L'histoire de Michel de Robert et de son frère Patrice, deux enfants ayant prétendument survécu pendant sept ans dans la nature sauvage de la Charente-Maritime dans les années 1950, a captivé l'imagination du public. Récemment, cette histoire a été portée à l'écran dans le film "Frères" d'Olivier Casas, avec Mathieu Kassovitz et Yvan Attal. Cependant, une enquête approfondie remet en question la véracité de ce récit extraordinaire.
L'histoire d'une survie hors du commun
Selon le récit de Michel de Robert, les deux frères ont été abandonnés par leur mère à l'été 1948 dans un centre de vacances à Châtelaillon (Charente-Maritime). Alors âgés de 5 et 7 ans, ils se seraient enfuis dans les bois après avoir découvert le corps du propriétaire des lieux, qui s'était suicidé. Livrés à eux-mêmes, ils auraient survécu pendant sept ans, se nourrissant de baies, de champignons, de lapins et autres ressources naturelles. Michel affirme qu'ils ont construit trois cabanes de plus en plus sophistiquées et qu'ils ont développé un lien fraternel très fort.
"Pat m'attrape par le col et me dit : "Mic, faut qu'on se sauve !"", se souvient Michel. "Il a fallu manger, se protéger. Patrice allait chasser, et moi, je découpais le lapin. Notre complémentarité a été essentielle pour notre survie."
Cette période de leur vie aurait pris fin en 1956, lorsque leur grand-mère les aurait reconnus dans un village. Leur mère serait alors venue les récupérer et les aurait emmenés à Paris avant de les séparer. Patrice s'est suicidé en 1993, à l'âge de 48 ans.
Le film "Frères" : une adaptation romancée
Le film "Frères" s'inspire de cette histoire vraie. Selon Olivier Casas, le réalisateur, le film met l'accent sur la fraternité et le lien exceptionnel qui unissait les deux frères. Le cinéaste a choisi de raconter l'histoire de ces deux jeunes frères qui ont vécu 7 ans en forêt en Charente-Maritime dans les années 50. Il a même lancé un casting pour trouver de jeunes garçons pour incarner les deux frères sur le grand écran.
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Cependant, le film prend des libertés avec la réalité. Michel de Robert a reconnu que certaines scènes ont été romancées pour des raisons de production. Par exemple, le film ne montre pas les petites aides que les enfants ont pu recevoir. Michel a quand même des souvenirs de gens qui ont été moins durs avec eux, qui ont pu les aider. Mais le projet du film n'a pas été de vouloir durcir leur vie.
Doutes et remises en question
Malgré l'émotion suscitée par ce récit de survie, de nombreux éléments suscitent des doutes quant à sa véracité.
L'absence de forêt
L'un des principaux points de contestation est l'absence de forêt dans les environs de Châtelaillon-Plage et des Boucholeurs, où les enfants auraient vécu. Les habitants et les cartes IGN de l'époque confirment qu'il s'agissait d'un paysage de marais, peu propice à la dissimulation et à la survie.
Aux Boucholeurs, ancien quartier de pêcheurs, la question effleure tous les esprits, mais surtout personne ne croit à cette histoire rocambolesque. « Non, vraiment, il n’y a aucun bois. » Les cartes IGN de l’époque en témoignent.
L'invraisemblance de la survie
Des spécialistes de la survie expriment également des doutes quant à la possibilité de survivre aussi longtemps dans de telles conditions. Denis Tribaudeau, animateur de stages de survie, estime qu'il aurait fallu bien des miracles pour que les enfants tiennent autant d'années.
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"Cela me semble très gros, estime le spécialiste. Si les scénaristes m’avaient appelé pour avoir des conseils, je leur aurais dit que, dans de telles conditions, les gamins seraient morts depuis longtemps. Peut-être ont-ils vécu un truc de malade, pendant quelques mois, mais on ne survit pas en mangeant des lapins ou des escargots crus pendant sept ans. On finit par dépérir. Il y a dû y avoir plus d’interactions que ne le suggère le film."
L'absence de témoignages
Malgré les recherches, aucune personne n'a pu confirmer avoir entendu parler de cette histoire à l'époque. Ni les habitants des Boucholeurs, ni les anciens instituteurs, ni les élus locaux ne se souviennent d'un tel récit.
Annette et Yves Chapron y sont arrivés en 1966 pour enseigner à l’école publique. Toute leur vie, ce couple d’instituteurs a côtoyé des centaines de familles. « Nous n’avons jamais entendu parler de cette histoire alors que nous étions en prise directe avec la population. » Pas mieux du côté des élus. « Il n’existe aucun bois, une telle histoire est inimaginable », estime l’ancien maire de 1996 à 2020, Jean-Louis Léonard.
Une part de mystère
Malgré les doutes et les contradictions, certains habitants de la région restent ouverts à la possibilité que cette histoire contienne une part de vérité. Ils soulignent que les années 1950 étaient une époque différente, où la misère était plus répandue et où les secrets étaient plus faciles à garder.
Pierre Raguy, Châtelaillonnais depuis soixante-seize ans, estime que c'était une autre époque, après-guerre. « Il faut se souvenir que dans les années 1950, ce qui se passait aux Boucholeurs, c’était très secret. C’était un petit village de quelques dizaines d’habitants, des miséreux venus tenter leur chance aux huîtres… Les Boucholeurs et Châtelaillon, c’était deux mondes à part, très séparés. J’étais un enfant de Châtelaillon et on ne se fréquentait pas. Pour nous, les Boucholeurs, c’était un mystère. »
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