Gilles Gressani est une figure montante du paysage intellectuel français, reconnu pour son expertise en géopolitique et sa contribution au renouveau du débat d'idées en France et en Europe. Intellectuel et essayiste français, spécialisé dans la géopolitique et la pensée stratégique contemporaine, il est le président du Groupe d’études géopolitiques (GEG) et le directeur de la revue Le Grand Continent, qui analyse les enjeux internationaux. Il publie des essais, des articles et des réflexions d'experts et de chercheurs sur les relations internationales, avec un accent sur l'Europe et ses relations avec le reste du monde.

Jeunesse et formation : Un parcours d'excellence

Originaire du Val d'Aoste, Gilles Gressani a suivi un parcours scolaire brillant, marqué par son passage au lycée Louis-le-Grand, avant d'intégrer l'École normale supérieure (ENS). Doté de ce typique mélange d'ardeur et de sérieux des « archicubes », les jeunes fondateurs ont pris leur quartier au dernier étage de l'ENS, avec vue plongeante sur la « cour aux Ernest ».

Carrière et engagements : Un acteur clé du débat intellectuel

Son CV, déjà impressionnant pour son jeune âge, témoigne de son engagement dans la vie intellectuelle française. Il est maître de conférences à Sciences Po, ingénieur de recherche au Collège des Bernardins, et a été rapporteur de la rencontre Mattarella-Macron au château de Chambord en 2019.

En 2017, il fonde, avec Mathéo Malik et Pierre Ramond, le Groupe d'études géopolitiques (GEG) à l'ENS, un think tank indépendant qui se consacre à l'analyse des enjeux géopolitiques contemporains. Rapidement, le petit groupe entraine dans son sillage la crème des élèves de l'ENS, dont deux des arrière-petits-fils de Jacques Lacan, Mathieu et Baptiste Roger-Lacan. Progressivement, il organise des séminaires hebdomadaires, puis un cycle de sept conférences magistrales, baptisé « Une certaine idée de l'Europe », retransmises en direct dans une vingtaine de villes européennes, qui ont touché un public de 30.000 personnes.

Le Grand Continent : Une revue d'idées novatrice

En 2019, Gilles Gressani cofonde, avec Mathéo Malik et Ramona Bloj, la revue numérique Le Grand Continent, qui ambitionne de renouveler le débat d'idées en France et en Europe. « On a eu l'idée de créer quelque chose parce qu'on ne trouvait pas vraiment ce qui nous plaisait dans l'écosystème existant. On a essayé de combler un vide », explique Gilles Gressani.

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La revue se distingue par son approche transdisciplinaire, son ouverture aux différentes perspectives, et sa volonté de connecter le monde académique, les décideurs politiques et le grand public. Pour le rédacteur en chef de la revue, Mathéo Malik, le modèle c'est clairement la revue américaine Foreign Affairs même s'il cite aussi volontiers comme références les sites de The Atlantic, et de Foreign Policy. « On était tous des lecteurs de « Foreign Affairs ». Ils ont un modèle qui fonctionne bien dans un bon écosystème », reconnaît Gilles Gressani.

Le Grand Continent s'est rapidement imposé comme une référence dans le paysage intellectuel francophone, attirant un large public et suscitant l'intérêt des médias et des personnalités politiques. Un must qui dépasse largement le cercle des « archicubes »… On y croise ministres, économistes et chercheurs avides de nouveaux angles et d'horizons élargis : du philosophe Toni Negri, icône de l'extrême gauche italienne, à l'économiste social-libéral Jean Pisani-Ferry, grand artisan du programme économique d'Emmanuel Macron. On compte aussi le Nobel Jean Tirole, l'économiste du MIT Olivier Blanchard, Pascal Lamy, Laurence Boone, ou l'écrivain Mario Vargas Llosa parmi les plumes régulières du Grand Continent (GC) qui revendique désormais le titre de « première revue d'idées francophone » (avec 8 millions de pages vues sur 2021).

La revue a notamment publié une interview remarquée du président Emmanuel Macron en novembre 2020, qui a contribué à renforcer sa notoriété et son influence. En novembre 2020, la conseillère d'Emmanuel Macron en charge de la communication internationale, Anne-Sophie Bradelle, propose au président d'accorder sa grande interview sur sa vision du monde post-Covid au Grand Continent, cette nouvelle revue numérique repérée par la cellule diplomatique de l'Elysée. « L'interview de Macron a dopé le Grand Continent et a eu un retentissement énorme en Europe », estime Gilles Kepel. « L'idée de l'interview de Macron venait de l'Elysée », précise Gilles Gressani.

Signe de sa réactivité : à la veille de l'invasion de l'Ukraine, le GC est le premier site à publier une traduction en français du discours fleuve de Poutine du 21 février, commentée ligne à ligne par un jeune chercheur diplômé de King's College, Milan Czerny.

Une approche novatrice du débat d'idées

Gilles Gressani et son équipe ont su adapter Le Grand Continent aux enjeux du XXIe siècle, en articulant le temps du tweet avec le temps du livre, et en utilisant les outils numériques pour diffuser leurs idées à un large public. « Pour faire une revue au XXIe siècle il faut penser à l'environnement numérique. C'est une des grandes leçons des revues américaines. Une bonne revue doit réussir à articuler le temps du tweet avec le temps du livre », martèle ce normalien hyperactif de 30 ans à l'allure juvénile.

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Ils ont compris qu’il fallait envisager le numérique « non pas comme un moyen mais comme un contexte » pour proposer une revue de notre temps. Ils veulent une revue nerveuse, où chaque article peut être un prototype.

Leur approche se caractérise par une volonté de décloisonner les savoirs et les disciplines, et de favoriser le dialogue entre les différents acteurs de la société. « On s'est rendu compte qu'il y avait cette demande pour aborder les questions européennes sans parler nécessairement des institutions. On a voulu faire sortir l'Europe des 'affaires européennes''», résume Gilles Gressani. Pour les fondateurs du GC, « Le sujet n'a jamais été de faire une revue réservée aux 30-40 ans. Notre objectif, c'est de décloisonner trois sphères : celles de l'université et la production du savoir, la décision au sens large (institutions, ONG…) et le débat public. Notre pari est de nous concentrer sur les grandes tendances de fond : la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis, la transformation écologique, le capitalisme politique… On connaît beaucoup mieux les dynamiques du parti socialiste français que celles du parti communiste chinois : c'est un vrai problème. »

Positions et engagements : Au-delà des clivages traditionnels

Politiquement, le Grand Continent ne revendique aucun positionnement particulier. « Quand on aborde un sujet, on essaye d'être structurant et pas structuré. Le but n'est pas de prendre position. Pour faire une revue aujourd'hui dans une époque où tout est en transformation, il ne faut pas être positionné idéologiquement, mais essayer d'aller chercher des pièces de doctrine, des éléments de fond qui servent à expliciter comment fonctionnent les nouveaux clivages », détaille le fondateur.

Gilles Gressani se positionne comme un intellectuel engagé, soucieux de comprendre les transformations du monde contemporain et de contribuer à un débat public éclairé. « Aujourd'hui on vit dans la « politique de l'Interrègne », [c'est d'ailleurs le titre du premier volume publié chez Gallimard, NDLR], une époque de transition. Que ce soit Macron ou Zemmour à l'Elysée, on aura deux tendances inéluctables : la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis, et la transition verte en face de nous. »

Du numérique au papier : Un nouveau chapitre pour Le Grand Continent

Trois ans après sa création, la revue numérique s'apprête à bousculer le petit cercle des doyennes du secteur, en lançant sa première version papier avec Gallimard. Avec Mathéo Malik et la jeune chercheuse roumaine Ramona Bloj, deux autres cofondateurs du Grand Continent, il a convaincu le patron de Gallimard, Antoine Gallimard, de les aider à faire le chemin inverse de toutes les autres revues d'idées : passer du statut de « pure player » numérique à une édition papier. C'est le politologue Gilles Kepel, directeur de collection chez Gallimard qui a joué les « bons offices » et accueillera le premier volume, le 24 mars, dans sa collection Esprits du Monde.

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Pour Gilles Kepel, « la liberté de cet espace qui n'est pas lié aux forces de l'argent est précieuse pour Gallimard. Antoine Gallimard est accro comme moi. Le Grand Continent est aussi un antidote au poison de l'idéologie qui intoxique l'université en sciences humaines. »

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