L'infertilité touche un couple sur cinq et peut avoir des origines diverses, qu'elles soient féminines, masculines ou mixtes. Face à ce défi, la stimulation ovarienne émerge comme une solution pour aider ces couples à concevoir un enfant. Parmi les traitements hormonaux utilisés dans ce cadre, le protocole Menopur se distingue. Il est administré seul ou intégré à des techniques de procréation médicalement assistée (PMA) telles que l'insémination artificielle ou la fécondation in vitro (FIV).
Qu'est-ce que l'infertilité ?
L’infertilité se définit comme l’absence de conception après 12 mois de rapports sexuels réguliers non protégés, comme le souligne le Dr Marc Even, gynécologue obstétricien. Les causes peuvent être variées. Chez la femme, on retrouve des troubles de l’ovulation, des anomalies au niveau des trompes, l’endométriose ou une insuffisance ovarienne. Chez l’homme, les problèmes peuvent être liés à la qualité des spermatozoïdes, à une production insuffisante ou à un défaut de mobilité.
Le bilan de fertilité : une étape essentielle
Avant d'envisager une stimulation ovarienne, il est crucial de déterminer l'origine de l'infertilité. Un interrogatoire médical approfondi précède la prescription d'examens complémentaires. Ce bilan de fertilité est généralement réalisé après 12 mois d'essais infructueux, mais il peut être entrepris plus tôt si la femme a plus de 35 ans, en cas de troubles du cycle menstruel ou en présence de facteurs de risque d'infertilité tels que l'endométriose ou un antécédent de grossesse extra-utérine.
Le gynécologue vérifie la perméabilité des trompes à l’aide d’une hystérosalpingographie (radio des trompes) et évalue la réserve ovarienne par une prise de sang et une échographie pelvienne. Le Dr Even insiste sur l'importance de ces examens : « Il est illusoire de débuter une stimulation ovarienne si par exemple une trompe est bouchée ».
La stimulation ovarienne simple : une technique de première intention
La stimulation ovarienne simple est souvent la première approche proposée, réalisable au cabinet du gynécologue. Elle s'adresse principalement aux femmes présentant une infertilité idiopathique ou des troubles de l'ovulation liés à un surpoids, une obésité ou un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Ce dernier touche environ 10 % de la population féminine et se caractérise par un excès de follicules immatures.
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Objectif de la stimulation ovarienne
La stimulation ovarienne vise à stimuler les ovaires pour obtenir la maturation d’un ou deux follicules, ces petits sacs qui contiennent un liquide folliculaire où se trouve l’ovocyte. Pour cela, deux types de traitements peuvent être utilisés :
- Le citrate de clomifène (inducteur de l’ovulation), particulièrement indiqué en cas de SOPK.
- Les gonadotrophines (FSH et LH), injectées par voie sous-cutanée.
Suivi et contrôle de l'ovulation
L'ovulation est étroitement surveillée grâce à des monitorages réguliers, comprenant 2 à 3 échographies et des dosages hormonaux. L'objectif est de contrôler la taille des follicules et de s'assurer de la présence d'un ou deux follicules matures. Si le nombre de follicules est trop élevé, le traitement est annulé pour éviter les risques de grossesse multiple. La surveillance permet également de suivre le processus d’ovulation et de s’assurer qu’elle ne passe pas inaperçue.
Déclenchement de l'ovulation et rapports sexuels programmés
Après la stimulation, une injection sous-cutanée d’hormones (Ovitrelle®) est réalisée pour déclencher l’ovulation et libérer l’ovocyte mature. Les rapports sexuels sont alors programmés 36 heures après le déclenchement. Le Dr Even précise qu’il n’y a pas d’indication à être abstinent les jours précédents le rapport.
La stimulation ovarienne simple peut être effectuée pendant 3 à 6 cycles, en fonction de l’âge de la patiente. « A 25 ans, on peut aller jusqu’à 6 cycles. Mais après 32 ans, on pourra n’en faire que 3 pour ne pas perdre de temps. »
L'insémination artificielle : une étape supplémentaire
En cas d’échec de la stimulation ovarienne simple ou en présence d’une anomalie modérée du sperme, une insémination artificielle peut être proposée. La différence avec le protocole précédent réside dans le fait que 36 heures après le déclenchement de l’ovulation, le conjoint se rend au laboratoire pour un recueil de sperme. Le sperme est préparé et replacé directement dans l’utérus, facilitant ainsi la rencontre entre les spermatozoïdes et l’ovocyte. « La fécondation se fait naturellement, on facilite la rencontre entre spermatozoïdes et ovocyte », explique le Dr Marc Even.
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La fécondation in vitro (FIV) : une solution en dernier recours
La fécondation in vitro (FIV) est envisagée en cas d’échec des traitements précédents ou en première intention en cas d’infertilité d’origine tubaire (trompes bouchées). Cette cause d’infertilité est souvent due à une infection génitale, comme une infection à chlamydia.
Stimulation ovarienne intensive
La stimulation ovarienne en FIV implique des doses d’hormones beaucoup plus élevées que dans les protocoles précédents (entre 3 et 8 fois plus). L’objectif est d’obtenir un nombre important de follicules matures. La stimulation se déroule également sur 10 à 15 jours avec des injections de gonadotrophines FSH ou FSH-LH en sous-cutanées. La surveillance est réalisée par des dosages hormonaux et des échographies plus fréquentes (entre 3 et 5 au lieu de 2 à 3 pour la stimulation simple).
Ponction d'ovocytes et fécondation en laboratoire
36 heures après le déclenchement de l’ovulation, la ponction d’ovocytes est réalisée sous anesthésie générale (15-20 min). Le jour de la ponction, le conjoint effectue un recueil de sperme. Il existe deux techniques de fécondation in vitro :
- FIV classique : les spermatozoïdes sont mis en contact directement avec les ovocytes au laboratoire.
- FIV-ICSI : le spermatozoïde est injecté directement dans l’ovule.
Le développement embryonnaire se fait en laboratoire pendant 2 à 5 jours, puis l’embryon est réintroduit dans l’utérus.
Risques et contre-indications de la FIV
Le Dr Even souligne que le traitement est généralement bien toléré. « En général, on démarre avec de faibles doses, qui sont réévaluées en fonction des contrôles ». Cependant, il existe un risque d’hyperstimulation ovarienne, résultant d’une réponse folliculaire trop importante lors de la stimulation. « Aujourd’hui, les protocoles sont choisis pour diminuer ces risques », précise le spécialiste. Un autre risque est celui de la grossesse multiple, c’est pourquoi la stimulation ovarienne est très surveillée par de nombreuses échographies. Au-delà de 2 follicules dans le cadre d’une stimulation ovarienne simple ou d’une insémination artificielle, l’ovulation n’est pas déclenchée. Pour la FIV, on privilégie le transfert d’un seul embryon lors de la première tentative, pour les patientes de moins de 37 ans.
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Il existe des contre-indications à la FIV. Les femmes atteintes d’un cancer du sein ne peuvent en bénéficier. Pour les femmes âgées de plus de 38 ans, une échographie mammaire est demandée avant de démarrer le protocole pour vérifier l’absence de lésion.
Le protocole Menopur : mode d'emploi et précautions
Menopur est un médicament injectable contenant de la ménotropine, une association d'hormone folliculo-stimulante (FSH) et d'hormone lutéinisante (LH). Ces hormones naturelles, produites chez l'homme et la femme, sont extraites de l'urine de femmes ménopausées dans le cas de Menopur.
Indications de Menopur
Menopur est utilisé dans les cas suivants :
- Difficultés à être enceinte en raison d'une production insuffisante d'ovules par les ovaires (y compris le syndrome des ovaires polykystiques), lorsque le traitement par citrate de clomifène s'est avéré inefficace.
- Stimulation de la croissance de plusieurs follicules en vue d'une Assistance Médicale à la Procréation (AMP) telle que la FIV, le transfert intra-tubaire de gamètes (GIFT) ou l'injection intracytoplasmique de spermatozoïde (ICSI).
Avant de commencer le traitement
Avant de débuter le traitement par Menopur, une évaluation de la fertilité de la patiente et de son partenaire doit être réalisée par un médecin spécialiste. Il est impératif de contacter immédiatement le médecin en cas de symptômes survenant même plusieurs jours après la dernière injection.
Administration et posologie
Menopur se présente sous forme de poudre à mélanger avec un solvant avant d'être injecté par voie sous-cutanée. La dose est adaptée à chaque patiente et doit être strictement respectée selon les indications du médecin. Il est recommandé de commencer par la plus petite dose possible. Le traitement débute généralement dans les 7 jours suivant l'apparition des règles.
La dose initiale habituelle est de 75 UI à 150 UI par jour, pouvant être ajustée en fonction de la réponse de la patiente, sans dépasser 225 UI par jour. Cette dose initiale est maintenue pendant au moins 7 jours avant d'être modifiée si nécessaire. La dose peut être augmentée par paliers de 37,5 UI sans dépasser 75 UI. En l'absence de réponse après 4 semaines, le traitement doit être interrompu pour ce cycle.
Lorsqu'une réponse optimale est obtenue, un autre médicament est injecté pour déclencher l'ovulation et le traitement par Menopur est arrêté. Le moment idéal pour avoir un rapport sexuel est le jour même du déclenchement de l'ovulation et le jour suivant. Une insémination artificielle peut également être pratiquée.
Dans le cadre d'une AMP, la dose initiale habituelle est de 150 à 225 UI par jour, pouvant être augmentée en fonction de la réponse ovarienne jusqu'à 450 UI par jour. L'augmentation de dose ne doit pas dépasser 150 UI par ajustement. Quand un nombre suffisant de follicules est obtenu, un autre médicament est injecté pour déclencher l'ovulation, avant le prélèvement des ovules.
Effets secondaires et précautions d'emploi
Menopur peut entraîner un syndrome d'hyperstimulation ovarienne (SHO), en particulier chez les femmes atteintes du syndrome des ovaires polykystiques. Les symptômes incluent des douleurs abdominales, un gonflement de l'abdomen, des nausées, des vomissements, de la diarrhée et une prise de poids. Dans les cas graves, une accumulation de liquide dans l'abdomen, au niveau du bassin et/ou dans la cage thoracique, une difficulté à respirer, une réduction de la production d'urine, la formation de caillots de sang dans les vaisseaux sanguins et une torsion ovarienne ont été rapportés.
Des réactions allergiques (hypersensibilité) peuvent également survenir, se manifestant par une éruption cutanée, des démangeaisons, un gonflement au niveau de la gorge et des difficultés à respirer. Des réactions d'intolérance au point d'injection et des rashs cutanés généralisés de type allergique ont été observés.
La formation de caillots sanguins (thrombose) dans les vaisseaux sanguins est plus susceptible de survenir chez les femmes enceintes. Le traitement de l'infertilité peut augmenter ce risque, surtout en cas d'excès de poids important, de maladie de la coagulation du sang (thrombophilie) ou d'antécédents personnels ou familiaux de thrombose.
Il est important de signaler tout effet indésirable à son médecin, pharmacien ou infirmier/ère.
Conservation et élimination
Avant reconstitution, Menopur doit être conservé au réfrigérateur (entre 2°C et 8°C), dans l'emballage d'origine. Après reconstitution, le produit peut être conservé pendant une période maximale de 28 jours, à une température ne dépassant pas 25°C.
Les médicaments non utilisés ne doivent pas être jetés au tout-à-l'égout ou avec les ordures ménagères. Il est recommandé de demander à son pharmacien comment éliminer les médicaments que l'on n'utilise plus.
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