Le Vendée Globe, une course mythique autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, est bien plus qu'une compétition sportive. C'est une aventure humaine intense, un défi personnel et un sacrifice familial considérable. Pour les skippers qui sont parents, l'épreuve prend une dimension particulière, celle de la séparation et du lien maintenu à distance. L'histoire d'Éric Bellion, navigateur engagé et père de famille, illustre parfaitement cette complexité.

Le Déchirement du Départ : Un Moment Difficile

Pour Éric Bellion, comme pour beaucoup d'autres skippers, le départ est le moment le plus difficile. C'est un "arrachement à la terre", une rupture avec le quotidien et les êtres chers. Avant son deuxième Vendée Globe, Éric Bellion a vécu un grand changement : il est devenu papa. Sa fille Léna avait deux ans et demi au moment du départ. Il lui explique son voyage, elle sait qu'il va partir longtemps. Éric Bellion sait que le déchirement du départ sera avant tout pour lui. Il sait que sa fille est bien entourée et que le temps ne passera pas de la même façon pour lui.

Nicolas Lunven, skipper d'Holcim PRB et père de trois jeunes enfants, partage ce sentiment : "La séparation avec les proches est sans doute le moment que je redoute le plus". Louis Burton, skipper de Bureau Vallée et père également, confesse : "On ne s'habitue jamais à ça, je leur dis que c'est un choix et que leur papa vit un rêve en participant à ce tour du monde à la voile, mais ça reste un moment un peu douloureux".

Clarisse Crémer, l'une des six navigatrices en lice, a également dû se préparer à laisser sa petite Mathilda, qu'elle a eue avec Tanguy le Turquais. Elle confie : "Ça fait quand même très longtemps que je me prépare à cet arrachement à la terre. Depuis la naissance de ma fille, je me prépare à ce Vendée Globe et on s'est déjà un peu dit au revoir au fond de nous".

Rester Connectés : Les Nouvelles Technologies au Service du Lien Familial

Malgré la distance et la solitude, les skippers restent connectés avec leurs proches grâce aux nouvelles technologies. L'internet haut débit présent sur les bateaux permet de maintenir un lien précieux. Charlie Dalin, skipper de Macif, confirme : "J'aime bien avoir des nouvelles d'eux et savoir si ça se passe bien à l'école".

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Eric Bellion : Un Parcours Singulier

Né à Versailles, Éric Bellion a toujours été attiré par la mer. Il aime se ressourcer dans la maison familiale située sur l'île de Noirmoutier. Avant de partir pour plus de trois mois de mer autour du monde pour son Vendée Globe, Éric Bellion va aller se ressourcer trois jours à Noirmoutier. Il y retrouve "l'odeur des pins", un havre de paix où il se prépare mentalement à l'aventure. "J'y vais tout seul, explique le marin. Je fais le vide pendant quelques jours, je vais chercher du poisson au marché, j'emmène un bon bouquin et je m'installe auprès du feu. J'aime cet endroit : il y a des odeurs, le vent qui change souvent, la mer, le sel, les embruns. Les petits restos."

L'aventure du Vendée Globe ne se vit pas uniquement en mer. Derrière chaque skipper, il y a une équipe, des proches, une famille qui vivent l'épreuve à distance, avec passion et parfois avec crainte. Anne Le Cam, l'épouse du navigateur Jean Le Cam, témoigne : "On est très proches parce qu'on est comme une TPE, une très petite entreprise. On est forcément liés et dans le travail et dans la vie. On ne sait jamais ce qui va se passer. C'est toujours l'inconnu. C'est pour ça que c'est une aventure, le Vendée Globe. Et on ne peut jamais être tout à fait serein".

"Stand As One" : Une Philosophie de Vie et un Projet de Couple

Le projet d'Éric Bellion, "Stand As One", est bien plus qu'une aventure sportive. C'est une aventure de couple, co-fondée et portée avec Marie Lattanzio, sa compagne. "Avant d’être une aventure de mer, c’est une aventure de couple", explique Éric Bellion. Le choix de repartir pour le Vendée Globe 2028 ne s’est pas fait seul. Il a fallu s’écouter, se parler, poser les limites. Car un engagement aussi total ne peut exister que s’il est partagé.

Éric Bellion souligne l'importance de la famille dans son projet : "En 2016, je suis célibataire. Toute ma vie tient dans un sac à dos. En 2024, je suis marié, jeune papa. Deux aventures, deux réalités". Il est conscient des sacrifices que cela implique pour ses proches : "Beaucoup de skippers m’ont confié que leurs enfants détestent la voile, parce qu’ils ont eu le sentiment qu’elle leur avait volé leur papa ou leur maman".

Avec Marie, il a choisi de tout vivre ensemble : le stress, les choix, les galères, mais aussi les rêves. "On a appris à poser des règles, à se parler vraiment, à se faire accompagner pour ne pas se perdre. Aujourd’hui, notre duo fonctionne. Nos rôles sont clairs. La confiance est totale. Dans un monde encore très masculin, nous avons choisi de construire un projet à deux voix. Pas pour cocher une case".

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L'Abandon et la Volonté de Revenir

Lors de l'édition 2024 du Vendée Globe, Éric Bellion a été contraint à l'abandon suite à une avarie. "Pendant que je naviguais le long de la côte nord des Malouines, j'ai compris que je ne pouvais pas avoir une réparation durable sans modifier une pièce que je n'avais pas à bord", a regretté le navigateur. Malgré la déception, Éric Bellion a exprimé sa volonté de réparer et de repartir hors course en solitaire pour terminer son tour du monde.

Un Explorateur de la Différence

Éric Bellion est bien plus qu'un navigateur. Il se définit comme un "explorateur de la différence". Il a toujours mis son énergie à rassembler les gens, à prouver que la richesse naît de la diversité. Entre 2003 et 2006, il a sillonné les mers avec un groupe de jeunes adultes handicapés moteurs cérébraux. En 2010, il a repris la barre pour le Défi-Intégration avec Laurent Marzec, aventurier paraplégique. En 2013, il a créé Team Jolokia, un équipage amateur composé de personnes très différentes.

Pour Éric Bellion, le Vendée Globe est un moyen de médiatiser la cause de la différence. Il souhaite montrer que, via la contrainte, en étant différent, on peut se transcender et se trouver. "Le Vendée Globe je l’ai fait par défaut, parce que les gens ne m’écoutaient pas. Lorsque je parlais de monter des projets collectifs en mer avec des individus de toutes sortes - handicapés, valides, hommes, femmes, jeunes, vieux - je n’intéressais que les personnes déjà convaincues. Donc j’ai essayé de me glisser dans le cadre d’un événement médiatique, de ceux qui génèrent des héros, pour y démontrer ma théorie".

"Comme un Seul Homme" : Un Documentaire Intime et Honnête

Le documentaire "Comme un seul homme" offre un regard intime et honnête sur le Vendée Globe d'Éric Bellion. Il y dévoile ses doutes, ses peurs, ses moments de joie et ses difficultés. "J’avais décidé de tout montrer sans filtre, et c’est un pari compliqué en termes de pudeur. C’est très important de montrer ma peur, notamment au début, car on ne voit jamais ces images-là des skippers. Dévoiler mon angoisse, c’est la seule option pour qu’on comprenne la suite, mon bonheur, les ressources qu’on arrive à mobiliser quand on est poussé dans ses retranchements".

Le film a été salué par les critiques et a permis à un large public de découvrir la réalité du Vendée Globe et la personnalité attachante d'Éric Bellion.

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Marie Lattanzio : Le Soutien Indéfectible

Marie Lattanzio, l'épouse d'Éric Bellion, est bien plus qu'une compagne. Elle est la directrice de projets de course au large et un soutien indéfectible pour son mari. "Etre la femme d’un skipper, c'est surtout être une femme qui ne soit pas dans l'attente. C'est ça qui est intéressant. Parce que si on est dans l'attente, on passe son temps à regarder son téléphone, à s'inquiéter. Donc la femme d'Eric Bellion, elle veut aller avec sa fille Léna, de deux ans et demi, profiter de chaque instant, montrer en quoi Eric est incroyable à sa fille et surtout prendre du temps pour trouver que ce que fait son papa est bon".

Elle gère également de nombreux aspects du projet "Stand As One" pendant qu'Éric est en mer. "Pendant qu'il est en mer, j'ai mon téléphone allumé en permanence. Puis il y a la petite aussi à gérer. Après, c'est comme toutes les mamans célibataires, on fait comme on peut, et puis je me concentre sur la suite qui s'avère intéressante aussi pour nos projets. Donc j'ai beaucoup de boulot…"

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