L'avortement chez les génisses représente une préoccupation majeure pour les éleveurs, entraînant des pertes économiques significatives et des perturbations dans le cycle de reproduction du troupeau. Comprendre les causes sous-jacentes, mettre en œuvre des stratégies de diagnostic efficaces et adopter des mesures préventives appropriées sont essentiels pour minimiser l'incidence de l'avortement et assurer la santé et la productivité du troupeau.

Importance de la Déclaration des Avortements

Historiquement motivée par la lutte contre la brucellose, la déclaration de l’avortement chez les bovins, ainsi que de tout épisode abortif chez les petits ruminants (au moins trois avortements sur une période de sept jours), est obligatoire auprès du vétérinaire sanitaire de l’élevage. L'État prend en charge la visite et les prélèvements. Bien que cette obligation soit parfois négligée en raison de l'éradication de la brucellose en France, elle demeure cruciale pour surveiller et contrôler d'autres causes d'avortement.

Causes Infectieuses d'Avortement

Plusieurs agents infectieux peuvent être responsables d'avortements chez les bovins. Parmi les plus courants, on retrouve :

  • Néosporose: Causée par le parasite Neospora caninum, elle est aujourd’hui la première cause d’avortements bovins en France, responsable de 10 à 15 % des cas. La néosporose se transmet via les chiens, les renards ou de la mère au veau. Les avortements surviennent le plus souvent entre le 3e et le 9e mois de gestation. Il n’existe aucun traitement, mais des mesures simples permettent de limiter sa diffusion. La contamination peut se faire horizontalement, par l'ingestion d'aliments contaminés par les excréments de canidés infectés, ou verticalement, de la mère au fœtus pendant la gestation.
  • Fièvre Q: Causée par la bactérie Coxiella burnetii, elle est une zoonose qui se transmet principalement par voie aérienne à un grand nombre d'animaux (vaches, moutons, chiens, chats, tiques, faune sauvage,…). Elle se manifeste régulièrement par des avortements durant le dernier tiers de la gestation, des mises-bas prématurées, de la mortalité des jeunes par pneumonie parfois associée à des problèmes d’infertilité et de métrites. L'excrétion de la bactérie est particulièrement importante autour de l'avortement, dans les produits de la parturition (avorton, délivrance) ou dans les sécrétions vaginales.
  • BVD (Diarrhée Virale Bovine): La BVD est une maladie d’origine virale très contagieuse qui se présente de deux façons différentes en élevage bovin. D'une part, la maladie des muqueuses, une forme clinique qui touche peu d’animaux dans un troupeau mais qui est très grave pour l’individu, entraînant une mortalité élevée. D'autre part, la forme BVD, assez fréquente : elle se développe de manière insidieuse avec un impact important au niveau du troupeau. Lorsqu'un animal gestant rencontre le virus de la BVD, soit il avorte et c'est possible à tout stade de la gestation, soit il donne naissance à un veau malformé, soit il donne naissance à un veau IPI (infecté permanent immunotolérant) qui, lui, sera extrêmement contaminant pour l'élevage.

Outre ces causes principales, d'autres agents infectieux peuvent être impliqués dans les avortements bovins, notamment :

  • Salmonellose: Les salmonelles engendrent généralement des diarrhées, parfois hémorragiques chez le veau et l’adulte. Des avortements peuvent également survenir, indépendamment ou non des cas de diarrhée. Ils ont lieu en général dans la 2e moitié de la gestation.
  • Chlamydiose abortive: Les signes cliniques liés par des Chlamydia sont assez rares chez les bovins à la différence des ovins où la chlamydiose est une des principales causes d’avortements infectieux en série. Les troubles de la reproduction sont attribuables à Chlamydia abortus et parfois Chlamydia pecorum et Chlamydia psittac. Ces signes ne sont pas spécifiques : rétentions placentaires, métrites, avortements et mises bas prématurées de veaux chétifs, infertilité et pathologies respiratoires chez la vache.
  • Listériose: Les avortements dus à Listeria monocytogenes sont rares chez les bovins (moins de 1 %) généralement en fin de gestation, mais ils peuvent se produire en série et s’accompagner de cas de méningites et de mortalités dans le troupeau.

Diagnostic des Causes d'Avortement

Lorsqu'un avortement survient, il est essentiel d'identifier la cause sous-jacente afin de mettre en œuvre des mesures de contrôle appropriées. Le diagnostic repose sur une combinaison d'éléments :

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  • Anamnèse et examen clinique: Recueil des informations sur l'historique de l'élevage, les signes cliniques observés chez la vache avortée et les autres animaux du troupeau.
  • Examens complémentaires:
    • Sérologie: Recherche d'anticorps spécifiques contre les agents infectieux potentiellement impliqués. Bien qu’utile pour le diagnostic indirect de l’infection par N. caninum chez les bovins de tous âges, la sérologie ne permet pas de confirmer que la néosporose est la cause d’un avortement au niveau individuel.
    • PCR (Réaction en Chaîne par Polymérase): Détection de l'ADN des agents infectieux dans les tissus fœtaux (cerveau, foie, etc.) ou les prélèvements vaginaux de la vache avortée.
    • Histopathologie: Examen microscopique des tissus fœtaux pour identifier des lésions caractéristiques de certaines infections. La confirmation de la participation de la néosporose à des avortements nécessite d’effectuer des recherches histopathologiques, toujours complétées par une recherche de N. caninum par PCR sur le cerveau de l’avorton ou d’autres organes, en fonction des lésions observées.
    • Isolement de l'agent pathogène: Culture de l'agent infectieux à partir des prélèvements.

Il est crucial de récupérer l’avorton afin que le laboratoire teste le cerveau, car c’est le seul geste assurant la certitude d’un résultat positif.

Prévention des Avortements

La prévention des avortements repose sur une approche globale combinant des mesures sanitaires, de gestion et de vaccination :

  • Mesures sanitaires:
    • Hygiène: Désinfection régulière des locaux, des cases de vêlage et des nurseries. Assurer la propreté de l’eau de boisson et des aliments. Le compostage peut être efficace pour désinfecter les litières contaminées par certaines bactéries, tout comme le traitement des lisiers à la cyanamide calcique.
    • Isolement: Isolez la mère durant deux semaines. Quelle que soit la cause de l’avortement, il est important d’isoler la vache avortée ou présentant des métrites ou des non délivrances durant une quinzaine de jours afin de favoriser la vidange de l’utérus et le retour en chaleur.
    • Élimination des avortons et des délivrances: Les veaux morts, avortés et les délivrances sont des réservoirs à maladies : éliminez-les rapidement dans un bac d'équarrissage avant que d'autres animaux n'y touchent (bovins et chiens) et protégez-vous des zoonoses avec des gants. Les avortons et les délivrances doivent être rapidement collectés avec des gants et à mettre à l'équarrissage (et à l’abri des chiens ou d’autres animaux).
    • Contrôle des nuisibles: Empêcher les chiens (et autres carnivores) d’accéder à la nourriture, à l’eau, aux aires d’alimentation, et surtout aux délivrances ou avortons. Ne pas condamner le chien ! Victime et 2eme hôte du parasite.
  • Mesures de gestion:
    • Alimentation équilibrée: Assurer une ration alimentaire adéquate pour les vaches gestantes, en particulier en ce qui concerne les minéraux et les vitamines.
    • Gestion du stress: Minimiser les facteurs de stress pour les vaches gestantes, tels que les changements brusques d'environnement, les manipulations brutales et la surpopulation.
    • Surveillance étroite: Surveiller attentivement les vaches gestantes pour détecter tout signe de maladie ou d'avortement imminent.
  • Vaccination: La vaccination peut être une mesure préventive efficace contre certaines causes d'avortement, telles que la BVD et la Fièvre Q.

Néosporose : Un Focus Particulier

Étant donné que la néosporose est la principale cause d'avortement chez les bovins en France, il est important d'adopter des mesures spécifiques pour contrôler cette infection :

  • Dépistage: Effectuer des tests sérologiques pour identifier les vaches infectées.
  • Réforme: si peu de vaches séropositives : réforme de la ou des lignées concernées à court terme.
  • Gestion des chiens: Empêcher les chiens d'accéder aux aliments du bétail, aux aires de vêlage et aux avortons.
  • Hygiène: Éliminer rapidement les avortons et les délivrances pour éviter la contamination de l'environnement.

Importance de la Collaboration avec le Vétérinaire

En cas d'avortements répétés ou d'augmentation du nombre d'avortements dans le troupeau, il est essentiel de contacter rapidement le vétérinaire. Le vétérinaire pourra effectuer un diagnostic précis, mettre en place un plan de contrôle et de prévention adapté à la situation spécifique de l'élevage et conseiller l'éleveur sur les mesures à prendre pour minimiser les pertes économiques.

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