Les avortements chez la brebis sont un trouble majeur avec des implications sanitaires, économiques et de santé publique. Cet article aborde les causes potentielles, les protocoles de diagnostic et les mesures de contrôle à mettre en œuvre pour minimiser leur impact.
Importance de la surveillance et du diagnostic
Les avortements chez la brebis sont considérés comme un trouble majeur en raison de leur impact sanitaire et économique. Parmi les maladies à l'origine d'avortements, certaines sont des zoonoses, comme la brucellose et la fièvre Q, ce qui représente un risque pour la santé publique. La déclaration des avortements est obligatoire chez les ruminants, une mesure mise en place initialement dans le cadre de la lutte contre la brucellose. Bien que la France métropolitaine soit officiellement indemne de brucelloses ovine et caprine depuis 2014 (à l'exception des Pyrénées-Atlantiques), la vigilance reste de mise, comme l'ont montré des cas de réémergence. La déclaration des avortements est donc un facteur clé de la détection précoce de tout nouveau foyer.
Seuil d'alerte et démarche diagnostique
Le seuil d'alerte recommandé pour la mise en place d'une démarche de diagnostic différentiel est de trois avortements au minimum en 7 jours ou moins en cas de série d'avortements rapprochés. Un autre seuil d'alerte concerne les séries plus espacées dans le temps : 4 % d'avortements sur un lot de femelles mises à la reproduction inférieur à 250 femelles, et à partir du dixième avortement pour les lots supérieurs à 250 femelles sur la période de mise bas (fixée à 3 mois).
Le recueil des commémoratifs et des éléments cliniques et lésionnels est une étape fondamentale de la réussite de la démarche diagnostique. Il convient de quantifier précisément les avortements, de préciser le stade de gestation où ils surviennent, et de caractériser les animaux atteints (classe d'âge, animaux introduits, etc.).
Causes infectieuses des avortements chez la brebis
Les causes responsables des avortements sont très diverses et nombreuses. Parmi les causes infectieuses les plus courantes, on retrouve :
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- Brucellose : Bien que la France soit officiellement indemne, le risque de réapparition existe en raison des déplacements d'animaux provenant de zones infectées. Chez les humains, la brucellose peut provoquer un syndrome grippal bénin ou, plus gravement, une fausse couche chez les femmes enceintes.
- Fièvre Q : Zoonose causée par la bactérie Coxiella burnetii.
- Chlamydiose : Infection bactérienne causée par Chlamydia abortus.
- Toxoplasmose : Infection parasitaire causée par Toxoplasma gondii. Les jeunes chatons sont excréteurs de toxoplasmes pendant une courte durée de leur vie.
- Salmonellose : Infection bactérienne causée par des bactéries du genre Salmonella.
D'autres maladies peuvent également entraîner des avortements, telles que la Fièvre catarrhale ovine (FCO) et la Maladie hémorragique épizootique (MHE), qui peuvent avoir des effets sur la reproduction des animaux, incluant des interruptions de gestation et des malformations chez les agneaux.
Protocole national de diagnostic différentiel
Un protocole national de diagnostic différentiel des avortements chez les petits ruminants est proposé. Il vise à codifier les seuils d'alerte et les prélèvements à effectuer en fonction des suspicions. Le protocole national harmonisé définit des maladies à rechercher en première ou seconde intention et un minimum de prélèvements requis. Pour chacun des agents retenus, un minimum de prélèvements et d'analyses est préconisé. Pour l'interprétation des résultats, une gradation à quatre niveaux d'imputabilité des séries d'avortements aux différents agents a été définie : forte, possible, peu probable, non conclusive. Il est souhaitable que tout vétérinaire suive au minimum ce protocole, tout en restant libre de réaliser d'autres analyses si ses observations le justifient.
Mesures de maîtrise et de prévention
Une fois le diagnostic établi, des mesures de maîtrise spécifiques aux agents incriminés peuvent être proposées à l'élevage. Des fiches par maladie sont disponibles sur le site de l'Institut de l'élevage, rappelant ces mesures pour chaque agent. Il est essentiel de rappeler à l'éleveur les mesures sanitaires non spécifiques qui s'imposent face aux agents abortifs, dont certains sont zoonotiques.
Outre les précautions particulières à prendre en filière "lait cru", il convient de protéger les personnes et l'élevage vis-à-vis du risque infectieux. Les femelles ayant avorté doivent être identifiées et, si possible, isolées du reste du troupeau. Les matières potentiellement virulentes (placentas, avortons, etc.) sont à conserver séparément, avec précaution, pour une analyse et/ou être éliminées de l'environnement. Le port de gants lors de la manipulation des femelles ayant avorté, des placentas et des avortons doit s'imposer au vétérinaire, à l'éleveur et à tout autre intervenant de l'élevage. Les mesures sanitaires ou hygiéniques de base (nettoyage-désinfection des mains, des bottes, pédiluves, port de surchaussures, etc.) doivent être rappelées. Les personnes présentant un risque augmenté de contracter une zoonose (femmes enceintes, enfants, immunodéprimés, etc.) éviteront les contacts avec les animaux et l'élevage.
Prévention des avortements
Pour éviter l'apparition d'avortements dans un troupeau, il est crucial d'éviter d'y faire entrer des animaux (mâles reproducteurs, agnelles ou chevrettes) au statut sanitaire inconnu, particulièrement pour la chlamydiose et la brucellose. Les mélanges d'animaux originaires de troupeaux différents favorisent le passage des maladies d'un animal excréteur à un animal sensible.
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Traitement
Il n'y a pas de remède en soi pour un avortement. Cependant, en cas d'avortements infectieux (Fièvre Q, Chlamydiose, Toxoplasmose), il faut tenter d'arrêter les avortements avant qu'ils ne touchent l'ensemble des animaux. Les traitements conventionnels font recours aux antibiotiques. Pour l'éleveur qui ne le souhaite pas, il est possible de faire de l'isothérapie, une méthode qui consiste à préparer une teinture-mère à partir de produits organiques prélevés sur l'animal malade (lait en cas de mammite, urine en cas d'infection générale, glaires vaginales dans les cas des avortements).
Rôle du vétérinaire
Les avortements chez la brebis doivent être un motif d'appel du vétérinaire par les éleveurs. Leur impact sur l'élevage et la santé publique impose aux vétérinaires d'y être réactifs et pro-actifs. La mise en place d'un protocole harmonisé pour le diagnostic étiologique lors d'avortements chez les ruminants et du dispositif d'Observatoire et suivi des causes d'avortements chez les ruminants est un atout pour améliorer la réussite diagnostique. Cette aide au diagnostic relayée par la plateforme d'épidémiosurveillance en santé animale devrait non seulement permettre de mieux suivre les maladies abortives en France, mais aussi être une source d'information utile et fiable pour orienter les praticiens.
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