Introduction

La Grèce antique, berceau de la civilisation occidentale, offre un terrain fertile pour l'étude de la fécondation sous ses multiples facettes. Cet article explore les conceptions et les pratiques liées à la reproduction, en abordant des thèmes aussi variés que la pédérastie, la fertilité, l'inceste et le contrôle des naissances. Loin d'une vision monolithique, la société grecque antique se révèle traversée de contradictions et d'ambivalences, où les impératifs civiques se heurtent aux aspirations individuelles.

La Pédérastie : Une Forme d'Éducation et d'Amour Viril

La pédérastie, transposition du grec ancien παιδεραστής (paiderastès), mot forgé sur παῖς (paîs) signifiant « enfant » (implicitement mâle) et ἐραστής (erastếs) signifiant « amant », désignait dans la Grèce antique une relation entre un homme adulte et un jeune garçon, pré-pubère ou pubère. Cette relation, plus forte que l'amitié (φιλία / philia), était considérée comme une institution morale et éducative, particulièrement dans les milieux aristocratiques.

Un Système d'Éducation

Xénophon soulignait l'importance de la pédérastie dans l'éducation spartiate. L'amour masculin occupait une place notable dans la civilisation hellénique, notamment dans le domaine de la pédagogie. La différence d'âge était primordiale, l'éphébie marquant la fin de cette relation. L'aîné, adulte, désirait s'affirmer aux yeux de son aimé, tandis que le cadet aspirait à se montrer digne de son amant. Cette émulation renforçait l'amour de la gloire, valeur centrale de l'esprit agonistique grec.

Un Compagnonnage de Guerriers

La pédérastie hellénique peut être perçue comme une survivance du Moyen Âge féodal, un compagnonnage de guerriers. L'homosexualité grecque, de type militaire, se distinguait des inversions initiatiques et sacerdotales observées dans d'autres cultures. L'exclusion des femmes et l'exaltation des vertus viriles favorisaient l'amour masculin. La cité grecque, ce « club d'hommes », conservait le souvenir de la chevalerie primitive.

L'Enlèvement en Crète

Strabon décrit une pratique particulière en Crète : l'enlèvement du jeune homme par son amant, avec la connivence de l'entourage. Après un séjour de deux mois à la campagne, l'éphèbe était solennellement fêté et recevait une armure de son amant, devenant son écuyer (παρασθείς / parastheis). Intégré à la vie noble, il accédait aux chœurs et aux gymnases.

Lire aussi: Guide : Calcul date de fécondation et accouchement

La Pédérastie et l'Idéal Moral

La pédérastie contribuait à façonner l'idéal moral de l'éducation hellénique. La relation passionnelle impliquait un désir d'atteindre une perfection supérieure, l’ἀρετή / aretê. L'aîné développait une vocation pédagogique, devenant le maître de son aimé. L'amour antique participait également à l’ἀγαπή / agapê, par cette volonté d'ennoblissement et de don de soi.

Les Conceptions de Platon et Xénophon

Platon et Xénophon attribuaient à Socrate des idées similaires sur l'amour. Dans le Banquet, Pausanias posait les règles de la « bonne » pédérastie, visant l'éducation du jeune et sa formation à l’arétè. L'Éros céleste était supérieur à l'Éros populaire. L'amour, même sensuel, d'un garçon devait être approuvé s'il conservait un but moralement élevé.

Xénophon, dans son Banquet, condamnait la pédérastie charnelle de manière plus rigoureuse que Platon. Il distinguait les deux Aphrodites, Céleste et Vulgaire, exaltant l'amour chaste et « pédagogique ». L'amour né de l'Aphrodite Ouranienne, exclusivement masculin, s'adressait aux garçons ayant déjà fait preuve d'intelligence.

Il est important de distinguer la pédérastie de l'homosexualité. La pédérastie, respectueuse des règles de fidélité et de vertu, était hautement estimée, tandis que la pédérastie charnelle était tacitement admise.

Fertilité et Infertilité : Enjeux Sociaux et Tragiques

La fertilité était un enjeu majeur dans la Grèce antique, intimement liée au bon fonctionnement de la cité et à la volonté divine. L'infertilité, au contraire, était perçue comme un châtiment terrible.

Lire aussi: Tout Savoir sur la Gémellité

L'Inceste et la Corruption de la Fertilité

L'inceste, crime sacrilège, était évoqué à travers des métaphores associant la reproduction humaine et végétale. Dans l'Œdipe Roi de Sophocle et Les Sept contre Thèbes d'Eschyle, l'inceste corrompt la fertilité et engendre une génération monstrueuse.

Le corps de Jocaste, champ maternel, est fécondé par son fils Œdipe, donnant naissance à une génération incestueuse. L'adjectif ὁμόσποροι, signifiant « ensemencés ensemble », rappelle la conception incestueuse des jumeaux Etéocle et Polynice.

La Guerre Intestine et les Hommes Semés

La guerre intestine est au cœur de l'histoire thébaine. Cadmos, après avoir tué le dragon, sème les dents de ce monstre, d'où surgissent les Σπαρτοί, les « hommes semés », qui s'entretuent.

Chez Eschyle et Sophocle, la fertilité est un vecteur tragique. Les cycles naturels humain et végétal sont pervertis par l'inceste, la terre-mère Jocaste est corrompue, et les fruits qui naissent de ce sol sont empoisonnés.

Le Contrôle des Naissances : Entre Nécessités Démographiques et Aspirations Individuelles

La Grèce antique, confrontée à une mortalité élevée et à des guerres récurrentes, devait assurer le renouvellement de sa population. Cependant, des tendances contradictoires animaient les Grecs, qui attendaient parfois d'avoir trente ou trente-cinq ans pour se marier.

Lire aussi: Diarrhée, ovulation et conception

La Misogynie et la « Polysexualité »

La misogynie des Grecs s'expliquait en partie par leurs goûts amoureux, tournés vers la forme enfantine du masculin. La « pédérastie » alimentait le célibat et l'oliganthropie, ce manque d'hommes qui menaçait les cités.

La « polysexualité » grecque incluait les jeunes garçons, les femmes vénales (hétaïres, concubines) et l'épouse, avec laquelle le chef de maison pouvait avoir des héritiers.

La Limitation des Naissances et la Sélection du Genre

Au IIe siècle av. J.-C., Polybe constatait que les Grecs n'élevaient qu'un ou deux enfants, afin de leur laisser une fortune importante. Ils préféraient éviter de donner naissance à des filles, dont la dot grevait le patrimoine familial.

La composition des fratries montrait un sex ratio défavorable au genre féminin, suggérant une sélection du genre. Cette schizophrénie grecque opposait le citoyen populationniste au chef de maison malthusien.

Les Pratiques Contraceptives et l'Avortement

Les traités médicaux hippocratiques témoignent d'une préoccupation constante pour la contraception. Les femmes utilisaient diverses méthodes pour éviter la reproduction, notamment en « bloquant leur respiration » lors de l'éjaculation de leur partenaire.

Les médecins proposaient des centaines de remèdes contre la reproduction : fumigations, pessaires, etc. L'avortement était également pratiqué, même à des stades avancés de la grossesse.

L'Exposition des Enfants

L'exposition des enfants était une pratique de dernier recours pour les pères qui ne souhaitaient pas les élever. Les bébés adultérins et ceux victimes de malformations étaient souvent exposés. Dans la réalité, ce sont souvent les filles qui étaient abandonnées.

tags: #fécondation #Grèce #antique

Articles populaires: