Depuis des millénaires, à travers le monde, la musique et la grossesse sont liées. La musique permet de créer un lien précoce entre le bébé et ses parents, tout en apportant des bienfaits à la maman qui vit des bouleversements physiques et psychiques intenses.
Un lien ancestral entre musique et grossesse
Il y a 2000 ans en Chine, on encourageait déjà les femmes à chanter tout au long de leur grossesse pour le bien-être de leur enfant. Au Congo, on conseillait aux femmes enceintes de chanter le même refrain tous les jours pour communiquer avec le bébé. Chez de nombreux tziganes et gitans, c’est le père qui est chargé d’interpréter des chants et des berceuses à l’enfant qui grandit dans le ventre de la mère. Pourquoi ? Pour créer un lien entre le monde extérieur, les parents, et ce petit être qui bientôt viendra au monde.
En France aussi, on recommande souvent aux femmes enceintes d’écouter de la musique, de chanter ou de poser des écouteurs sur leur ventre. Pourquoi ? Pour deux raisons principales.
Les bienfaits de la musique pour la maman
La première raison est pour la maman elle-même. Une musique agréable et bien choisie va déclencher, dans le cerveau, le circuit de la récompense. La zone des émotions est alors activée et tout cela provoque une sensation de bien-être qui va réduire le stress. Voilà donc une bonne raison d’écouter de la musique, sans modération, à un moment aussi intense pour le corps et l’esprit ! Tout ce qui va contribuer à apaiser la mère sera bénéfique au bébé.
Les bienfaits de la musique pour le bébé
La seconde raison est pour le futur bébé. La musique serait un formidable moyen de créer un lien entre lui et le monde environnant. Mais à quel moment de la grossesse le fœtus est-il capable d’entendre ? Et que perçoit-il à travers le liquide amniotique ?
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Développement de l'ouïe fœtale
Dès la 16ᵉ semaine, le système auditif de l’embryon se développe et, à partir de là, il ne cesse de percevoir les stimuli sonores qui l’entourent : battements de cœur, respiration et bruits intestinaux. La voix de la mère est également entendue par le bébé qui, après la naissance, continue d’y réagir de manière positive. L’oreille interne du fœtus complète sa formation pendant la 16ème semaine de gestation. L'ouïe est le sens le plus développé du fœtus. Il a été prouvé que les nourrissons peuvent avoir une mémoire auditive.
Contrairement aux idées reçues, la perception des sons par le fœtus ne se limite pas à l'audition. « Le fœtus est capable de percevoir les sons assez tôt dans la gestation, car les sons ne seront perçus uniquement par l'audition, mais en premier lieu par la peau et le massage des cellules », explique Magali Trassaert. La sensibilité cutanée débute dès la septième semaine de grossesse et atteint l'ensemble du corps du fœtus vers la vingtième semaine. Le système auditif, quant à lui, devient fonctionnel vers le sixième mois. « Les premières réactions du fœtus au bruit s'observent généralement autour des 24ᵉ et 27ᵉ semaines, et il atteint une performance optimale à 32-33 semaines, ce qui correspond à huit mois de grossesse », précise la spécialiste.
Perception sonore in utero
L’environnement intra-utérin est principalement composé de liquide amniotique. « Le son est amplifié dans l'eau. Il va se transmettre plus vite et de manière plus intense. 70 décibels dans l'air deviennent 110 décibels in utero », souligne la psychologue. Le fœtus est particulièrement réceptif aux basses fréquences, qui traversent plus facilement la barrière placentaire et le liquide amniotique. Les voix graves sont ainsi plus facilement perceptibles par le fœtus, de même que la voix de sa mère qui lui parvient non seulement par voie aérienne (extérieure) et par voie osseuse (interne).
Cependant, le fœtus est dans une ambiance plus ou moins insonorisée : les organes maternelles et la paroi abdominale l'isolent des sons. L'intensité sonore qui parvient jusqu'au fœtus est d'environ 30dB, ce qui équivaut au chuchotement, conclut la chercheuse. « C'est comme si le fœtus était entouré de coussins, ou lorsque l'on entend parler dans la chambre d'à coté, et même si on entend, avec la distorsion, on ne discerne pas bien ce qui est dit. De plus, étant donné que la plupart des sons sont très répétitifs, il s’habitue et ne réagit pas face à ceux-ci. Ils ne l'empêchent pas de dormir. Ainsi, nous pouvons dire que l’ambiance sonore de l’utérus est comme le bruit de fond d’une forêt. »
Comment faire écouter de la musique au fœtus ?
Suite à l’étude menée sur les cochons par les deux laboratoires rennais, c’est l’Institut Marques de Barcelone qui s’est penché sur la musique in utero. Les chercheurs voulaient savoir laquelle était la plus appropriée, mais surtout, quelle était la façon la plus efficace de stimuler les fœtus. Ils se sont rendu compte que ce n’était pas par voie abdominale que ceux-ci avaient une réaction significative, mais par voie vaginale. Et là, par magie, les bébés vocalisent ! Ces mouvements de bouche et de langue apparaissent seulement à l’écoute de la musique et non pas de la voix parlée. Il semblerait donc que celle-ci touche d’autres circuits neuronaux que la parole. Cette découverte clinique a mené des experts en gynécologie à créer le dispositif Babypod qui permet de communiquer directement avec le fœtus par voie vaginale.
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Une étude de 2014 de l’Institut Marques à Barcelone sur l’influence de la musique sur le développement embryonnaire a montré une vidéo d'un bébé in utéro, les yeux fermés, blotti dans la pénombre de sa coquille sécurisante, qui chante en entendant le premier mouvement de La petite musique de nuit de Mozart. Les chercheurs ont observé « des mouvements de la bouche et de la langue chez les fœtus à partir de la 16e semaine de la gestation, dont la fréquence augmentait proportionnellement à l’âge du fœtus. » Or il s'agit de mouvements très rares pour un fœtus au repos, très clairement liés à l'audition, précise la chercheuse. « Avec cette étude nous démontrons, en plus, que la seule manière pour que le fœtus entende la musique telle que nous l’écoutons, c’est en l’émettant depuis le vagin de la mère. Si nous émettons de la musique depuis l’extérieur, à travers l’abdomen, le fœtus ne la perçoit pas de la même façon. »
Effets de la voix chantée
Selon Marie-Claire Busnel, dans « L'Aube des sens », la voix chantée provoque des résonances beaucoup plus intenses que la voix parlée et offre des massages sonores à l'ensemble du cerveau, ayant ainsi un impact physique et neurologique puissant. « Des études mettent en évidence que les musiques qui apportent un bien-être ont une fréquence de 432Hz, ce qui correspond à la résonance des éléments naturels comme la terre et l'eau », ajoute la psychologue.
Selon les travaux cités par Magali Trassaert, notamment ceux de Sonia Arenillas Alcon et al. dans un article pour "Developmental Science", « l'exposition prénatale à la musique serait associée à un codage précis de la fréquence de la parole humaine », ce qui pourrait participer à l'acquisition précoce du langage.
La musique stimule également le développement des circuits cérébraux liés à la communication. « La musique entendue par le fœtus incite le bébé à la vocalise. On observe parfois des mouvements de la bouche du fœtus qui essaie de chanter », raconte la psychologue. Ces premières tentatives de vocalisation constituent les prémices du développement du langage.
Le chant prénatal
Le chant prénatal joue un rôle particulier dans l'établissement du lien parent-enfant. « La voix fait lien et instaure un continuum entre l'avant, pendant et après la naissance », explique Magali Trassaert. Cette continuité est particulièrement importante pour le nouveau-né qui arrive dans un environnement totalement nouveau, parfois source d'anxiété.
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Didier Anzieu dans son concept de « l'enveloppe sonore du soi » et du « moi-peau », cité par la psychologue, parle d’un « bain sonore constitué par la voix et l’intonation maternelle qui serait un organisateur du moi et par conséquent de l'image de soi du bébé. » Cette dimension relationnelle s'accompagne d'effets physiologiques mesurables. « Quand on chante, on sécrète différentes hormones : des endorphines, de la dopamine et de l'ocytocine », note la spécialiste. L'ocytocine, en particulier, favorise l'attachement. C’est aussi l’hormone de la maternité, connue pour favoriser le processus d’enfantement.
En parallèle de la construction du lien mère-enfant, le coparent a, lui aussi, un rôle à jouer pour créer une relation avec l’enfant à naître. « La voix du coparent qui chante ou parle à côté du ventre de la femme enceinte, est entendue par le fœtus, ce qui permet de créer un lien in utero », souligne Magali Trassaert.
Quelle musique choisir ?
Les différentes recherches menées s’accordent à dire que le classique est le plus adapté pour stimuler les fœtus. C’est en tout cas le genre auquel ils répondent le plus. L’institut Marques a testé différents styles allant des tambours africains à Dragostea Din Tei du groupe O-Zone qui a sévi dans les années 2000. Les réactions des petites oreilles sont les suivantes :
- 84 % pour le classique ;
- 79 % pour les musiques traditionnelles ;
- 59 % pour le pop-rock.
Trois compositeurs sont en tête des charts : Mozart, Bach et Prokofiev.
PLAYLIST idéale
- Petite musique de nuit de Mozart stimule 9 bébés sur 10.
- Pierre et le Loup de Prokofiev.
- Sonate pour flûte en si mineur (BWV 1030) de Bach récolte plus de 80 % des suffrages.
- Wiegenlied, op. 49 No. 4 de Brahms. LA berceuse par excellence !
- Le Carnaval des Animaux de Camille Saint-Saëns.
Pour rester dans le thème : album In Utero de Nirvana.
En fin de grossesse, les berceuses et mélodies relaxantes sont aussi conseillées. Les effets apaisants de celles-ci combinés aux bienfaits reconnus de la musique in utero après l’accouchement sont le cocktail parfait pour endormir plus facilement nos chères petites têtes blondes.
Pour celles et ceux qui auraient envie de s’aventurer sur les chemins de la pop, deux titres phares des années 70 remportent un franc succès auprès des bébés : Bohemian Rhapsody de Queen et YMCA des Village People ! Aucune explication technique n’existe sur le sujet… Mystère !
Précautions à prendre
Attention ! Bien que les bruits extérieurs soient atténués par la paroi abdominale et le liquide amniotique, il faut prendre soin du système auditif fragile qui se développe sur les deux derniers trimestres de la grossesse. Limitez l’intensité sonore et les fameux décibels. Par exemple, ne posez pas de casque audio ou une enceinte sur le ventre. L’idée n’est pas de rendre bébé sourd ! À ce sujet, un autre effet positif de la musique in utero soulevé par l’Institut Marques est que si l’on observe des réactions du fœtus, on peut écarter un risque de surdité.
Attention à l’exposition prolongée à des sons trop intenses. « Il y a danger quand cela dépasse 135 décibels ou 80 décibels pendant 8 heures », prévient la spécialiste. Elle déconseille qu’un casque ou des haut-parleurs soient en contact direct avec le ventre, ceci pouvant avoir une incidence délétère sur le développement de l’audition du fœtus. On ne met pas d’écouteurs sur notre ventre, bébé perçoit suffisamment la musique ambiante. Si on offre à bébé des jouets musicaux, on préfère les jouets qui permettent de baisser le volume et de varier les sonorités. Quand on va voir un concert, on prévoit de faire garder bébé à la maison. Et on évite de laisser un fond sonore toute la journée (radio, télévision, console de jeu…) car cela empêche bébé de se concentrer et d’échanger avec son entourage. On veille à ce que le niveau sonore ne dépasse pas les 80 décibels pour que bébé puisse profiter pleinement, et sans risques, des bruits qui l’entourent. On évite aussi les bruits très forts et soudains comme les coups de perceuses.
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