Suresnes, ville nichée aux portes de Paris, est souvent perçue comme un lieu de résidence paisible. Pourtant, derrière cette image se cache une histoire riche et méconnue, intimement liée à l'univers fascinant de la parfumerie. C'est ce que révèle l'exposition « Suresnes, ville de parfumeurs », une exploration captivante du passé olfactif de cette commune.
Les Premiers Effluves : Jean-Louis Fargeon, Parfumeur de la Reine
L'histoire de Suresnes et du parfum débute au XVIIIe siècle, lorsque Jean-Louis Fargeon, originaire de Montpellier et issu d'une famille d'apothicaires parfumeurs s'installe rue de Saint-Cloud, près du château de la Source. En 1774, il devient « maître gantier parfumeur », puis s'impose comme « Parfumeur du Roy et de la Cour ».
Fargeon devient le parfumeur attitré de Marie-Antoinette, pour laquelle il imagine des gants parfumés, des eaux spiritueuses de rose, de violette ou encore de jasmin, obtenues par distillation ; et lui fournit une poudre et une pommade « à la Reine », qui lui sont réservées. En 1786, il installe ses ateliers à Suresnes, proche du château de Saint-Cloud, dont Marie-Antoinette est propriétaire. Toutefois, il quitte Suresnes peu après la Révolution, laissant derrière lui un héritage olfactif qui marquera la ville.
L'Ère Industrielle : De Coryse-Salomé à Worth
Plus d'un siècle après Fargeon, en 1924, un autre acteur majeur de la parfumerie s'installe à Suresnes : l'ingénieur-chimiste Maurice Blanchet. Il construit des ateliers et des laboratoires, développant la marque Coryse-Salomé, puis Worth. L'usine de Suresnes s'étend sur 7 000 mètres carrés, dont 4 500 mètres carrés couverts. Blanchet complète son installation par la mise en place de chaînes de remplissage de flacons, permettant de produire 300 flacons par heure.
Jean-Philippe Worth, héritier de Charles-Frederick, couturier attitré de l'impératrice Eugénie qui, au milieu du XIXe siècle, avait fait construire un imposant château à Suresnes, contacte alors Maurice Blanchet. Avec le verrier René Lalique, ils créent « Dans la nuit » en 1924, un parfum contenu dans un flacon bleu nuit décoré d'étoiles. Maurice Blanchet obtient à cette époque un contrat d'exploitation pour plusieurs décennies.
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René Lalique et Maurice Blanchet continuent à travailler avec Jacques, neveu de Jean-Philippe. Ils créent en 1929 « Sans Adieu », dans un flacon vert. Avec « Je Reviens » en 1932, le nom de Worth s'impose définitivement dans la parfumerie de luxe. Empreint d'une puissante séduction avec ses notes capiteuses et fleuries, il est présenté dans un imposant flacon cylindrique en verre bleu, dans le plus pur style Art Déco. Grâce à leurs succursales multiples, les parfums Worth sont présents dans le monde entier. La Seconde Guerre mondiale ralentit la production de toute la parfumerie et interrompt la création.
François Coty : Un Empire Olfactif sur les Bords de Seine
C'est également sur les bords de Seine à Suresnes, qu'en 1904, François Coty installe son usine, qu'il agrandit rapidement pour recouvrir une surface de 50 000 m2. À partir de 1910, René Lalique confectionne des flacons exclusifs pour les parfums de François Coty.
Coty considérait que « chaque femme doit étudier sa propre personnalité et alors choisir le parfum qui lui convient. Il lui incombe de chercher le moyen d'exprimer sa personnalité morale, son émotivité, ses aspirations profondes aussi bien que son apparence extérieure. »
Suresnes, un Territoire Marqué par l'Histoire
Au-delà de son passé parfumé, Suresnes est une ville riche en histoire. Des événements tels que les Journées européennes du patrimoine permettent de découvrir des aspects méconnus de son patrimoine, comme l'exposition sur le Mont-Valérien religieux de 1400 à 1830, présentée dans la Forteresse. Des conférences, telles que celle sur les rues commerçantes de Suresnes, offrent également un éclairage intéressant sur l'évolution de la ville.
L'histoire de Suresnes est aussi marquée par des événements plus sombres, comme la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle le Mont Valérien est devenu un lieu d'exécution secret des résistants. Des rues du centre-ville portent le nom de ces héros pour leur rendre hommage.
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Suresnes et son Engagement Culturel
La Société d'Histoire de Suresnes joue un rôle essentiel dans la préservation et la diffusion de l'histoire locale. Elle organise régulièrement des événements, tels que des visites guidées, des conférences et des expositions, et publie des ouvrages sur l'histoire de la ville. L'association participe également à des événements culturels, comme le forum des associations, où elle évoque des aspects de la vie locale à travers les âges, ou la promenade des impressionnistes, qui met en lumière le passé artistique de la région.
La Société d'Histoire de Suresnes s'intéresse également à l'histoire de l'art, comme en témoigne la présentation du numéro spécial du bulletin de la SHS consacré à la maison des artistes danois de Suresnes. Elle met également en valeur le patrimoine industriel de la ville, comme lors de la visite du Musée De Dion-Bouton à Puteaux.
Suresnes, Ville Verte : Jardins et Nature en Banlieue
Suresnes s'inscrit également dans une démarche de valorisation de ses espaces verts. Le Musée d'histoire urbaine et sociale de Suresnes a consacré une exposition à l'histoire des jardins de Paris et de sa « banlieue », mettant en lumière l'importance des jardins ouvriers et familiaux, ainsi que les projets de ceinture verte imaginés par des urbanistes visionnaires.
Cette exposition illustre l'évolution des espaces verts en banlieue, depuis les domaines aristocratiques de l'Ancien Régime jusqu'aux aménagements urbains contemporains, en passant par les cités-jardins et les parcs urbains. Elle témoigne de l'importance des jardins dans la vie des habitants et de leur rôle dans la construction d'une ville plus agréable et plus durable.
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