L'univers carcéral, lieu de privation de liberté et de contrôle strict, est parfois le théâtre d'histoires d'amour interdites entre surveillants et détenus. Ces relations, souvent passionnelles et complexes, défient les règles et les codes de déontologie, entraînant des conséquences graves pour les personnes impliquées. Cet article explore ces liaisons dangereuses, à travers des témoignages poignants et des analyses juridiques, mettant en lumière les enjeux humains et professionnels qui se jouent derrière les barreaux.
Des rencontres inattendues
L'attraction entre un surveillant pénitentiaire et un détenu peut sembler improbable, voire choquante. Pourtant, le contexte particulier de la prison, où les interactions humaines sont limitées et codifiées, peut favoriser des rapprochements inattendus. La routine carcérale, le sentiment d'enfermement et la recherche de réconfort peuvent créer un terrain propice à l'émergence de sentiments amoureux.
Laura, une surveillante pénitentiaire expérimentée, témoigne de son coup de foudre pour Mickaël, un détenu condamné pour trafic de stupéfiants. « Un coup de foudre. Incontrôlable. Alors qu’avant, je n’avais jamais regardé un détenu physiquement. Pour moi, ce n’était pas des hommes. » Cette rencontre bouleverse ses certitudes et la plonge dans une relation passionnelle, mais interdite.
De même, Audrey, une jeune surveillante, tombe amoureuse d'une détenue. « Un jour, j’amenais des détenues en promenade ; en tournant la tête j’ai flashé sur l’une d’elles. Je savais que j’aimais les filles, mais j’avais toujours respecté les règles et la barrière professionnelle. » Cette attirance irrépressible la conduit à transgresser les règles et à mettre en péril sa carrière.
Ces témoignages révèlent que l'amour peut surgir là où on l'attend le moins, défiant les normes sociales et professionnelles.
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Les raisons d'une transgression
Plusieurs facteurs peuvent expliquer pourquoi un surveillant pénitentiaire transgresse les règles et entame une relation avec un détenu.
- L'isolement et la solitude : Le travail en prison peut être éprouvant psychologiquement, entraînant un sentiment d'isolement et de solitude. Les surveillants peuvent trouver auprès des détenus une écoute et une compréhension qu'ils ne trouvent pas ailleurs.
- Le besoin de reconnaissance : Certains surveillants peuvent être flattés par l'attention et l'admiration que leur portent les détenus, ce qui peut combler un manque de reconnaissance dans leur vie personnelle ou professionnelle.
- L'ennui et la routine : La routine carcérale peut être monotone et ennuyeuse. Une relation avec un détenu peut apporter un peu de piment et de nouveauté dans la vie du surveillant.
- L'empathie et la compassion : Les surveillants peuvent développer de l'empathie et de la compassion pour les détenus, en particulier ceux qui sont jeunes, vulnérables ou qui ont vécu des expériences difficiles. Cette empathie peut se transformer en attirance et en amour.
- Manque d'Encadrement et de Formation: Ingrid, une stagiaire au centre pénitentiaire de Gradignan, souligne le manque d'accompagnement pour les jeunes recrues, favorisant ainsi les "mauvaises pratiques".
Dans le cas de Laura, elle est attirée par le côté « rassurant » de Mickaël. Pendant trois mois, elle a travaillé parfois à son étage. « On a un peu discuté. Puis, on s’est échangé nos numéros de téléphone. » Ce n’est qu’une fois dehors, alors qu’il sort de prison en janvier 2017, sous contrôle judiciaire, qu’ils démarrent une relation. « On est amoureux tous les deux », assure-t-elle.
Les conséquences de l'interdit
Les relations entre surveillants et détenus sont strictement interdites par le code de déontologie des surveillants de prison. L'article 20 interdit au personnel de fréquenter les détenus de leur établissement, y compris dans les cinq années qui suivent la remise en liberté de ce dernier, ou la levée de l’autorité du surveillant. L’administration pénitentiaire se base aussi sur l’article D221 du code de procédure pénale : « Les membres du personnel pénitentiaire […] ne peuvent entretenir avec les personnes placées ou ayant été placées par décision de justice sous l’autorité ou le contrôle de l’établissement ou du service dont ils relèvent, […] des relations qui ne seraient pas justifiées par les nécessités de leurs fonctions. »
Ces interdictions visent à garantir la sécurité et le bon fonctionnement de la prison, ainsi qu'à protéger les surveillants de toute manipulation ou pression de la part des détenus.
Les conséquences d'une relation interdite peuvent être graves pour les personnes impliquées :
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- Sanctions disciplinaires : Les surveillants qui entretiennent une relation avec un détenu risquent des sanctions disciplinaires, allant de la rétrogradation à la radiation, en passant par la suspension. Laura a appris par recommandé qu’elle passera devant le conseil national de discipline. Son avocat précise que « La sanction ne peut être qu’administrative : rétrogradation, radiation, suspension ».
- Poursuites pénales : Dans certains cas, les surveillants peuvent être poursuivis pénalement pour corruption, abus de pouvoir ou complicité d'évasion.
- Perte d'emploi : La découverte d'une relation interdite peut entraîner la perte d'emploi du surveillant, ce qui peut avoir des conséquences financières et sociales importantes.
- Atteinte à la vie privée : La médiatisation d'une relation interdite peut entraîner une atteinte à la vie privée du surveillant et de sa famille. L’avocat de Laura met en avant une atteinte à la protection de la vie privée, en se basant sur un arrêt du conseil d’État du 3 juillet 2014 qui enjoint le ministère de la Justice d’abroger une partie de l’article D221 (« ou ayant été placées »).
- Briser l'isolement: Pour les détenus, ces relations peuvent apporter un répit émotionnel dans un environnement souvent hostile, mais elles peuvent aussi les rendre plus vulnérables à la manipulation.
Audrey, après être tombée amoureuse d'une détenue, a été contrainte de démissionner et a ensuite été incarcérée pour complicité dans l'évasion de sa compagne. Elle témoigne de la difficulté de vivre une relation amoureuse en prison, où les règles sont strictes et les conséquences peuvent être désastreuses.
Trafics et manipulations
Les relations intimes entre surveillants et détenus peuvent également favoriser les trafics et les manipulations au sein de la prison. Certains surveillants peuvent être tentés de faire entrer des objets interdits (téléphones portables, drogues, etc.) pour faire plaisir à leur partenaire ou pour en tirer un avantage financier.
Belinda, une surveillante de la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy, a entretenu des rapports sexuels avec un détenu et a mis en place un trafic de drogue. Elle a reconnu avoir fait entrer dans le centre pénitentiaire 3 kg de résine de cannabis, de l’alcool et des cartes SIM pour le compte du prisonnier.
De même, un surveillant de la prison de Sequedin a été filmé en plein acte sexuel avec un détenu. Ce dernier a diffusé la vidéo sur les réseaux sociaux, ce qui a provoqué un scandale et a entraîné la suspension de la surveillante. Le détenu a expliqué avoir filmé la scène pour s'en vanter auprès d'autres détenus.
Ces affaires mettent en lumière les dangers de ces relations interdites, qui peuvent compromettre la sécurité de la prison et mettre en danger la vie des surveillants et des détenus.
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Le débat sur les téléphones portables en prison
L'affaire de la prison de Sequedin a relancé le débat sur l'utilisation des téléphones portables en prison. Les syndicats de surveillants pénitentiaires demandent depuis longtemps que des brouilleurs soient installés pour empêcher leur utilisation.
« Il y a du avoir des échanges, (…) les détenus sont tous équipés de téléphones portables, sont sur les réseaux parce qu'on ne met pas des brouilleurs », avait regretté Emmanuel Baudin, secrétaire général de FO Pénitentiaire, sur franceinfo.
L'utilisation des téléphones portables en prison facilite les communications illégales entre les détenus et l'extérieur, ce qui peut favoriser les trafics, les évasions et les actes de violence.
Prévention et formation
Pour lutter contre les relations interdites entre surveillants et détenus, il est essentiel de mettre en place des mesures de prévention et de formation.
- Renforcer la formation initiale et continue des surveillants : Il est important de sensibiliser les surveillants aux risques de ces relations et de leur donner les outils nécessaires pour y faire face. La formation doit notamment porter sur le code de déontologie, les techniques de communication et de gestion des conflits, et la prévention de la manipulation.
- Améliorer l'encadrement des surveillants : Les surveillants doivent bénéficier d'un encadrement de qualité, avec des supérieurs hiérarchiques disponibles et à l'écoute. Cet encadrement doit permettre de détecter les signes de fragilité ou de mal-être chez les surveillants, et de leur apporter un soutien psychologique si nécessaire.
- Lutter contre l'isolement des surveillants : Il est important de favoriser les échanges et les moments de convivialité entre les surveillants, afin de lutter contre l'isolement et de renforcer le sentiment d'appartenance à une équipe.
- Renforcer les contrôles et les sanctions : Les contrôles doivent être renforcés pour détecter les relations interdites et les trafics au sein de la prison. Les sanctions doivent être dissuasives, afin de dissuader les surveillants de transgresser les règles.
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