L'épilepsie et la grossesse ne sont pas incompatibles, mais la grossesse d’une patiente épileptique est considérée à risque. Grâce aux avancées de la médecine, les femmes épileptiques peuvent vivre une grossesse sûre et saine avec une bonne préparation et un suivi adapté. Environ 24 000 bébés naissent chaque année de mères épileptiques, et la grande majorité d’entre eux sont en bonne santé. Cet article aborde les risques potentiels, la gestion de la médication, et les soins nécessaires pour assurer une grossesse sécurisée tant pour la mère que pour l'enfant.
Préparation à la grossesse quand on est épileptique
La première étape essentielle est de suivre un conseil préconceptionnel. Il est recommandé de prendre rendez-vous avec votre neurologue (de préférence un épileptologue) et votre obstétricien/gynécologue avant d’essayer de concevoir. Votre neurologue évaluera le contrôle de vos crises, révisera votre traitement médicamenteux et effectuera les ajustements nécessaires. Certaines femmes peuvent également être orientées vers un spécialiste en médecine fœtale pour un suivi supplémentaire pendant la grossesse.
Aspects clés de la planification préconceptionnelle
- Ajustements médicamenteux : Votre médecin pourrait vous prescrire des traitements antiépileptiques (TAE) plus sûrs ou ajuster la posologie actuelle pour minimiser les risques pour votre bébé tout en maintenant un bon contrôle des crises. Il est crucial de ne jamais arrêter ou modifier votre traitement sans consulter votre médecin, car cela pourrait entraîner des crises dangereuses pour vous et votre bébé.
- Supplémentation en acide folique : Les femmes épileptiques sont conseillées de prendre des doses plus élevées d'acide folique (jusqu'à 4 mg par jour) au moins deux à trois mois avant la conception. L’acide folique aide à prévenir les anomalies du tube neural, comme le spina bifida, en particulier chez les femmes prenant des traitements antiépileptiques (TAE) qui peuvent réduire les niveaux de folate.
- Choix de vie sains : Il est essentiel d’éviter le tabac, l’alcool et les drogues, de maintenir une alimentation équilibrée, de faire de l'exercice régulièrement et de dormir suffisamment.
Médicaments antiépileptiques (TAE) pendant la grossesse
Il est possible de continuer à prendre des traitements antiépileptiques (TAE) pendant la grossesse, mais il est important de considérer les risques associés. Les médicaments à haut risque, tels que le valproate et le phénobarbital, peuvent augmenter le risque de malformations du tube neural et de problèmes cognitifs chez l'enfant. Si vous prenez ces médicaments, votre médecin peut vous recommander de passer à des alternatives plus sûres, comme la lamotrigine ou le lévétiracétam, avant de concevoir.
Si vous prenez plusieurs traitements antiépileptiques (TAE), le risque pour votre bébé peut augmenter. Votre médecin pourrait simplifier votre traitement pour réduire ce risque tout en maintenant le contrôle de vos crises.
Tout au long de votre grossesse, il sera nécessaire de surveiller fréquemment vos niveaux de traitements antiépileptiques (TAE). En raison des changements dans le volume sanguin, la fonction rénale et le métabolisme, les niveaux de traitements antiépileptiques (TAE) peuvent diminuer, en particulier pour des médicaments comme la lamotrigine et le lévétiracétam. Des analyses de sang régulières permettront d'ajuster votre posologie pour maintenir le contrôle des crises et minimiser les risques pour le bébé.
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Il est établi par l'agence européenne du médicament (EMA) que la prise des médicaments contenant du valproate de sodium (connu sous les noms Dépakine, Dépakote, Dépamide) pendant la grossesse va modifier le niveau d'expression des gènes du fœtus.
Impact de la grossesse sur l'épilepsie
La grossesse impacte chaque femme différemment, mais pour beaucoup, la fréquence des crises reste stable ou diminue. Cela est dû aux hormones de la grossesse, comme la progestérone, qui peuvent avoir des effets anti-convulsivants, réduisant ainsi la probabilité de crises. Cependant, certaines femmes peuvent connaître une augmentation des crises pendant la grossesse en raison de changements dans les niveaux de médicaments, de la privation de sommeil, ou de nausées et vomissements qui interfèrent avec l'absorption des médicaments.
Les crises pendant la grossesse peuvent présenter des risques tant pour la mère que pour le bébé, en particulier les crises tonico-cloniques généralisées (grand mal). Celles-ci peuvent entraîner des chutes, une privation d’oxygène pour le bébé ou un accouchement prématuré. Les crises focales, qui n’affectent qu’une partie du cerveau, présentent généralement moins de risques, sauf si elles entraînent des blessures.
Pour protéger à la fois votre santé et celle de votre bébé, il est essentiel de maintenir un bon contrôle des crises tout au long de votre grossesse. Surveillez la fréquence de vos crises et signalez tout changement à votre professionnel de santé immédiatement, car des ajustements médicamenteux pourraient être nécessaires.
Risques et complications potentiels
Bien que la plupart des femmes épileptiques puissent avoir des grossesses saines, il existe un risque légèrement plus élevé de complications par rapport à la population générale.
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Risques pour le bébé
- Malformations congénitales : Les femmes épileptiques ont un risque de 4 à 6 % de donner naissance à un bébé présentant une malformation, contre 2 à 3 % dans la population générale. Ce risque est plus élevé si vous prenez certains traitements antiépileptiques (TAE), en particulier à des doses élevées.
- Retards de développement : Certains médicaments, notamment le valproate, sont associés à des problèmes de développement tels que des retards cognitifs ou des troubles du langage. Votre médecin pourrait recommander des échographies régulières et un suivi tout au long de votre grossesse pour vérifier d'éventuelles anomalies, en particulier lors de l’échographie de 20 semaines, qui peut détecter les malformations du tube neural.
- Risques liés aux crises : Les crises tonico-cloniques généralisées peuvent présenter des risques significatifs pour le bébé, notamment la privation d’oxygène ou un accouchement prématuré. Les chutes ou blessures de la mère pendant une crise peuvent également affecter la santé du bébé. Pour cette raison, il est essentiel de maintenir un bon contrôle des crises.
L’équipe de soins de santé suivra de près la croissance et le développement du bébé grâce aux soins prénataux y compris des échographies régulières et des examens pour surveiller le bien-être fœtal.
Impact sur la santé mentale
Selon des études, les femmes épileptiques présentent un risque accru de dépression et d'anxiété pendant la grossesse et la période post-partum. Des facteurs tels qu'un antécédent de troubles de l'humeur, une grossesse non planifiée ou des crises multiples peuvent augmenter ce risque.
Signes d'anxiété ou de dépression
- Des pleurs excessifs
- Des difficultés à créer un lien avec votre bébé
- Une perte d'intérêt pour des activités que vous aimiez
- Des pensées de se faire du mal ou de nuire au bébé
Des traitements sûrs pour la dépression et l'anxiété pendant la grossesse, comme certains médicaments et des thérapies, sont disponibles. Si vous ressentez l'un de ces symptômes, parlez-en à votre professionnel de santé pour trouver le soutien adéquat.
Soins post-partum
Après l'accouchement, vos niveaux de traitement antiépileptique (TAE) reviendront progressivement aux niveaux d'avant la grossesse. Votre médecin pourrait avoir besoin d’ajuster votre posologie pour prévenir les effets secondaires ou la toxicité. Dans la période post-partum précoce, la privation de sommeil est un déclencheur fréquent de crises, il est donc important de veiller à bien vous reposer et de demander de l'aide si nécessaire.
Allaitement et traitements antiépileptiques (TAE)
Dans la plupart des cas, l'allaitement est sans danger pour les femmes épileptiques. Bien que de petites quantités de médicaments puissent passer dans le lait maternel, les recherches ont montré que cette exposition est minimale par rapport à ce que le bébé a été exposé in utero. Des médicaments comme la lamotrigine, le lévétiracétam et la carbamazépine sont généralement considérés comme sûrs pendant l'allaitement.
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Cependant, si vous prenez des médicaments comme le phénobarbital ou la primidone, votre médecin pourrait recommander de surveiller le bébé pour détecter des signes de somnolence excessive ou de difficultés d'alimentation. Les avantages de l'allaitement dépassent souvent les risques, et il est encouragé par les organisations de santé.
Risque de transmission de l'épilepsie au bébé
Le risque de transmettre l'épilepsie à votre enfant est relativement faible. Si un seul parent est épileptique, le risque que l'enfant développe cette condition est d'environ 5 %, ce qui est légèrement supérieur au risque de 1 % dans la population générale.
Nouvelles données et surveillance des risques
Suite aux nouvelles données disponibles, plusieurs actions ont été engagées au niveau national et européen pour sécuriser l’utilisation des antiépileptiques. La surveillance des risques liées à l’exposition des femmes enceintes à ces médicaments se poursuit.
- Valproate : Le valproate et ses dérivés sont formellement contre-indiqués pendant la grossesse dans la prise en charge des troubles bipolaires et ne doivent pas être utilisés chez les femmes enceintes épileptiques, sauf en l’absence d’alternative thérapeutique. Un risque potentiel de troubles neurodéveloppementaux associé à la prise de valproate par le père dans les trois mois précédant la conception est en cours d’évaluation au niveau européen.
- Topiramate : Le risque de troubles neurodéveloppementaux est augmenté chez les enfants exposés au topiramate pendant la grossesse. La prescription de ce médicament est réservée aux neurologues et aux pédiatres, et la signature d’un accord de soins annuel par la patiente et son médecin est obligatoire.
- Carbamazépine : Il est possible que le risque de troubles neurodéveloppementaux soit augmenté chez les enfants exposés à la carbamazépine. La signature d’une attestation d’information partagée par la patiente et le médecin prescripteur est obligatoire pour la dispensation du médicament.
- Prégabaline : Le risque de malformation majeure chez l’enfant est multiplié par près d’1,5 par rapport à la population qui n’a pas été exposée à ce médicament. La surveillance se poursuit.
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