Introduction

Enora Malagré, ancienne chroniqueuse de Touche pas à mon poste !, comédienne et autrice, s'est imposée comme une figure engagée dans la libération de la parole féminine. Son parcours, marqué par des épreuves personnelles telles que l'endométriose, les fausses couches à répétition et les avortements, l'a conduite à briser les tabous et à militer pour les droits des femmes. Elle utilise sa notoriété pour mettre en lumière des réalités souvent tues, de la douleur des fausses couches au deuil de la maternité, en passant par le droit fondamental à l'avortement.

Le Traumatisme des Fausses Couches : Un Cri du Ventre

Enora Malagré a choisi de partager son expérience douloureuse des fausses couches pour que les femmes cessent de culpabiliser, d'avoir honte, par crainte d'être jugées. Elle témoigne dans un entretien accordé au site Auféminin.com : “Chaque fausse couche est de plus en plus traumatisante […] à chaque échec, je me demande ce que je n’ai pas bien fait, ce que je n’ai pas assez fait…”. Elle explique qu'à force d'enchaîner les fausses couches, les échecs, elle a presque fini par s'y habituer, à s'y préparer, à mettre en place un "protocole" quand elle sent venir sa fausse couche.

Elle confie avec émotion : "À chaque fois que je suis tombée enceinte, c’est comme si je n'envisageais même pas que ça fonctionne. Je me préparais à la fausse couche. C’est terrible de s’habituer au malheur, c’est terrible d’en arriver à s’habituer à l’échec et à la souffrance. C’est terrible, d’accoucher de rien”. Des propos durs, crus, qui illustrent sa souffrance et l'épreuve traumatisante que peut être une fausse couche. Elle ajoute : "J’ai l’impression d’être une mare de sang permanente. Et du coup, l’odeur du sang qui m’accompagne tout le temps me traumatise encore aujourd’hui."

Elle réalise qu'elle n'est pas la seule à traverser cela, et que les femmes devraient se tenir la main plutôt que de vivre leur traumatisme dans le silence, la honte et la solitude. "Ça me l’a fait à chaque fois, mais particulièrement la dernière fois, quand j’étais allongée sur le sol, sur cette serviette pleine de sang. J’ai imaginé toutes les femmes qui étaient en train de vivre la même chose que moi, qui l’ont vécu ou qui vont le vivre. […] D’un seul coup je me suis sentie moins seule et je me suis dit que nous les femmes, on vit quand même des choses qui sont quand même très difficiles, très individuelles, et que, pardon mais, seules les femmes peuvent comprendre."

Enora Malagré a donc décidé d'en parler, et incite toutes les femmes à en parler entre elles, car même si cela n'enlève pas la douleur, ça soulage la conscience, et ça fait du bien. “Je pense que ça serait bien qu’on se dise qu’on est ensemble, que vous n’êtes pas toute seule. Moi j’ai vécu ça, mais on est des milliers et des milliards à l’avoir vécu, et si ça peut un peu aider d’en parler ensemble, si ça peut vous soulager, je pense que ça serait déjà pas mal”. Elle reconnaît, au bout d’un moment, des automatismes mentaux et se préparait à la fausse couche. Elle évoque la détresse, et le mal-être qui s'ensuit. Elle souligne l’importance de ne pas culpabiliser face à la souffrance, et de donner la vie.

Lire aussi: Le Parcours Engagé d'Énora Malagré

Aujourd’hui, Enora Malagré met l'accent sur les fausses couches qui touchent environ 15% des grossesses.

Le Droit à l'Avortement : Un Combat pour la Liberté

Enora Malagré s'est également exprimée publiquement sur ses deux avortements, déclarant : “J’ai avorté deux fois”. Cette prise de parole a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, avec des milliers de messages d'une "rare violence". Enora Malagré a réagi en affirmant : “Je re-déclare que j ‘ai avorté deux fois. Que c'était une solution à un moment de ma vie mais pas un échec. Que ça n’a rien à voir avec mon endométriose et que malgré ma maladie je ne regrette rien”.

Elle a également rappelé que “Avorter est un droit fondamental” et s'est insurgée contre les messages haineux qu'elle a reçus, où on lui disait que c'était bien fait pour elle si elle ne pouvait plus avoir d'enfant, ou que ses avortements avaient provoqué son endométriose. Elle a insisté sur le fait que l'avortement et l'endométriose n'ont rien à voir et a appelé à la sororité et à la solidarité.

Enora Malagré avait déjà évoqué ses avortements en 2018 sur le site La WTF et en avril 2021 dans une vidéo pour Period. Elle a raconté que son premier IVG a eu lieu lorsqu'elle avait à peine vingt ans : "Je suis tombée enceinte de mon amoureux de l'époque. Il avait mon âge, je le connaissais à peine. Nous n'étions pas prêts, je n'en avais pas envie. Et je n'ai pas à être jugée pour cela. Ça s'est bien passé. J'ai eu mal mais n'ai pas souffert de complications".

Elle a ensuite expliqué qu'elle avait eu recours à un second avortement plusieurs années plus tard, car elle ne voulait pas avoir d'enfant avec son ex-compagnon : "L'homme avec qui je partageais ma vie faisait un métier instable. Il n'était pas souvent là et je sentais que ce n'était pas le père que j'aurais voulu pour mon enfant. L'avenir m'a donné raison." Elle milite contre l’allongement des délais d’avortement. Elle est fière d’avoir eu le courage de le faire et d’être partie au bras de son amie Souad, dans ce planning familial du 15e arrondissement de Paris pour déverser sa peur dans les bras d’une femme formidable.

Lire aussi: Le parcours d'Enora Malagré

Elle dénonce le fait que le salaud de gynéco a fait exprès de lui faire écouter le cœur qui bat… (pour bien la faire culpabiliser). Une fois ravagée par la honte, ils l’ont mise dans la chambre d’une femme enceinte… Cette fois-ci, son corps supporte moins bien le médicament : elle est alors prise de vives douleurs et s'évanouit dans la salle de bain de sa chambre d’hôpital. Alors qu’elle était étendue sur le sol, à demi-réveillée, une infirmière s’est approchée d’elle et lui a glissé à l’oreille : "Ca t’apprendra". Elle ne l’oubliera jamais.

Elle insiste sur le fait que nous avons la chance aujourd’hui de pouvoir décider de mener ou non notre grossesse à terme, de pouvoir être des femmes épanouies et de bonnes mères potentielles, au bon moment. Malgré sa difficulté aujourd’hui à être mère, elle ne regrette pas une seconde ses choix ! Elle s’adresse à toutes les femmes dans ce cas : “Vous n’êtes pas seules, ne vous infligez pas davantage de douleurs. Continuons à poursuivre le combat de nos mères ! Vous êtes merveilleuses les filles, vous êtes fortes, et votre décision sera la bonne." Elle marche la tête haute, elle est libre de disposer de son corps et elle est experte de sa propre vie.

Le Deuil de la Maternité : Un Renoncement Douloureux

Après avoir confié son douloureux parcours avec l'endométriose et les nombreuses fausses couches qu'elle a traversées dans son livre "Un cri du ventre", Enora Malagré a récemment évoqué le deuil de la maternité. En novembre 2024, elle racontait la suite de son parcours de parentalité : "Je suis en train de faire le deuil. Je pense que je n'aurai pas d'enfant."

Elle a rappelé la difficulté de ce qu'elle et l'association Happy Moi nomment "le renoncement maternel". Elle appelle aussi à la vigilance : "Il faut faire attention à la façon dont on parle des femmes qui n'ont pas d'enfant." Elle conclut : "Pour toutes les femmes qui n'ont pas pu avoir d'enfant ou qui n'ont pas eu envie d'avoir des enfants. Nous ne sommes pas des femelles défaillantes." Elle est en train de faire le deuil de la parentalité. Maintenant, ça va mieux.

Elle souligne que la non-maternité reste toujours une blessure. Elle a mis un coup de projecteur sur une association spécialisée, Happy Moi, qui "aide celles et ceux qui n'ont pas réussi à avoir d'enfant, c'est mon cas", témoigne-t-elle "à rompre l'isolement lorsqu'on a pris cette décision. On partage nos expériences, nos blessures". Il y a une seule association en France, une seule, qui aide les femmes qui n’ont pas pu avoir d’enfant. Cette association, ces groupes de parole l’ont beaucoup aidée, ainsi qu’un psy et son entourage.

Lire aussi: Découvrez le parcours d'Enora Alix

Encore aujourd'hui, Enora Malagré confie la peine qu'elle peut ressentir dans certaines situations, en prenant l'exemple d'une séquence précédente de l'émission. "C’est vrai que lorsque, tout à l’heure, vous parliez de l’école, c’est des moments - et vous ne vous en rendez pas compte, pardon - mais qui peuvent être excluants pour nous, voire douloureux. La fête des mères, pour moi, c’est une épreuve."

Elle dénonce les injonctions à la maternité et les questions intrusives telles que : T’as pas d’enfant ? Tu n’aies pas d’enfant ? C’est pas trop dur ? Elle rappelle que les femmes ne sont pas qu’un utérus et dénonce-t-elle cette intrusion de l’intime. Derrière chaque renoncement à la maternité, il y a des espoirs, des envies qui ont été réduites à néant.

L'Endométriose : Un Combat Personnel et Universel

Enora Malagré est également une figure de proue dans la lutte contre l'endométriose. Elle a révélé sa propre expérience de la maladie dans son livre "Un cri du ventre" et utilise sa voix pour sensibiliser le public à cette pathologie qui touche de nombreuses femmes.

Elle explique que cela fait 10 ans qu’elle le porte et elle est très contente que France TV lui ait fait confiance.

tags: #enora #malagre #enceinte

Articles populaires: