Introduction
La psychose est un trouble mental complexe caractérisé par une rupture avec la réalité. Cette rupture se manifeste par des hallucinations, des délires et une désorganisation de la pensée. Les psychoses peuvent avoir des répercussions importantes sur la vie sociale et professionnelle des individus qui en sont atteints. Parmi les différentes formes d'expression de la psychose, on distingue les épisodes féconds, qui se caractérisent par des manifestations aiguës de l'état psychotique. Cet article vise à définir et à explorer en profondeur la notion d'épisode fécond dans le contexte de la psychose, en tenant compte des différentes perspectives cliniques et diagnostiques.
Psychose : Aperçu Général
Une psychose est un trouble mental qui affecte la façon dont une personne pense, ressent, se comporte et interagit avec les autres. Les personnes atteintes de psychose peuvent avoir des difficultés à distinguer ce qui est réel de ce qui ne l'est pas. Les symptômes de la psychose peuvent inclure :
- Hallucinations : Perceptions sensorielles qui se produisent en l'absence de stimulus externe. Les hallucinations auditives (entendre des voix) sont les plus courantes, mais les hallucinations visuelles, olfactives, gustatives et tactiles peuvent également survenir.
- Délires : Croyances fausses et irrévocables qui ne sont pas partagées par les autres membres de la culture de la personne. Les délires peuvent être de différents types, tels que les délires de persécution, de grandeur, de référence, etc.
- Désorganisation de la pensée et du langage : Difficulté à organiser ses pensées et à s'exprimer de manière cohérente. Cela peut se manifester par un discours incohérent, des associations d'idées illogiques ou des changements de sujet abrupts.
- Comportement moteur anormal : Agitation, mouvements répétitifs, catatonie (immobilité et absence de réaction à l'environnement).
- Symptômes négatifs : Affaiblissement ou absence de certaines fonctions psychologiques normales, telles que l'expression des émotions, la motivation, le plaisir et l'interaction sociale.
Les psychoses peuvent être causées par divers facteurs, notamment des facteurs génétiques, biologiques, environnementaux et psychologiques. Elles peuvent être associées à différents troubles mentaux, tels que la schizophrénie, le trouble bipolaire, le trouble délirant et la psychose induite par des substances.
Épisodes Féconds : Définition et Caractéristiques
Dans le contexte des psychoses chroniques, notamment la schizophrénie, les "moments féconds" ou "phases processuelles" désignent des périodes d'exacerbation aiguë des symptômes psychotiques. Ces épisodes se distinguent par une intensification de la production délirante ou hallucinatoire, contrastant avec des périodes où ces manifestations sont atténuées, voire absentes.
Caractéristiques principales des épisodes féconds :
- Manifestations aiguës : Les épisodes féconds se caractérisent par une apparition soudaine ou une intensification rapide des symptômes psychotiques.
- Production délirante et hallucinatoire : Pendant ces épisodes, les idées délirantes et les hallucinations sont plus fréquentes, intenses et envahissantes.
- Nature épisodique : Les épisodes féconds sont des événements ponctuels qui surviennent de manière intermittente dans le cours de la psychose chronique. Ils sont séparés par des périodes de rémission relative, où les symptômes sont moins prononcés.
- Variabilité clinique : L'expression clinique des épisodes féconds peut varier d'un individu à l'autre, et même chez le même individu au fil du temps. Les symptômes peuvent inclure des hallucinations auditives, visuelles, olfactives, gustatives ou cénesthésiques, ainsi que des automatismes mentaux et des idées délirantes de persécution, de grandeur, de référence, etc.
- Impact fonctionnel : Les épisodes féconds peuvent entraîner une altération significative du fonctionnement social, professionnel et personnel de l'individu. Ils peuvent rendre difficile la réalisation des activités quotidiennes, l'entretien des relations interpersonnelles et le maintien d'un emploi.
Évolution et Fragmentation des Psychoses Chroniques
Il est important de noter que les thérapeutiques bio-psycho-sociales ont fragmenté les évolutions des psychoses chroniques. Ainsi, l'évolution continue d'un seul tenant n'est plus un critère absolu de diagnostic. Les psychoses peuvent évoluer :
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- Sur un mode discontinu : Avec des manifestations épisodiques de phases processuelles ou moments féconds, entre lesquels la production délirante ou hallucinatoire est très réduite, voire absente.
- Sur un mode hétérogène : Avec alternance ou succession dans le temps chez un même malade de différents tableaux symptomatiques d'une affection (épisodes catatoniques chez un schizophrène paranoïde, par exemple) ou passage par des formes différentes d'états psychotiques chroniques (par exemple, évolution d'un état paranoïde vers un tableau cicatriciel plus structuré à prédominance interprétative et à thème de persécution prévalent - inversement, désagrégation d'un délire systématisé dont la formulation devient floue et décousue).
- Sur un mode périodique : Dans certaines formes individualisées, sous l'appellation de troubles schizo-affectifs ou schizophrénie à forme dysthymique.
Troubles Délirants Persistants
Les troubles délirants persistants sont des états délirants chroniques (plus de 6 mois d’évolution) non dissociatifs. Ils correspondent aux délires paranoïaques avec les sous-types passionnels, interprétatifs et le délire de relation des sensitifs, la psychose hallucinatoire chronique et la paraphrénie. Ils surviennent après l’âge de 35 ans. Les interprétations se retrouvent surtout dans les délires paranoïques, les hallucinations psychosensorielles et intra-psychiques sont surtout retrouvées dans la psychose hallucinatoire chronique ; l’imagination se retrouve surtout dans la paraphrénie.
Délires Paranoïaques
Ces délires sont centrés autour d’un thème prévalent, obsédant et abstrait. Ils débutent généralement par une interprétation ou par une intuition délirante et peuvent s’enrichir secondairement d’interprétations délirantes. Ils sont systématisés, organisés en secteur. L’examen somatique et addictologique est sans particularité. Il existe un retentissement sur le plan social. Le délire de jalousie a souvent un début insidieux avec l’installation d’une idée source d’interprétations multiples mais le (la) conjoint(e), l’époux(se) peut réellement tromper l’autre. Ce type de délire interprétatif touche surtout les hommes ayant une possible personnalité paranoïaque sous-jacente. Le délire est interprétatif avec une adhésion totale lors des décompensations aiguës. La participation affective du délire est marquée par des actes hétéro-agressifs, des moments d’autodépréciation. Les principales complications de ce type de délire sont la dépression avec un risque suicidaire, une consommation excessive voire addictive d’alcool favorisant le passage à l’acte. Il touche les femmes, âgées de plus de 35 ans, célibataires le plus souvent, de bon niveau socioprofessionnel. Défini par la conviction délirante d’être aimée, l’objet du délire est une personne de niveau social plus élevé le plus souvent. Le délire est interprétatif, avec une adhésion totale lors des décompensations aiguës. L’évolution est marquée par la dépression, le risque suicidaire, les troubles du comportement agressifs, les conduites addictives.
Les délires de revendication peuvent se développer lors d’un échec ou d’un conflit, avec la conviction délirante d’être victime d’un préjudice. La revendication tourne autour de différents thèmes et est associée à une tendance procédurière : inventeur méconnu (croit s’être fait voler son idée), quérulent processif (fait des procès à répétition), sinistrose (majoration inconsciente des séquelles éventuelles d’un état pathologique pourtant guéri, d’un désir de réparation, souhait d’obtenir l’indemnité la plus élevée possible), filiation (conviction délirante d’être issue d’une ascendance illustre), hypochondrie (préoccupations corporelles, hors de toute réalité, centrées sur la maladie, transformation corporelle, centrée souvent sur les modifications d’un organe particulier), idéaliste passionné (passionné par une cause politique, mystique…). La construction de ce délire chronique se fait à partir de plusieurs interprétations diverses centrées sur le fait que tout ce que le sujet perçoit a une signification rapportée à lui-même (idées de référence). Ce tableau, à thématique de persécution, est systématisé en réseau. Il peut y avoir des dépôts de plaintes, des dénonciations, des troubles du comportement auto- ou hétéro-agressifs, une tentative de meurtre du persécuteur désigné dans les moments féconds. Ce type de délire se développe chez des sujets ayant une personnalité prémorbide sensitive. Il naît progressivement suite à une déception amoureuse, professionnelle ou un conflit et se construit sur des interprétations délirantes. Les principales thématiques sont la persécution, la référence. Il existe une tonalité dépressive. Le sujet supporte passivement les persécutions dont il est l’objet.
Psychose Hallucinatoire Chronique
Il s’agit d’un trouble délirant persistant caractérisé par une richesse hallucinatoire, la rareté des interprétations délirantes, l’absence de démence et une apparition tardive surtout chez les femmes de plus de 35 ans, célibataires ou veuves, isolées sur le plan social et/ou affectif. Dans les classifications internationales, il est évoqué le terme de schizophrénie d’apparition tardive qui est donc comparée à une forme moins sévère, à début tardif et à manifestations productives de la schizophrénie. Il existe de possibles facteurs déclenchants aspécifiques comme un décès, l’éloignement, une rupture avec son milieu amical ou familial, une pathologie. Le tableau clinique débute brutalement par un trouble psychotique bref (état délirant aigu) polymorphe dans ses mécanismes (hallucinations, automatisme mental) et ses thèmes ou plus progressivement.
La psychose hallucinatoire chronique est un délire chronique dont les mécanismes sont multiples : hallucinations auditives, visuelles, olfactives, gustatives, cénesthésiques ; automatisme mental (sentiment de perte du contrôle de sa vie psychique et des limites de sa personne ; pensées, actes devinés, imposés, commentés par une ou plusieurs voix intérieures (impression de vol, de devinement de la pensée ; écho, anticipation de la pensée, de la lecture et de l’écriture) avec possible syndrome d’influence (obligation d’accomplir des actes, parfois acte suicidaire imposé ou actes médico-légaux) ; interprétations ; intuitions. Les patients se défendent en discutant avec leurs voix, en multipliant les précautions, d’où les comportements pathologiques à type de fugue, de protection des oreilles, du sexe, de leur domicile, de plaintes fréquentes à la police ou aux représentants de l’État. Les thèmes délirants sont le plus fréquemment la persécution, la possession par un tiers, le sentiment de grandeur, de puissance, le sexe, l’influence. À la différence des autres délires chroniques, la psychose hallucinatoire chronique n’est pas systématisée (du fait de son caractère polymorphe). L’adhésion au délire est totale et il existe un vécu sur un mode anxieux ou dépressif. L’examen somatique et addictologique est sans particularité. L’évolution chronique est d’aggravation progressive. Il existe des phases de rémission avec des décompensations délirantes, un enkystement du délire (persistance d’éléments délirants à bas bruit comme quelques hallucinations, par exemple), une dépression, un risque suicidaire, un isolement social.
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Paraphrénie
Décrite par Emil Kraepelin, il s’agit d’une forme intermédiaire de délire chronique, survenant le plus souvent chez l’homme âgé de plus de 35 ans, de mécanisme imaginatif prépondérant. Le système délirant coexiste le plus souvent avec une pensée normale. Les fonctions intellectuelles et sociales du sujet sont préservées. Le diagnostic est souvent fait secondairement la plupart du temps, le patient venant consulter pour un autre motif. Le début du trouble est marqué soit par un accès délirant aigu brutal, soit par un insidieux, progressif (retrait affectif, bizarreries…). Il existe une richesse de la production imaginative. Les thèmes sont fantastiques (filiation, création, métamorphoses corporelles ou cosmiques), la mégalomanie et la grandeur (participation aux événements historiques, interplanétaires, identification aux rois, aux dieux…), l’influence (emprise, procédés magiques, scientifiques…), la persécution (empoisonnement, complots, harcèlement par d’innombrables persécuteurs comme le démon, le diable, le mâlin…), la pensée magique, le remaniement spatial et/ou temporel et de la réalité. Le délire est systématisé en secteur, avec une adhésion totale au délire, une participation affective intense (exaltation dans l’expression du délire). L’examen somatique et addictologique est sans particularité.
Deux formes cliniques de paraphrénie sont décrites :
- La paraphrénie fantastique, avec des mécanismes imaginatifs, hallucinatoires, riches, complexes, un automatisme mental, des thèmes mégalomaniaques, de science-fiction, de mythologie, oniriques ;
- La paraphrénie confabulante, avec des mécanismes imaginatifs, des thèmes mégalomaniaques, de filiation, une fabulation, une impression de déjà-vu, une illusion.
L’évolution de cette pathologie est marquée par une alternance de périodes d’exacerbation délirante, d’exaltation de l’humeur, suivies de phases de rémission.
Prise en Charge Thérapeutique
La prise en charge thérapeutique des épisodes féconds et des troubles psychotiques chroniques est complexe et multidisciplinaire. Elle vise à réduire les symptômes, à améliorer le fonctionnement social et professionnel, et à prévenir les rechutes. Les principales modalités de traitement comprennent :
- Médicaments antipsychotiques : Les antipsychotiques sont les médicaments de première intention pour traiter les symptômes psychotiques. Ils agissent en bloquant les récepteurs de la dopamine dans le cerveau, ce qui réduit l'activité des voies neuronales impliquées dans les hallucinations et les délires. Il existe deux types d'antipsychotiques : les antipsychotiques de première génération (ou neuroleptiques classiques) et les antipsychotiques de deuxième génération (ou antipsychotiques atypiques). Les antipsychotiques atypiques sont généralement préférés en raison de leur profil d'effets secondaires plus favorable.
- Psychothérapie : La psychothérapie, en particulier la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), peut être utile pour aider les personnes atteintes de psychose à gérer leurs symptômes, à améliorer leurs compétences sociales et à faire face au stress. La TCC vise à identifier et à modifier les pensées et les comportements qui contribuent aux symptômes psychotiques.
- Interventions psychosociales : Les interventions psychosociales, telles que la réadaptation psychosociale, la thérapie familiale et les groupes de soutien, peuvent aider les personnes atteintes de psychose à améliorer leur fonctionnement social, à trouver un emploi et à vivre de manière autonome.
- Hospitalisation : L'hospitalisation peut être nécessaire en cas d'épisode psychotique aigu, de risque de suicide ou de danger pour soi-même ou pour les autres. L'hospitalisation permet de stabiliser l'état du patient, de lui administrer un traitement intensif et de planifier une prise en charge à long terme.
Lors des phases de décompensation délirante, l’hospitalisation est nécessaire. Il faut privilégier l’hospitalisation libre. En cas de refus de soins, il faut envisager des soins psychiatriques sous contrainte de type soins psychiatriques en péril imminent, afin de ne pas impliquer de tiers, surtout dans les délires d’interprétation, ou sur décision du représentant de l’État en cas de danger ou de sécurité d’autrui mise en jeu. Pour les décompensations délirantes, il faut prescrire des traitements neuroleptiques sédatifs (loxapine, Loxapac ; cyamémazine, Tercian p. ex.) ou des benzodiazépines (diazépam, Valium p. ex.) pour sédater une agitation, une conduite agressive. Sur le plan curatif, il faut envisager, après bilan préthérapeutique (hémogramme, ionogramme sanguin [kaliémie], transaminases, GGT, ECG), des antipsychotiques atypiques (rispéridone, Risperdal ; olanzapine, Zyprexa ; aripiprazole, Abilify p. ex.). En cas de mauvaise observance, un traitement d’entretien par neuroleptiques d’action prolongée (Risperdalconsta p. ex.) pourra être envisagé (dans la psychose hallucinatoire chronique p. ex.). En situation aiguë, une psychothérapie de soutien sera associée. Un suivi ambulatoire doit être programmé avec un travail en réseau entre le médecin traitant, le centre médico-psychologique (CMP) dépendant du secteur de soins dont dépend le patient.
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