Florence Rey, dont le nom reste à jamais associé à une nuit d'octobre 1994, est une figure complexe et controversée. Son histoire, marquée par un fait divers sanglant, soulève des questions sur la rédemption, la responsabilité et le droit à l'oubli. Cet article explore sa biographie, de son implication dans l'affaire Rey-Maupin à sa tentative de reconstruction après sa libération de prison.

Jeunesse et Rencontre avec Audry Maupin

Florence Rey est issue d'une famille de bonne famille. Avant de basculer dans la marginalité, elle était une étudiante en lettres de 19 ans. Sa vie prend un tournant décisif lorsqu'elle rencontre Audry Maupin, un étudiant en philosophie de 22 ans, qui gravite dans la mouvance d'extrême gauche de Nanterre. Elle le rencontre la veille des épreuves du bac. C’était son premier amour. Audry, ce fondu d’escalade, elle l’a suivi encordée dans des voies difficiles, pour se surpasser. Elle l’a suivi aussi dans des réunions clandestines de l’ultra gauche et par besoin de reconnaissance, elle a insisté pour l’accompagner dans ce coup à Pantin, à la place du 3ème homme Toumi Dekhar. Cette relation la plonge dans un univers marginal, le couple vivant notamment dans un squat.

L'équipée Mortelle d'Octobre 1994

Le 4 octobre 1994, à 21h25, Florence Rey et Audry Maupin escaladent la grille d’enceinte de la préfourrière de Pantin, et braquent les deux gardiens de la paix qui surveillent les lieux, avec des fusils achetés à la Samaritaine. Ces deux étudiants dans la dèche qui squattent une maison à Nanterre ont un projet pour gagner de l’argent : voler des armes de police pour commettre des hold-up. Mais plusieurs grains de sable vont enrayer leur plan. Déjà, ils comptaient attacher les deux gardiens au radiateur avec leurs menottes, mais ils n’en ont pas. Du coup, le duo asperge les victimes de gaz lacrymogène et s’enfuit. Mais ils voient un gardien débouler dans la cour et le croient lancé à leurs trousses. Ils ne savent pas que le policier sort juste pour se nettoyer les yeux avec de l’eau. Ils paniquent et au lieu de rentrer comme prévu en RER, s’engouffrent dans un taxi et somment le conducteur de les « emmener place de la Nation, et vite ».

À Nation, le conducteur croyant se tirer d’affaire fonce dans un fourgon de police mais ses occupants pensent à un accident et en descendent sans se méfier. Alors Audry Maupin ouvre le feu et abat deux gardiens de la paix plus le chauffeur de taxi guinéen. Florence Rey tire elle aussi, avec le fusil à pompe mais elle ne tue personne. Le couple à la Bonnie and Clyde poursuit sa route. Il braque un automobiliste : « Fonce, fonce ! Sors-nous de là ». Il obéit. Poursuivis par un policier à moto dans le bois de Vincennes, ils le ciblent par la lunette arrière, et le touchent mortellement.

À 21h50, avenue de Gravelle, un barrage stoppe la course folle de la R5 : Audry Maupin est abattu à son tour. En 25 minutes, il y a eu cinq morts sur le pavé parisien. La jeune fille est arrêtée et conduite au 36 quai des Orfèvres.

Lire aussi: Explorations intimes chez Florence Seyvos

Le Procès et la Condamnation

Lors de son procès en 1998, Florence Rey est décrite comme une jeune femme frêle, le visage anguleux, le regard fuyant. Elle est condamnée à vingt ans de réclusion criminelle pour son implication dans l'équipée mortelle. Elle est considérée comme co-auteur d’un des quatre meurtres. Son silence initial intrigue les enquêteurs, qui la comparent à l'égérie d'Action Directe, Nathalie Ménigon.

Après six mois de silence, elle finit par raconter au juge l'engrenage malheureux du 4 octobre et son parcours avec Audry. Elle exprime sa culpabilité d'avoir adhéré « à l’idée irréfléchie » de son compagnon. Elle affirme qu'Audry « ne s’est pas demandé si j’avais envie de mourir à 19 ans ».

La Détention et la Reconstruction

Florence Rey est libérée en 2009, à l'âge de 34 ans, après quinze ans de prison, grâce aux remises de peines habituelles. D’après l’administration pénitentiaire, Florence Rey s’est comportée en détenue modèle durant son passage derrière les barreaux. Très discrète au centre pénitentiaire de Rennes (Ille-et-Vilaine), elle a repris des études d’histoire-géographie notamment, puis a passé un BTS d’assistante de gestion, qui lui a permis d’effectuer des stages en entreprises durant sa détention.

Ces quinze années sont marquées par un processus de reconstruction personnelle. Elle surmonte le deuil de son compagnon, Audry Maupin, et tente de tourner la page de son ancienne vie. Des proches cités par Le Figaro évoquent une « femme transformée », qui a pu compter sur le soutien de sa mère et qui ne souhaitait qu’une chose: retomber dans l’anonymat.

Retour à la Vie Civile et Tentative d'Anonymat

Après sa libération, Florence Rey aspire à une vie normale. Elle a été la compagne du cinéaste Jacques Richard, assistante de production et figurante sur le film « L’Orpheline ». L’acteur Melvil Poupaud évoque d’ailleurs Florence Rey, ainsi que son oncle, dans son autobiographie, Quel est Mon noM?. Elle a un trou de 15 ans dans son CV qu’elle comble avec les diplômes passés en prison, théâtre, gestion, bureautique, informatique, etc.

Lire aussi: Découvrez l'œuvre de Florence et Boris Cyrulnik

Elle aspire à « une vie normale » et n’a jamais compris pourquoi son affaire fit tant de bruit. Elle a payé sa dette à la société et a le droit à l’oubli.

L'Affaire Dekhar et le Retour de l'Attention Médiatique

L’affaire Dekhar, le troisième homme de l'affaire Rey-Maupin, braque de nouveau les projecteurs sur Florence Rey, celle que la presse décrivait avec Audry Maupin comme les « Bonnie and Clyde » à la française. Dès lundi, alors que le tireur parisien, auteur des coups de feu à « Libération » et devant la Société Générale à La Défense, n'était pas encore identifié par la police, la page Wikipédia de l'affaire Rey-Maupin a connu un incroyable pic de fréquentation. De nombreux internautes ont consulté dès lundi les informations de ce faits divers sanglant survenu en 1994 où le nom d'Abdelhakim Dekhar est largement cité en tant que complice du couple Florence Rey et Audry Maupin. Une coïncidence troublante révélée par le magazine en ligne d'analyses Slate.

Mercredi soir, après deux jours de traque fiévreuse, un suspect est interpellé à Bois-Colombes (Hauts-de-Seine) et confondu par son ADN. L'identité du tireur présumé tombe. Il s'agit d'Abdelhakim Dekhar, un nom déjà connu des services de police. L'homme, âgé aujourd'hui de 48 ans, a été eu un rôle clé dans l'affaire Rey-Maupin. Il a été condamné en 1998 à quatre ans de prison (durée de sa détention provisoire), pour avoir acheté le fusil à pompe qui a servi à Florence Rey et Audry Maupin en 1994.

Lire aussi: Portrait de Florence Rouas

tags: #florence #rey #biographie

Articles populaires: