En élevage laitier, la gestion de la reproduction est un pilier central de la productivité. Elle influe considérablement sur l'économie de l'exploitation, engendrant potentiellement des pertes ou des manques à gagner. Il est donc essentiel de trouver un équilibre en accord avec les objectifs de l'éleveur et son organisation du travail. L'objectif de fécondité communément admis est d'un veau par vache et par an, ce qui dépend directement de la fertilité de l'animal, c'est-à-dire sa capacité à se reproduire, ou du nombre d'inséminations nécessaires pour obtenir une gestation.

Importance de l'Intervalle Vêlage-Vêlage (IVV) et de l'Intervalle Vêlage-Insémination Artificielle Fécondante (IVIAF)

La gestation d'une vache dure environ 275 jours. Pour atteindre l'objectif d'un veau par an, l'insémination fécondante doit avoir lieu dans les 90 jours suivant la mise bas. Durant les 30 premiers jours post-partum, l'utérus subit une involution, retrouvant sa taille normale. Bien que les premières chaleurs puissent survenir durant cette période, la fécondation est impossible. Il est donc nécessaire d'attendre le cycle suivant, soit 45 à 50 jours, avant de procéder à la première insémination. Pour maintenir un cycle de 365 jours, la période de fécondation est donc limitée à 45 jours, nécessitant une surveillance attentive des chaleurs.

L'Intervalle Vêlage-Vêlage (IVV) est considéré comme optimal à 365 jours pour les vaches produisant environ 8 000 litres de lait par an. En conséquence, l'Intervalle Vêlage-Insémination Artificielle Fécondante (IVIAF) doit idéalement être inférieur à 90 jours pour atteindre cet IVV cible.

Baisse de Fertilité et Impact Économique

Au cours des dernières décennies, une baisse générale de la fertilité a été observée chez les vaches laitières, en particulier chez la race Holstein. Cette diminution est attribuée à l'orientation de la sélection et à l'émergence d'épizooties. En Europe, les coûts liés à une baisse de la fécondité sont estimés entre 15 et 34 € par vache et par an, ce qui peut peser lourdement sur les exploitations aux marges réduites ou possédant un cheptel important.

En France, l'insémination des animaux par l'éleveur, réglementée depuis 2006, est une pratique de plus en plus courante.

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Analyse d'un Observatoire des Pratiques de Reproduction

Un observatoire des pratiques de reproduction a été mené par EILYPS (Conseil en Élevage) entre le 25 février et le 30 avril 2021, dans des exploitations du sud de l'Ille et Vilaine (35), majoritairement composées de Prim'holsteins (87%). Les données ont été recueillies par le biais d'entretiens directs avec les éleveurs laitiers. L'objectif était de comparer les objectifs des éleveurs concernant trois indicateurs clés avec les valeurs réelles moyennes issues de la base de données.

Objectifs et Réalités de l'IVV

Sur les 195 élevages étudiés, 157 (80%) avaient défini un "IVV cible". En moyenne, cet objectif était de 400 jours, avec deux stratégies principales : autour de 400 jours et autour de 370 jours.

Seulement 115 (59%) des exploitations ont pu estimer un IVV moyen dans leur élevage. L'analyse des écarts entre l'IVV cible et l'IVV réel révèle des disparités significatives.

Taux de Réussite de la Première Insémination Artificielle (IA1)

La même démarche a été appliquée pour étudier le taux de réussite de la première Insémination Artificielle. La majorité (80%) des éleveurs interrogés ont déclaré avoir un taux de réussite cible, avec des tendances stratégiques à 50%, 60% et 70%.

L'écart moyen entre le taux cible moyen (59,1%) et le taux réel moyen (41,7%) était de 17,4 points. La grande majorité (98%) des éleveurs ont obtenu un taux de réussite réel inférieur à leur objectif.

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Si l'on considère qu'une baisse d'un point du taux de réussite de la première IA entraîne un coût de 3 €, la perte moyenne est estimée à 51 € par vache laitière.

Âge au Premier Vêlage des Génisses

L'abaissement de l'âge au premier vêlage des génisses permet de réduire la période durant laquelle elles génèrent des charges sans être productives, permettant d'économiser environ 40 € par mois et par génisse. L'objectif moyen de 188 éleveurs interrogés était de 25 mois, avec une concentration des réponses entre 23 et 26 mois (82%). Cependant, l'âge réel moyen calculé était de 27 mois, entraînant une perte potentielle de 80 € par génisse.

Insémination Artificielle sur Femelles Allaitantes

Durant la campagne 2023, 12% des inséminations mises en place en France sont réalisées sur des femelles allaitantes. Ces inséminations n'ont pas été épargnées par la baisse observée depuis plusieurs années, en lien avec la diminution du cheptel bovin et des conditions extérieures défavorables (sécheresse, aléas sur la date de mise à l’herbe, prix des intrants). Cependant, les volumes d'inséminations mises en place (IAP et IAT) tendent à se stabiliser, voire à augmenter légèrement pour les IAT (+ 0,4% par rapport à la campagne 2022).

La densité des inséminations sur femelles allaitantes et le nombre d'élevages utilisateurs sont majoritairement concentrés dans le bassin allaitant du grand Massif Central ainsi que dans les bassins de l'ouest et du sud-ouest de la France. Entre les campagnes 2022 et 2023, 261 élevages allaitants de moins pratiquent l’insémination (- 1%).

Tendances et Évolutions des Inséminations sur Femelles Laitières

Le nombre d'inséminations premières réalisées sur femelles laitières est en déclin progressif. Depuis 5 ans, par rapport à la campagne 2017-2018, le nombre d'IAP a diminué de 8,0%, soit - 258 918 IAP. On observe une préférence grandissante des IA en croisement viande dès la première insémination chez les femelles laitières.

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L’activité insémination sur femelles laitières se concentre de plus en plus dans les bassins laitiers : Grand-Ouest et Est de la France avec une part croissante au Nord et Nord-Est.

A l'échelle nationale, toutes races confondues, 74% des IAP sur femelles laitières ont été réalisées en race pure. Certaines races sont plus utilisatrices de croisement viande comme l'Abondance (28%) ou la Montbéliarde (30%).

Taux de Non-Retour (TNR18-90j)

Le taux de non-retour 18-90j est un indicateur qui permet de voir si les inséminations premières ont été suivies, ou non, dans l’intervalle de 18j à 90j suivant cette IAP. Il surestime le taux de conception que l’on pourrait mesurer, mais il reste un bon indicateur précoce de la fertilité des vaches inséminées.

Les génisses laitières ont des résultats variant de 70% à 74%. Selon la période où l’IAP a été mise en place au cours de la campagne, on constate aussi des résultats de TNR18-90j variés. Le début de campagne d'octobre à avril présente des résultats dans la moyenne, sauf pour le mois de février un peu plus faible. La deuxième partie de campagne est plus compliquée avec les mois de mai et juin proche des TNR 18-90j minimum observés mais surtout les mois d'août et septembre qui présentent des niveaux de TNR 18-90j les plus faibles enrgistrés depuis 10 ans.

Analyse Détaillée des Pratiques d'Insémination sur Femelles Allaitantes (Campagne 2021)

Durant la campagne 2020-2021, 745 000 inséminations totales ont été mises en place sur des femelles de races allaitantes dans plus de 35 000 élevages. Sur la campagne 2021, on dénombre 745 858 inséminations totales (IAT) mises en place sur des femelles de races allaitantes, soit 11,3% du total des IAT réalisées en France. En termes d'inséminations premières (IAP) cela représente 529 443 femelles de races allaitantes inséminées. L’activité est en léger retrait de -1%, par rapport à la campagne 2020. Entre les campagnes 2011 et 2016, le nombre d’inséminations sur femelles allaitantes est plutôt stable et oscille autour de 600 000 IAP. Depuis 2016, on observe une baisse de -13.5% du nombre d’IAP sur femelles allaitantes (soit - 83 155 IAP).

Répartition Géographique des Inséminations

Le taux de pénétration de l’insémination (nombre d’IAP/nombre vaches totales) est plus élevé dans les départements de l’est et du nord de la France, dans certains secteurs de la Bretagne et des Pays de la Loire, ainsi que dans les départements à forte concentration d’animaux des races Aubrac, Blonde d'Aquitaine et Charolaise. Les cantons des départements qui constituent le berceau de race Limousin ont une utilisation plus faible, souvent inférieures à 8 IAP/100 vaches allaitantes. Les départements où l’on enregistre le plus d’IAP en 2021 sont l’Aveyron, les Pyrénées-Atlantiques et la Saône-et-Loire.

Typologie des Inséminations et Races Utilisées

Les races Charolaise (43%), Limousine (18%) et Blonde d’Aquitaine (17%) représentent la majorité des inséminations premières réalisées sur femelles allaitantes. Les femelles croisées de type allaitant représentent 8% des IAP. Globalement, 65% des IAP sont enregistrées sur vaches et 35% sur génisses. Le croisement entre races allaitantes est peu pratiqué et reste stable depuis 3 campagnes à hauteur de 15% des IAP sur femelles allaitantes. Parmi les 77 000 IAP en croisement enregistrées, 55% le sont sur des femelles elles-mêmes croisées. Les croisements entre races allaitantes les plus pratiqués concernent majoritairement les femelles de races rustiques : Aubrac (17% des IAP croisement) et Salers (7% des IAP croisement).

Utilisation de la Semence Sexée

L'utilisation de la semence sexée sur les femelles allaitantes est une pratique peu répandue, qui représente 2,5% des IAP en 2021, à l'exception de la race Salers (12%).

Élevages Pratiquant l'Insémination

Les 529 443 IAP réalisées au cours de la campagne 2021 concernent 35 651 élevages détenteurs de vaches allaitantes. Les élevages de la base de sélection (BS) réalisent en moyenne plus d’inséminations que les élevages hors BS. 32% du total des IAP enregistrées sont réalisées sur des femelles appartenant à une base de sélection, cela concerne 15% des élevages qui pratiquent l’insémination.

Pratique de l’Insémination Par l’Éleveur (IPE)

Sur la campagne, 41 267 IAP ont été mises en place par 1 957 éleveurs IPE ; cela représente 5% des élevages qui pratiquent l’insémination et 8% du total des IAP réalisées sur des femelles de races allaitantes. L'activité sur les femelles allaitantes est donc majoritairement effectuée par les entreprises de mises en place. L’activité des éleveurs IPE est plus importante dans les zones d’élevage à forte concentration de vaches allaitantes du grand Massif central et Morvan, avec une activité importante dans les départements de Saône-et-Loire, Allier, Puy-de-Dôme, Cantal et Aveyron ainsi que sur la zone limousine.

Choix des Taureaux

L’insémination est un mode de reproduction qui permet aux éleveurs de bovins allaitants de répondre aux besoins de reproduction et d’amélioration génétique de leurs troupeaux. Les éleveurs cherchent à couvrir les principaux objectifs suivants :

  • Disposer de taureaux présentant une variabilité génétique suffisante
  • Disposer de taureaux présentant des facilités de naissance (IFNAIS)
  • Avoir le choix de divers profils morphologie-croissance (CRsev, DMsev, DSsev)
  • Disposer de taureaux présentant des qualités maternelles (AVel et ALait)
  • Choisir des taureaux en fonction de gènes majeurs (sans cornes ou gène culard)

Les principaux taureaux mis en place en race pure, durant la campagne 2021, représentent 32% des IAP réalisées sur les femelles de race Aubrac, 46% des IAP sur les femelles de race Blonde d’Aquitaine, 36% des IAP sur femelles limousines, 69% des IAP sur femelles parthenaises et 40% des IAP sur les femelles de race Salers.

En race Charolaise, les 10 taureaux les plus utilisés représentent 30% du total des inséminations premières réalisées. Ces taureaux sont très largement utilisés en race pure et pour la majorité d’entre eux, plus du tiers des IAP sont faites dans la base de sélection.

Période d’Activité de l’Insémination et TNR18-90j Observés

Les élevages allaitants pratiquent majoritairement l’insémination durant les périodes où les animaux sont en bâtiment. La courbe d’activité présente un pic d'activité marqué sur les mois de novembre à février (63% des IAP). L’activité se réduit fortement à l’arrivée du printemps, qui coïncide avec la mise à l’herbe (20% des IAP sur février et mars).

La courbe des génisses 2021 est inférieure à celle des vaches sur les mois de novembre à janvier. Sur les 5 derniers mois de la campagne (mai à septembre) cette tendance s'inverse et les TNR18-90j des génisses sont supérieurs à ceux des vaches.

Fertilité et Sélection Génétique

Une étude de l’IDELE, en collaboration avec l’UNCEIA et l’INRA, a comparé la Prim’Holstein face à ses contemporaines laitières Montbéliardes et Normandes. Entre 1999 et 2004, le taux de réussite d’IA pour la race Prim’Holstein avait fortement diminué (-5,2 pts). Cependant, les choix de sélection des éleveurs et la prise en compte de la fertilité dans le calcul de l’Isu ont permis de redresser la barre et d’obtenir une très légère hausse du taux de réussite d’IA pendant les 8 années suivant 2004.

Il existe une corrélation négative entre la production laitière et la fertilité (-0,22). Autrement dit, une sélection uniquement sur le gain de production laitière entraînerait une diminution de la fertilité et inversement. La nouvelle génération de vaches possède un taux de réussite d’IA plus élevé que ses prédécesseurs. En ce qui concerne les génisses Prim’Holstein, le taux de réussite d’IA est comparable à celui des génisses laitières des deux autres races de l’étude et oscille autour de 55% de réussite.

Impact de la Semence Sexée

La semence sexée est une innovation majeure qui permet d’assurer la naissance de femelles dans 90% des cas en race laitière. Cependant, elle diminue le pouvoir fécondant des spermatozoïdes. La part d’IAP sexées sur génisses Prim’Holstein a augmenté pour atteindre 30% des IA totales sur génisses en 2013.

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