Introduction
Les fées, créatures surnaturelles d'une espèce incertaine, fascinent et intriguent depuis des siècles. Elles se sont réfugiées dans des lieux inaccessibles, à l'écart des humains, suscitant à la fois l'envie et la crainte. Cet article explore l'origine de la fée au-dessus du berceau, en s'appuyant sur des récits traditionnels et des analyses savantes.
Les Fées : Entre le Réel et le Fantastique
Les fées n'ont pas les exigences macabres des revenants, mais il faut se garder de leur désir trop fugace. Les hommes oublient que ces êtres n'appartiennent pas au monde sensible, et rien ne peut les retenir longtemps parmi les humains. Dans des lieux retirés et impénétrables, elles mènent des activités suspectes, suscitant la question de leur lien avec le diable.
Lieux de Refuge et Mémoire Populaire
Les fées trouvent refuge dans les grottes et les dolmens, fréquentent les chemins, les bois et les ruisseaux. Certains pays, difficiles d'accès, conservent les traces et les cultes des premiers pasteurs de la protohistoire. Le terme générique de « fées » pourrait recouvrir l’existence de peuplades de l’Age de Bronze ou du Fer, voire du Néolithique.
Mimétisme et Démesure
D’origine et de nature incertaines, mais proches des humains, les fées étonnent, surprennent, et attirent la curiosité. Leurs faits et gestes miment l’activité des hommes, se modelant sur leur propre organisation sociale pour l’amplifier et lui donner une nouvelle résonance. Elles enjambent les bornes du réel pour atteindre l’espace du fabuleux et de la démesure. Leurs comportements inattendus, leurs désirs imprévisibles, et leurs aptitudes immatérielles les renvoient dans le monde des esprits, des génies, et des êtres surnaturels. Elles rejoignent alors le monde de la nature, de l’inculte, du sauvage. La mémoire populaire oscille fréquemment entre le réel et le mode fantastique.
Magiciennes du Gigantesque
Les récits racontent les exploits et les prodiges des fées, intégrant le monde fantastique dans l'existence quotidienne. En une ou deux nuits, elles construisent églises, ponts et châteaux à des hauteurs inaccessibles, interrompues seulement par l'angélus ou le chant du coq. Mélusine, par exemple, bâtit le premier château de la famille des Lusignan.
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Emprise Territoriale et Œuvre Inachevée
Les fées marquent leur emprise sur le territoire, mais ne parviennent jamais à compléter leur ouvrage, à l'image de leur condition de créatures entre-deux mondes. Mélusine, la fée-serpent, construit de nombreux châteaux et églises au clair de lune, mais s'enfuit au lever du jour, emportant avec elle pierres et sables nécessaires à de nouvelles constructions. Condamnée à l'inachevé, selon la tradition médiévale chrétienne, son œuvre ne peut être complétée par les humains.
Partage avec Gargantua
Les fées partagent avec Gargantua la propriété des pierres gigantesques et des monuments naturels et singuliers. Elles prennent possession de ces lieux, déjà aménagés par le géant. L'opposition est forte entre les récits de vie et les récits légendaires, qui accordent aux fées un statut fabuleux et délimitent un monde hors d’atteinte, séparé de celui des hommes. Ces êtres surhumains tiennent une place proche du sacré dans l’imaginaire collectif. La christianisation opère un simple déplacement des rôles, et les fils tissés par les fées portent, après leur disparition, le nom de fils de la Vierge.
Les Fées et les Tâches Quotidiennes
Fileuses, bâtisseuses, les fées se manifestent sous divers aspects. La tradition savante les rapproche des « fata » et des Parques, divinités gréco-latines du Destin. Mais souvent, les fées répondent davantage aux exigences de la vie quotidienne.
Fées Lavandières
Les fées lavandières apparaissent comme le miroir inversé des femmes qui effectuent la tâche harassante de la lessive. Elles accomplissent cette tâche sans peine, sans battoir, ni planche, ni massette. L’élément merveilleux porte avant tout sur la blancheur exemplaire des draps lavés par les fées. L’étonnante activité des fées porte sur les traces qu’elles ont laissées dans les lieux où elles s’affairaient ou bien encore sur le caractère annuel de leurs activités. En 1927, Emile Vigarié note qu’au roc de Suège, les fées faisaient une grande lessive une fois par an. L’on pouvait voir, au-dessus de la grotte où elles logeaient, deux bancs en bois placés à une hauteur inaccessible et où, disait-on, elles suspendaient leur linge pour le faire sécher. Ces êtres surprenants qui vivent en marge de l’existence terrienne savent reproduire les gestes et les actions des humains sans dévoiler jamais leur manière de faire.
Apprivoiser les Fées
Longtemps image de prospérité et de richesse, les fées procuraient des biens matériels en abondance. Chaque année, on leur réservait des offrandes - nourriture et boissons - dans une pièce isolée de la maison qu’elles visitaient la nuit, la veille du Premier de l’An. Cette coutume, attestée au XIIIe siècle dans toute l’Europe, avait fait l’objet de sévères admonestations de la part de l’Eglise.
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Offrandes et Pouvoir Sacré
Les gens reconnaissaient aux fées un pouvoir sacré semblable à celui qu’ils accordaient aux saints et aux saintes de leur pays. Outre cette prière rituelle, les « dames » pouvaient être sollicitées à tout moment, notamment pour tout ce qui touchait à la nourriture. Les fées pouvaient être alors d’un grand secours, offrant des gâteaux que l’on avait coutume de manger les jours de fête. Le don du gâteau et le linge qui l’accompagnait supposaient de leur part la connaissance des traditions culinaires locales.
Secrets des Plantes et Mariage Forcé
Au-delà de la connaissance des usages sociaux traditionnels : l’art de bâtir, de tisser, de laver et de manger, les êtres fantastiques détenaient les secrets des plantes. La « salvia », plante aux pouvoirs magiques, dont les fées détenaient les secrets, était l’herbe sacrée des Anciens ; au Moyen Age, elle immunisait contre la peste. Pour apprivoiser les fées et connaître leurs secrets, la voie du mariage est la plus appropriée. Dans la tradition médiévale, les fées acceptent d’échanger leur savoir sous réserve d’être prises pour femmes, épousées en grandes pompes par les princes du pays. Elles font jurer à leur mari de ne jamais s’enquérir de ce qu’elles deviennent le samedi, jour consacré à Marie, néfaste pour les fées.
Conséquences de la Transgression
Si, par imprudence, le mari ne tient pas ses promesses, la fée disparaîtrait, laissant derrière elle le malheur dans la maisonnée. Le thème de l’union trompeuse, de la transgression de l’interdit, de la fugacité de ces créatures demeure ancré dans la tradition orale, tout au long des siècles jusqu’à nos jours dans certaine région comme les Causses, mais il n’apparaît souvent que morcelé, mêlé confusément à d’autres motifs.
Le Changelin ou l’Enfant Échangé
Derrière la fée nourricière et féconde se dissimule l’autre figure féminine de la fée, l’être en rapport avec les intelligences séparées, l’être maléfique qui, pour renouveler son espèce, n’hésite pas à voler les enfants des autres.
Diabolisation et Stratégies
Avec le changelin, la fée manifeste ouvertement sa capacité à faire le mal. Pour parvenir à ses fins, elle capture secrètement l’enfant des humains et laisse, à la place, sa propre créature. La fée s’attaque de préférence à un nourrisson sans surveillance, pas encore baptisé, et donc encore vulnérable. Elle s’assure qu’aucun objet sacré ne protège l’enfant.
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Reconnaître le Changelin
Identifier le changelin n’est pas toujours chose facile. Tout enfant au corps déformé, au cou épais, à la tête énorme, un nain à l’appétit démesuré, noir, laid, ridé, velu, peut être suspecté. Les adultes eux-mêmes ne sont pas à l’abri de tout soupçon, notamment ceux qui ne parlent pas, ne crient pas, ne bougent pas, ceux qui sont capables de danser quand personne ne les observe.
Stratagèmes et Trilogie Démoniaque
Pour restituer l'enfant d'humains, il fallait fouetter le rejeton des fées, près de la grotte où elles habitaient, ou bien ne pas le nourrir. La fée accourait alors, rapportait le nourrisson et reprenait le sien. La nature des changelins les apparente indéniablement aux créatures de Satan. Fées, diables et changelins appartiendraient alors à une véritable trilogie démoniaque. Ces êtres se mêleraient à la vie des humains pour se réunir bruyamment en assemblée dans les lieux secrets. Les fées seraient compagnes du diable.
Soins aux Nourrissons dans la Littérature Médiévale
Les grands genres narratifs médiévaux accordent une attention soutenue aux faits et gestes qui entourent la venue au monde des humains. Les mentions des rites et des pratiques liés à la naissance et à la petite enfance offrent un panorama imaginaire très précis concernant les enjeux de la reproduction humaine, dans sa composante sociale, notamment. La fabrique du héros prend, en particulier au cours du XIIIe siècle et au XIVe siècle, un tour particulier.
La Nourrice : Figure Ambivalente
La figure de la nourrice est caractérisée par l’ignorance, la superstition, la malice et l’hostilité à l’égard des hommes et plus particulièrement des hommes mariés. Les occupations traditionnelles de la nourrice font l’objet de descriptions assez précises, bien qu’elles soient prises le plus souvent en mauvaise part. Les soins à donner aux nourrissons mettent la nourrice en contact avec les langes qu’il faut changer et laver. L’idée de souillure induite par ces tâches peu ragoûtantes s’exprime dans la Farce des chambrières.
Connaissance Précise des Soins
Lorsque les textes s’arrêtent un tant soit peu sur des scènes impliquant le soin d’un nouveau-né, les descriptions révèlent une connaissance précise du métier de la nourrice. Les soins aux nourrissons sont bien connus et répertoriés, même par les auteurs, en principe masculins, des romans. Les listes de soins de puériculture sont tout à fait cohérentes avec les descriptions savantes qui recensent les tâches et les occupations des nourrices.
Vulnérabilité et Absence de Nourrice
Partagée par les hommes et les femmes, les nourrices et les lettrés, l’attention dévolue aux soins et à la nourriture qu’il faut procurer aux nourrissons repose sur la conscience très vive de la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouve le nouveau-né dans un monde en proie à une mortalité infantile importante. L’absence d’une nourrice est synonyme d’un danger de mort. Un récit exemplaire, enchâssé dans la totalité des nombreuses versions du Roman des sept sages de Rome, en témoigne tout particulièrement.
Naissances en Milieu Hostile
La vulnérabilité du moment de la naissance atteint son paroxysme dans des cas de naissances dans un espace sauvage, la mer ou la forêt notamment. Plusieurs romans et chansons de geste mettent ces périls en scène.
L'Envers du Décor : L'Enfant Uérin
Le Roman de Merlin de Robert de Boron y fait une brève allusion, à propos de Keu, le sénéchal du roi Arthur. Ce personnage se caractérise dans toute la tradition arthurienne par son mauvais caractère et sa langue trop bien pendue. Selon Robert de Boron, il faut mettre cette acrimonie sur le compte du lait que Keu a tété comme enfant. En effet, il se nourrissait encore au sein de sa mère lorsque celle-ci s’est vu confier la garde du petit Arthur, fils nouveau-né du roi Uterpendragon et de la duchesse Ygerne. Relégué aux soins d’une nourrice de bas étage, Keu a été « desnaturez » pour avoir dû céder sa place à l’enfant providentiel dont Merlin a confié la garde à ses parents. L’activité professionnelle de la nourrice cache la présence d’un enfant mis à l’écart au profit du nourrisson pour lequel ses parents se sont attaché les services de ladite nourrice.
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