L'étude de l'embryon et du fœtus en Islam révèle une richesse de perspectives, puisant à la fois dans le Coran, la littérature des Hadiths et les interprétations juridiques. Cette exploration met en lumière la vision islamique sur la création de l'être humain, son statut juridique et les responsabilités qui en découlent.
Le Coran et le développement embryonnaire
Le Coran contient plusieurs versets qui décrivent les étapes du développement embryonnaire, témoignant d'une connaissance étonnamment précise pour l'époque. Keith L. Moore, un embryologiste de renom, a souligné comment certains de ces versets ne pouvaient être pleinement appréciés qu'avec les connaissances scientifiques modernes. Il a noté que les descriptions détaillées des stades embryonnaires humains n'ont été établies qu'au XXe siècle, bien après la révélation du Coran.
Plusieurs versets coraniques décrivent les étapes du développement embryonnaire :
- La "goutte mélangée" (nutfah): La sourate 23:13 fait référence à l'union du sperme et de l'ovule.
- L'"adhérence" ('alaqah): La sourate 23:14 décrit ensuite cette goutte comme se transformant en une "adhérence", souvent comparée à une sangsue en raison de sa forme et de sa manière de s'accrocher à la paroi utérine. On peut aussi traduire ce terme par « une chose suspendue » ou « caillot de sang ». L’apparence externe de l’embryon et de ses sacs au stade de la alaqah est très similaire à celle d’un caillot de sang. Cela est dû à la présence de quantités de sang relativement élevées dans l’embryon au cours de ce stade. Aussi, durant ce stade, le sang contenu dans l’embryon ne commence pas à circuler avant la fin de la troisième semaine.
- Le "morceau de chair mâchée" (mudghah): La même sourate poursuit en décrivant l'étape suivante comme un "morceau de chair mâchée", évoquant l'apparence de l'embryon à ce stade, avec ses somites ressemblant à des marques de dents. Au-delà des quatre-vingt jours, la troisième étape débute. « Moudghah » en arabe signifie « substance mâchée ». Ceci fait référence à son aspect physique.
- La formation des os et de la chair: Le verset continue en mentionnant la formation des os, puis leur revêtement de chair, avant de parler d'une "nouvelle création".
Ces descriptions coraniques concordent avec les connaissances embryologiques modernes, bien que les médecins du VIIe siècle après J.C. ne pouvaient pas avoir une connaissance aussi précise du développement embryonnaire.
Interprétations et traductions du verset 23:14
Le verset 23:14 du Coran est particulièrement important dans la discussion sur le développement embryonnaire en Islam. Différentes traductions de ce verset mettent en évidence les nuances de son interprétation :
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- Traduction classique (Oregon State University): "Ensuite, Nous avons fait du sperme une adhérence; et de l'adhérence Nous avons créé un embryon; puis, de cet embryon Nous avons créé des os et Nous avons revêtu les os de chair. Ensuite, Nous l'avons transformé en une tout autre création."
- Traduction Submission.org: "Puis nous avons développé la goutte en une chose qui s’accroche (embryon), puis développé la chose qui s’accroche (embryon) en un petit morceau (fœtus), puis créé le petit morceau (fœtus) en os, puis couvert les os de chair. Nous produisons ainsi une nouvelle créature."
- Traduction Droit Chemin: "Puis Nous avons créé de cette goutte de sperme une adhérence ("`alaqah"), et de cette adhérence Nous avons créé un embryon ("mudhghah"), et de cet embryon Nous avons créé des os et Nous avons revêtu ces os de chair. Ensuite, Nous l'avons fait naître en une autre création."
- Traduction The Monotheist Group: "Ensuite, nous avons créé la graine en embryon, puis nous avons créé l'embryon en fœtus, puis nous avons créé le fœtus en os, puis nous avons recouvert l'os de chair, puis nous fait naître une nouvelle création."
Ces traductions, bien que légèrement différentes, mettent toutes en évidence la progression des étapes de développement décrites dans le Coran.
Le statut juridique du fœtus en droit musulman
Le droit musulman accorde une attention particulière au statut juridique du fœtus, en reconnaissant ses droits et en définissant les responsabilités qui en découlent. Cette reconnaissance se manifeste dans plusieurs domaines, notamment l'héritage, le testament et les agressions contre la mère entraînant la mort du fœtus.
Héritage et testament
Les juristes musulmans confèrent un droit au fœtus en matière d'héritage et de testament. Si le fœtus est vivant après la mort du testateur, il est considéré comme un héritier et sa part lui est conservée. Dans certains cas, la part de l'enfant à naître peut même englober tout l'héritage.
Cette reconnaissance du droit du fœtus à l'héritage et au testament repose sur le principe de la "capacité légale", qui est liée à l'existence du souffle vital dans le corps de l'enfant à naître.
Agressions contre la mère entraînant la mort du fœtus
Le droit musulman distingue deux types d'agressions contre le fœtus :
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- Agression contre la mère entraînant la mort du fœtus: Dans ce cas, la majorité des juristes estiment que la loi du talion ne s'applique pas nécessairement à l'agresseur. Cependant, une sanction moins sévère est exigée, comprenant une pénitence et une pénalité financière ("prix du sang").
- Avortement: L'avortement est considéré comme un péché grave en Islam, surtout si le fœtus a reçu le souffle de la vie. Les écoles juridiques divergent sur les conditions dans lesquelles l'avortement peut être autorisé, mais toutes le condamnent en principe.
Le débat sur l'avortement
La question de l'avortement est un sujet de débat complexe en Islam. Les juristes musulmans s'appuient sur les textes coraniques et les Hadiths pour déterminer les conditions dans lesquelles l'avortement peut être autorisé ou interdit.
Certains juristes considèrent que l'avortement est interdit dès la conception, tandis que d'autres l'autorisent avant l'insufflation de l'âme, qui est généralement située à 40 ou 120 jours de gestation. Les motifs pour lesquels l'avortement peut être autorisé varient également, allant de la protection de la santé de la mère à la détection d'anomalies fœtales graves.
Il est important de noter que la pratique du coït interrompu était autorisée par le prophète Mohammad, ce qui a conduit certains juristes à la considérer comme une forme d'avortement.
L'insufflation de l'âme
Un point central dans la discussion sur le statut du fœtus en Islam est le concept de l'insufflation de l'âme ( نفخ الروح , nafkhar-ruh). Ce moment marque l'entrée de l'âme dans le corps du fœtus, lui conférant ainsi une pleine humanité.
Les opinions divergent quant au moment exact de l'insufflation de l'âme. La majorité des savants la situent au 120e jour de gestation, tandis que d'autres la placent au 40e jour. Cette divergence d'opinions a des implications importantes sur la question de l'avortement, car de nombreux juristes considèrent que l'avortement est interdit après l'insufflation de l'âme.
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Ibn al-Qayyim et Ibn Hajar ont évoqué la question de l’insufflation de l’âme. Ils lui déterminèrent des signes permettant de repérer cet instant, à savoir le mouvement volontaire du fœtus. Ainsi, le mouvement et la nutrition du fœtus avant l’insufflation de l’âme (au 120ème jour) est un mouvement comparable au développement et à la nutrition des plantes, il ne s’agit nullement d’un mouvement ou d’une nutrition volontaire.
Responsabilités parentales et sociétales
Le Coran souligne également les responsabilités parentales et sociétales envers l'enfant à naître. Les versets XXXI-14 et XXXI-15 mettent en évidence le lien entre la grossesse et l'obéissance aux parents, soulignant l'importance de la reconnaissance et de la gratitude envers les parents pour les sacrifices qu'ils consentent.
Ces versets coraniques établissent un lien entre le "naturel" (la grossesse) et le "culturo-religieux" (l'obéissance aux parents), fondant ainsi les relations sociales et les obligations civiques et existentielles.
Fausses couches
La perte d’un être cher fait partie des épreuves les plus difficiles de cette vie. Celle-ci se constate notamment par des saignements accompagnés de douleurs dans le bas ventre. Les fausses couches sont bien souvent dues à des anomalies génétiques de l’embryon ou encore, elles peuvent être liées à des problèmes de santé de la maman du bébé. En outre, elles peuvent aussi être dues à une infection ou encore à une substance nocive consommée par la mère du petit. Bien évidemment il convient de garder à l’esprit que tout ce qui vient d’Allah n’est que Sagesse. Et que certes, c’est à Allah que nous appartenons et c’est vers lui que nous retournons.
L’islam différencie le cas de la fausse couche d’un embryon non formé. Ceci afin, qu’aux vues des écoulements de sang que cela engendre, le jugement de la prière de la femme dans le cas de la fausse couche islam soit claire. En revanche si la croyante est dans le cas d’une fausse couche islam avec un embryon de forme claire, alors le sang qui s’écoule se considère comme lochies. Et le jugement sera donc le même que celles-ci. La femme ne pourra donc pas jeûner ni prier. Et ceci pendant toute la période de l’écoulement du sang. Enfin, il est important de savoir que la femme devra faire les ablutions avant chaque prière.
