Benoist Bihan est une figure incontournable dans le domaine de la stratégie et de l'histoire militaire. Son parcours riche et diversifié l'a mené à occuper des postes clés dans des revues spécialisées et à publier des ouvrages de référence sur la guerre et la stratégie.

Parcours et Fonctions Actuelles

Benoist Bihan est un stratège et historien militaire reconnu. Il a exercé la fonction de rédacteur en chef adjoint du magazine Défense & Sécurité internationale (DSI), une publication de référence dans le domaine de la défense. Actuellement, il occupe le poste de rédacteur en chef du magazine Space International, témoignant de son intérêt pour les enjeux stratégiques liés à l'espace. Par ailleurs, il apporte son expertise en tant que conseiller de la rédaction du magazine Guerres & Histoire.

Contributions et Publications

Benoist Bihan est l'auteur de nombreuses études consacrées à la guerre. On lui doit notamment l'ouvrage La Guerre : la penser et la faire (éd. Jean-Cyrille Godefroi, 2020). En collaboration avec Jean Lopez, il a également publié Conduire la guerre, entretiens sur l’art opératif, un ouvrage qui explore en profondeur l'art opératif et sa pertinence dans la pensée stratégique contemporaine.

L'Art Opératif : Un Concept Central

Benoist Bihan s'est particulièrement intéressé à l'art opératif, un concept né en Union Soviétique dans les années 1920. Il a mis en lumière un vide majeur dans la pensée stratégique en France, à savoir l'absence de prise en compte de cet art opératif.

Définition et Importance

L'art opératif est défini comme une discipline militaire visant à résorber le divorce entre la stratégie et le combat. Il permet de remettre en phase stratégie et combats en créant des séquences - les opérations - qui doivent permettre d'employer les combats favorablement à la guerre. Selon Bihan, c'est un outil fondamental pour penser la guerre et la mener aujourd'hui comme demain.

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Svietchine : Le Théoricien de l'Art Opératif

Bihan braque les projecteurs sur Alexandre Svietchine, un théoricien soviétique, considéré comme l'inventeur de cet art. Svietchine, un ancien général tsariste ayant vécu les défaites russes de 1905 et 1917, a constaté le divorce entre les militaires techniciens et la conduite politique de la guerre. Il a replacé la stratégie au cœur de la conduite de la guerre et de l'articulation entre la politique et le verdict des armes.

Svietchine publie son ouvrage principal, Strategiia, en 1927. Il y expose ses idées maîtresses, éclairées par des exemples historiques.

L'Art Opératif : Une Application Historique

L'ouvrage Conduire la guerre revisite l'histoire des opérations depuis deux mille ans, en mettant en lumière l'application de l'art opératif. Les auteurs analysent notamment les guerres de Napoléon comme des séquences longues, visant un but de guerre clair : isoler Londres et priver l'Angleterre d'alliances en Europe.

L'Art Opératif Soviétique

L'Armée rouge a utilisé l'art opératif, mais dans un cadre stratégique parfois faussé. Après la conférence de Téhéran (novembre 1943), Staline a utilisé l'art opératif pour se positionner au mieux en Europe, en prévoyant la conquête d'un glacis et des changements de régime. La bataille de Koursk, à l'été 1943, offre un autre exemple de l'application de l'art opératif, avec un ensemble interdépendant de trois opérations visant à éliminer les capacités offensives de l'Allemagne.

Les Différences entre Svietchine et Toukhatchevski

Bihan souligne les différences entre Svietchine et Toukhatchevski, deux figures importantes de la pensée militaire soviétique. Toukhatchevski prône une stratégie d'anéantissement rapide des adversaires de l'URSS, tandis que Svietchine adapte la stratégie selon les buts de guerre et les moyens disponibles.

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L'Art Opératif et les Armées Occidentales

Les Américains ont découvert l'art opératif après la guerre, mais ils l'ont interprété à travers une approche libérale de la guerre, refusant la guerre comme phénomène politique. Ils recourent souvent à une solution technique pour anéantir l'adversaire, en espérant que la victoire résoudra le problème politique sous-jacent.

La France et l'Art Opératif

Bihan regrette que la France ne se soit pas suffisamment intéressée à l'œuvre de Svietchine. Il souligne qu'il y a eu un moment gaullien où le chef politique a donné un objectif clair, mais le combat était aboli. Il estime que les opérations extérieures contemporaines de la France ressemblent davantage à des opérations de police postcoloniales, avec des combats mais guère de stratégie.

Bihan estime que la France doit réapprendre à penser la guerre limitée et à se doter d'une doctrine autonome, en dehors du cadre de l'OTAN.

L'Art Opératif et l'Armée Russe Actuelle

Selon Jean Lopez, les Russes n'ont pas tourné le dos à l'armée soviétique sur le plan théorique. Svietchine est encore étudié et cité par Guerassimov. Cependant, les moyens manquent et il n'y a plus l'outil industriel ni l'outil de coercition politique soviétique.

Bihan estime qu'en Ukraine, une erreur de diagnostic a été faite sur la réaction de l'ennemi. Les Russes ont pensé en termes de descente en force, sans plan B.

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Paradoxe de la Guerre et Art Opératif

Pourquoi, depuis l'Antiquité, tant de guerres ont-elles duré si longtemps et ne se sont-elles achevées qu'en raison d'événements extérieurs, plutôt que par le verdict des combats ? Tel est le paradoxe profond qu'Alexandre Sviétchine a tenté de dénouer en inventant l'art opératif.

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