Introduction

La fermeture de la maternité de Dinan est un sujet de vives préoccupations et de débat dans la région. Cette situation, qui a débuté fin 2020 avec la fermeture de la maternité, suscite des inquiétudes quant à l'avenir des services de santé de proximité et à l'accès aux soins pour les populations locales. Les causes de cette fermeture sont multiples, allant des difficultés financières du Groupement Hospitalier Rance Émeraude (GHRE) au manque de personnel médical, en particulier d'anesthésistes. Les conséquences sont également importantes, avec une augmentation de la pression sur les autres maternités de la région, notamment celle de Saint-Malo, et des inquiétudes quant à la sécurité des patientes.

Contexte : Difficultés financières et restructurations hospitalières

Un Groupement Hospitalier en difficulté

Le Groupement Hospitalier Rance Émeraude (GHRE), issu de la fusion des hôpitaux de Saint-Malo, Dinan et Cancale, traverse une période financière délicate. En 2024, le GHRE a enregistré un déficit de 25,1 millions d'euros, portant le cumul des pertes des trois hôpitaux fusionnés à 99,4 millions d'euros. Cette situation financière alarmante met en péril la capacité du GHRE à investir et à maintenir une offre de soins de qualité.

Un projet de nouvel hôpital retardé

La construction d'un nouvel hôpital pour Saint-Malo et Dinan, destiné à regrouper les plateaux techniques et à devenir l'établissement public de recours pour les patients des deux territoires, est confrontée à des retards importants. Initialement prévue, la construction a été reportée en raison de la situation financière préoccupante du GHRE. Le projet, évalué à 350 millions d'euros, avait déjà été retoqué une première fois par les services de l'État avant d'obtenir un accord de principe, le 20 décembre 2024, du Conseil national d'investissement en santé (Cnis). Cependant, cet accord était conditionné à la consolidation du plan de financement. Un « dernier » avis de l’État est attendu pour lancer la construction d’un nouvel hôpital en zone Atalante, à Saint-Jouan-des-Guérets, mais le dossier ne sera présenté qu’au printemps 2026. Un délai lié à la situation financière délicate des hôpitaux.

Des inquiétudes locales

Face à ces difficultés, les élus locaux expriment leur inquiétude quant à l'avenir des services de santé dans la région. Le maire de Saint-Malo, Gilles Lurton, a souligné qu'il s'agirait d'une "catastrophe" si le projet de nouvel hôpital n'aboutissait pas. De même, 14 maires de la région dinannaise ont déploré le "nouveau décalage" du projet et ont réaffirmé leur opposition au "démantèlement de l'hôpital de Dinan".

Les causes de la fermeture de la maternité

Manque de personnel médical

La fermeture de la maternité de Dinan est principalement due à un manque de personnel médical, en particulier de médecins anesthésistes. Cette pénurie de professionnels de santé est un problème récurrent dans de nombreux établissements hospitaliers, en particulier dans les zones rurales ou périphériques. Le manque de nouveaux diplômés augmente la tension sur les effectifs à un niveau jamais atteint.

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Concurrence avec d'autres maternités

La maternité de Dinan est également confrontée à la concurrence des maternités de Saint-Malo, Rennes et Saint-Brieuc. Sur une moyenne de 1.263 naissances par an dans le bassin de vie, seules 680 se sont déroulées à l'hôpital de Dinan en 2017. Cette faible activité, combinée aux difficultés financières de l'établissement, a fragilisé la maternité de Dinan.

Décisions budgétaires et restructurations

Le syndicat Sud Santé blâme des décisions prises par le passé et notamment la fusion à marche forcée. Il aurait fallu assainir les finances des trois établissements avant de la faire. Des postes contractuels non reconduits et des fermetures de services à Dinan sont à déplorer.

Conséquences de la fermeture

Augmentation de la pression sur la maternité de Saint-Malo

Depuis la fermeture de la maternité de Dinan, 60 % des femmes du secteur viennent accoucher à Saint-Malo. Entre le 5 et le 20 juillet, 25 patientes ont accouché à Saint-Malo, ce qui représente 60 % des femmes enceintes dans le bassin. Un chiffre plus important que prévu. La direction pensait qu’elles iraient davantage à Saint-Brieuc et à Rennes. Cette augmentation d'activité met sous pression les équipes et les infrastructures de la maternité de Saint-Malo. La maternité de Saint-Malo n'a pas assez de chambres pour accueillir toutes les patientes.

Inquiétudes quant à la sécurité des patientes

La fermeture de la maternité de Dinan suscite des inquiétudes quant à la sécurité des patientes, en particulier celles qui résident dans les zones les plus éloignées de Saint-Malo. Au plus loin, dans le bassin dinannais, il faut cinquante-cinq minutes pour rejoindre la maternité de Saint-Malo. Ce qui est stressant et angoissant pour les femmes. Selon lui, deux habitantes de Caulnes et de Broons ont failli accoucher sur le bord de la route, dès le premier week-end après la fermeture. Après l’accouchement, les mamans retournent à l’hôpital de Dinan, « sauf complications. Ce qui n’est pas très confortable pour elles. »

Mobilisation et revendications

Face à cette situation, un Collectif de vigilance du groupement hospitalier territorial (Saint-Malo, Dinan, Cancale) mobilise les usagers du bassin dinannais, en distribuant des tracts, en organisant des défilés, et en lançant une pétition. Le syndicat Sud Santé redoute qu’il faille saigner à blanc les personnels pour y parvenir et aussi sacrifier l’offre de soins de proximité, notamment sur Dinan. Pour rassurer tout le monde, il faudrait désormais, selon le syndicat, une aide accrue de l’État au grand projet et un apurement immédiat de la dette de 100 M€ par les pouvoirs publics. Les représentants du personnel déplorent déjà des postes contractuels non reconduits et des fermetures de services à Dinan. Ils s’inquiètent d’une trésorerie exsangue et de reports de paiement de factures qui pourraient rendre les comptes du GHRE insincères.

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Perspectives d'avenir

Un projet de réorganisation en cours

La direction du GHRE assure qu'elle est mobilisée sur les projets médicaux, dans une dynamique territoriale. Cela se fait grâce à des médecins qui vont intervenir à la fois à Saint-Malo et à Dinan. Un travail collectif est en cours pour redéfinir le projet médico-soignant partagé.

Un financement accru de l'État nécessaire ?

Le syndicat Sud Santé réclame un financement accru de l'État pour le "grand projet" de nouvel hôpital. La direction du GHRE estime que le sujet est "complexe" et souligne que l'établissement est déjà accompagné par l'ARS et l'État.

Maternité de Dinan et de Guingamp en sursis ?

L’union locale de la CGT tient à réagir au rapport de la Cour des comptes régionale concernant l’hôpital de Guingamp paru le 4 juillet. Elle en dénonce notamment les auteurs, « des magistrats agissant comme de parfaits employés en comptabilité et se substituant au régulateur de la santé, l’Agence régionale de santé ». Le syndicat constate « une augmentation des arrêts maladie, de l’épuisement et des burn-out parmi les professionnels (…) malmenés au gré des restructurations incessantes. C’est une des causes de la perte d’attractivité des métiers de la santé, les salaires de misère de nombreux salariés en étant une autre. Le manque de nouveaux diplômés augmente la tension sur les effectifs à un niveau jamais atteint ! ». Pointant « des conséquences désastreuses » telles que « la suppression de lits, la fermeture de services, dont des maternités (centre de périnatalité Paimpol, Dinan), le manque de personnel dans les Ehpad générant de la maltraitance institutionnelle, la saturation des urgences, ou encore la situation particulièrement dramatique en psychiatrie », l’union locale de la CGT annonce « une catastrophe sanitaire » imminente.

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