Le trouble bipolaire, une pathologie mentale caractérisée par des fluctuations importantes de l’humeur, peut débuter dans l’enfance ou l’adolescence. Il se traduit par des épisodes dépressifs précédés ou suivis d’épisodes maniaques ou hypomaniaques, ou d’épisodes mixtes associant ces deux conditions. Bien que souvent associé aux adultes, le trouble bipolaire ne fait pas de discrimination sur la base de l’âge et peut également affecter les enfants. Le trouble bipolaire chez l'enfant est une forme de cette affection qui touche les jeunes et nécessite une attention particulière. Il est important de bien comprendre le trouble bipolaire pédiatrique afin de soutenir efficacement les personnes qui en sont atteintes.

Prévalence et début du trouble

Il faut savoir que probablement plus des deux tiers voire les trois quarts des troubles bipolaires décrits chez l’adulte ont commencé avant 21 ans. Et, sur les 70 % des cas qui ont débuté avant 21 ans, 30 % ont eu des symptômes avant l’âge de 12 ans, autrement dit, dans l’enfance. Une récente analyse incluant près de 16 222 jeunes de la population mondiale, âgés de 7 à 21 ans a rapporté un taux global de cas de trouble bipolaire de 1,8%. Ce trouble est présent dans tous les pays du monde et le nombre de cas n’est pas différent de celui des adultes (1 à 5%).

Symptômes chez l'enfant et l'adolescent

À tout âge, le trouble bipolaire a des retentissements sur la vie quotidienne et professionnelle. Outre l’impact de la maladie sur la scolarité (baisse des résultats scolaires, absentéisme, déscolarisation), la bipolarité chez l’enfant et l’adolescent peut conduire à des envies suicidaires en phase dépressive, et des comportements à risque en phase maniaque.

Ce qui est différent chez l’enfant, c’est que l’on va souvent observer des manifestations émotionnelles qui sont moins « typiquement structurées » sur des épisodes. Ainsi, si l’on peut observer un changement d’humeur chez l’enfant, il ne sera pas aussi net que ce que l’on peut voir chez l’adulte, avec, dans le trouble bipolaire du type 1, une phase très claire de dépression, ou une phase très nette d’excitation (phase maniaque). On va avoir des enfants qui ont ce qu’on appelle une labilité de l’humeur, une irritabilité, des enfants qui vont changer d’humeur. Il y a une dimension un petit peu plus chronique du changement d’humeur, avec une très grande fluctuation. Pas question donc de longue période de dépression ou d’épisode maniaque chez l’enfant, qui peut passer d’un état émotionnel à l’autre plus rapidement.

Chez les adolescents, après 12 ans, les choses se mettent un petit peu plus nettement en place. Mais la particularité chez les adolescents, c’est que souvent, on observe des cycles rapides : on parle de cycle rapide lorsque le sujet va faire au moins quatre épisodes maniaques ou dépressifs dans l’année. Ce qui peut se traduire, chez l’adolescent, par des humeurs qui durent une semaine à dix jours, puis un changement d’humeur. C’est-à-dire que l’on va avoir des périodes de modification nette de l’humeur qui seront probablement plus courtes que chez l’adulte, estimant que cette particularité participe au fait que le diagnostic de trouble bipolaire vient moins à l’esprit des professionnels de santé qui reçoivent ces adolescents.

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Symptômes spécifiques aux phases maniaques

En phase maniaque, jeunes enfants et adolescents peuvent, comme l’adulte atteint de trouble bipolaire, avoir des insomnies sans fatigue, comme s’ils étaient protégés des conséquences de ne pas dormir. Une personne en phase maniaque est anormalement euphorique, énergique, hyperactive ou agressive. Elle est exaltée et conçoit une confiance déraisonnable en elle-même. Elle n’a plus d’inhibition, fait ou dit ce qui lui passe par la tête, sans se soucier des conséquences de ses actes et de ses propos. Elle a une très haute opinion d’elle-même et ne supporte aucune critique. Sa pensée est accélérée. Elle parle beaucoup, suit plusieurs idées à la fois, passe volontiers du coq à l’âne. Elle fourmille de projets souvent incongrus, bouge sans arrêt, ne se sent jamais fatiguée. Elle peut oublier de manger pendant plusieurs jours et dort peu. Ses pulsions sexuelles sont accrues.

L’hypomanie est une forme atténuée d’état maniaque. La personne est très énergique, se comporte impulsivement ou avec imprudence, se querelle fréquemment avec son entourage. Son état lui est agréable et elle nie être malade d’autant plus facilement que ses troubles ne perturbent pas trop sa vie quotidienne.

Symptômes spécifiques aux phases dépressives

Lorsque la phase dépressive se met en place, le découragement s’installe en quelques jours ou en quelques semaines. Plus la phase maniaque a été haute, plus la dépression sera profonde. D’hyperactive, la personne devient indifférente à tout, abattue. Les symptômes sont ceux d’une dépression sévère, tels la tristesse, l’accablement, le ralentissement de la pensée et des mouvements, la fatigue constante, la démotivation, les troubles du sommeil et de l’appétit. Ces manifestations durent deux à trois fois plus longtemps que les phases maniaques, souvent de plusieurs semaines à plusieurs mois. Les idées suicidaires sont fréquentes.

Phases mixtes

Chez certains malades, il existe des phases dites mixtes. Pendant ces périodes, la personne présente simultanément des symptômes de manie et de dépression : agitation, troubles du sommeil et de l’appétit, pensées suicidaires, etc.

Difficultés de diagnostic

Si le trouble bipolaire est si difficile à diagnostiquer, a fortiori dans l’enfance, c’est notamment parce que, pour parler de bipolarité, il faut avoir pu observer une alternance de phase : une phase de dépression, suivie ou précédée d’une phase d’excitation (phase maniaque ou hypomaniaque). Or, lorsque l’on voit un enfant, souvent, voire un adolescent en consultation, on est souvent lors du ou des premiers épisodes, autrement dit, on n’a pas l’historique suffisant pour faire le diagnostic.

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Évidemment, avant 12 ans, le premier diagnostic face à un enfant qui est un peu agité, un peu excité, qui a du mal à maintenir son attention, ça va être le TDAH. Car trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité et trouble bipolaire partagent certains symptômes (on parle de recouvrement symptomatique), et il existe une comorbidité entre les deux : TDAH et trouble bipolaire sont parfois associés. Il faut donc faire un diagnostic différentiel, ce qui n’est pas chose aisée.

On va rechercher des comportements qui peuvent être similaires, mais qui ont un côté épisodique. C’est-à-dire qu’ils vont se calmer, alors que si le TDAH peut fluctuer, il reste globalement relativement stable. Le Pr Bouvard ajoute que le TDAH débute généralement plus tôt, dès le début de l’école élémentaire. Par ailleurs, si l’humeur d’un enfant TDAH peut fluctuer, elle n’atteint pas des degrés aussi forts que dans le trouble bipolaire.

Pendant longtemps, on a confondu trouble bipolaire et trouble de dysrégulation émotionnelle. Ce trouble est caractérisé par des enfants qui font des crises de colère très explosives, dans des situations de frustration ou de surstimulation. Ce sont des enfants qui sont souvent très irritables, qui ont une réaction, une humeur négative très rapide, qui ne supportent pas la moindre remarque, ni la moindre contrainte.

Facteurs de risque et causes possibles

S’il y a bien des facteurs génétiques, transmis par les parents, on parle plutôt de vulnérabilité que d’hérédité. Autrement dit, il n’y a aucune fatalité. Ça n’est pas parce qu’un ou deux parents sont atteints de trouble bipolaire que l’enfant va forcément développer un trouble bipolaire. En revanche, l’enfant est plus à risque de devenir bipolaire s’il a des antécédents familiaux. C’est là que la recherche est importante, pour déterminer quels sont les facteurs environnementaux (stress, mode de vie etc.) qui pourraient expliquer pourquoi un enfant ayant des antécédents familiaux développera, ou non, une bipolarité.

Comme dans de nombreux troubles mentaux, il existe divers facteurs suspectés d’être à l’origine de la maladie bipolaire. En effet, le stress jouerait un rôle dans le développement du trouble bipolaire chez l‘ enfant. Plus précisément, c’est la façon dont le jeune répond à un stress important qui semble déterminante. Ainsi, les petits grandissant dans des situations stressantes paraissent plus enclins à développer la maladie. De plus, un enfant issu d’une famille bipolaire est plus susceptible de développer le trouble également, bien que tous les enfants avec un parent atteint ne soient pas forcément bipolaires. La consommation d’alcool ou de drogues par un jeune en plein développement majore, sans surprise, le risque de développer un trouble bipolaire. Enfin, certaines différences biologiques peuvent augmenter le risque de contracter la maladie.

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Prise en charge et traitements

Pour éviter que les enfants de parents bipolaires ne développent à leur tour ce trouble, il peut être judicieux de les prendre en charge tôt, dès les prémisses, « en leur apprenant par exemple à moins s’exposer à des situations pouvant aggraver une réalité émotionnelle », à moins s’exposer aux situations stressantes.

Plusieurs médicaments thymorégulateurs (régulateurs de l’humeur) peuvent être prescrits et utilisés chez l’enfant et l’adolescent bipolaire, quoiqu’ils n’aient parfois pas été développés ni autorisés dans cette indication. Les médecins peuvent toutefois les prescrire, lorsqu’ils le jugent utile, et en l’absence d’alternative. On parle de prescription hors AMM (autorisation de mise sur le marché). C’est le cas du lithium, mais aussi d’antiépileptiques, utilisés pour leur effet thymorégulateur. En première intention, citons l’acide valproïque (Dépakine) et le divalproate (Dépakote) (ayant tous deux avec d’importantes précautions chez l’adolescente), mais aussi les anticonvulsivants carbamazépine (Tégrétol) et oxcarbazépine (Trileptal), l’antiépileptique lamotrigine (Lamictal)… Dépakine et Dépakote sont le nom commercial de médicaments à l’origine d’un scandale sanitaire du même nom, lié au caractère très tératogène, c’est-à-dire générateur de malformations fœtales de leur principe actif. Ils doivent désormais n’être prescrits que sous conditions chez la femme en âge de procréer, ce qui peut donc inclure les adolescentes. Et lors d’épisodes aigus, de phases maniaques marquées par une forte excitation, le médecin optera plutôt pour des antipsychotiques de seconde génération (avec de molécules telles que la rispéridone, l’aripiprazol, l’olanzapine…). À noter que le traitement médicamenteux doit être adapté et ajusté, notamment en termes de dosage, pour limiter les effets secondaires, telle que l’apathie ou la sédation (l’enfant somnole ou s’endort sous l’effet du médicament), ou encore la prise de poids.

Mais si les médicaments font évidemment partie de la prise en charge des jeunes patients, ils ne font pas tout. La prise en charge consiste aussi à aider l’enfant et ses parents à comprendre et gérer la maladie. Aux parents, on va d’abord tenter de retirer le sentiment de culpabilité. On va leur dire que ça n’est pas de leur faute, même s’il y a des facteurs génétiques. Et puis on va leur expliquer clairement ce qu’est un trouble bipolaire. On va leur expliquer que ça n’est pas que des variations bénignes de l’humeur, mais bien un trouble de l’humeur.

Importance de la psychothérapie

Bien que les médicaments soient souvent un élément clé de la gestion du trouble bipolaire, la psychothérapie ou la thérapie par la parole est également incroyablement bénéfique. La thérapie cognitivo-comportementale peut aider les enfants à comprendre leurs pensées et leurs sentiments, à gérer leur anxiété et à s'adapter aux situations sociales. La psychoéducation, une forme de thérapie qui comprend l’éducation de l’enfant et de sa famille sur le trouble, est un autre élément essentiel du traitement.

Soutien aux familles

Soutenir un enfant atteint de troubles bipolaires implique une approche holistique. Il est primordial que les parents et l’entourage de l’enfant lui fournissent un environnement stable et rassurant afin que le patient se sente en sécurité.

  • Éducation: Obtenez autant d'informations que possible sur ce que vit votre enfant.
  • Communication: Encouragez les conversations ouvertes sur la maladie et ses effets.
  • Soutien professionnel: Travaillez en étroite collaboration avec des professionnels de la santé mentale.
  • Groupes de soutien: Envisagez de vous joindre à des groupes de soutien pour les parents et les familles d'enfants atteints de troubles bipolaires.

Mythes et réalités sur le trouble bipolaire chez l'enfant

Malheureusement, il existe un grand nombre d’informations erronées et de mythes autour de cette maladie, ce qui peut conduire à un mauvais diagnostic, à un traitement inapproprié et à une stigmatisation inutile.

  • Mythe: Le trouble bipolaire n’affecte que les adultes.
    • Réalité: S’il est vrai que le trouble bipolaire chez l’enfant se manifeste souvent à la fin de l’adolescence ou au début de l’âge adulte, les enfants peuvent effectivement souffrir d’un trouble bipolaire. Le trouble bipolaire chez l'enfant peut également se manifester à l'adolescence, une période critique pour le diagnostic et le traitement.
  • Mythe: Le trouble bipolaire n’est qu’une phase passagère ou une simple saute d’humeur.
    • Réalité: Le trouble bipolaire est une maladie mentale chronique, et non une phase passagère ou une saute d’humeur typique. Il fait partie des troubles de l'humeur et se caractérise par des états émotionnels extrêmes qui durent longtemps et affectent considérablement la vie de la personne.
  • Mythe: Le trouble bipolaire est causé par le stress ou des conflits.
    • Réalité: Le trouble bipolaire est une maladie complexe qui n'a pas de cause unique. On pense qu'il résulte d'une combinaison de facteurs génétiques, biochimiques et environnementaux. Si des situations stressantes ou des conflits peuvent déclencher des épisodes, ils ne sont pas à l'origine du trouble.
  • Mythe: Les enfants atteints de trouble bipolaire ne peuvent pas mener une vie épanouie.
    • Réalité: Bien que la gestion du trouble bipolaire puisse être difficile, les enfants qui en sont atteints peuvent mener une vie épanouie s’ils bénéficient d’un traitement et d’un soutien adéquats. Les stabilisateurs de l'humeur font partie des médicaments utilisés pour traiter ce trouble.
  • Mythe: Les sautes d’humeur sont toujours un signe de trouble bipolaire chez les enfants.
    • Réalité: Les enfants, en particulier les adolescents, ont souvent des sautes d’humeur dans le cadre de leur développement normal, en raison des changements hormonaux et d’autres facteurs. Si les sautes d’humeur peuvent être un symptôme de trouble bipolaire, elles n’en sont pas toutes le signe.
  • Mythe: Si un parent est atteint de trouble bipolaire, l’enfant en héritera forcément.
    • Réalité: Bien que le trouble bipolaire ait une composante génétique et puisse être héréditaire, cela ne signifie pas qu'un enfant en héritera à coup sûr si l'un de ses parents en est atteint.
  • Mythe: Les enfants atteints de trouble bipolaire sont simplement difficiles ou manipulateurs.
    • Réalité: Le comportement des enfants atteints de troubles bipolaires peut souvent être interprété à tort comme un défi ou une manipulation. Cependant, ces comportements sont des symptômes de leur maladie et non des actes intentionnels de défiance.
  • Mythe: Les médicaments contre le trouble bipolaire rendent les enfants léthargiques et sans émotions.
    • Réalité: Certains médicaments peuvent provoquer des effets secondaires tels que la léthargie ou l’absence d’émotions, mais ce n’est pas l’effet thérapeutique recherché. Ces effets peuvent également impacter l’estime de soi, surtout en cas d’état de manie où l’euphorie et les idées de grandeur sont présentes. Si un enfant ressent de tels effets secondaires, il est important de consulter un professionnel de la santé afin d’adapter le régime médicamenteux.
  • Mythe: Les médicaments sont le seul traitement nécessaire pour le trouble bipolaire.
    • Réalité: Bien que les médicaments soient souvent un élément clé de la gestion du trouble bipolaire, la psychothérapie ou la thérapie par la parole est également incroyablement bénéfique. La thérapie cognitivo-comportementale peut aider les enfants à comprendre leurs pensées et leurs sentiments, à gérer leur anxiété et à s'adapter aux situations sociales.
  • Mythe: Le trouble bipolaire est une condamnation à vie.
    • Réalité: Le trouble bipolaire est une maladie chronique, mais avec un traitement et des stratégies de gestion efficaces, les personnes qui en sont atteintes peuvent mener une vie indépendante et réussie.

Ressources et soutien

Le Pr Manuel Bouvard, qui déplore l’état de la psychiatrie en France, et a fortiori de la pédopsychiatrie, conseille de se référer en premier lieu au médecin généraliste, avant une prise en charge plus globale et plus poussée auprès d’un psychiatre, idéalement au sein d’une unité pédiatrique.

Il existe plusieurs ressources pour aider les personnes atteintes de trouble bipolaire et leurs familles :

  • Mon Soutien psy: Ce dispositif permet à toute personne, dès l’âge de 3 ans présentant des troubles psychiques d’intensité légère à modérée, de bénéficier de 12 séances d’accompagnement psychologique par an prises en charge par l’Assurance maladie.
  • Numéro national de prévention du suicide 3114: Accessible gratuitement 24h sur 24 et 7 jours sur 7 en tout point du territoire national, il s’adresse aux personnes en souffrance psychique, à leur entourage et aux professionnels qui les accompagnent.
  • Psycom: Cet organisme public d’information sur la santé mentale propose sur son site internet des contenus complets d’information, d’orientation et de sensibilisation sur la santé mentale.
  • ARGOS 2001: Cette association nationale de patients et de proches est au service des personnes et des proches de personnes concernées par un trouble bipolaire.
  • La maison perchée: Cette association non médicalisée est spécialisée pour les jeunes adultes vivant avec un trouble psychique, et basée sur la pair-aidance.
  • Les Clubhouse: Ces lieux accompagnent les personnes concernées par un trouble psychique vers une insertion sociale et professionnelle.
  • PSSM France: Ce programme propose des formations au secourisme en santé mentale, visant à une meilleure connaissance de la santé mentale, des troubles psychiques, de leur repérage et des conduites à tenir en cas de problème ou de crise.

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