L'éventration cicatricielle de césarienne, une complication chirurgicale post-partum, se manifeste par une hernie au niveau de l'ancienne incision. Cet article explore en profondeur les causes, les symptômes, les options de traitement et les mesures de prévention de cette condition.
Qu'est-ce qu'une Éventration Cicatricielle ?
Une éventration cicatricielle, également appelée hernie incisionnelle iatrogène, survient lorsqu'une faiblesse ou un « trou » se développe dans les muscles de la paroi abdominale à la suite d'une intervention chirurgicale, telle qu'une césarienne. Les viscères ou la graisse abdominale peuvent alors faire saillie à travers cet orifice, particulièrement en position debout, lors d'efforts physiques ou de toux. Cette protrusion tend à diminuer ou disparaître en position couchée ou au repos. Les éventrations cicatricielles surviennent dans plus de 10 % des cas après une intervention abdominale.
Causes et Facteurs de Risque
Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de développer une éventration cicatricielle après une césarienne :
- Âge élevé : Les tissus peuvent perdre de leur élasticité avec l'âge, augmentant le risque de faiblesse de la paroi abdominale.
- Obésité : L'excès de poids exerce une pression supplémentaire sur la paroi abdominale, ce qui peut compromettre la cicatrisation. Un important surpoids multiplie même par sept la fréquence des éventrations, du fait des tensions chroniques exercées sur les muscles et de phénomènes inflammatoires.
- Tabac : Le tabagisme peut altérer la cicatrisation des tissus. Il est donc recommandé d'arrêter de fumer un mois avant et un mois après l'intervention pour diminuer le risque d'infection et d'éventration.
- Dénutrition : Un apport nutritionnel insuffisant peut nuire à la capacité du corps à guérir correctement.
- Immunodépression : Un système immunitaire affaibli peut augmenter le risque d'infection et de mauvaise cicatrisation.
- Chirurgie en urgence : Les interventions chirurgicales réalisées dans des conditions d'urgence peuvent augmenter le risque de complications, y compris les éventrations.
- Infection de la cicatrice lors de la première intervention : Une infection peut compromettre la solidité de la cicatrice et favoriser le développement d'une éventration.
- Efforts postopératoires : Le port de charges lourdes, la toux excessive ou la constipation peuvent exercer une pression excessive sur la paroi abdominale en phase de guérison.
- Antécédents personnels d'éventration : Les personnes ayant déjà subi une éventration sont plus susceptibles d'en développer une autre.
- Facteurs génétiques: Il existe aussi une inégalité génétique vis-à-vis de la cicatrisation.
Le risque d'éventration augmente avec les niveaux d'urgence de l'intervention césarienne. Les muscles des parois abdominales et la peau subissent une ouverture rapide pour atteindre l'utérus, créant ainsi un terrain propice aux hernies postopératoires.
Symptômes
Les symptômes d'une éventration cicatricielle peuvent varier en fonction de sa taille et de sa localisation. Les symptômes courants comprennent :
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- Gêne esthétique : Apparition d'une « boule » visible, en particulier lors des efforts.
- Douleur : L'éventration peut être douloureuse si une partie du tube digestif est coincée à l'intérieur, ce qui peut perturber le transit intestinal.
- Tuméfaction : Présence d'une tuméfaction indolore en regard d'une cicatrice qui augmente lors des effets de toux et disparaît en position allongée.
- Gêne abdominale, météorisme et constipation : Ces symptômes peuvent survenir en cas de volume important de l'éventration.
- Douleurs dorsales et gêne respiratoire : Ces symptômes peuvent survenir en cas de volume important de l'éventration.
- Aggravation des symptômes : L’aggravation des principaux symptômes de l’éventration abdominale peut engendrer une occlusion intestinale se manifestant par l’arrêt des gaz et des matières.
Dans certains cas, l'éventration peut être discrète et n'être visible qu'en cas d'efforts, comme la toux ou la défécation. La taille de l'orifice de l'éventration peut varier de quelques centimètres à toute la hauteur de la cicatrice.
Complications
La complication la plus redoutée est l’étranglement. Il s’agit d’une complication grave et c’est une urgence chirurgicale. Une partie de l’intestin est bloquée dans le sac herniaire et ne peut plus être réductible, c’est-à-dire ne peut plus rentrer dans l’abdomen. La tuméfaction abdominale est alors brutalement douloureuse, non réductible et non impulsive à la toux. Le patient présente alors une occlusion aiguë avec douleurs abdominales intenses, vomissements et arrêt du transit (ne peut plus émettre des gaz). En l’absence de prise en charge, cela évolue vers l’ischémie puis la nécrose du segment intestinal coincé. L'évolution naturelle d'une éventration est d'augmenter de taille. Parfois, si on attend trop, le volume des viscères passant à travers l’orifice d’éventration est tel que leur réintégration dans la cavité abdominale est impossible.
Diagnostic
Le diagnostic d’une éventration abdominale est clinique, c’est-à-dire qu’il se fait lors d’une consultation chez le médecin. La constatation d’une tuméfaction indolore en regard d’une cicatrice qui augmente lors des effets de toux et disparaît en position allongée signe le diagnostic de l’éventration. Dans certains cas où il y a un doute sur le diagnostic, des examens complémentaires peuvent être utiles pour confirmer l’éventration. Les deux examens utiles dans ce cas sont l’échographie qui, via l’utilisation d’ultrasons, permet de visualiser l’éventration et le scanner abdominal pariétal qui lui, via l’utilisation de rayons X, permet d’obtenir des coupes de l’abdomen en 3D et donc d’observer également cette éventration.
Traitements
Abstention Thérapeutique
La seule alternative est l’abstention thérapeutique avec le port d’une ceinture de contention abdominale quotidienne. Cela est raisonnable quand le risque de complication de l’éventration (ou la gêne occasionnée) est minime ou à l’inverse, quand le risque opératoire est trop important. L'utilisation de ceintures de contention abdominale peut être proposée, mais ce moyen ne représente pas une solution définitive, car cela ne peut pas corriger le défaut de cicatrisation et faire régresser l’éventration. Elles peuvent être cependant bénéfiques en limitant le volume et la gêne engendrée notamment lors des efforts physiques.
Chirurgie
Dans la grande majorité des cas, le traitement de choix est la chirurgie. La chirurgie est la seule façon d'obtenir une correction des désordres anatomiques en supprimant le sac péritonéal et en fermant l'orifice musculaire. Faut-il opérer toutes les éventrations ? Non. Celles qui sont de petite taille, de volume stable dans le temps, peu ou pas gênantes ne nécessitent qu'une surveillance. En revanche, une intervention est souhaitable lorsqu'elles sont gênantes et douloureuses et ce d’autant plus chez le patient jeune. La chirurgie consiste à renforcer les muscles abdominaux au niveau du passage de l’éventration. Ce renforcement est possible soit grâce à une suture des muscles pour fermer l’orifice d'éventration, soit par la mise en place d’une prothèse synthétique, qu’on appelle “une plaque” pour renforcer la zone fragile au niveau de la cicatrice.
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L'intervention chirurgicale vise à libérer les viscères au sein de l'éventration et à aviver les berges de la zone de faiblesse. La réparation peut être effectuée par une simple suture (raphie simple) ou par la mise en place d'une prothèse (plaque, grillage ou filet). La variété de tailles, de types et de formes de prothèse permet d’adapter au mieux le traitement de votre éventration. La prothèse est fixée par des points de suture, des agrafes ou de la colle. Elle s’intègre en moyenne en 4 à 8 semaines dans les tissus pour les synthétiques, en plus de 8 semaines pour les prothèses animales. Les tissus cicatrisent autour de la prothèse pour la fixer définitivement.
- Techniques chirurgicales : Il existe deux techniques chirurgicales principales même si l’objectif reste le même à savoir réduire le sac d’éventration et fermer l’orifice pariétal. On peut donc soit réaliser une raphie simple des muscles à savoir une simple suture avec du fil, soit interposer une prothèse (technique la plus utilisée actuellement). Cette prothèse est placée soit dans la paroi abdominale (le plus souvent), soit directement dans la cavité abdominale au contact des intestins, mais il faut utiliser une prothèse particulière dite biologique avec une face non-nocive pour les intestins.
- Voies d'abord : Elle peut se réaliser en ouvrant l’abdomen (par voie ouverte ou laparotomie) en reprenant l’ancienne cicatrice ou par abord mini-invasif (cœlioscopie). Le choix dépend des caractéristiques de l’éventration et du meilleur aspect technique que votre chirurgien appréciera. Il existe deux voies d’abord, soit la voie classique par une reprise de l’incision cutanée, soit par cœlioscopie (chirurgie mini-invasive). Le choix des techniques dépendra de l’expérience du chirurgien. Le seul point consensuel est l’utilisation d’un renfort prothétique pour diminuer le risque de récidive. Dans le service nous privilégions la voie coelioscopique qui permet une réparation avec des suites moins douloureuses et une reprise des activités plus rapides. L’avantage également de la voie coelioscopique est la possibilité par les mêmes petites ouvertures de traiter d’autres orifices d’éventration non repérés en préopératoire à l’examen clinique. Lorsque qu’il s’agit de petite éventration le traitement chirurgical se fait au cours d’une hospitalisation en ambulatoire. C’est-à-dire sans besoin de dormir à l’hôpital.
Suites Opératoires
La pose de drains chirurgicaux est parfois nécessaire pour prévenir l’apparition de séromes et d’hématomes, notamment pour les grandes éventrations. La réalimentation et le lever seront précoces. Pour le retour à domicile, il est primordial de respecter l’éviction de port de charges lourdes et d’éviter les efforts physiques mettant en tension la paroi abdominale pendant 1 mois après la chirurgie. Après l’intervention l’arrêt de travail dépend de la tolérance de l’intervention et du métier : il est en moyenne de 15 jours. Il est important d’éviter les efforts les premiers jours en particulier le port de charges lourdes. Les suites opératoires sont très souvent simples mais comme toutes interventions chirurgicales, il existe un risque de complications. Concernant les volumineuses éventrations et en particulier si réalisation d’un abord direct les suites peuvent être marquées par des douleurs nécessitant des antalgiques par perfusion.
Complications Postopératoires
Les complications postopératoires peuvent survenir, mais elles sont rares. Principalement on retrouve les lésions des organes de proximité, surtout du tube digestif dans environ 10 à 15% des cas, notamment lors des manœuvres de libération des viscères.
- Hématomes : Ils sont assez fréquents (environ 20%) et ne nécessitent que rarement d’une réintervention chirurgicale pour les évacuer. Leurs risques sont augmentés si vous avez un traitement anticoagulant ou antiagrégant.
- Séromes : Correspondant à l’accumulation de liquide non infecté entre les différents plans qui ont été séparés lors de l’intervention.
- Iléus : Un retard à la reprise du transit survient dans 10 à 15% des cas. Il est favorisé par l’importance de l’éventration à traiter. Les intestins sont comme paralysés après l’intervention. Cela se traduit par des nausées, des vomissements et un ballonnement de l’abdomen, un arrêt des matières et des gaz.
- Infections : Elles surviennent habituellement dans environ 3 à 5% des cas. Il s’agit souvent d’infections superficielles cutanées qui se traitent facilement par des soins infirmiers. Le risque le plus important est le risque infectieux, c’est-à-dire d’infection du matériel étranger prothétique mis en place. Généralement, ce risque est peu fréquent (1 %) et survient en postopératoire immédiat. En cas d’infection, il faut alors dans la plupart des cas réopérer pour retirer la prothèse tout en associant la prise d’antibiotiques per os. Pour les interventions avec utilisation de renfort prothétique, une infection de prothèse peut survenir dans moins de 1% des cas, justifiant une réopération pour retirer cette prothèse. Cette complication est assez grave car elle va pratiquement toujours provoquer une récidive de l’éventration.
- Récidive : Environ 11% à 15 %. Il n’y a pas souvent de réelle récidive, mais il s’agit simplement d’un bombement de la prothèse à travers l’ancien orifice d’éventration. Le taux de récidive reste plus important que pour les cures de hernies, probablement proche de 5 à 10%. En l’absence de mise en place de prothèse, le taux de récidive peut atteindre 50% dans les études médicales.
- Douleurs chroniques : Environ 2 à 4% des patients opérés. Elles sont souvent liées à une irritation ou une section des nerfs sensitifs cutanés ou ceux au contact de la prothèse. Il peut exister des douleurs abdominales chroniques post opératoires. Le traitement des douleurs débute toujours par un traitement médical avec des médicaments antalgiques classiques. En cas d’échec on peut réaliser des infiltrations des nerfs et très rarement une reprise chirurgicale est nécessaire.
- Complications exceptionnelles : Érosion d’organe creux, migration de prothèse, infection à révélation tardive etc. Ce type de complication peut se révéler bien après l’intervention sous forme d’abcès ou de petit écoulement par une cicatrice.
Prévention
Bien qu'il ne soit pas toujours possible de prévenir une éventration cicatricielle, certaines mesures peuvent aider à réduire le risque :
- Maintenir un poids santé : Éviter le surpoids et l'obésité réduit la pression sur la paroi abdominale.
- Arrêter de fumer : Le tabagisme nuit à la cicatrisation des tissus.
- Adopter une alimentation équilibrée : Une nutrition adéquate favorise la guérison.
- Éviter les efforts excessifs : Éviter de soulever des charges lourdes ou de forcer sur les muscles abdominaux pendant la période de convalescence.
- Suivre les recommandations médicales : Respecter les instructions postopératoires de votre chirurgien.
- Consultation régulière avec le chirurgien : La consultation régulière avec le chirurgien est cruciale pour évaluer la cicatrice, détecter tout signe d'éventration et discuter des éventuelles interventions correctives.
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