L'avortement est un sujet de discorde aux États-Unis, notamment en Géorgie. L'influence grandissante de la droite religieuse, en particulier des évangéliques, sur la scène politique a exacerbé les tensions, entraînant des restrictions sévères du droit à l'avortement dans plusieurs États. Cet article explore l'interaction complexe entre la religion, les lois et le droit à l'avortement, en se concentrant sur la situation en Géorgie et les implications à l'échelle nationale.

Un témoignage poignant à Savannah

À Savannah, en Géorgie, Callie Beale Harper a partagé un témoignage poignant sur les difficultés qu'elle a rencontrées pour accéder à un avortement. Elle a raconté avoir "prié pour que mon fils meure naturellement à l'intérieur de moi, aucune mère ne devrait en venir à espérer cela." Son histoire met en lumière les conséquences désastreuses des restrictions sur les droits reproductifs dans cette région conservatrice des États-Unis. La campagne de Kamala Harris a affrété un bus pour sensibiliser les électeurs dans les territoires de droite. Les démocrates ont en tête un chiffre clé : une étude d'Associated Press et de l'université de Chicago a révélé que six Américains sur dix estiment que l'avortement devrait être légal en toutes circonstances, soit une augmentation de 12 points en seulement trois ans. Un chiffre similaire est observé chez les indépendants, que Harris et Trump se disputeront en novembre.

L'influence de l'USCCB sur Obamacare

En novembre 2009, lors du débat sur l'Obamacare, l'USCCB (Conférence épiscopale américaine) s'est immiscée dans les discussions, craignant que la loi ne permette le financement public des avortements. Les évêques ont lancé une campagne de terrain intense, encourageant les prêtres à sensibiliser leurs fidèles et à les inciter à contacter leurs parlementaires pour amender la loi.

Restrictions croissantes en Géorgie et ailleurs

La Géorgie a adopté une loi interdisant l'avortement dès qu'un battement de cœur du fœtus peut être détecté, soit autour de six semaines de grossesse. Bien qu'un amendement proposé par les démocrates demandant que les cas d'inceste ou de viol constituent des exceptions ait été rejeté, selon la nouvelle loi, les femmes de cet État du Sud ne pourront plus avoir recours à l’avortement que si leur vie ou celle du fœtus sont en danger. Ces décisions ont provoqué un profond émoi parmi les militants pro-choix, qui se battent actuellement dans plusieurs États pour faire adopter de nouveaux textes visant à protéger le droit à l'avortement. Dans le camp pro-vie, les récentes restrictions adoptées dans plusieurs États ont revigoré les militants anti-IVG, qui espèrent que d'autres États suivront l'exemple de l'Alabama et de la Géorgie. En multipliant l'adoption de nouvelles lois, les anti-avortement espèrent déclencher une bataille judiciaire qui pourrait les mener devant la Cour suprême.

La Cour suprême et l'arrêt Roe vs. Wade

L'enjeu est particulièrement important pour Donald Trump, dont l'électorat évangélique blanc est l'un des plus favorables à l'interdiction de l'avortement. La Cour suprême des États-Unis a basculé du côté des conservateurs, ce qui pourrait permettre de renverser l'arrêt Roe vs. Wade, qui garantit le droit à l'avortement depuis 1973. Bien que s'affirmant pro-vie, certains pasteurs évangéliques estiment que l'adoption de lois restrictives va trop loin. De nombreux experts estiment que la loi de l'Alabama est trop extrême pour pouvoir remettre en question la jurisprudence de 1973. En revanche, les juges de la Cour suprême pourraient être amenés à rogner sur le droit à l'avortement établi dans l'affaire Roe vs. Wade, en s'appuyant sur plusieurs lois moins restrictives adoptées dans d'autres États.

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L'influence politique des évangéliques

Les évangéliques, avec environ 665 millions de fidèles dans le monde, exercent une influence politique grandissante, notamment aux États-Unis. Ils ont investi la scène politique pour contrecarrer des avancées sur le plan des droits humains. En témoigne l'annulation par la Cour suprême américaine de l'arrêt Roe vs. Wade de 1973, qui a mis fin à la garantie du droit à l'avortement dans le pays.

Lors des émeutes du 6 janvier 2021, Dieu était omniprésent, associé au président sortant Donald Trump. Plus d'un Américain sur cinq se définit comme « évangélique » ; majoritairement blancs, les évangéliques forment un bloc électoral compact. Ils ont plébiscité Donald Trump lors de l'élection présidentielle de 2016 (77 %) et davantage en 2020 (84 %), soit le plus gros score jamais obtenu par un candidat. L'alliance de la droite chrétienne avec Donald Trump symbolise une alliance de circonstance, forgée pour accéder au pouvoir.

Les évangéliques blancs apparaissent comme le groupe le plus facilement réceptif aux absurdités conspirationnistes, le plus méfiant vis-à-vis de leurs adversaires politiques, et le plus agressivement anti-intellectuel. L'évangélisme américain repose sur une nébuleuse d'influenceurs, de pasteurs et de théologiens. Ce qui distingue toutes ces chapelles, c'est l'expérience centrale donnée à la conversion, à l'âge adulte, après une vie de péchés et d'errance. Une conversion vécue comme une « renaissance ». Également, dans la boîte à outils du message évangélique, l'Apocalypse n'est pas intervenue dans le passé biblique, mais adviendra dans un futur plus ou moins proche, et seule une poignée d'élus sera sauvée. Les croyants en tirent une vision plutôt manichéenne du monde. Dans la version politique du mouvement, le mal est aujourd'hui incarné par les démocrates, les « gauchistes », les gays, les élites mondialistes.

L'agenda évangélique et ses critiques

L'agenda de l'évangélisme politique se résume à "restreindre le droit des femmes et des minorités, dicter les contenus éducatifs et gommer la séparation entre l'Église et l'État". L'influence de l'évangélisme dans le secteur de l'éducation publique est notable, notamment au Texas, où le gouvernement décide du contenu des livres d'histoire par le biais d'une commission noyautée par des évangéliques. Les éditeurs scolaires américains adaptent alors leur message à l'énorme marché scolaire texan, et ces livres sont distribués dans d'autres établissements à travers le pays.

Pourtant, lorsque les Églises se font courroie de transmission du trumpisme, de nombreux croyants s'en éloignent. Joshua Krause, un chrétien de Houston ayant rejeté l'évangélisme à l'adolescence, confie avoir eu des « conversations exaspérantes » avec d'anciens coreligionnaires concernant le déclin de la fréquentation des églises. « Pour eux, le problème vient des laïcs et des libéraux qui attaquent la foi. Ils accusent les médias, les écoles publiques, les universités, les féministes, les défenseurs de la justice sociale, Black Lives Matter, les gays… Toutes ces forces extérieures seraient en guerre contre Dieu ».

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L'accès à l'avortement en Floride : un exemple de résistance

La Floride, sous l'impulsion du gouverneur républicain Ron DeSantis, a adopté une politique anti-choix restrictive. En avril 2022, le Congrès de l'État a voté une interdiction de l'avortement au-delà de quinze semaines de grossesse. Une nouvelle loi a par la suite abaissé ce délai à six semaines, délai en vigueur depuis le 1er mai 2024. Au-delà de cette restriction, l'État cherche aussi à complexifier l'accès à l'IVG de multiples manières, en obligeant la patiente à venir à deux consultations espacées d'au moins 24 heures, consultations devant être réalisées en personne et non à distance, même pour recourir à un avortement médicamenteux, ou encore à recueillir le consentement parental pour une personne mineure souhaitant avorter. Le médecin doit quant à lui procéder à une échographie même si elle n'est pas médicalement nécessaire. Par ailleurs, il est interdit d'envoyer des pilules abortives par courrier à une patiente. Les différences de couverture maladie impactent également l'accès à l'avortement des femmes floridiennes et engendrent des disparités entre elles.

Les mobilisations citoyennes en Floride, à travers des organisations pro-choice, illustrent la résistance face aux restrictions sévères du droit à l'avortement dans cet État. Ces initiatives se déploient alors que chaque État est désormais libre de légiférer, aggravant les inégalités d'accès à l'avortement selon le territoire et les moyens financiers des femmes.

L'arrêt Dobbs et ses conséquences

Le 24 juin 2022, la Cour suprême des États-Unis a rendu son jugement dans l'affaire Dobbs v. Jackson Women's Health Organization, renversant les précédents Roe v. Wade (1973), Doe v. Bolton (1973) et Planned Parenthood v. Casey (1992), mettant fin à la protection de l'avortement sur l'ensemble du territoire fédéral. Désormais, le sort des femmes souhaitant avorter est bien différent selon l'État où elles résident. L'Arkansas, comme de nombreux États de la Bible Belt, interdit l'avortement, tandis que les États démocrates de la côte ouest et du nord-est garantissent le droit à l'avortement. Ces différences légales aggravent les inégalités en matière d'accès à l'avortement entre les femmes étatsuniennes. On estime en 2024 qu’environ 155 000 personnes sont allées avorter dans un autre État que celui où elles résident, soit 15% du nombre total d’avortements pratiqués dans les États où il demeure légal.

L'amendement Hyde et les inégalités économiques

L'amendement Hyde de 1976 exclut les avortements des dispositifs de santé remboursés par l'État fédéral aux citoyens les plus démunis via le programme Medicaid, sauf si la grossesse fait suite à un viol ou à un inceste, ou si la vie de la femme est menacée. Les États appliquant l'amendement Hyde renforcent les inégalités entre les femmes étasuniennes selon leur État de résidence. Aujourd’hui, seuls vingt États (soit 40% des États-Unis) prévoient un remboursement partiel ou total d’un avortement pour des raisons allant au-delà des clauses prévues par l’amendement Hyde

La Floride : un État pivot en matière de droit à l'avortement

Malgré la politique ultraconservatrice de l’administration DeSantis, la Floride est un État à la sociologie bien particulière. L'histoire électorale de cet État nous apprend néanmoins que celui-ci ne fut pas toujours acquis au Parti républicain. Encore considérée comme un Swing State, la Floride a soumis au vote l'Amendment 4 ayant pour but d'inscrire dans sa Constitution le droit à l'avortement, qui aurait annulé les restrictions mises en place par l'administration DeSantis. L’amendement a recueilli 57,2% des suffrages exprimés, une majorité nette, mais qui n’a pas suffi à sa validation, car en Floride un amendement constitutionnel doit obtenir une majorité qualifiée de 60% pour être approuvé.

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