Allaiter un enfant tout en étant enceinte est une situation de plus en plus fréquente. De nombreuses femmes se posent des questions sur la compatibilité de ces deux états et sur les éventuels risques pour l'enfant allaité, le fœtus et leur propre santé. Cet article vise à répondre à ces interrogations en fournissant des informations claires et structurées, basées sur des témoignages, des conseils d'experts et des recommandations des autorités sanitaires.
Allaitement et grossesse : est-ce compatible ?
Les autorités sanitaires sont claires : si la grossesse se déroule normalement, allaiter l'aîné ne présente pas de risques pour le futur bébé, ni pour l'enfant allaité, ni pour la mère. Allaiter retarde spontanément le retour de couches et possède un effet contraceptif, mais cela ne vous exempte pas à 100 % d’une potentielle grossesse ! Tomber enceinte alors qu’on allaite encore, ça peut arriver. Il est donc tout à fait possible d'allaiter pendant la grossesse, mais il est important de prendre certaines précautions et d'être attentif aux changements qui peuvent survenir.
Les changements liés à la grossesse pendant l'allaitement
Plusieurs changements peuvent se produire lorsque vous êtes enceinte et que vous continuez à allaiter :
Diminution de la production de lait
Dès le début de la grossesse, la production de lait tend à diminuer. La nouvelle grossesse va modifier le terrain hormonal. La lactation ne va donc pas réagir de la même façon, et des changements vont s’opérer. Cela est dû aux hormones de grossesse qui affectent la lactation. Si l'enfant allaité a plus de 6 mois et qu'il a commencé à diversifier son alimentation, cette diminution peut ne pas poser de problème. Cependant, si l'enfant a moins de 6 mois et qu'il se nourrit exclusivement de lait maternel, il faudra envisager de compléter avec du lait artificiel.
Modification du goût et de la composition du lait
Le « lait mature » va progressivement changer de composition pour redevenir du colostrum et ainsi combler les besoins de votre futur bébé. La grossesse peut affecter la production de lait et la composition du lait maternel en raison des changements hormonaux qui se produisent durant cette période. Le lait peut devenir plus salé et plus concentré. L’aspect et le goût de votre lait vont alors se modifier. En fin de grossesse, la lactation se modifie encore : le colostrum (premier lait particulièrement riche en anticorps, présent durant les jours qui suivent la naissance) (ré)apparaît. De couleur jaunâtre, ce type de lait joue un rôle anti-infectieux et facilite la croissance des organes de votre nouveau-né lors de ses premiers jours de vie.
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Pour certains enfants, ce changement sera rédhibitoire et entraînera un sevrage naturel. En revanche, si le vôtre souhaite continuer les tétées, sachez que les nutriments présents dans le colostrum répondront à ses besoins. Le colostrum est diurétique et peut engendrer des selles plus molles chez votre enfant allaité.
Sensibilité des mamelons
Les hormones de grossesse peuvent rendre les mamelons et les seins plus sensibles, ce qui peut rendre l'allaitement plus inconfortable. En effet, les hormones de grossesse, en particulier l'œstrogène et la progestérone, sont à leur plus haut niveau pendant la grossesse et affectent la croissance des glandes mammaires. Ces hormones peuvent également entraîner une augmentation de la circulation sanguine dans les seins, ce qui peut rendre les mamelons plus sensibles et plus douloureux lors de l’allaitement. Pour soulager cette douleur, optez pour des vêtements amples et confortables et utilisez des coussinets d'allaitement.
Contractions utérines
Lorsque vous allaitez, votre cerveau sécrète une hormone naturelle : l’ocytocine. Celle qu’on appelle aussi « l’hormone du bonheur » va jouer un rôle important tout au long de votre grossesse, ainsi que lors de votre accouchement. On pourrait donc penser qu’allaiter tend à provoquer des contractions, entraînant ainsi la perte de votre bébé ou sa naissance prématurée. Mais ceci est un raccourci. En effet, l’ocytocine n’est pas sécrétée en quantité suffisante pour déclencher le travail.
Fatigue
Allaiter est énergivore. Produire du lait demande beaucoup d’énergie. Allaiter et être enceinte en même temps est exigeant pour votre corps. Lorsque que vous êtes enceinte et que vous allaitez en même temps, votre corps travaille deux fois plus dur pour nourrir votre premier enfant. Donc il est tout à fait normal de se sentir fatigué car les demandes de nourrir un nouveau-né et de porter un bébé à terme peuvent être écrasantes.
Les risques potentiels
Bien que l'allaitement pendant la grossesse soit généralement considéré comme sûr, il existe quelques risques potentiels à prendre en compte :
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Risque de fausse couche
La fausse couche est un événement très fréquent, se produisant chez environ 10 à 20% des femmes enceintes. Les causes courantes comprennent des anomalies chromosomiques, des problèmes hormonaux ou des anomalies de l'utérus. L'allaitement ne figure pas sur la liste des causes de fausse couche. Bien que l'allaitement n'ait pas été lié directement à une augmentation du risque de fausse couche, selon les études menées par les chercheurs, il est important de prendre soin de votre santé et de votre nutrition pour assurer une grossesse saine et un bébé en bonne santé.
Risque de naissance prématurée
L'ocytocine, l'hormone libérée pendant l'allaitement, peut provoquer des contractions utérines. Cependant, ces contractions ne sont généralement pas suffisantes pour déclencher un accouchement prématuré.
Insuffisance de prise de poids du fœtus
Il est vrai qu’allaiter est énergivore. La question se pose : le fait d’allaiter pendant la grossesse pourrait-il limiter les ressources disponibles pour le fœtus ? Si votre alimentation est correcte et que vous êtes bien nourrie et en bonne quantité, la croissance de bébé ne sera pas impactée.
Comment gérer l'allaitement pendant la grossesse ?
Si vous choisissez d'allaiter pendant votre grossesse, voici quelques conseils pour gérer au mieux cette situation :
Adopter une alimentation saine et équilibrée
Essayez également d’adopter une alimentation variée et saine, pouvant subvenir à tous vos besoins en fer, en protéines, en vitamines et en minéraux. Mangez des protéines, des légumes verts, des fruits et des produits laitiers, ils sont particulièrement bénéfiques pour votre santé et celle de votre bébé. Évitez les aliments gras, sucrés et transformés. Assurez-vous de bien vous hydrater et de bien vous nourrir pour soutenir la croissance de votre bébé. L'ajout de calories supplémentaires et de suppléments vitaminiques peut vous être utile.
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Se reposer suffisamment
Pour gérer cette fatigue, essayez de dormir autant que possible et de vous reposer lorsque vous le pouvez. Si vous avez besoin d’aide avec les tâches ménagères ou la garde de votre enfant, faites appel à un ami ou à un membre de la famille pour vous donner le temps de récupérer.
Adapter les positions d'allaitement
Évitez les positions d'allaitement qui peuvent mettre une pression sur votre abdomen, comme la position allongée sur le ventre ou la position assise avec votre bébé sur vos genoux.
Être à l'écoute de son corps et de son enfant
Lors de votre grossesse, bébé peut ressentir les changements chez vous. Cela peut lui provoquer des perturbations et ainsi augmenter la fréquence de l’allaitement en vous collant davantage. Si vous allaitez en même temps que vous êtes enceinte, votre enfant peut remarquer une baisse dans la quantité et la qualité du lait produite. Votre enfant est devenu moins intéressé par le goût du lait et par conséquent, tète moins souvent que d’habitude. C’est souvent cette raison qui peut mener à un sevrage naturel impulsé par votre enfant. Il est important d'être attentive aux signaux de votre corps et de votre enfant. Si vous ressentez de la douleur, de la fatigue ou du stress, il est peut-être temps de réduire ou d'arrêter l'allaitement. Si votre enfant montre des signes de désintérêt pour le lait maternel, il est peut-être temps de commencer le sevrage.
Se faire accompagner par des professionnels de santé
En cas de questionnement ou d’inquiétude, nous vous conseillons de vous rapprocher de votre sage-femme ou de votre médecin. Ceux-ci s’assureront que vos besoins nutritionnels sont bien remplis.
Le sevrage pendant la grossesse
Vous pouvez aussi décider de sevrer votre enfant. Dans ce cas, l’écoute de votre enfant est nécessaire pour que le sevrage soit harmonieux. Pour votre confort, il est conseillé de procéder au sevrage de manière graduelle. Vous pouvez prévoir environ 4 semaines pour un sevrage complet. L’important est de ne pas éliminer 2 tétées consécutives. Le choix de sevrer pendant la grossesse dépend de vos préférences, des besoins nutritionnels et de l’âge de votre enfant. Si votre aîné a plus de six mois, il pourrait être plus facile de le sevrer. Mais si vous décidez de le sevrer en raison d’une nouvelle grossesse, il est recommandé de le faire doucement en commençant par réduire progressivement le nombre de tétées.
Le co-allaitement
Il est tout à fait possible d'allaiter deux enfants d'âges différents en même temps. Cette pratique s’appelle l'allaitement en tandem. Une solution pratique si vous avez deux enfants d'âges différents et que votre premier enfant ne veut pas arrêter de téter ou a encore besoin de la nutrition fournie par le lait maternel.
Témoignages
De nombreux témoignages de mères ayant allaité pendant leur grossesse montrent que cette expérience peut être vécue de manière positive. Cependant, il est important de prendre en compte les spécificités de chaque situation et d'adapter les pratiques d'allaitement en conséquence.
Amélie, maman de trois enfants, a co-allaité ses deux filles ensemble et allaite actuellement ses deux plus jeunes. Elle témoigne de l'importance d'être à l'écoute des besoins de chaque enfant et d'adapter le rythme des tétées en fonction de leurs besoins.
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