Gena Rowlands, actrice américaine d'exception, a marqué le cinéma par son talent brut et son audace. Sa collaboration avec son mari, le réalisateur John Cassavetes, a donné naissance à des œuvres cinématographiques poignantes, explorant les profondeurs de l'âme humaine. Cet article se propose de retracer la carrière de cette actrice emblématique, en mettant en lumière ses rôles les plus marquants et son impact sur le cinéma.

Une Vie Dédiée à l'Art Dramatique

Virginia Cathryn "Gena" Rowlands, née le 19 juin 1930 à Cambria, Wisconsin, a toujours été attirée par le monde du spectacle. Issue d'une famille où l'art avait sa place - sa mère, Mary Allen (née Neal), travailla plus tard comme actrice sous le nom de Lady Rowlands, et son père, Edwin Myrwyn Rowlands, était un banquier et législateur d’état -, elle développa très tôt une passion pour le théâtre. De 1947 à 1950, elle étudia à l'Université du Wisconsin, où elle fut rapidement très populaire eu égard à sa beauté. Elle quitta l’université pour rejoindre New York City pour y étudier l’art dramatique à l’American Academy of Dramatic Arts.

Au début des années 1950, Gena Rowlands se produisit au sein de compagnies de répertoire et à la Provincetown Playhouse. Elle effectua ses débuts sur Broadway dans The Seven Year Itch et participa à une tournée nationale de la pièce. En 1956, elle apparut sur Broadway dans Middle of the Night face à Edward G. Robinson.

Rencontre et Collaboration avec John Cassavetes

La rencontre avec John Cassavetes fut un tournant décisif dans sa vie et sa carrière. Montana, téléfilm de William A. Fille d'un Sénateur du Wisconsin, Gena Rowlands, très tôt passionnée par le théâtre, prend des cours de comédie à l'"American Academy of Dramatic Arts". Venu assister à une représentation, un ancien étudiant la remarque : c'est John Cassavetes, alors jeune acteur lui aussi. Gena Rowlands épouse en 1954 celui qui deviendra l'un des chefs de file du cinéma indépendant américain. Ils se marièrent en 1954 et entamèrent une collaboration artistique qui allait marquer l'histoire du cinéma indépendant américain. Ensemble, ils créèrent un cinéma intimiste, centré sur les émotions et les relations humaines, loin des conventions hollywoodiennes.

Les Débuts au Cinéma et à la Télévision

Gena Rowlands fit ses débuts sur le grand écran dans L’amour coûte cher en 1958. Elle fut la partenaire de Paul Stewart dans les 26 épisodes de la série Top Secret (1954-1955). Elle fut la guest star de séries anthologiques comme Robert Montgomery Presents, Armstrong Circle Theatre, Studio One, Appointment with Adventure, The United States Steel Hour et Goodyear Television Playhouse, toutes en 1955. En 1959, Gena Rowlands apparut dans la série western Laramie, aux côtés de son mari John Cassavetes dans la série policière Johnny Staccato et dans la série western Riverboat avec Darren McGavin. En 1961, elle apparut dans la série d’aventures The Islanders, sise dans le Pacifique Sud et dans Target: The Corruptors! avec Stephen McNally. Elle fut une guest star du Lloyd Bridges Show, de la série policière 77 Sunset Strip, de Kraft Suspense Theatre, des séries western Bonanza et Le Virginien et de Breaking Point, tous en 1963. En 1964, elle fut la guest star de la série médicale Le jeune docteur Kildare et de deux épisodes de L’homme à la rolls. Elle apparut dans 4 épisodes d’Alfred Hitchcock présente, trois d’entre eux survenant après que la série soit rebaptisée The Alfred Hitchcock Hour. En 1962, elle fut la vedette du film réalisé par David Miller, Seuls sont les indomptés, avec Kirk Douglas et Walter Matthau.

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L'Ère Cassavetes : Une Actrice au Service d'un Cinéma d'Auteur

Cependant, c'est sa collaboration avec Cassavetes qui propulsa Gena Rowlands au rang d'icône du cinéma. Ensemble, ils réalisèrent dix films, chacun explorant les complexités des relations humaines avec une intensité rare.

Gena Rowlands et John Cassavetes firent 10 films ensemble: Un enfant attend (1963), Faces (1968), Les intouchables (1969), Ainsi va l’amour (1971), Une femme sous influence (1974; nomination pour l’Oscar de la Meilleure Actrice), Un tueur dans la foule (1976), Opening Night (1977), Gloria (1980; nomination pour l’Oscar de la Meilleure Actrice), Tempête (1982) et Love Streams-Torrents d’amour (1984).

  • Faces (1968) : Dans sa première grande apparition cassavetienne, dans Faces (après une figuration dans Shadows et un second rôle dans Un enfant attend, réalisé par son mari sous la coupe de Stanley Kramer), elle tourbillonne dans une danse à trois qui confine, à peine la fiction lancée, au vertige. Le gros plan sur son visage est alors au bord du flou, comme prêt à basculer avec sa protagoniste dans un au-delà, un état d’abandon total.
  • Minnie et Moskowitz (1971) : Gena Rowlands fut Mabel dans Une femme sous influence, Minnie éprise de l'improbable Moskowitz (Minnie and Moskowitz, 1971).
  • Une femme sous influence (1974) : Elle lui doit tout. Mais, sans elle, il ne serait rien. Gena Rowlands et John Cassavetes ont tourné ensemble, à l’écart de Hollywood qui ne les aimait pas, ni ne les aidait, des films magnifiques que ne cessent de célébrer de jeunes cinéphiles émerveillés. Des rôles écrits pour elle, qu’elle seule pouvait, savait magnifier jusqu’à les rendre terrifiants d’audace et de douleur. De qui se souviendra-t-on le plus, maintenant que Gena Rowlands est morte le 14 août à 94 ans pour s’en aller rejoindre son amant, son mari, son complice, décédé, lui, en 1989 ? De Mabel, la Femme sous influence (1974), avec ses émotions à revendre qu’elle déverse à tort et à travers sur des êtres qui. C’est Mabel qu’on finit par interner, car sa folie clinique (trait qui en fait son interprétation la plus « performative ») est jugée incompatible avec sa cellule familiale. Mais au fond - alors que les hommes cassavetiens sont les premiers à verser dans la surenchère, davantage dans une forme de fuite en avant désespérée - c’est tout le contraire : ce qu’elle articule physiquement est une façon de vivre contre l’esprit de sérieux (« Definition of serious : blablabla », rajoute-t-elle dans Faces), sans être dupe de la part morbide de son entreprise (Mable qui, lors d’un goûter d’anniversaire, encourage les enfants à simuler leur mort en dansant sur Le Lac des cygnes).
  • Opening Night (1977) : Myrtle la star tourmentée de Opening Night (1978). Myrtle Gordon est de celles qui payent le plus ces variations de flux. Par quatre fois elle finit sur le dos, à la renverse (lors d’une répétition, d’une représentation, dans les coulisses du théâtre, puis dans celles du plateau), que cela soit à cause d’une gifle jouée ou s’abattant dans le vide - le corps est par moments si usé ou sur la brèche qu’il souffre de ce qui l’effleure à peine. Chaque effondrement prend l’allure d’un abîme dont elle ne saura revenir (parce qu’elle ne trouve pas la clé du rôle, parce qu’une admiratrice la hante, etc.). Chaque fois elle se relève - on en revient au courage des burlesques. Cette capacité à se redresser, quand bien même elle est ivre morte (le personnage et l’actrice), impressionne davantage encore que celle à s’écrouler. Ses capacités physiques, tout comme son bouillonnement intérieur, provoquent un état d’attention spectatorielle quasi-permanent.
  • Gloria (1980) : Et bien sûr l'inoubliable Gloria (1980) poursuivie par son passé. L’histoire incroyable d’une femme apparemment tranquille qui va prendre sous son aile un jeune garçon dont la famille vient de se faire massacrer par la mafia à New-York. OEuvre de commande, ce sont les rapports subtils entre ses personnages qui font de Gloria un Cassavetes à part entière. Au delà des rapports mère-fils qui apparaissent, il traite de l’histoire d’un couple inhabituel : la relation troublante d’une femme d’âge mûr avec un enfant, déjà mature et macho. Juste avant d'être assassiné, Jack Dawn, comptable de la Mafia, confie son petit garçon à ­Gloria, une ancienne danseuse. D'abord réticente, Gloria entreprend de sauver l'enfant, témoin gênant traqué par les tueurs de l'organisation. John Cassavetes filme une réalité nue et violente, celle de la grande ville. Dans cet immense dédale urbain, le polar éclôt presque naturellement : l'assassinat d'une famille par la Mafia, la traque d'une femme et d'un enfant… New York palpite au rythme de guérillas privées, dont le déchaînement paraît soudain presque ordinaire. L'histoire d'amour et d'apprivoisement que le cinéaste insère dans cette frénésie est, elle, exceptionnelle. Gloria, personnage ambigu, volontaire, jusqu'alors résolument égoïste, s'attache peu à peu à un inconnu de 6 ans. Un mini macho qui l'énerve et l'émeut comme un vrai amoureux. A eux deux, peu à peu, ils recréent dans leur fuite une cellule originelle, une forme étrange de foyer. Contre une armée d'ogres terriblement réels, toute la dureté de Gloria devient un rempart de dévouement téméraire, de générosité. Cassavetes livre ici un merveilleux discours sur l'amour, choix irréversible, à la fois source de vie et de danger. Il offre à Gena Rowlands, son épouse et actrice fétiche, l'un de ses plus beaux rôles, une Gloria toute simple, bourrue et sublime. Gena Rowlands en 1980 dans « Gloria », de John Cassavetes.
  • Love Streams (1984) : Il y a un film que le décès de Gena Rowlands en août dernier ravive d’un souvenir plus déchirant encore. Dans Love Streams (1984), Rowlands et Cassavetes étaient frère et sœur de fiction - la découverte de leur lien, au détour d’un dialogue, au mitan du film, était en soi bouleversante. Face à son frère Robert, reclus dans sa propre maison, Sarah se piquait de lui offrir - après l’idée d’un bébé - une ménagerie (poneys, chèvre, poules et consorts ; et un chien au poil roux-brun), afin de ramener la vie sous son toit et lui permettre de (re)trouver une forme d’équilibre : être « balance ». Face à la circonspection de Robert, Sarah, personnification même du Torrent d’amour ne sachant se réguler, s’effondrait au sol. Son corps, contrarié après une interminable dépense (la longue installation de la basse-cour, jusqu’à la désillusion sèche apportée par son frère), se vidait en une fraction de seconde. Robert la prenait alors dans ses bras, la berçait sur le plancher tout en remettant sa cigarette à son bec. Love Streams était le tombeau de John Cassavetes, le cinéaste se sachant malade au cours du tournage : au dernier plan, derrière la vitre de son salon, voilée par une pluie torrentielle, il agitait son chapeau en guise d’adieu, tandis que Rowlands le quittait, emportée par le mouvement d’une voiture. Voir, revoir, se remémorer ce souvenir marqué au fer rouge, décuple la déchirure provoquée à la première vision de ces deux corps aux états contraires (vertical, horizontal ; déambulation, statisme). Pourtant quelque chose réconforte, aussi, au milieu de cette maison des morts - la leur, celle de Faces (1968) ou de Minnie et Moskowitz (1971) -, à les voir dans les bras l’un de l’autre de façon définitive, réconciliatrice. D’un spectre à l’autre de son jeu, de l’effacement calme du Allen à la tempête de Love Streams - et par extension, à des degrés divers, de Faces, Minnie et Moskowitz, Une femme sous influence, Opening Night et Gloria -, Gena Rowlands aura lutté pour cet équilibre, d’un élan qui lui réclamait autant de forces vitales qu’à nous. Ce qu’elle fait là, ce salto arrière dans une piscine pour rallumer l’étincelle d’une famille (Love Streams), tenter d’aligner trois pas et ses répliques avinée sur scène (Opening Night), pousser la chorégraphie de gestes jusqu’au délire (Une femme sous influence) ; tout ce cosmos de gestes d’amour désespérés, peu ont le courage de l’accomplir.

Ces films, souvent improvisés et réalisés avec des budgets modestes, offraient à Gena Rowlands des rôles complexes et nuancés, lui permettant d'explorer toute la palette de ses émotions. Elle incarna des femmes fortes, fragiles, excentriques, souvent en proie à des difficultés émotionnelles, mais toujours animées d'une profonde humanité.

Une Actrice Burlesque et Intrépide

Gena Rowlands était une actrice profondément burlesque. Si sa dépense n’est pas supplice, c’est parce qu’elle contient en elle une part de jubilation, sa démesure ne se privant pas d’effets de théâtralité - la séquence finale de Opening Night, où Cassavetes et Rowlands n’en finissent plus d’improviser, de jouer à qui criera le plus, fera le mouvement le plus hilarant, sans se soucier des conséquences liées à l’échec de la pièce.

Au-Delà de Cassavetes : Une Carrière Diversifiée

Bien que son nom soit indissociable de celui de Cassavetes, Gena Rowlands a également brillé dans d'autres films, sous la direction d'autres réalisateurs. Elle fut remarquée dès 1962 dans Seuls sont les indomptés de David Miller. En 1985, Gena Rowlands endossa le rôle de la mère dans le téléfilm Un printemps de glace.

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En 1988, Gena Rowlands apparut dans le film dramatique de Woody Allen, Une autre femme, où elle resplendit d’une mélancolie bergmanienne. Elle y incarna Marion Post, une professeure d’âge moyen qui est incitée à faire un voyage dans l’introspection quand elle entend parler des sessions de thérapie d’une autre femme (Mia Farrow). La critique dans Time Out décrivit la trajectoire du personnage : "Marion se met à penser et est consternée de réaliser que tant d’hypothèses au sujet de sa propre vie et de son mariage sont largement infondées eu égard à son désir de contrôler son existence.

En 2002, Gena Rowlands apparut dans le téléfilm de Mira Nair, Hysterical Blindness, pour lequel elle remporta son troisième Emmy. L’année suivante, elle apparut dans le rôle de Mme Hellman dans un épisode de la troisième saison de Numb3rs. Elle y incarna une survivante du Nazisme dont la famille a été tuée. La famille possédait une peinture que les Nazis avaient confisquée. Plus tard la peinture réapparaissait. Le nouveau propriétaire prêta la peinture à une galerie d’art de Los Angeles mais celle-ci était volée. L’agent du FBI, Don Eppes, interprété par Rob Morrow, essayait alors de trouver ce qui était réellement arrivé. Les critiques sur la performance de Gena furent positives.

On put plus tard la voir dans N’oublie jamais (2004), film réalisé par son fils, Nick Cassavetes. La même année, elle remporta son premier Daytime Emmy pour son rôle de Mme Evelyn Ritchie dans L’incroyable Mme Ritchie. En 2007, elle assuma un rôle secondaire face à Parker Posey et Melvil Poupaud dans Broken English, un film Américain indépendant écrit et réalisé par sa fille, Zoe Cassavetes. En 2009, elle apparut dans un épisode de Monk ("Mr. Monk and the Lady Next Door"). Le 2 mars 2010, elle apparut dans un épisode de NCIS dans le rôle de l’ex belle-mère du personnage principal Leroy Jethro Gibbs, qui était impliquée dans une enquête pour meurtre. En 2014, elle apparut dans l’adaptation cinématographique de Six Dance Lessons in Six Weeks. En 2015, elle se décrivit comme étant en retraite.

Héritage et Influence

Gena Rowlands a laissé une empreinte indélébile sur le cinéma. Son jeu intense et authentique, sa capacité à incarner des personnages complexes et sa collaboration fructueuse avec John Cassavetes ont inspiré de nombreux acteurs et réalisateurs. Elle est considérée comme l'une des plus grandes actrices américaines de tous les temps.

Vie Privée

Gene Rowlands fut l’épouse de John Cassavetes du 9 avril 1954 à sa mort le 3 février 1989. Ils se rencontrèrent à l’American Academy à Carnegie Hall, où ils étaient tous deux étudiants. Ils eurent trois enfants, tous acteurs-réalisateurs: Nick, Alexandra et Zoe. Gena Rowlands affirma que dans sa jeunesse, elle était une admiratrice de l’actrice Bette Davis. Elle incarna la fille de Bette Davis en 1979 dans le téléfilm Strangers.

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