Le frein de langue, également connu sous le nom d'ankyloglossie, est une condition congénitale qui peut affecter la mobilité de la langue chez les nourrissons. Cette anomalie, qui se manifeste par un frein lingual trop court, trop épais ou mal positionné, peut entraîner des difficultés d'allaitement et, plus tard, des problèmes d'élocution ou de développement bucco-dentaire. Cet article explore en profondeur les causes, les conséquences et les traitements du frein de langue chez le bébé, en mettant l'accent sur les approches diagnostiques et thérapeutiques les plus récentes.

Qu'est-ce que le frein de langue (ankyloglossie) ?

L'ankyloglossie est une malformation du nouveau-né caractérisée par un sous-développement du frein de la langue, le rendant trop court, ferme et dur. Cette particularité anatomique limite la mobilité de la langue, ce qui peut se manifester dès l'allaitement. L'ankyloglossie touche entre 5 et 10 % des nouveaux-nés, avec une prédominance chez les garçons (de 1,5 à 2,6 garçons pour 1 fille). Elle est impliquée dans 25 à 60 % des difficultés d'allaitement.

Il existe une prédisposition génétique à l'ankyloglossie, ce qui signifie qu'un nouveau-né est plus à risque si l'un de ses parents a déjà subi une opération du frein de langue.

Rôle du frein de langue

Le frein de langue est un tissu qui relie la langue au plancher de la bouche et aux muscles situés en dessous. Il est visible sous la face inférieure de la langue quand elle est soulevée. Le frein lingual, aussi appelé « filet de la langue », forme une muqueuse qui recouvre la zone de la gencive linguale jusqu’à la langue. En temps normal, la structure du frein est assez lâche pour permettre à la langue de s’étirer à l’extérieur de la bouche, ce qui permet notamment au bébé et au jeune enfant de pouvoir téter facilement, avec une bonne prise en bouche du sein. Il joue un rôle essentiel dans le mécanisme de déglutition et participe au bon développement des os de la bouche.

Causes du frein de langue

Les causes exactes de l'ankyloglossie ne sont pas entièrement connues, mais on pense qu'elle résulte d'un défaut pendant le développement embryonnaire. Durant la vie intra-utérine, la langue a fusionné avec le plancher buccal. C'est à la 12ème semaine de vie intra-utérine que la langue s'individualise. En effet, un processus d'apoptose va se mettre en place pour enlever la membrane qui maintient la langue au plancher de la bouche. Dans le cas de la langue, lorsque cette individualisation est incomplète, il reste une adhérence, une membrane entre le plancher buccal et la langue. C'est exactement le même processus pour les autres freins buccaux.

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Deux anomalies peuvent être repérées au niveau du frein de la langue : un mauvais emplacement qui altère les fonctionnalités de la langue ou un frein lingual composé d’une fibre dont la texture est modifiée. On parle alors d’ankyloglossie, c’est-à-dire que le frein est « serré », « rigide ».

Symptômes d'un frein de langue trop court

Les symptômes d'un frein de langue trop court varient en fonction de l'âge de l'enfant.

Chez le nourrisson :

Les symptômes sont principalement liés à la qualité de l'allaitement :

  • Difficultés de succion et de prise du sein
  • Douleurs aux mamelons chez la mère (crevasses, lésions)
  • Prise de poids lente ou insuffisante
  • Fatigue du bébé pendant la tétée
  • Bruits de claquement pendant la succion
  • Reflux ou coliques
  • Tension ou inconfort digestif
  • Bouche souvent ouverte
  • Pointe de la langue en forme de cœur
  • Aplatissement du crâne

Chez l'enfant plus âgé et l'adulte :

  • Difficultés d'élocution (prononciation de certains sons comme le "s" et le "r", ou le "th" anglais)
  • Difficultés à embrasser, souffler dans un instrument à vent, siffler, rire
  • Respiration buccale (pouvant entraîner des pathologies ORL et dentaires)
  • Mauvais positionnement des dents, problèmes orthodontiques
  • Caries plus fréquentes
  • Ronflement et apnée du sommeil
  • Difficultés à avaler
  • Troubles musculo-squelettiques (torticolis, syndrome de Kiss)

Diagnostic du frein de langue

Le diagnostic d'ankyloglossie repose principalement sur l'examen clinique. Il existe un système de classification, mais il est peu utilisé. Une grande partie des nouveaux-nés avec un frein de langue trop court conservent cependant des capacités de tétées correctes, l’importance de l’atteinte n'étant pas toujours corrélée aux problèmes d'allaitement.

L'évaluation clinique doit prendre en compte :

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  • L'apparence du frein (trop court, épais, tendu)
  • La mobilité de la langue (amplitude des mouvements)
  • L'impact sur l'allaitement (si le bébé est allaité)
  • La présence d'autres symptômes (difficultés d'élocution, problèmes dentaires, etc.)

Dans les cas plus tardifs, ce sont les éléments cliniques qui orienteront vers un examen de la bouche et donc vers un diagnostic de frein de langue trop court.

Il est important de noter que la seule visualisation d’un frein de langue très antérieur (avançant vers la pointe de la langue) et/ou épais ne constitue pas une indication chirurgicale s’il ne gêne pas la succion.

Traitement du frein de langue

Le traitement d'un frein de langue trop court est avant tout chirurgical. La freinectomie, c’est-à-dire une ablation du frein, doit être effectuée afin de libérer la langue dans toute son amplitude. Elle peut s’effectuer à tout âge.

Freinectomie vs Frénotomie

La freinectomie est différente de la frénotomie, qui est une section du frein en son milieu. Cette dernière, souvent pratiquée en première intention sur les nouveau-nés et bambins, pourra ne pas suffire à libérer complètement la langue, entraînant le maintien des difficultés d’allaitement. La freinectomie, elle, va permettre des améliorations notoires tant dans la conduite de l’allaitement que dans toutes les fonctionnalités de la langue : meilleure succion du sein, moins ou plus du tout de douleurs des mamelons pour la mère, meilleure éjection du lait, augmentation de la lactation à distance du geste, meilleure prise de poids pour le bébé, meilleure tenue du bébé au sein, meilleur sommeil, amélioration des troubles digestifs…

Techniques chirurgicales

Il n'existe pas de preuves montrant la supériorité du laser par rapport aux ciseaux. Des études comparatives sont nécessaires pour préciser les résultats à court et long terme de ces techniques. Personnellement, certains spécialistes préfèrent le laser car on observe moins de saignement et cela est donc moins anxiogène pour les parents. Ce n'est pas ou très peu douloureux pendant mais aussi les jours qui suivent.

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Suites opératoires et rééducation

Les suites opératoires sont assez simples, et la mise au sein se fait immédiatement après le geste. Après le traitement chirurgical, ce sont les mises au sein répétées qui permettront au bébé de rééduquer sa technique de succion. À cela, on pourra ajouter le mimétisme, en lui faisant voir comment ouvrir « grand » la bouche et « tirer loin » la langue. Pour la mère, il faudra parfois aider à stimuler la lactation très rapidement, car le bébé ne faisant pas ce travail, l’offre de lait maternel risque de chuter par rapport à ses besoins (tire-lait double pompage, galactagogues).

Exercices de rééducation

Après la freinectomie, il est recommandé de faire des exercices 5-6 fois par jour les 3 premières semaines et d'insister le matin quand le frein n'a pas été travaillé pendant une longue période. De nombreux spécialistes conseillent de continuer les exercices jusqu'à 6 semaines. Vous pouvez alors effectuer les exercices les 3 semaines suivantes 3 à 4 fois par jour.

Le principe des exercices est simple, il faut étirer doucement le frein que ce soit avant ou après la freinectomie. Certains bébés refusent catégoriquement que l'on mette nos doigts dans sa bouche, il faut alors s'armer de patience et y aller progressivement.

Encourager le bébé à coller sa langue au palais - L’aider à fermer la bouche et élever la langue. Ces exercices doivent être réalisés avec rigueur et régularité, et surtout avec un accompagnement par un orthophoniste ou kinésithérapeute formée. Les parents ne doivent pas se retrouver seuls. Il est recommandé de les effectuer 3 fois par jour avant l’intervention, et pendant 4 à 6 semaines après la frénectomie.

Troubles de l'hypersensorialité et frein de langue

Il est important de noter que certains bébés peuvent présenter des troubles de l'hypersensorialité buccale, qui peuvent être associés à un frein de langue restrictif. L’hypersensorialité est une hyperactivité des organes du goût et de l’odorat (et même dans certains cas de la vue, de l’ouïe et du toucher). Elle peut aller d’un simple dégoût pour un type d’aliment en particulier (y compris le lait maternel) à un état d’aversion alimentaire sévère.

Dans ces cas, il est essentiel de commencer par une rééducation logopédique/orthophonique avant d'envisager une frénectomie. En effet, si vous essayez de commencer par la frénectomie chez ces bébés/enfants avec des troubles de l’hypersensorialité, celle-ci ne fera qu’empirer les choses. C’est pourquoi, si frein de langue restrictif il y a, il faudra attendre que la désensibilisation et la rééducation soient bien avancées, avant de pratiquer la frénectomie.

Vers qui se tourner ?

Les spécialistes du frein de langue sont les chirurgiens ORL pédiatriques et les chirurgiens infantiles. Il est également recommandé de consulter une conseillère en allaitement/sage-femme/orthophoniste ou logopède qui connaît aussi la problématique des freins et de ces troubles d’hypersensoralité.

Avant tout, il est indispensable de consulter un ostéopathe ayant suivi une formation sur les freins buccaux restrictifs. En effet, lors des études d’ostéopathie, les freins sont évoqués mais leur prise en charge n’est pas du tout abordée. Il est donc indispensable de consulter quelqu’un ayant suivi une formation complémentaire ou ayant été formé par un confrère. Lors d'une consultation, l'ostéopathe va regarder dans la bouche de votre bébé et va entre autre vérifier si votre enfant présente un frein de langue, et/ou de lèvre, et/ou de joue. Cela va avoir pour but de vérifier la cicatrisation, de travailler sur les tissus (la langue, la lèvre). Votre ostéopathe va également travailler sur le palais, les cervicales, le crâne ou tout autre structure susceptible de générer des tensions.

Controverses et recommandations

L'augmentation des diagnostics d'ankyloglossie et des frénotomies a suscité des inquiétudes au sein de la communauté médicale. Récemment, trois recommandations nationales et internationales et une revue Cochrane ont conclu au manque d’études scientifiques de qualité, permettant de guider clairement les cliniciens.

L’Académie nationale de médecine émet aujourd’hui « les plus grandes réserves quant à l’intérêt et l’innocuité de ce geste invasif à risque d’effets secondaires ». Selon elle, la frénotomie ne doit pas être pratiquée en l’absence de difficultés d’allaitement (même si le frein est trop court ou trop épais). En cas de difficultés à allaiter, d’autres pistes doivent d’abord être évoquées (à l’aide de différents professionnels de santé) : la frénotomie doit rester exceptionnelle.

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