L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est une décision complexe, et elle l'est d'autant plus dans le contexte d'une grossesse gémellaire. Cet article vise à explorer les différentes facettes de cette situation, en abordant les aspects médicaux, éthiques, légaux et psychologiques.

Réduction Embryonnaire : Définition et Contexte

La réduction embryonnaire, également appelée interruption sélective de grossesse (ISG), est une forme d'interruption de grossesse qui se pratique lors d'une grossesse multiple. Le gynécologue-obstétricien Dr Brami* la qualifie de "volontaire et médicale". Elle consiste à arrêter le développement d'un ou plusieurs fœtus tout en préservant la gestation des autres.

Cette procédure est envisagée principalement dans deux situations :

  • Grossesses multiples de haut rang : Lorsque, suite à une fécondation in vitro (FIV), trois embryons ou plus se sont implantés et développés. Le risque de prématurité est alors très élevé (estimé à 90 % pour les triplés), et les difficultés socio-économiques et psychologiques peuvent être importantes.
  • Grossesse gémellaire avec complications : Bien que plus rare, la réduction embryonnaire peut être envisagée en cas de malformation utérine ou de pathologie maternelle, augmentant les risques de fausse couche ou d'accouchement prématuré. Elle peut également être réalisée quand une anomalie morphologique ou une anomalie chromosomique grave a été diagnostiquée chez l'un des deux embryons.

Aspects Légaux et Éthiques en France

Avant le 2 août 2021, aucune loi n’encadrait la réduction embryonnaire. Désormais, les contours de ce geste médical sont définis par la loi de bioéthique de 2021.

Avant 12 semaines de grossesse :

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  • La loi de bioéthique du 2 août 2021 soumet désormais l’accès à la réduction embryonnaire à des conditions d’ordre médical. Elle ne peut être pratiquée que lorsque la poursuite de la grossesse multiple « met en péril la santé de la femme, des embryons ou des fœtus ».
  • Cette procédure est soumise à l'autorisation de deux médecins, après avis consultatif d'une équipe pluridisciplinaire issue d'un CPDPN (Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal).
  • Les caractéristiques des embryons, notamment leur sexe, ne peuvent être prises en compte pour la sélection.

Après 12 semaines de grossesse :

  • La réduction embryonnaire est autorisée si elle est motivée par un péril pour la santé de la femme ou par un risque de pathologie grave affectant un ou plusieurs fœtus.

Déroulement de la Procédure

La réduction embryonnaire a lieu au premier trimestre de la grossesse, généralement entre la 7ème et la 9ème semaine de grossesse, mais peut être effectuée jusqu'à 12 SA. Elle se déroule sous anesthésie générale et sous contrôle échographique.

La technique utilisée consiste à sélectionner une poche ovulaire et embryonnaire, puis à injecter, à l'aide d'une aiguille, un produit toxique pour l'activité cardiaque de l'embryon. Contrairement à une IVG par aspiration, le sac ovulaire n'est pas détruit mais se résorbe naturellement.

Il existe deux techniques principales :

  • Voie transabdominale : Une aiguille est introduite à travers l'abdomen de la mère jusqu'au thorax de l'embryon, où des produits létaux sont injectés.
  • Voie transvaginale : Une aiguille est introduite par le vagin, guidée par une sonde échographique endovaginale.

Dans le cas d'un foeticide sélectif, la technique va dépendre de la chorionicité, c'est-à-dire de s'il y a un ou deux placentas. "S'il n'y a qu'un seul placenta, on ne peut pas injecter un produit à l'un car cela passerait à l'autre. Lorsqu'il y a deux placentas (grossesse bichoriale), le médecin fait une injection intracardiaque de lidocaïne, le but étant d'arrêter le cœur. Quand il s'agit d'une grossesse monochoriale, le médecin va coaguler le cordon ombilical.

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Risques et Complications

La réduction embryonnaire n'est pas sans risque. Le principal risque est celui de fausse couche des autres embryons, estimé entre 5 et 10 % des cas. Cela peut être dû à des contractions ou à une hémorragie causées par la traversée du muscle utérin.

D'autres complications possibles incluent :

  • Rupture prématurée des membranes
  • Infection (chorioamniotite)

Il est important de noter que le risque de perte fœtale est plus important dans les grossesses monochoriales.

Impact Psychologique

La réduction embryonnaire est une expérience difficile à vivre pour les parents. Il est recommandé de bénéficier d'un accompagnement psychologique pour faire face aux sentiments complexes qui peuvent émerger :

  • Culpabilité
  • Deuil
  • Soulagement
  • Anxiété

L'équipe médicale doit apporter un soutien constant et aider le couple à prendre une décision éclairée, en tenant compte de leurs valeurs et de leur situation personnelle.

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IVG Médicamenteuse et Grossesse Gémellaire : Témoignages et Perspectives

Plusieurs témoignages en ligne illustrent la complexité de la décision d'IVG dans le contexte d'une grossesse gémellaire. Une femme de 22 ans, enceinte de jumeaux, explique avoir pris une décision réfléchie avec son compagnon de ne pas poursuivre la grossesse en raison de leur situation personnelle : sans emploi, vivant chez leurs parents, et confrontés à des difficultés familiales.

Elle exprime sa crainte de ne jamais pouvoir retomber enceinte de jumeaux, un rêve qu'elle partage avec son compagnon. Elle s'interroge sur l'impact de l'IVG sur sa fertilité future et sur ses chances de concevoir à nouveau des jumeaux.

D'autres femmes partagent des expériences similaires, soulignant la difficulté de renoncer à une grossesse gémellaire, mais aussi la conviction de prendre la meilleure décision pour l'avenir de leurs enfants.

Fertilité Future et Grossesses Gémellaires Répétées

Une question fréquente est celle de l'impact d'une IVG sur la fertilité future et sur la possibilité d'avoir à nouveau une grossesse gémellaire. Les professionnels de santé se veulent rassurants : l'IVG n'empêche pas les grossesses futures.

Les grossesses gémellaires sont la résultante de deux scénarios :

  • Faux jumeaux (dizygotes) : Double ovulation, avec fécondation et implantation de deux ovules distincts. La sage femme a dit à la patiente qu'il est probable qu'elle fasse fréquemment de double ovulation.
  • Vrais jumeaux (monozygotes) : Fécondation d'un seul ovule, qui se divise ensuite en deux embryons.

Dans les deux cas, l'IVG n'a pas d'impact direct sur ces mécanismes. Il est donc impossible de prévoir si une femme aura de nouveau des jumeaux ou pas. Cependant, il est bien sûr possible d'avoir plusieurs grossesses gémellaires au cours de sa vie, et une IVG antérieure ne diminue pas les chances de concevoir des jumeaux à l'avenir.

Contraception Après une IVG

Après une IVG, il est important de mettre en place une contraception efficace pour éviter une nouvelle grossesse non désirée. Plusieurs options sont possibles :

  • DIU (Dispositif Intra-Utérin) : Le DIU cuivre peut être posé directement après l'IVG, offrant une contraception de longue durée (5 ans), réversible à tout moment.
  • Pilule contraceptive : La pilule peut être reprise rapidement après l'IVG, mais nécessite une prise quotidienne régulière.
  • Autres méthodes : Préservatifs, implant contraceptif, etc.

Il est important de discuter des différentes options avec un professionnel de santé pour choisir la méthode la plus adaptée à sa situation et à ses besoins.

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