La question de la fermeture des maternités, notamment celle de Carhaix, suscite de vives inquiétudes et de nombreuses réactions. Cet article se penche sur les raisons potentielles de ces fermetures, leurs conséquences sur les populations locales, et les mobilisations qui en découlent.
Contexte National et Local
En France, la question des déserts médicaux est de plus en plus prégnante. Le président de la République a même renouvelé son engagement de campagne électorale : "Aucun Français ne doit se trouver à plus de 30 minutes de soins d'urgence". Cependant, cette promesse semble difficile à tenir, notamment dans les zones rurales isolées.
La maternité de Carhaix, en Bretagne, est devenue un symbole national de résistance face à ces fermetures. En 2008, une décision de fermeture avait été prise pour des raisons économiques, suscitant un fort mouvement de contestation. Les habitants se sont mobilisés, menés par le maire de Carhaix, et ont finalement obtenu le maintien de leur maternité.
Les Raisons des Fermetures
Plusieurs facteurs peuvent expliquer les fermetures de maternités :
- Impératifs de sécurité : Les pouvoirs publics ont fixé un seuil de 300 accouchements par an pour qu'une maternité soit jugée viable. Ce seuil est lié à des impératifs de sécurité, car un volume d'activité plus important permet de maintenir un niveau de compétence élevé chez le personnel médical.
- Contraintes économiques : Les petites maternités peuvent être coûteuses à faire fonctionner, notamment en raison des équipements nécessaires et du personnel spécialisé requis.
- Sous-effectifs et surmenage : L’engagement des soignants et des médecins pour le service public vire au sacrifice. Sous-effectif et surmenage sont leur lot quotidien depuis des années. Au vu de la pénibilité des gardes, plus un hôpital est isolé, plus il est petit, plus il a de difficultés à réunir les professionnels nécessaires. D’autant plus que cette activité ne serait pas rentable en dessous de 1.200 accouchements à l’année.
- La loi Rist : L’application de la loi RIST, à partir du 3 avril, qui va plafonner la rémunération des médecins intérimaires, remet en cause le maintien de la maternité de Carhaix. Cette loi, bien qu'ayant pour but de réguler les dépenses de santé, peut rendre difficile le recrutement de médecins, notamment anesthésistes, dans les petits hôpitaux.
Les Conséquences des Fermetures
La fermeture d'une maternité peut avoir des conséquences importantes pour la population locale :
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- Allongement des temps de trajet : Les femmes enceintes doivent se rendre dans des maternités plus éloignées, ce qui peut poser des problèmes en cas d'urgence. Une jeune femme du Lot qui se rendait dans une maternité située à plus d'une heure de route a perdu son bébé.
- Sentiment d'abandon : La fermeture d'un service de proximité peut être perçue comme un abandon par les habitants, qui ont l'impression de ne plus être considérés par les pouvoirs publics.
- Impact sur les autres services de l'hôpital : La fermeture de la maternité peut entraîner la suppression d'autres services, comme la chirurgie, en raison de la perte d'anesthésistes.
La Mobilisation à Carhaix et Ailleurs
La maternité de Carhaix est devenue un symbole de la lutte contre la fermeture des services de proximité. Les habitants se sont mobilisés à plusieurs reprises pour défendre leur hôpital, notamment en 2008 et plus récemment, suite à l'annonce de nouvelles menaces de fermeture.
Plus de 5 000 personnes du pays Centre ouest Bretagne se sont réunis pour défendre l’hôpital. Les élus ont signé ensemble un courrier envoyé au ministère de la santé pour demander des engagements sur la maternité de Carhaix. La mobilisation a pris différentes formes :
- Manifestations : Des rassemblements ont été organisés devant l'hôpital et en ville pour exprimer le mécontentement de la population.
- Actions politiques : Les élus locaux ont interpellé les pouvoirs publics pour demander des garanties sur le maintien des services.
- Soutien des commerçants : De nombreux commerçants ont fermé leurs magasins pour afficher leur soutien à la mobilisation.
Alternatives et Solutions
Face à la menace de fermeture des maternités, plusieurs alternatives et solutions sont envisagées :
- Maintien des maternités de proximité : Certains estiment qu'il est essentiel de maintenir les maternités de proximité, même si elles ne respectent pas le seuil des 300 accouchements par an, en raison de leur importance pour la population locale.
- Centres périnataux de proximité : Ces centres permettent d'assurer le suivi de la grossesse et les suites de couche, mais les accouchements ont lieu dans une maternité plus éloignée.
- Mutualisation des moyens : Cette solution consiste à partager le personnel entre plusieurs hôpitaux pour assurer la continuité des services. Une piste de réflexion est avancée par Jean-Pierre Hémon, président de la commission santé au pays Cob. Il pointe la possibilité de mettre en place « un tableau de garde en commun sur l’anesthésie entre les sites de Carhaix et de Brest », qui montrerait « une solidarité ».
- Maisons de naissance : Ces structures, gérées par des sage-femmes, permettent aux femmes d'accoucher dans un environnement plus intime et moins médicalisé, tout en étant à proximité d'une maternité en cas de besoin.
L'Affaire du Lot et la Question de la Sécurité
L'affaire de la jeune femme du Lot qui a accouché dans sa voiture et perdu son bébé a relancé le débat sur la sécurité des accouchements en dehors des maternités. Certains estiment que cet événement tragique met en évidence les dangers de l'éloignement des maternités, tandis que d'autres soulignent qu'il est important de ne pas généraliser et de prendre en compte les spécificités de chaque situation.
Chantal Ducroux-Schouwey, présidente du Ciane, souligne qu'il est important de ne pas mélanger ce drame et la question de la fermeture des maternités. Elle rappelle que l'obstétrique n'est pas une science exacte et qu'il peut y avoir des accouchements imprévisibles, même dans des conditions optimales.
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Loi Neuder et le Numerus Apertus
Promulguée le 27 juin 2025, la loi Neuder vise à augmenter le nombre de médecins formés, en allouant des moyens financiers et humains aux universités, en fonction des besoins identifiés par l’agence régionale de santé. Adoptée à l’unanimité par le Sénat et l’Assemblée nationale, cette loi fait consensus. Elle se heurte pourtant au choc budgétaire annoncé par François Bayrou pour l’année 2026 : 44 milliards d’euros d’économies à réaliser dans le budget de l’État, dont 5 milliards dans celui de la Sécurité sociale. Officiellement, le « numerus clausus » a pris fin en 2019 avec la loi relative à l’organisation et à la transformation du système de santé. Elle l’a remplacé par un « numerus apertus ». Depuis, le nombre de places disponibles au concours d’entrée en fac de médecine n’est plus fixé à l’avance, il dépend de « la capacité d’accueil des universités ». Résultat, en 2024, 509 postes d’internes étaient ouverts pour la spécialité anesthésie.
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