Le cœur, organe vital, fonctionne avec une régularité métronomique pour assurer la circulation sanguine. Cependant, il peut arriver que ce rythme soit perturbé par des battements cardiaques irréguliers, appelés extrasystoles, palpitations cardiaques ou battements prématurés ventriculaires. Bien que souvent bénignes, ces anomalies rythmiques peuvent susciter l'inquiétude. Cet article explore en détail les causes, les symptômes, les méthodes de diagnostic et les options de traitement des extrasystoles.

Que sont les extrasystoles ?

Les extrasystoles sont des contractions cardiaques prématurées qui interrompent le rythme normal du cœur. Elles résultent d'un signal électrique provenant d'une zone du cœur autre que le nœud sinusal, le stimulateur naturel du cœur. Le nœud sinusal, situé dans l'oreillette droite, initie normalement l'activité électrique en envoyant des signaux qui déclenchent la contraction des oreillettes. Ces signaux sont ensuite transmis au nœud auriculo-ventriculaire (AV), puis au système de conduction du cœur, atteignant les ventricules et provoquant leur contraction.

En termes médicaux, les extrasystoles sont classées comme un type d'arythmie cardiaque. Elles sont souvent à peine perceptibles, mais le battement cardiaque régulier qui suit, plus tardif et plus fort, crée la sensation d'un "saut" dans le rythme cardiaque.

Causes des extrasystoles

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'apparition d'extrasystoles :

Perturbations électriques

Le système de conduction électrique du cœur assure la coordination des contractions cardiaques. Toute anomalie dans ce système peut entraîner des impulsions électriques prématurées, se traduisant par des extrasystoles. Ces perturbations peuvent être causées par :

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  • Déséquilibres électrolytiques : Les électrolytes comme le potassium, le sodium et le calcium jouent un rôle essentiel dans la conduction électrique. Des déséquilibres peuvent perturber l'activité électrique du cœur.
  • Médicaments : Certains médicaments peuvent provoquer des extrasystoles comme effet secondaire, notamment :
    • Les traitements pour le TDAH
    • Le salbutamol (inhalateurs pour l'asthme)
    • La digoxine (insuffisance cardiaque et arythmies)
    • La flécaïnide et l'amiodarone (arythmies)
    • Les antidépresseurs tricycliques (amitriptyline, nortriptyline)
    • Les ISRS (fluoxétine, sertraline)
    • La clozapine (schizophrénie)
    • L'halopéridol (schizophrénie et psychoses aiguës)
    • La diphénhydramine (allergies et sommeil)
    • La pseudoéphédrine (rhume et grippe)

Problèmes cardiaques sous-jacents

Les affections cardiaques telles que la maladie coronarienne, l'insuffisance cardiaque, la cardiomyopathie ou la cardiopathie valvulaire peuvent augmenter le risque d'extrasystoles en provoquant des changements structurels ou fonctionnels dans le cœur, entraînant une conduction électrique anormale.

Stress et anxiété

Le stress et l'anxiété peuvent déclencher la libération d'hormones comme l'adrénaline et le cortisol, qui affectent l'activité électrique du cœur et peuvent provoquer des extrasystoles.

Consommation de caféine et de stimulants

Une consommation excessive de caféine ou d'autres stimulants peut augmenter temporairement le rythme cardiaque et provoquer des extrasystoles chez certaines personnes en augmentant l'excitabilité du système électrique du cœur.

Tabagisme et nicotine

La nicotine, présente dans les produits du tabac, est un stimulant qui peut avoir un effet direct sur l'activité électrique du cœur. Le tabagisme est associé à un risque accru d'extrasystoles et d'autres troubles du rythme cardiaque.

Consommation d'alcool

Une consommation excessive d'alcool peut entraîner une déshydratation et des déséquilibres électrolytiques, contribuant à l'apparition d'extrasystoles, en particulier chez les personnes souffrant de troubles cardiaques sous-jacents.

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Signes et symptômes des extrasystoles

Les symptômes des extrasystoles peuvent varier considérablement d'une personne à l'autre. Certaines personnes ne ressentent aucun symptôme, tandis que d'autres peuvent éprouver :

  • Sensation d'un rythme cardiaque irrégulier, plus fort ou "sauté"
  • Palpitations ou prise de conscience d'un changement dans le rythme cardiaque
  • Sensation d'un cœur qui bat fort ou qui cogne dans la poitrine ou la gorge
  • Anxiété, panique ou inquiétude
  • Transpiration
  • Douleurs thoraciques
  • Essoufflement ou sensation de détresse respiratoire
  • Maux d'estomac ou besoin accru d'uriner
  • Maux de tête ou nausées
  • Vertiges ou quasi-évanouissement (syncope)
  • Fatigue

Il est important de noter que ces symptômes peuvent également être associés à d'autres affections médicales, il est donc essentiel de consulter un médecin pour un diagnostic précis.

Diagnostic des extrasystoles

Les extrasystoles sont souvent découvertes de manière fortuite lors d'examens ECG de routine. Si l'on soupçonne la présence d'extrasystoles mais que l'ECG au repos ne permet pas de confirmer le diagnostic, le médecin peut recommander :

  • Moniteur Holter : Un ECG ambulatoire (Holter) est un appareil portable qui enregistre en continu l'activité électrique du cœur pendant 24 à 48 heures, permettant une évaluation plus complète du rythme cardiaque.
  • Épreuve d'effort cardiaque : Un ECG est réalisé pendant que le patient effectue une activité physique d'intensité croissante. Ce test peut aider à déterminer si les extrasystoles se produisent pendant l'exercice, ce qui peut indiquer une affection sous-jacente.
  • Echographie cardiaque : Une échocardiographie ou échographie cardiaque ou encore écho-doppler cardiaque est une technique d’imagerie médicale extrêmement courante. Elle est basée sur l’utilisation des ultrasons via une sonde placée sur le thorax du patient et permet de visualiser et d’analyser la morphologie, les mouvements et les dimensions des différentes structures du cœur, de ses valves, et des vaisseaux environnants.

Traitement des extrasystoles

Le traitement des extrasystoles dépend de la fréquence, de la gravité des symptômes et de la présence d'une maladie cardiaque sous-jacente.

Modifications du style de vie

Dans de nombreux cas, des changements de style de vie peuvent suffire à réduire la fréquence et la gravité des extrasystoles :

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  • Réduction du stress : Techniques de relaxation, yoga, méditation de pleine conscience.
  • Limitation de la consommation de stimulants : Caféine, alcool, nicotine.
  • Arrêt du tabac.
  • Éviter les médicaments en vente libre contenant de la pseudoéphédrine.
  • Adoption d'une alimentation saine et équilibrée.
  • Exercice physique régulier.
  • Sommeil suffisant.

Médicaments

Si les symptômes sont fréquents ou gênants, des médicaments peuvent être prescrits :

  • Bêta-bloquants : Ces médicaments aident à stabiliser le rythme cardiaque et à réduire les symptômes d'anxiété.
  • Anti-arythmiques : Dans certains cas, des médicaments anti-arythmiques peuvent être nécessaires pour contrôler les battements cardiaques.
  • Anxiolytiques et antidépresseurs : Ils peuvent être prescrits pour réduire l’anxiété.

Ablation par radiofréquence

Dans les cas où les médicaments ne sont pas efficaces ou ne sont pas une option, l'ablation par radiofréquence peut être envisagée. Cette procédure consiste à détruire les zones du cœur responsables des contractions prématurées.

Types d'extrasystoles

Il existe différents types d'extrasystoles, classés en fonction de leur origine dans le cœur :

  • Extrasystoles auriculaires (ESA) ou supraventriculaires (ESV) : Elles proviennent des oreillettes, les cavités supérieures du cœur. Elles sont souvent bénignes et ne nécessitent pas de traitement.
  • Extrasystoles ventriculaires (ESV) : Elles proviennent des ventricules, les cavités inférieures du cœur. Elles sont plus fréquemment observées que les ESA.

Extrasystoles ventriculaires : Informations complémentaires

Les extrasystoles ventriculaires correspondent à des battements supplémentaires du cœur qui s’intercalent entre deux battements normaux. Lors d’une extrasystole ventriculaire il y a une activation prématurée directement dans les ventricules.

Facteurs favorisant les ESV

Les extrasystoles ventriculaires peuvent être favorisées par de nombreux facteurs comme le stress émotionnel ou physique, la consommation d’excitants tels que l’alcool, la caféine, le tabac ainsi que d’autres drogues illicites, un taux bas en potassium et magnésium, ainsi que par certains médicaments, comme les antihistaminiques, ou des médicaments contre le rhume comme les vasoconstricteurs nasaux (décongestionnant) tel que la pseudo-éphédrine.

De nombreux facteurs influencent le risque des extrasystoles ventriculaires comme la présence d’une cardiopathie sous-jacente (cardiopathie ischémique, hypertrophique ou dilatée), ou l’insuffisance cardiaque, les paramètres même de l’extrasystole, la morphologie des extrasystoles, l'endroit d’où elles proviennent dans les ventricules.

Symptômes des ESV

Après une extrasystole ventriculaire apparaît parfois un repos compensateur très court, le remplissage du ventricule dure plus longtemps et la contraction suivante est donc plus forte. C’est cette contraction plus efficace, après ce repos compensateur, qui est ressentie par le patient et non l’extrasystole en elle-même. Les symptômes décrits peuvent être variables comme des palpitations, des sensations de “choc” thoracique, une sensation de pause, de “raté”.

Les extrasystoles ventriculaires peu fréquentes sur un patient sans antécédent cardiaque par ailleurs ne représentent pas un risque et sont anodines, souvent même asymptomatiques. Cependant, quand elles commencent à être fréquentes sur un patient dont le cœur est déjà malade, elles peuvent être à l’origine d’arythmies plus graves comme une tachycardie ventriculaire, qui peut évoluer en fibrillation ventriculaire (arrêt cardiaque).

Diagnostic des ESV

Le diagnostic d’extrasystoles ventriculaires se pose sur un électrocardiogramme (ECG). D’autres examens peuvent être pratiqués lorsque les extrasystoles n’apparaissent pas à l’ECG en consultation, mais que le diagnostic est fortement suspecté par le clinicien. Un ECG réalisé sur 24-48 h, un Holter, peut être prescrit, avec un boîtier que le patient doit garder sur lui afin d’obtenir une meilleure vue d’ensemble. Il existe d’autres examens comme l’enregistreur d'événements, qui reprend le principe de l’ECG portable et que le patient active lorsqu’il ressent les symptômes afin d’enregistrer son rythme cardiaque pendant la crise, ou encore l’ECG réalisé lors d’un test d’effort où le clinicien cherche à potentialiser l’arrivée d’une extrasystole afin de l’enregistrer. Classiquement, il est reconnu que les extrasystoles qui disparaissent à l’effort sont en général bénignes, en particulier quand il n’existe aucune maladie cardiaque.

Traitement des ESV

Du point de vue thérapeutique, il faut tout d’abord savoir que les patients présentant des extrasystoles ventriculaires asymptomatiques ou sans maladies cardiaques surajoutées ne doivent suivre aucun traitement médical et se cantonner à des recommandations qui visent uniquement à diminuer la fréquence ou l’apparition des extrasystoles ventriculaires. Ce changement de style de vie passe donc par l’arrêt du tabac, la limitation de la consommation de caféine et d’alcool, et la gestion de son stress. Il faut aussi éviter les médicaments pour le rhume à base de pseudoéphédrine en vente libre. Chaque patient peut alors noter les facteurs déclenchant chez lui et les supprimer. L’anxiété, qui favorise la survenue des extrasystoles ventriculaires, ne doit pas être négligée et peut se résoudre par une aide médicamenteuse, la pratique de yoga et autres techniques de méditation.

Un traitement médicamenteux peut être prescrit par le clinicien lorsque le patient est très gêné, ou du fait de ses antécédents cardiaques tel qu’un infarctus du myocarde récent ou une insuffisance cardiaque. Le traitement consiste en la prise de bêta-bloquants qui vont supprimer les contractions supplémentaires. Lorsque le traitement médicamenteux se révèle inefficace et que les symptômes persistent, le clinicien peut recommander l’ablation, c’est-à-dire la destruction des zones du cœur responsables des contractions prématurées par radiofréquence.

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