pesait 54 kilos. Elle avait les yeux brun vert et les cheveux châtains, qu’un henné photogénique rendait auburns. Elle avait des dents éclatantes. Elle était gaie avec des crises de cafard, assez coléreuse, mais pas rancunière. Paresseuse, elle adorait son métier et travaillait avec joie. Pas menteuse, mais assez changeante, elle était un peu gourmande, mais ne savait pas mieux faire la cuisine que le ménage. Très sportive, elle nageait, faisait du canot et de la culture physique avec entrain. Elle lisait et sortait peu. Elle allait voir la plupart de ses films, mais pas tous.

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Enfant très gâtée, elle fut instruite à la maison. Toute petite, elle voulait être danseuse classique. À sept ans, elle apprit avec regret que ses parents ne voulaient pas la laisser entrer à l’Opéra. Elle s’exerça seule, puis dans des sociétés d’amateurs, fit des petits numéros gentils à des fêtes de bienfaisance.

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