L'interruption volontaire de grossesse (IVG), ou avortement, est un droit légal en France depuis 1975. Malgré sa légalisation, l'accès à l'IVG reste un enjeu important, nécessitant une information claire et accessible pour toutes les femmes concernées. Cet article vise à fournir des informations complètes et actualisées sur l'IVG en France, en abordant les délais légaux, les méthodes disponibles, les conditions d'accès, la prise en charge financière, et les aspects spécifiques pour les mineures et les femmes étrangères.

Délais Légaux pour Avorter en France

En France, l’avortement peut être pratiqué jusqu’à la fin de la 14e semaine de grossesse, soit 16 semaines après le 1er jour des dernières règles. Il est crucial d'engager les démarches rapidement dès la prise de décision, car les procédures peuvent prendre du temps. Au-delà de ce délai, il est possible de se rendre à l'étranger, où les délais légaux sont parfois plus longs (22 semaines en Espagne, 24 semaines aux Pays-Bas), mais aucun remboursement des frais ne sera possible. Le Planning Familial peut fournir des informations sur ces solutions.

Qui peut Demander un Avortement ?

Seule la femme concernée peut en faire la demande. Qu’elle soit majeure ou mineure, toute femme enceinte ne souhaitant pas poursuivre une grossesse peut demander à un médecin ou à une sage-femme l’interruption de celle-ci. La décision revient à chacune, il s’agit d’un choix personnel, qui doit être fait sans pression et sans justification. C’est le droit à disposer de son corps. Libre à chacune d’en parler à son entourage, pour se faire accompagner.

Les Méthodes d'IVG

Il existe deux méthodes principales pour réaliser une IVG en France :

  • IVG Médicamenteuse : Cette méthode est possible jusqu’à 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d’aménorrhée (absence de règles). Elle consiste à prendre deux médicaments à des moments différents. Environ 76 % des IVG réalisées en France sont des IVG médicamenteuses.
  • IVG Instrumentale (Chirurgicale) : Cette méthode peut être pratiquée jusqu’à la 14e semaine de grossesse. Elle nécessite une intervention médicale, généralement par aspiration, sous anesthésie locale ou générale.

IVG Médicamenteuse : Étapes et Informations Essentielles

L’IVG médicamenteuse peut être réalisée par un médecin ou une sage-femme, en cabinet de ville, en centre de santé, en établissement de santé, ou même à distance via une téléconsultation. Elle est prise en charge à 100 % par l’Assurance Maladie pour toutes les personnes assurées sociales, ayant-droits ou bénéficiaires de l'Aide Médicale d'État (AME).

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Les étapes de l'IVG médicamenteuse :

  1. Le temps d'information : Un premier temps préalable à la réalisation de l'IVG a lieu avec votre médecin ou dans un cabinet de ville, en centre de santé, en établissement de santé, dans un (ancien centre de planification et d'éducation familial) et peut être réalisé à distance (téléconsultation). Au cours de ce premier temps, votre médecin ou sage-femme : vous informe sur les deux méthodes d’IVG (médicamenteuse ou instrumentale) et vous remet un dossier-guide ; vous propose de réaliser un entretien psychosocial (uniquement obligatoire pour les mineures) ;doit vous orienter vers un autre professionnel de santé s’il ne pratique pas lui-même l’IVG. Dans ce cas, il vous remet une attestation prouvant que vous vous êtes conformée aux étapes préalables à une IVG.
  2. Le recueil du consentement : Lors de ce second temps, vous choisissez la méthode d’IVG qui convient le mieux à votre situation personnelle et confirmez votre choix par un écrit. Il s’agit également d’un moment privilégié avec votre médecin ou sage-femme :- pour décider de la méthode contraceptive à mettre en place après l’IVG si nécessaire ;- pour vous faire prescrire, si tel est votre choix, un des infections sexuellement transmissibles, dont l’ par le VIH, ainsi qu’un dépistage du cancer du col de l’ (à partir de 25 ans). Si vous avez choisi la méthode médicamenteuse, vous pouvez choisir de prendre les médicaments en présence du professionnel de santé ou à domicile. Si vous souhaitez réaliser l’IVG à domicile, le professionnel de santé vous remet les médicaments ainsi qu’un mémo pratique dans lequel vous retrouverez toutes les informations utiles concernant la procédure. Si vous avez fait le choix de la téléconsultation, vous devrez récupérer les médicaments en pharmacie. La prescription sera transmise par le médecin ou la sage-femme à la pharmacie de votre choix après vérification de la disponibilité des médicaments.
  3. Prise du premier médicament (mifépristone) : Ce médicament bloque l’action de l’hormone nécessaire au maintien de la grossesse (la progestérone), favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin. Il est pris soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation. Dès cette première étape, vous pouvez avoir des saignements et des douleurs plus ou moins importants, mais la plupart du temps les commencent après la prise du 2e médicament. Les saignements ne sont pas le signe que la grossesse est arrêtée. Il est donc indispensable de prendre le 2e médicament.
  4. Prise du second médicament (misoprostol) : Elle a lieu dans un délai de 24 à 48 heures après la prise du premier médicament. Ce médicament est pris soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation, soit au cours d’une courte hospitalisation. Il augmente les contractions et provoque l’IVG. Les contractions utérines provoquent des douleurs qui ressemblent à celles des règles, parfois plus fortes (douleurs pelviennes), mais qui peuvent être réduites grâce à la prescription d’anti-douleurs. Les saignements souvent assez abondants qui accompagnent l’interruption de la grossesse arrivent parfois très vite après la prise du misoprostol, parfois plus tard.
  5. Visite de contrôle : 14 à 21 jours après la première prise de médicament, vous devez réaliser une visite de contrôle afin de s’assurer que la grossesse est bien interrompue et qu’il n’y a pas de complications. Lors de cette visite, votre médecin ou sage-femme : confirme que la grossesse est bien interrompue grâce à un examen médical et/ou une échographie ou un examen sanguin ; vérifie l’absence de complications liées à l’IVG médicamenteuse ; évoque si nécessaire les moyens contraceptifs les plus adaptés à votre situation.

Rôle et effets des médicaments :

  • Mifépristone : bloque l’action de l’hormone (la progestérone) et arrête la grossesse ; favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin ; provoque des saignements plus ou moins importants.
  • Misoprostol : augmente les contractions ; déclenche l’expulsion de l’œuf ; provoque des contractions utérines plus ou moins douloureuses qui ressemblent à celles des règles ou plus intenses. Ces douleurs sont atténuées par un antalgique ; peut occasionner certains effets secondaires : nausées, vomissements, diarrhées ; entraîne des saignements, quelques heures après ou plus tardivement. Ces saignements durent généralement une dizaine de jours, ils s’arrêtent d’eux-mêmes. Ils sont très importants le jour de la prise du comprimé mais diminuent ensuite.

Important : L’expulsion de l’œuf se fait dans les 4 heures suivant la prise du deuxième comprimé dans 60 % des cas. Dans 40 % des cas, l'expulsion a lieu dans les 24 à 72 heures.

IVG Instrumentale : Déroulement et Précautions

La méthode chirurgicale ou instrumentale se pratique jusqu’à la 14ème semaine de grossesse soit 16 semaines d’aménorrhée. Cette intervention, nécessite une anesthésie locale ou générale, selon ta situation médicale et ton choix. Tu resteras donc quelques heures (une demie journée environ) à l’hôpital ou à la clinique. Une consultation de contrôle te sera proposée 15 jours après pour voir si tout s’est bien passé. Cette consultation sera aussi le moment de faire le point sur ta contraception.

En cas d’échec de l’IVG médicamenteuse

En cas d’échec de l’IVG (si la grossesse se poursuit), le médecin, ou la sage-femme, vous oriente vers l’IVG instrumentale.

Accès à l'IVG pour les Mineures

Les femmes mineures peuvent recourir à une interruption volontaire de grossesse, avec ou sans le consentement de leurs parents. La loi permet à toute femme enceinte, y compris mineure, qui ne veut pas poursuivre une grossesse de demander à un médecin ou une sage-femme son interruption. Une jeune femme qui souhaite recourir à une IVG sans le consentement de ses parents doit se faire accompagner dans sa démarche par une personne majeure de son choix (membre de la famille, ami…). Les mineures n’ont pas besoin d’une autorisation parentale pour avorter, mais elles doivent être accompagnées d’une personne majeure de leur choix. Si vous êtes mineure et que vous en faites la demande, vous pourrez bénéficier de l’anonymat total pour pratiquer un avortement et ce, quel que soit le lieu de réalisation de l’IVG que vous aurez choisi.

Les obligations pour les mineures :

  • Un entretien préalable avec un.e conseillère conjugale et familiale ou un.e psychologue, pour s’assurer que tu as toutes les informations nécessaires et que tu peux prendre ta décision librement. On te donnera une attestation, indispensable pour pouvoir accéder à l’IVG.
  • Être accompagné.e par une personne majeure : ami.e, membre de la famille, un adulte de confiance de ton établissement scolaire… Si personne de ton entourage ne peut t’y accompagner, contacte le Planning Familial le plus proche, des bénévoles peuvent t’accompagner !
  • Une consultation psycho-sociale préalable à l’IVG qui est obligatoire pour toutes jeunes femmes mineures. Elle vise les mêmes objectifs que pour la femme majeure (assistance sur le plan social, écoute, soutien psychologique, informations et conseils).
  • Le médecin ou la sage-femme reçoit la jeune fille seule pour s’assurer que sa décision n’a pas été prise sous la contrainte.

Accès à l'IVG pour les Femmes Étrangères

Toutes les femmes qui le souhaitent peuvent bénéficier d’une IVG, en France. Il n’est pas nécessaire d’avoir la nationalité française. La prise en charge à 100% est valable pour les femmes bénéficiaires de l'aide médicale de l'État (AME). Pour les femmes résidant en France en situation irrégulière, non admise à l'AME, il existe une prise en charge des soins urgents (dont fait partie l’IVG) à l'hôpital (hospitalisation ou consultation en établissement de santé).

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Prise en Charge Financière de l'IVG

L’IVG, et tous les actes qui lui sont associés (consultations, prises de sang, échographies…), est prise en charge à 100% par l’Assurance maladie quelle que soit la méthode (médicamenteuse ou instrumentale), avec dispense totale d’avance de frais pour :

  • toutes les femmes assurées sociales ;
  • les mineures qui sont ayant-droit d'un assuré social ou d'une assurée sociale ;
  • les femmes bénéficiaires de l'aide médicale de l'État (AME).

Confidentialité et Anonymat

Dans tous les cas, la prise en charge de l'IVG est protégée par le secret. Cela signifie que ni l'acte d'IVG, ni les actes associés ne figurent sur le décompte de remboursement de la sécurité sociale afin de préserver la confidentialité vis à vis de l'entourage. Sur demande, l'IVG peut également être réalisée de manière anonyme. Un véritable anonymat est garanti pour les jeunes femmes mineures qui le demandent et cela quel que soit le lieu de réalisation de l’IVG.

Contre-indications à l'IVG

Le professionnel de santé que vous consultez pour l’IVG évaluera si vous présentez des contre-indications lors de la première consultation pour vous proposer la méthode d’IVG adaptée à votre situation. La méthode médicamenteuse est contre-indiquée si on a diagnostiqué une grossesse extra-utérine (situation dans laquelle la grossesse se développe en dehors de l’utérus, par exemple dans une trompe). D’autres situations peuvent contre-indiquer cette méthode : les femmes présentant une allergie à l’un des deux médicaments utilisés, les femmes souffrant d’insuffisance rénale chronique ou de porphyrie héréditaire. Il n’existe pas de contre-indication à l’IVG instrumentale en tant que telle, seule l’allergie aux produits d’anesthésie peut constituer une contre-indication.

Grossesse Extra-Utérine (GEU)

Si une GEU est diagnostiquée, la prise en charge n’est pas la même qu’une IVG. Le traitement repose soit sur un médicament spécifique, soit sur une intervention chirurgicale. L’objectif est de traiter cette situation à risque tout en préservant vos chances de grossesse dans le futur.

Aspects Psychologiques et Soutien

En France, près de 40% des femmes auront recours à l’IVG au moins une fois dans leur vie. Il est important de noter que les réactions psychologiques à une IVG sont variables. Certaines femmes peuvent éprouver des difficultés psychologiques, tandis que d'autres peuvent au contraire se sentir bien et soulagées. Cela dépend de chaque personne et de la manière dont la décision a été prise, le soutien qu’on a reçu, etc. Un entretien avec une conseillère conjugale et familiale (CCF) ou une assistante sociale (AS) te sera proposé. Cette rencontre pourra te permettre, si tu le souhaites, de parler librement avec un professionnel. Il sera là pour t’écouter et te soutenir dans ta décision. Il te donnera également des informations sur les possibilités qui s’offrent à toi.

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Combien de fois maximum est-il possible d'avorter ?

Il n'y a pas de nombre légal d'avortement maximum à ne pas dépasser. Il est possible d’avoir plusieurs fois recours à l’interruption volontaire de grossesse au cours de sa vie. L’IVG, même répétée, n’augmente pas le risque d’infertilité ultérieure ni de complications lors d’une grossesse future.

Après l'IVG

Un moyen de contraception (pilule, patch, implant, stérilet…) va t’être prescrit. Tu devras le prendre immédiatement après l’I.V.G. pour éviter de retomber enceinte. Pour les mineures, l’autorisation parentale pour recevoir cette contraception n’est pas obligatoire. Tu auras un rendez-vous pour une dernière consultation médicale, 15 à 21 jours après l’I.V.G afin de s’assurer que tout va bien. Tu as la possibilité de revoir la conseillère conjugale et familiale, l’assistante sociale ou le psy pour évoquer l’I.V.G. et être écoutée si tu en ressens l’envie.

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