L'allaitement maternel est reconnu comme un enjeu de santé publique majeur. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l'UNICEF recommandent un allaitement exclusif pendant les six premiers mois de la vie d'un enfant, suivi de l'introduction d'aliments complémentaires sûrs et nutritionnellement adéquats à partir de six mois, tout en continuant l'allaitement maternel jusqu'à deux ans ou plus. Cette période post-partum, souvent sous-estimée, est cruciale pour la santé de la mère et de l'enfant. Elle est marquée par des changements physiques et psychologiques importants, qui peuvent influencer le succès de l'allaitement et nécessitent une prise en charge adaptée.

L'Importance de l'Allaitement Maternel

L'allaitement maternel offre de nombreux avantages pour le nourrisson, notamment une protection contre les infections, une meilleure digestion et un développement optimal. Pour la mère, il favorise la récupération post-partum, réduit le risque de certaines maladies chroniques et renforce le lien mère-enfant.

Le Rôle Essentiel des Masseurs-Kinésithérapeutes

Les masseurs-kinésithérapeutes jouent un rôle essentiel dans l'accompagnement des jeunes mères pendant la période post-partum. Ils sont amenés à accompagner les jeunes mères dans leur rééducation périnéale et abdominale post-partum, les recevant une à deux fois par semaine pour des soins spécifiques à la période périnatale, et sont également souvent sollicités pour traiter des douleurs parfois directement liées à l’allaitement maternel (dorsalgies, cervicalgies, syndrôme du défilé thoraco-brachial, névralgies, tendinites…). Ils possèdent les compétences nécessaires pour identifier, soulager et résoudre des problématiques fréquemment rencontrées par les mères allaitantes, lorsque celles-ci sont la conséquence d’une mauvaise installation au sein ou d’une succion inadaptée du nourrisson : engorgement, mastite, abcès, lésions des mamelons type crevasses, baisse de la lactation, perte de poids du bébé… Ils sont capables d’observer et évaluer le déroulement d’une tétée afin de s’assurer d’un transfert de lait suffisant. Ils peuvent intervenir en thérapie manuelle sur l’ensemble du corps du tout-petit afin de limiter l’impact de certaines dysfonctions bio-mécaniques sur la prise du sein, mais aussi agir sur l’efficacité de la succion en rééducation notamment en cas d’ankyloglossie ou de frein lingual restrictif.

Impact du Post-Partum sur les Débuts de l'Allaitement et Préparation

Le post-partum est une période de vulnérabilité pour la mère, marquée par des douleurs, des fuites urinaires, un diastasis, une fatigue extrême, une charge mentale importante, des difficultés sexuelles et une fragilité psychique. Ces facteurs peuvent avoir un impact négatif sur les débuts de l'allaitement. Il est donc essentiel de se préparer à cette période en amont, en s'informant sur les aspects pratiques de l'allaitement, en mettant en place un réseau de soutien et en anticipant les difficultés potentielles.

Que faut-il savoir sur les saignements post-partum

Le rétablissement après l’accouchement est un long processus! Après une grossesse de neuf mois, ton corps a besoin de temps pour récupérer. Il est important de comprendre les changements physiques qui se produisent pendant cette période, notamment les saignements post-partum, qui sont normaux mais nécessitent une surveillance.

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L'entretien Post-Natal Précoce (EPNP)

Depuis le 1ᵉʳ juillet 2022, l’Entretien post-natal précoce (EPNP) est devenu obligatoire en France, à réaliser entre la 4ᵉ et la 8ᵉ semaine après l’accouchement, par un médecin ou une sage-femme. Cet entretien vise explicitement à repérer les premiers signes de dépression du post-partum ou les facteurs de risque. Il est donc essentiel de ne pas le négliger.

Comprendre la Dépression Post-Partum

La dépression post-partum est un trouble de l'humeur qui touche de nombreuses femmes après l'accouchement. Il est important de la distinguer du "baby blues", qui est une réaction émotionnelle transitoire et bénigne.

Les Signes et Symptômes de la Dépression Post-Partum

Les signes de la dépression post-partum peuvent inclure une tristesse persistante, une perte d'intérêt pour les activités habituelles, des troubles du sommeil, une fatigue intense, des difficultés de concentration, des sentiments de culpabilité ou de honte, et des pensées suicidaires. Il est crucial de consulter un professionnel de santé si vous présentez ces symptômes.

Le Bilan Post-Partum: Une Étape Clé

L’ARS Bretagne, qui a publié en 2024 un document très pédagogique sur le parcours post-partum, insiste sur le fait que la rééducation du périnée est proposée à toutes les femmes, quel que soit le mode d’accouchement, à partir d’environ 6 semaines. Un bilan post-partum vraiment pertinent dépasse la simple question “Avez-vous des fuites ?”. Ce bilan permet d'évaluer l'état de la sangle abdominale, du plancher pelvien et de la statique pelvi-rachidienne.

  • L’abdomen et le diastasis : palpation de la ligne blanche, mesure de l’écartement (en centimètres ou en “doigts”), évaluation de la tonicité du transverse.
  • Le plancher pelvien : trophicité, cicatrices, force, endurance, capacité de relaxation, douleurs à la palpation, éventuelle hypertonie (souvent sous-estimée), ressenti de descente d’organes.
  • La statique pelvi-rachidienne : bassin instable (pubalgies, douleurs sacro-iliaques), hypercyphose liée au portage et à l’allaitement, épaules enroulées, tête projetée en avant.

Ce bilan n’est pas “du temps en moins pour traiter”. Cependant, ces recommandations laissent volontairement de la souplesse : il n’existe pas de protocole “clé en main” valable pour toutes. Rappeler qu’une goutte est déjà une fuite : beaucoup de femmes minimisent les petites pertes. Refuser la dissociation artificielle périnée / abdos : la pratique sur le terrain confirme ce que disent les textes : périnée et transverse travaillent ensemble. Les recommandations HAS soulignent que la sangle abdominale est fortement altérée en post-partum et que le diastasis des grands droits persiste chez près d’une femme sur deux à court terme. Un point clé à intégrer dans votre discours : l’objectif n’est pas forcément de “fermer” complètement le diastasis, mais d’obtenir une bonne gestion des pressions et un confort fonctionnel acceptable.

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Structurer Votre Pratique en Kinésithérapie Post-Partum

Pour transformer votre pratique, vous pouvez structurer votre offre en plusieurs temps, facilement compréhensibles pour les patientes et les prescripteurs.

  • Séance “check-up post-partum” (à partir de 6-8 semaines, ou plus tard si la patiente arrive tardivement). Bilan complet périnée-abdos-rachis-posture-respiration-sexualité-humeur.
  • Cycle de rééducation globale (10 séances en moyenne, à adapter). Travail combiné périnée + transverse + bassin + ceinture scapulaire.
  • Suivi “retour au sport”. Lien avec le réseau périnatal. Échanges avec les sages-femmes, les médecins généralistes, les gynécologues, les PMI de votre secteur, participation à des réunions de réseau ou à des actions d’éducation à la santé sur le post-partum. Vous pouvez également réfléchir à la façon de présenter cette offre à vos patientes.

La Rééducation Post-Partum: Une Nécessité

On appelle « rééducation du post-partum » la rééducation qui a lieu après un accouchement, et ce quel que soit le type d’accouchement (par voie basse, avec ou sans intervention, ou césarienne). La rééducation du post partum débute par un bilan et la définition d’objectifs spécifiques à la patiente. Lors de la grossesse et de l’accouchement, le périnée et la ceinture pelvienne, la sangle abdominale et le dos sont sollicités de façon importante.

La Rééducation Périnéale: Un Pilier

La rééducation périnéale est capitale et indispensable, peu importe la finalité de l'accouchement, que ce soit une voie basse ou une césarienne.Pendant 9 mois, votre périnée s'est préparé à mettre au monde sans se soucier de la manière, il a subit des modifications posturales, une variation de poids, et de contraintes.Avoir un bon périnée ne se limite pas à éviter de potentielles fuites urinaires, il doit être fort, mais également autonome, et travailler en synergie avec les muscles environnants. Nous ne pouvons pas en permanence penser à contracter le périnée avant d'éternuer par exemple !La rééducation périnéale permet de redonner à ce muscle toutes ses capacités, en travaillant sur table, puis debout et en charge, pour se rapprocher de la vie réelle, où nous sommes plus souvent en mouvement qu'allongée.

Lors de votre visite chez le gynécologue quelques semaines après l’accouchement, une ordonnance vous est systématiquement remise pour une rééducation à prévoir environ six semaines après la naissance. Une dizaine de séances y sont généralement inscrites mais le kinésithérapeute ou la sage-femme que vous consulterez vous dira si vous avez besoin de moins ou au contraire davantage de séances pour que le travail soit fait correctement. Laure Mourichon rappelle cependant: « La rééducation en cabinet se fait six semaines après mais en fait il faudrait commencer à essayer de ressentir son périnée, le contracter un peu dès les premiers jours qui suivent la naissance. » Sachez que la rééducation post-natale est entièrement prise en charge par la sécurité sociale.

Même si vous avez évité épisiotomie et déchirure lors de la naissance de votre enfant, la rééducation du périnée est importante. Ce muscle a déjà été mis à mal à la fin de votre grossesse puisque le poids du bébé a appuyé dessus, et le moment de l’expulsion a forcément été intense pour les tissus. Pour celles qui ont eu des points de suture, la rééducation permettra d’assouplir la cicatrice. De manière générale, « faire l’impasse sur la rééducation du périnée expose à des risques d’incontinence urinaire et à un manque de sensations au moment des rapports sexuels », explique encore L. Mourichon. De bons arguments pour s’y rendre sans hésiter…

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Il s’agit d’un travail manuel de prise de conscience de ce muscle, avec un travail respiratoire associé », révèle Laure Mourichon. Un travail qui consiste concrètement en un toucher vaginal par la kinésithérapeute ou la sage-femme pour indiquer à la patiente quels muscles elle doit contracter. « Ensuite, ajoute Laure Mourichon, on peut éventuellement travailler avec une sonde qui va permettre de visualiser sur un écran d’ordinateur la tenue de la contraction. »

Cela dépend de l’état du périnée. Lors du premier rendez-vous, la kinésithérapeute ou la sage-femme donne une note sur 5 pour évaluer le travail nécessaire. Laure Mourichon précise: « On parle de l’accouchement pour savoir s’il a eu lieu par voie basse, s’il y a eu des forceps, une épisiotomie ou une déchirure. Il faut aussi comprendre les symptômes de la patiente, savoir si elle a une sensation de pesanteur, et si elle se retient bien. Si elle allaite, il n’y a pas de reprise hormonale, donc le périnée ne pourra retrouver sa fonction totale qu’à la fin de l’allaitement. »

Pour Laure Mourichon, la rééducation périnéale est nécessaire à bien des égards. Non seulement on soigne les éventuelles sensations de pesanteur ou d’incontinence, mais « on réinvestit ce muscle que bien souvent on ne connaissait pas, ce qui permet aussi d’en jouer dans sa sexualité. C’est important également en ce sens que la rééducation du périnée permet de repasser un cap de féminité, de sortir de la maternité. »

La sécurité sociale prend en charge 10 séances en 100% maternité, avec une ordonnance de votre médecin, de la maternité ou de votre gynécologue. Au delà de 10, c'est votre mutuelle qui prendra le relai, comme pour une rééducation classique.

La Rééducation Abdominale: Complément Indispensable

Tout comme le périnée, les abdominaux se sont étirés et écartés pendant la grossesse, et tout comme le périnée, ils auront besoin de retrouver leur force, mais également leur rôle postural, anticipateur, et de gestion de pressions. La rééducation abdominale est indissociable de la rééducation périnéale, peut importe que vous ayez accouché en voie basse ou en césarienne, à ceci près qu'il y aura une cicatrice à surveiller en plus.

Il est donc nécessaire de consulter un kinésithérapeute formé dans le domaine pour optimiser au mieux sa remise en forme post accouchement.

La sécurité sociale prend en charge 10 séances en 100% maternité, avec une ordonnance de votre médecin, de la maternité ou de votre gynécologue. Au delà de 10, c'est votre mutuelle qui prendra le relai, comme pour une rééducation classique.

La rééducation du périnée ne suffit pas, celle des abdominaux est elle aussi très importante, comme le rappelle Laure Mourichon: « Elle doit être hypopressive, c’est-à-dire un travail des transverses et des abdominaux profonds sans pousser. » En cabinet vous apprendrez ainsi des exercices que vous pourrez reproduire chez vous, tel que celui-ci : allongez-vous sur le dos, les genoux relevés et prenez une grande inspiration. Au moment de l’expiration, rentrez le ventre jusqu’à avoir la sensation de coller votre nombril contre la colonne vertébrale tout en contractant le périnée et en gardant les vertèbres au sol.

Les Soins des Cicatrices

Votre espace santé est équipé en técarthérapie, traitement très utile en cas de cicatrice (césarienne, déchirure ou épisiotomie) pour stopper les douleurs et améliorer la cicatrisation. Elle sert aussi à optimiser la disparition d'un diastasis ou traiter une éventuelle hypertonie périnéale réactionnelle. Les soins de cicatrices ne nécessitent pas une ordonnance à part entière, ils sont pris en compte dans le cadre de la rééducation périnéale ou abdominale selon leur localisation.

Traitement des Douleurs et Amélioration des Postures

Entre la grossesse, l'accouchement et le post partum, le corps a subi bon nombre de modifications corporelles, posturales, hormonales, … Pouvant être à l'origine de douleurs. On retrouve souvent des jeunes mamans se plaignant de leurs cervicales, leur dos, épaules, et autres.

La kinésithérapie s'attèlera a soulager ces douleurs, remuscler si nécessaire et mettre en place des solutions pour améliorer les postures d'allaitement, de portage, etc.

Ces soins se font avec une ordonnance classique comme toute rééducation en dehors de la période de périnatalité, concernant la zone impliquée, et seront pris en charge par la sécurité sociale et la mutuelle.

La Reprise Sportive et la Réathlétisation

En post partum, la question de la reprise sportive est souvent mise sur le tapis, à quel moment ? à quel rythme ? faut il finir sa rééducation périnéale et abdominale ? est ce possible si j'ai des fuites ? vais-je empirer la situation ? que faire en cas de diastasis ? Pendant la grossesse et l’accouchement, les muscles du périnée sont fortement sollicités et une déchirure ou une épisiotomie peuvent avoir fragilisé cette zone. Il est donc recommandé de faire, quelques semaines après la naissance du bébé, une rééducation du périnée qui permettra à votre muscle de retrouver toute sa tonicité.

Contraception Post-Partum

Une contraception doit être débutée au plus tard à J21 post-partum:

  • Estroprogestatifs (COP, anneau, patch):
    • Absence d’allaitement: utilisables à partir de J42 (6 semaines)
    • J21 selon l’OMS en l’absence de facteur de risque de MVTE (obésité, tabagisme, prééclampsie, césarienne, antécédent de MVTE, thrombophilie, immobilisation, transfusion à l’accouchement, hémorragie du post-partum).
    • Évaluer le rapport bénéfice/risque entre 6 et 12 semaines si facteur de risque vasculaire
    • Allaitement: COP non recommandée dans les 6 mois qui suivent l’accouchement
  • Progestatifs (oral, implant): Utilisables à partir de J21 sauf épisode thromboembolique veineux aigu.
  • DIU: Possible à partir de J28, posé à la consultation post-natale après recherche d’IST si facteurs de risque (antécédent d’IST ou d’infection génitale haute, âge < 25 ans, partenaires multiples).
  • Méthode de l’allaitement maternel et de l’aménorrhée (MAMA) jusqu’à 6 mois: Risque de grossesse < 2% à 6 mois si:
    • Allaitement exclusif jour et nuit 6-10/j
    • Max 6 heures entre 2 tétées la nuit et 4 heures le jour
    • Aménorrhée persistante
    • Éviter diaphragme et cape cervicale
  • NB: Information de la mère: Ameli, 1000 premiers jours, M-pedia

Autres Problèmes de Santé Post-Partum

  • Alopécie: Effluvium télogène fréquent dans les 2 mois suivant l’accouchement: contrôle de l’hémogramme et information sur la repousse des cheveux. Voir alopécie.
  • Anémie et post-partum: Contrôler l’hémogramme si: saignement, signes d’anémie (Dyspnée, fatigue, vertiges, pâleur, tachycardie, tolérance). Si anémie < 11 g/dL à 48 heures: supplémentation en fer. Supplémentation intra-veineuse si: Hb < 8-9 g/dL ou fatigue importante. Discuter une transfusion si: Hb < 7 g/dL selon la tolérance maternelle
  • Céphalées par brèche méningée: Pour les céphalées liées à la péridurale, un blood patch peut être réalisé 48 heures après l’accouchement.
  • Dépression postnatale: Le blues du post-partum (ou « baby blues ») survient les premiers jours (50 à 80 % des parturiantes). Il est transitoire avec résolution spontanée sous 10 jours. Un blues sévère est à risque de transformation en dépression. Dépistage clinique systématique de la dépression postnatale (prévalence: 13%). Voire questionnaire PHQ-2 ou échelle EPDS. Les facteurs de risques principaux sont les facteurs de risques psycho-sociaux. Dépister des troubles anxieux (prévalence identique). En cas de dépression postnatale: Réévaluation des facteurs de risques psycho-sociaux ++. Visite à domicile, soutien téléphonique, psychothérapie. Risque de récidive élevé aux grossesses suivantes. Voir le chapitre dépression. Hospitalisation en cas de dépression sévère du post-partum.

tags: #allaitement #et #rééducation #post-partum

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