L'histoire de Paris est marquée par une succession d'enceintes, chacune témoignant des enjeux politiques, économiques et sociaux de son époque. Parmi celles-ci, l'enceinte des Fermiers Généraux, construite à la veille de la Révolution française, se distingue par sa vocation non pas défensive, mais fiscale. Cet article explore l'histoire de cette enceinte, son architecture distinctive, et son impact sur le développement de Paris.
Contexte Historique : La Ferme Générale et l'Octroi
La Ferme Générale, créée par Colbert en 1680 sous le règne de Louis XIV, était une compagnie chargée de collecter les impôts indirects pour le compte du roi. Les Fermiers Généraux, de riches notables issus de la bourgeoisie, avançaient une somme d'argent importante au roi et se remboursaient en prélevant les taxes sur les marchandises entrant dans Paris, notamment l'octroi. L'octroi était une taxe perçue sur les marchandises entrant dans la ville, à la différence du péage, qui est un droit perçu sur le passage de personnes.
Au fil du XVIIIe siècle, la Ferme Générale est restée soumise à la taille, et la pression fiscale s'est accrue, suscitant un mécontentement croissant parmi la population. La fraude était monstrueuse, avec des contrebandiers rivalisant d'ingéniosité pour faire entrer des marchandises sans payer l'octroi.
La Genèse de l'Enceinte : Un Mur Fiscal
Face à la fraude généralisée et au déficit croissant de l'État, Lavoisier, le célèbre chimiste et Fermier Général, propose en 1784 au Contrôleur Général des Finances, Loménie de Brienne, de construire un mur d'enceinte autour de Paris. L'objectif n'est pas de défendre la ville, mais de contrôler et de taxer les marchandises qui y entrent, afin de lutter contre la contrebande et d'augmenter les recettes fiscales.
Le roi Louis XVI donne son accord, et les travaux débutent en 1784 sous la direction de l'architecte Claude-Nicolas Ledoux. Le tracé est arrêté début 1785, et la Ferme confie la construction des barrières à son architecte Claude-Nicolas Ledoux. L'enceinte est inaugurée le 19 juin 1790.
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Architecture : Les Propylées de Paris
Claude-Nicolas Ledoux conçoit un ensemble de 55 barrières (47 barrières selon autres données) ou portes monumentales, toutes flanquées de leur bureau d'octroi, percées dans le mur de 24 kilomètres de long. Ces bâtiments, de formes et de tailles variées, sont conçus dans un style néoclassique très marqué, utilisant largement des colonnes, des frontons et des arcades.
Ledoux nomme ces barrières les « Propylées de Paris », en référence aux portes monumentales de l'Antiquité grecque. Il souhaite ainsi magnifier l'entrée dans la capitale et impressionner les voyageurs. Les barrières d’octroi du Mur des fermiers Généraux sont de forme cubiques ou cylindriques, flanquées de péristyles à colonnes composées de cylindres et de carrés superposés. Tous ceux qui entraient dans Paris devaient être saisis par leur beauté et leur puissance tout comme les hommes de l’antiquité entrant par les propylées d’Athènes devaient être émus par la beauté de l’Acropole. Son projet « dévillager une peuplade de huit cent mille habitants ».
La barrière du Trône (actuelle place de la Nation) est l'une des plus emblématiques. Elle est composée de deux pavillons carrés et de deux colonnes doriques hautes de 30 mètres. En 1841, sous le règne de Louis-Philippe, les statues de Philippe Auguste et de Saint-Louis sont ajoutées au sommet des colonnes.
Impopularité et Démolition
Le mur des Fermiers Généraux est rapidement impopulaire auprès des Parisiens. Il est perçu comme un symbole de l'oppression fiscale et de l'enrichissement des Fermiers Généraux. Beaumarchais le dénonce dans un vers célèbre : « Le mur murant Paris rend Paris murmurant ». Louis-Sébastien Mercier stigmatise « les antres du fisc métamorphosés en palais à colonnes ».
Dès le 12 et le 13 juillet 1789, des insurgés font des brèches dans le mur et incendient quelques barrières, en s’attaquant aux barrières parisiennes de l’octroi en juillet 1789, le peuple de Paris détériore le mur des Fermiers généraux, montrant son intention de supprimer les impôts aux portes de la ville. Plus qu’une émeute sans lendemain, il s’agit aussi pour la population d’affirmer qu’elle prend une place importante, ignorée jusque-là. L’assaut aux barrières est mené conjointement par le peuple et les principaux fraudeurs. En insistant sur la chute de la Bastille, les historiens n’ont-ils pas occulté l’importance de l’incendie des barrières qui, pourtant, permet que la forteresse soit prise ?
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En mars 1791, l'Assemblée législative vote la suppression des droits d'entrée aux barrières de Paris. Le 1er mai 1791, on abolit le mur et ses droits d’entrée. Toutefois, en 1798, les députés du Directoire rétablissent un octroi municipal afin de pourvoir aux dépenses de la Ville de Paris et au soutien des Hospices et des secours à domicile. Les travaux des murailles reprennent, le mur est consolidé et la perception des droits renforcée.
Après la construction de l'enceinte de Thiers entre 1841 et 1844, le mur des Fermiers Généraux devient inutile. Il est finalement démoli dans les années 1860, lors de l'annexion des communes limitrophes à Paris.
Vestiges et Héritage
Aujourd'hui, il ne reste que quelques vestiges de l'enceinte des Fermiers Généraux :
- Les deux pavillons de la place Denfert-Rochereau, conçus par Ledoux en 1787.
- Les deux colonnes de la place de la Nation.
- La rotonde de la Villette.
- La barrière de Monceau.
Le tracé de l'ancien mur est aujourd'hui suivi par les boulevards de ceinture (notamment les lignes 2 et 6 du métro aérien), qui marquent la limite entre les arrondissements centraux de Paris et les arrondissements extérieurs.
L'enceinte des Fermiers Généraux a laissé une empreinte durable sur le paysage urbain de Paris. Elle a contribué à structurer la ville et à influencer son développement économique et social. Elle témoigne également d'une période de tensions fiscales et de contestation politique qui a précédé la Révolution française.
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Exemples de Barrières et Leur Environnement
La Barrière de Chartres
La barrière de Chartres, située au niveau du parc Monceau, était une exception : elle ne percevait pas l'octroi. Œuvre de Ledoux, c’était plutôt un bureau d’observation sur la plaine, au-delà du mur, du fossé : bâtisse cylindrique, comme le Tempietto de Bramante, entourée d’un péristyle de 16 colonnes. Le duc de Chartres s’était réservé la terrasse pour observer le paysage alentour emporté par le goût de la nature et de la campagne. Elle permettait d'accéder au parc Monceau, un lieu de promenade prisé des Parisiens.
La Barrière de Monceau
La barrière de Monceau, quant à elle, était un bâtiment d'octroi massif, destiné à montrer la puissance de Paris. Le projet de Ledoux de montrer la puissance de Paris s’exprime ici pleinement. Un chemin passe entre deux petites guérites en pierre. L’octroi est un bâtiment quadrangulaire longé par un péristyle de quatre colonnes à l’entrée. C’est là que se trouve l’administration qui gère les taxes. Sur l’aquarelle de Palaiseau de 1809, un homme s’en acquitte. Au pied de la colonnade, un gardien fatigué surveille les entrées et les sorties de deux femmes. Juste au-delà du mur, la campagne, traversée par un chemin qui mène à Paris.
La Barrière de Clichy
La barrière de Clichy, située à l'extérieur du mur, était un bâtiment quadrangulaire austère, longé par deux péristyles à six colonnes. Passer la barrière de Clichy,Au-delà de la barrière de Clichy, à l’extérieur, dans le prolongement de la rue de Clichy, la Grande rue des Batignolles, les artisans ont installé leurs ateliers. Ils furent nombreux à s’installer dans une zone affranchie de droits d’octroi, profitant des produits venus de l’extérieur, moins chers et utiles à leur activité. On dit que s’établirent des Allemands, ébénistes et facteurs d’instruments de musique.
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