Il n’est pas rare de voir arriver en consultation des parents exténués, dépassés par leur enfant qui semble ne répondre à aucune de leurs demandes, sur qui rien ne semble avoir prise. Loin de se limiter à la sphère thérapeutique, l’ « enfant tyran » est aussi envisagé comme un « phénomène de société » qui fait largement parler de lui. Cet article vise à explorer en profondeur le phénomène de l'enfant tyran, en offrant un éclairage psychologique, des pistes de compréhension et des stratégies de traitement pour les parents et les professionnels confrontés à cette réalité complexe.

Identification et Manifestations du Comportement Tyrannique

Les parents décrivent alors les altercations systématiques avec les camarades de classe et les frères et sœurs, les conflits avec les enseignants et éducateurs, les exigences alimentaires et vestimentaires, les nombreuses activités extra-scolaires commencées et vite arrêtées, les devoirs non faits, les difficultés d’apprentissage, les troubles du sommeil, l’impossibilité de se faire obéir, etc. Décrit comme tout-puissant, mégalo, agité en permanence, l’enfant tyran provoque tous les autres, grands et petits. Il nargue ou séduit, attaque, insulte, détruit, manipule, se livre aux « mini coups d’états » et au « chantage affectif ». Ces enfants et adolescents qui semblent ne pas répondre à l’autorité, aux normes, aux injonctions et demandes qui leur sont faites, lassent leur entourage, épuisent les bonnes volontés et « poussent à bout », disent certains parents. À minima, dans de nombreux cas, la difficulté de « savoir y faire » avec eux, le malaise, le découragement ou la peur qu’ils provoquent chez l’autre, conduisent à les éviter, voire à les rejeter - du groupe, de l’institution scolaire, de leur milieu familial.

Un enfant tyran, ou plutôt un enfant au lien tyrannique, est un enfant qui attend que ses parents satisfassent ses désirs. Sinon, il se met en colère, pousse des cris, devient violent ou casse des objets à la maison. Durant les moments de crises, l’enfant est sous l’emprise de la colère et de la violence qui l’habitent. Dès lors, il est hors de contrôle jusqu’à ce que ses parents se soumettent et obéissent à son désir. Pour éviter que la colère s’amplifie et que la situation s’envenime, les parents préfèrent céder.

Diversité des Étiquettes et Troubles Associés

Au-delà du qualificatif générique d’ « enfants tyrans » qui renvoie surtout à la manière impérieuse et absolue dont ils semblent s’imposer dans leur relation à l’autre, nombreuses sont les étiquettes apposées sur ces enfants. Ainsi sont-ils tour à tour et souvent concomitamment rangés dans la catégorie des « hyperactifs », diagnostiqués comme souffrant d’un « TDHA » (trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité), quand ils ne sont pas suspectés de traits de « perversion » et même de « psychopathie » lorsque ce sont le « manque d’empathie », les brutalités commises à l’égard d’autrui et l’instrumentalisation de l’autre qui sont mis en avant.

Les symptômes se manifestent par de l’agressivité, de l’impulsivité, de l’opposition et / ou de la provocation. Certains des jeunes dits tyranniques ont des rituels qui leur permettent d’apaiser leur angoisse et qui les aident à se sentir en sécurité.

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Les Signaux d'Alerte

Plusieurs signaux peuvent inviter à consulter : crises intenses et répétées, insultes ou menaces, refus systématique des consignes, conflits quotidiens à la maison, opposition à l’école, troubles du sommeil, anxiété, somatisations (maux de ventre, maux de tête), isolement ou agressivité avec les pairs. Ce qui alerte surtout, c’est l’impact sur la vie familiale (épuisement parental, fratrie en souffrance), la durée des difficultés et leur intensité. Consultez si les conflits deviennent quotidiens, si l’enfant est en souffrance (angoisse, tristesse, isolement) ou si la situation dégrade la vie familiale. Une règle simple : si, depuis plusieurs semaines, vos tentatives (chartes, punitions, négociations) n’apportent pas d’amélioration, c’est le bon moment. Plus l’on intervient tôt, plus il est facile de recaler des routines et d’éviter que les interactions ne se rigidifient.

Comprendre les Racines du Comportement Tyrannique

Tout d’abord, précisons que les compétences parentales ne sont pas responsables de l’apparition des liens tyranniques d’un enfant avec ses parents. En effet, l’enfant qui montre des troubles de l’opposition avec provocation est avant tout un enfant qui souffre. Un enfant qui use de la violence pour se faire voir ou entendre est avant tout un enfant malade qu’il faut soigner. La plupart des troubles du comportement sont souvent liés à des événements qui sont survenus précocement et qui ont nécessité un surinvestissement parental. D’autres facteurs de risques peuvent déclencher des troubles du comportement tels que les séparations parentales, les deuils ou le harcèlement scolaire. Autant de situations psycho-traumatisantes qui ont eu un impact dans la vie psychique de l’enfant et qui s’expriment aujourd’hui par excès de colère.

On peut penser que la colère exprimée par l’enfant est une manière d’évacuer, sur l’extérieur, un vécu de peur, voire de terreur, longtemps contenu en lui. Le comportement tyrannique correspond à une dynamique familiale particulière qui démarre tôt et qui s’installe peu à peu au sein du foyer. Le quotidien de la maison est ainsi organisé autour du comportement de l’enfant, le but étant d’éviter tout stress par peur de déclencher encore une nouvelle crise (les parents s’accordent à dire : « on marche sur des œufs toute la journée »).

Le Rôle de la Psychanalyse

Bien que l’ « enfant tyran » ne soit ni un concept ni même une catégorie de la psychanalyse, celle-ci est cependant susceptible d’apporter un point de vue pertinent et original sur ce phénomène. Ainsi les concepts freudiens de pulsion, de narcissisme et de passage à l’acte peuvent-ils être particulièrement pertinents pour éclairer ces comportements caractérisés par un débordement pulsionnel et des passages à l’acte permanents dans lesquels la parole de l’autre semble dénuée de tout effet.

Dans sa « Note sur l’enfant », rédigée en 1969, Lacan1 souligne que chez l’enfant, « le symptôme peut représenter la vérité du couple familial ». Dans ce cas, son symptôme fait écho à ce qu’il y a de symptomatique dans la structure familiale. Il s’agit alors dans le travail psychanalytique ou psychothérapeutique avec l’enfant de lui permettre de se dégager de cette position de symptôme du couple familial, et de découvrir son propre désir. À ces cas où le symptôme de l’enfant fait écho à ce qui relie ses parents, Lacan oppose la configuration où « le symptôme qui vient à dominer ressortit à la subjectivité de la mère. » Entièrement pris dans le fantasme maternel, l’enfant devient l’« objet » de la mère, il le réalise, lui donne corps, ce qui ne peut que renforcer la prise dans ce fantasme, et complique le travail avec un analyste qui vient entiers dans une relation duelle que la mère n’a parfois aucun souhait de faire cesser.

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Trouble Oppositionnel avec Provocation (TOP)

Halte aux idées reçues, l'éducation ne serait pas la cause de ce comportement régalien. Il s'agit en réalité, la majeure partie du temps, d'un trouble psychiatrique, appelé Trouble oppositionnel avec provocation (TOP), qui touche aussi bien les garçons que les filles et reflète une grande difficulté à gérer ses émotions. « Des Troubles déficitaires de l'attention et de l'hyperactivité (TDAH), de l'anxiété de séparation, obsessionnels compulsifs (TOC) et parfois du spectre de l'autisme (TSA), des conduites, des apprentissages ou encore un haut potentiel intellectuel etc., peuvent également être, associés », selon l'association React.

Ce trouble semble impacter de plus en plus de familles, impuissantes, démunies, à bout de souffle. Un comportement « agressif » qui reflète une « souffrance » et un certain « mal-être », poursuit l'association. Ce trouble peut, par exemple, apparaître après la naissance d'un petit frère et refléter une peur de l'abandon.

Impact sur l'Enfant, la Famille et l'Entourage

Tout d’abord, la première personne qui subit ce type de comportement est l’enfant lui-même. En effet, l’enfant au lien tyrannique souffre de ne pas pouvoir gérer ses émotions. Il sait que son agressivité provoque chez les autres de la peur. Cela l’isole de ses pairs et ne lui permet pas de se socialiser. Parfois, son comportement va déclencher des disputes parentales ou encore des jalousies dans la fratrie : cette dernière peut être victime de violence et d’humiliation. La fratrie peut se sentir délaissée et leur désir tu. Ainsi, les parents font de moins en moins d’activités sur l’extérieur, évitent de se rendre chez des amis, ou d’en inviter, de peur que leur enfant fasse une crise à la moindre remarque jugée contraignante par l’enfant.

Les parents qui ont des enfants au lien tyrannique se sentent démunis et seuls face à cette situation. D’ailleurs, ils ont des difficultés à pouvoir en parler avec des personnes sur l’extérieur. Ils craignent d’être jugés et de s’entendre dire qu’ils n’ont pas été assez sévères avec leur enfant. La plupart du temps, les comportements violents de l’enfant s’expriment seulement à la maison. Certains parents n’hésitent pas à interpeller les amis de leur enfant et restent stupéfaits quant à la manière dont ils décrivent leur enfant : gentil, drôle, serviable, etc. Ainsi, pour éviter toutes remarques, des parents décident de n’en parler à personne : cela reste un secret ! Malheureusement, une telle stratégie renforce le comportement de l’enfant au lien tyrannique.

Stratégies de Traitement et d'Intervention

Pour stopper cela, certains parents vont tenter de répondre à la violence par la violence. Ainsi, ils veulent montrer à l’enfant qui est le plus fort. Mais cela ne fonctionne pas, car l’enfant au lien tyrannique mettra constamment au défi toute personne susceptible de l’empêcher à réaliser son désir. D’autre part, la violence psychique et physique sur un enfant est interdite par la loi ! D’autres vont répondre par la punition et la sanction systématique. Des parents vont tenter de reprendre leur autorité par trop de justifications. Or, un enfant en crise n’est pas en capacité d’entendre dans l’instant présent. En effet, envahi par le stress, l’enfant ne désire qu’une chose : que son angoisse qui le pousse à être violent cesse ! Le “trop dire” engendre sur lui une surexcitation qui l’entraîne à repousser son interlocuteur ou à s’isoler.

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Approches Thérapeutiques et Soutien Professionnel

Tout d'abord, il est important d'en parler à son médecin traitant. Cela cessera le poids du secret de la situation et vous permettra de sortir de l’isolement. Le médecin vous adressera auprès de professionnels compétents. Ces derniers vous accompagneront à restaurer votre autorité et la confiance en votre enfant. Il n’y a pas de honte à faire appel à des professionnels capables de prendre le relais. Parfois, il est nécessaire que l’enfant et sa famille puissent trouver un tiers en situation de crise. Parfois, un placement en famille d’accueil peut advenir pour permettre aux parents et à l’enfant de se poser et mettre de la distance. Il est également conseillé de suivre une thérapie familiale pour que chaque membre de la famille puisse exprimer son vécu émotionnel.

L’accompagnement vise à décrypter les comportements, à identifier les déclencheurs (stress, transitions, règles floues, attentes irréalistes) et à mettre en place des outils : routines, consignes positives, renforcement des comportements adaptés, gestion des émotions, médiations familiales. Selon l’âge, on travaille en entretiens parent(s)-enfant, parfois avec des temps séparés. Le psychologue accompagne aussi les parents pour ajuster le cadre et les réactions au quotidien, afin de réduire l’escalade et restaurer un climat apaisé.

Au sein de mon cabinet de Bourg‑en‑Bresse, la première séance est une évaluation clinique avec les parents (et/ou l’enfant selon l’âge) : histoire de la situation, forces de l’enfant, moments difficiles, attentes. Ensuite, nous convenons d’un plan d’accompagnement, combinant : temps avec l’enfant (jeu, expression émotionnelle, compétences sociales), guidance parentale (outils concrets à la maison) et, si besoin, échanges avec l’école. Chaque séance se conclut par 1-2 actions pragmatiques à tester d’ici la prochaine rencontre.

La Méthode SPART

Avec la Méthode SPART les parents ne sont pas mis à l'écart : ils deviennent des véritables acteurs du soin. La méthode vous propose de reprendre votre juste place, avec lucidité et engagement.

Conseils Pratiques pour les Parents

  1. Ne jamais réagir à la violence à chaud. Il faut battre le fer quand il est froid !
  2. Instaurer un nouveau dialogue et des temps en commun avec son enfant.
  3. Poser des limites fermes mais bienveillantes. Il est essentiel d'éviter de négocier constamment avec l’enfant et d'apprendre à dire "non" sans culpabiliser, à poser des règles simples.
  4. S'appuyer sur les proches de la famille pour alléger la charge émotionnelle.
  5. Éviter l'hyper-accommodation parentale. Bien que l’(hyper)accommodation du parent soit, au départ, destinée à aider l’enfant, dans la durée, elle ne fera qu’aggraver les difficultés du jeune.

Ressources et Soutien

Plus faciles d’accès, certaines associations telles que REACT, accompagnent aussi les parents pour les aider à sortir de leur isolement. L'association REACT tend à développer un réseaux des professionnels à travers le territoire afin de mieux informer et former tous les acteurs médicaux et intervenants de l'enfance. Cette méthologie est soutenue par les differentes associations du réseaux des troubles TdaH.

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