Ce sujet, parfois tabou, est revenu dans l’actualité à l’occasion de récentes initiatives. Mais est-ce en conflit avec la réglementation en matière d’avortement ? Différentes initiatives ces derniers mois ont attiré l’attention sur un sujet douloureux pour les familles concernées : la fausse couche. Cet article vise à clarifier la distinction entre la fausse couche et l'avortement, en explorant les causes, les conséquences et les aspects légaux et émotionnels associés à ces deux situations.
Définition et types de fausse couche
On appelle fausse couche un arrêt spontané de la grossesse avant le seuil de viabilité du fœtus, fixé par l’OMS à 22 semaines d’aménorrhée (environ 5 mois de grossesse) et 500g. La fausse couche est donc un avortement spontané, à la différence de l’interruption volontaire de grossesse qui est un avortement provoqué à dessein.
Il est important de différencier la fausse couche spontanée précoce et la fausse couche tardive. En effet, la fausse couche précoce est lorsqu’un l’arrêt de grossesse a lieu au cours des 3 premiers mois. La fausse couche tardive (encore appelée avortement tardif) est une interruption non volontaire de la grossesse entre le troisième et le cinquième mois. Toute interruption et expulsion de grossesse au-delà de cinq mois (22 semaines d’aménorrhée - c’est à dire 22 semaines après l’arrêt des dernières règles) est qualifiée de “mort fœtale”. Ces précisions sont importantes à faire car la prise en charge et le traitement de chaque catégorie de fausse couche ne sont pas identiques.
La fausse couche est précoce avant 14 semaines d’aménorrhée, tardive au-delà. La fausse couche précoce est un événement extrêmement fréquent, ce qui n’enlève cependant rien à la peine qu’elle cause : selon les estimations, 10 à 15% des grossesses se termineraient par une fausse couche, voire un tiers si l’on compte celles, très précoces, qui peuvent avoir lieu avant même que la femme se sache enceinte. Les fausses couches tardives touchent environ 1% des grossesses.
Quant aux enfants mort-nés, à côté des 740 000 naissances d’enfants vivants enregistrées en 2020, 8 747 actes d’enfant sans vie ont été dressés, dont une majorité provenant d’interruptions médicales de grossesse.
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Causes et facteurs de risque de la fausse couche
Une fausse couche peut être causée par plusieurs éléments. On compte notamment les causes internes et les causes externes :
- Les causes internes: anomalies génétiques détectées au niveau de l’embryon (chromosomes mal répartis à l’issue de la fécondation), anomalies pouvant ralentir le développement embryonnaire (notamment anomalies au niveau du cœur ou du système nerveux). anomalies pathologiques (diabète non contrôlé, glande thyroïde, problèmes d’hormone, maladies immunitaires, cœliaque, coagulation sanguine, anomalies du col de l’utérus : fibromes, polypes, poly kyste ovariennes…) détectées au niveau du corps fragile de la mère. On peut également observer de nombreuses fausses couches chez les femmes ayant souffert d’une des infections suivantes : la toxoplasmose, la rubéole, la listériose ou le cytomégalovirus. L’interruption de la grossesse peut avoir également lieu à la suite d’une longue série de forte fièvre, ou après avoir utilisé des produits chimiques.
- Les causes externes: Celles-ci peuvent provoquer l’interruption d’une grossesse avant le 5e mois. Parmi elles, on compte notamment la consommation de certaines substances nocives (tabac, boissons alcoolisées, cocaïne, héroïne, amphétamine, excès du café, certaines plantes médicinales comme l’absinthe, l’armoise, le génépi, l’aloès, la cascara, la menthe pouliot, la sauge officinale…)
L’âge des parents constitue également un facteur de risque de fausse couche. En effet, plus la mère est âgée, plus le risque de fausse couche est élevé (20 % pour les femmes de 35 ans ; 40 % pour les femmes de 40 ans et 80 % pour les femmes au-delà de 45 ans). Chez les hommes dont l’âge est supérieur à 40 ans, il existe un risque de fausse couche car on constate une augmentation du nombre de spermatozoïde anormale.
Diagnostic et symptômes de la fausse couche
Le médecin va constater l’interruption de la grossesse grâce à une échographie. D’après les estimations, seulement 30% des grossesses sont menées jusqu’au terme. Le plus souvent, la grossesse passe inaperçue en raison d’une fausse couche survenue très précocement. En dehors des facteurs liés à la mère ou à l’enfant, des éléments extérieurs peuvent être à l’origine de certaines fausses couches.
La fausse couche se manifestera par les signes suivants :
- Saignements (abondants ou non) du vagin. Le sang est d’abord rouge clair puis devient rouge foncé.
- Caillots de sang ou de tissus brunâtres.
- Fortes douleurs au niveau du dos ou au niveau du bas ventre.
- Absence brusque des symptômes et signes de grossesses (nausées, vomissements, tensions, douleurs des seins…)
En outre, certaines grossesses au début des 3 premiers mois peuvent être interrompues sans présenter de signes. Le fœtus est évacué au cours des premières menstruations. Pour une grossesse de plus de 3 mois, la fausse couche s’annonce généralement par une forte contraction (qui peut être comparée à une contraction d’accouchement).
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Il faut se rendre en consultation lorsque :
- Vous constatez un saignement vaginal abondant (à titre d’exemple, si celui-ci vous contraint à utiliser au moins deux serviettes hygiéniques en 1 heure)
- Lorsque vous ressentez de fortes douleurs au niveau du bas ventre, du dos ou de l’abdomen.
- Lorsque vous avez été victime d’une perte de conscience.
La téléconsultation n’est pas possible pour diagnostiquer les cas de fausses couches.
Comment différencier saignements de fausse couche et règles ?
Pendant les règles, l’écoulement est normal et nécessite en moyenne l’usage d’une serviette hygiénique par heure. L saignement d’une fausse couche est abondant et exige plus de deux serviettes par heure. Néanmoins, une fausse couche précoce s’évacue normalement - tout comme des règles.En cas de doute sur une fausse couche, consultez sans attendre.
Traitements possibles
Trois types de traitements sont possibles pour faire face à une fausse couche.
- Traitements médicamenteux: Lorsqu’il s’agit d’une grossesse de moins de 10 semaines, l’interruption peut être traitée à l’aide du Misoprostol, accompagné d’antidouleurs et de médicaments contre la nausée. Certains médecins peuvent ajouter du fer pour compenser la perte de sang. Entre 12 heures et 24 heures après la prise de la dose recommandée par votre médecin, une menstruation abondante suivie de fortes douleurs est observée. Les jours suivants une menstruation normale sera également observée. Suivez les recommandations de votre médecin.
- Le curetage: C’est le traitement recommandé pour les grossesses entre 10 et 13 semaines. Il s’agit d’un traitement visant à expulser entièrement le fœtus et le placenta du ventre de la mère. Le curage permet d’éviter toute infection et hémorragie. Des médicaments de la catégorie des sédatifs et des antalgiques vous seront administrés pour vous permettre de supporter la douleur. Une observation de 24 heures à l’hôpital est exigée pour suivre l’évolution de l’état du patient.
- Fausse couche naturelle: Vous pouvez aussi décider d’attendre que le fœtus s’expulse naturellement sans intervention médicamenteuse. Faites-vous guider par votre gynécologue. Pour ce type de traitement, il peut être effectué une fausse couche naturelle sans médicament. Il s’agît d’une méthode très douloureuse et assez stressante. Le saignement dure longtemps. Vous devez prendre régulièrement votre température et faire objet de suivi par prises de sang. Le suivi peut être réalisé par échographie.
Le curetage est une intervention chirurgicale pratiquée par un gynécologue-obstétricien qui consiste à retirer par aspiration le contenu de l’utérus après une fausse couche ou un œuf clair. Généralement réalisée en ambulatoire et sous anesthésie générale, l’opération dure en moyenne 30 minutes. Du point de vue technique, une grossesse est tout à fait possible après un avortement spontané. Toutefois, un curetage peut provoquer des lésions de l’endomètre.
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Prévention de la fausse couche
A noter qu’il n’est pas possible de prévenir les fausses couches dues à une anomalie génétique du fœtus, en revanche certains comportements peuvent être modifiés pour limiter les autres causes d’interruption de grossesse.
Comment éviter fausse couche après une fécondation in vitro (FIV)?
S’il est constaté une forte augmentation des cas de fausses couches après FIV, celui-ci peut être évité en appliquant les mesures préventives suivantes :
- Réaliser l’hystérosalpingographie (HSG) pour connaître la forme et la situation de l’utérus.
- Réaliser la thrombophilie pour permettre d’anticiper la formation des caillots de sang dans l’utérus.
- Réaliser le Test de réceptivité endométriale ER Map afin de confirmer la réceptivité de l’endomètre.
Si tous ces examens cliniques sont concluants, vous avez de grandes chances d’éviter une fausse couche après FIV.
Comment éviter fausse couche précoce ?
- Faites-vous vacciner contre la rubéole et la grippe
- Faites-vous dépister couramment de la toxoplasmose
- Adoptez une alimentation saine et variée.
Comment éviter fausse couche en début de grossesse ?
- Évitez la consommation de boissons alcoolisées
- Évitez les boissons issues des plantes médicinales à risque sur la grossesse
- Allez régulièrement aux contrôles et visites médicales de suivi.
Interruption volontaire de grossesse (IVG)
L'avortement médicamenteux correspond à l'interruption volontaire d'une grossesse (IVG) provoquée par des médicaments.
La méthode de l’IVG médicamenteuse consiste à prendre deux médicaments différents : la Mifépristone (ou RU 468) puis 36 à 48 h plus tard le Misoprostol, également par voie orale vendu en ville sous le nom de GYMISO® (400 μg : 2 comprimés à 200 μg, en une prise).
En France, l'IVG peut être pratiquée avant la fin de la 12e semaine de grossesse, c'est-à-dire avant la fin de la 14e semaine après le début des dernières règles (14 semaines d'aménorrhée).
Rebaptisé I.V.G. (interruption volontaire de grossesse) en 1979 et autorisé à présent en France jusqu'à la douzième semaine de la gestation (ou après pour des motifs thérapeutiques), l'avortement provoqué est réalisé par des médecins en milieu chirurgical, par la méthode d' aspiration de Karman, jusqu'à la huitième semaine de gestation, ce qui permet l'asepsie. Au-delà, les médecins préfèrent généralement opérer sous anesthésie générale, légère et de courte durée. Par ailleurs, le contragestif RU 486, mis au point par Roussel-Uclaf, est utilisé en France depuis septembre 1988. L'arrêté du 28 décembre 1988 en fixe les règles d'utilisation, de détention et de distribution.
A compter du 31 mars 2013, le forfait de prise en charge des frais relatifs à l'IVG est remboursé en totalité par l'Assurance maladie. Le 1er avril 2016 marque une nouvelle étape dans l'accès des femmes à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). La nouveauté ? La Sécurité sociale rembourse intégralement tous les examens réalisés dans le cadre d'une IVG.
Aspects émotionnels et soutien
Vivre une fausse couche, même très précoce, n’est jamais anodin. Les femmes et les couples ont besoin d’en parler. Une interruption volontaire de grossesse peut laisser une blessure émotionnelle pendant très longtemps.La culpabilité peut rester importante même quand la décision paraissait simple. Avoir vécu une IVG peut contribuer à une difficulté de mettre en route une grossesse plus tard. Certains couples vivent des situations extrêmement difficiles de récidives d’arrêt de grossesse, précoces ou tardives, pour des raisons non expliquées ou avec des causes médicales différentes d’une grossesse à la suivante.
Vivre une fausse couche est un véritable traumatisme pour certaines personnes. C’est une situation très difficile à vivre ainsi qu’un véritable deuil. Hommes et femmes ressentent du vide, de la déception, de la tristesse et parfois un sentiment de culpabilité. Le deuil à la suite d’une fausse couche doit se faire à deux. Le père et la mère doivent discuter, parler et se vider. Si l’émotion est trop forte et que le deuil tarde à partir, vous pouvez vous remettre à des professionnels ou des groupes de soutien qui vous aideront à surmonter cette situation. Sur MédecinDirect, des psychothérapies sont proposées. Un psychopraticien (si besoin épaulé d’un psychiatre) vous écoute, vous oriente et vous conseille afin de vous guider vers la voie du deuil.
Considérations légales et éthiques
Depuis 1993, pour les enfants mort-nés, ou nés vivants mais non viables, un acte d’enfant sans vie peut être établi à la demande des parents et sur présentation d’un certificat d’accouchement. La Cour de cassation a précisé en 2006 que le code civil ne « subordonnait pas l’établissement d’un acte d’enfant sans vie au poids du fœtus, ni à la durée de la grossesse ». Il s’agissait en l’espèce de fœtus de 18 à 21 semaines. L’acte d’enfant sans vie peut donc être dressé en cas d’enfant mort-né mais aussi de fausse couche tardive. La pratique administrative, fondée sur la circulaire 2009-182 du 19 juin 2009, admet l’établissement d’un tel acte à partir de 15 semaines d’aménorrhée. Il s’agit d’une « reconnaissance symbolique », l’inscription sur le registre ne constituant pas un acte d’état civil. La modification de l’article 79-1 du code civil de décembre 2021 permet d’attribuer un nom de famille à l’enfant, or le nom de famille et la filiation sont des attributs de la personnalité juridique.
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