La succion est un réflexe inné chez les nourrissons, un mécanisme qui remplit de nombreux rôles insoupçonnés. Pour calmer bébé, les parents peuvent répondre à son besoin de succion. Pouce, sein ou sucette sont capables d’apaiser votre enfant grâce à ce réflexe inné. Alors qu'il est encore dans l'utérus de sa mère, un enfant suce déjà son pouce ! On parle de succion prénatale du pouce, qui apparaît vers la 10e semaine de grossesse. Ce phénomène est accompagné de déglutitions de liquide amniotique. C'est dans les 2 premières heures de la vie du nourrisson que ce réflexe de succion est à son maximum.
Le rôle de la succion chez les nourrissons
La succion est un besoin inné chez tous les nourrissons. Entre 18 et 21 mois, on observe d'ailleurs un regain maximal du besoin de succion. Une tétée correspond à 4 ou 5 périodes de succions nutritives entrecoupées de périodes de succions non nutritives. On distingue deux types de succion :
- La succion dite « nutritive » quand bébé tête de façon efficace pour se nourrir. Au début de la tétée, le rôle nutritif de la succion est maximal : le débit est fort et les déglutitions régulières. Au contraire, à la fin de la tétée, le débit est lent et les déglutitions sont moins fréquentes.
- La succion « non-nutritive » : les tout-petits et les prématurés font beaucoup de pauses lors des tétées. Ils font alors du "tétouillage" sans boire. Les mouvements de succion sont plus rapides, sans amplitude, en salves brèves séparées par de longues pauses et l'enfant déglutit rarement. Ce type de succion existe aussi en dehors de toute sensation de faim chez tous les nourrissons, pas que les nouveau-nés.
Les différentes fonctions de la succion
La succion remplit plusieurs fonctions essentielles chez le nourrisson :
- Le rôle nutritif : La succion permet au bébé de se nourrir efficacement.
- Le rôle de régulation de la production de lait : La succion du sein entretient la fabrication du lait maternel.
- Le rôle anti-stress et anti-douleur : Lors de la succion, l'organisme du nourrisson sécrète des endorphines. Ces molécules sont des neurotransmetteurs capables de procurer une sensation de bien-être favorable à la détente et au sommeil, mais aussi de combattre la douleur (effet antalgique).
- Le rôle d'apaisement : Il répond aux mêmes mécanismes que précédemment. La succion calme bébé et le sécurise, elle apaise les tensions et les frustrations.
- Le rôle social : L'interaction entre la mère et l'enfant lors de la succion du sein est une première forme de dialogue. A l'arrêt des succions, la mère change l'enfant de position, c'est un signe pour lui.
Comment répondre au besoin de succion ?
Le besoin de succion est naturel : il est important de répondre à ce besoin sans lutter contre ou tenter de le limiter. Le besoin de succion, s'il n'est pas assouvi, peut rendre bébé irritable. Si bébé pleure ou s'agite, il a peut être un problème : vous devez tenter de l'identifier avant de proposer la succion. Ce peut être la faim, une couche mouillée, un mal de ventre, une poussée dentaire… Si aucune cause ne semble évidente, vous pouvez lui donner une tétine, son pouce, votre doigt bien lavé, ou encore votre sein. Votre enfant sera rassuré et se calmera grâce aux pouvoirs anti-stress de la succion. Pour que bébé puisse se calmer en toute autonomie et répondre à son besoin de succion, son pouce présente un avantage : il l'a toujours avec lui ! Les tétines, aussi appelées sucettes ou encore tututes, permettent de pallier cet inconvénient : il est beaucoup plus facile de les faire disparaître pour en stopper l'usage. Mais au contraire de son pouce, bébé ne sait pas toujours les rattraper, notamment pendant la nuit : il vous fera sans doute lever au début pour que vous lui redonniez ! Saviez-vous que certaines sucettes sont phosphorescentes ?
La plupart du temps, les enfants se désintéressent progressivement de leurs tétines. Ce phénomène coïncide souvent avec l’entrée à la crèche ou à l’école : bébé se sociabilise et a désormais d’autres centres d’intérêt. L’école pose également ses propres règles et la tétine doit souvent rester à la maison. Passé l’âge de 3 ans, si bébé reste très attaché à sa sucette, ne le brusquez pas pour autant : il est possible qu’il ait besoin d’attention. A contrario, le recours à la tétine ne doit pas être systématique pour pallier les besoins du quotidien. Au moment de déshabituer votre enfant de la tétine, il est important de s'adapter aux situations. La tétine devra progressivement disparaître pour limiter son usage aux pleurs et au sommeil. On pourra par exemple laisser la tétine dans le lit pour la reserver à la sieste et au coucher. Ce sont des situations pendant lesquelles le besoin de succion est maximal. Durant le plus jeune âge, certains parents proposent systématiquement la tétée à leur enfant pour l'apaiser lors des pleurs. Quand bébé commence à parler, ne le laissez pas avec le pouce ou la tétine dans la bouche lorsqu'il émet ses premiers mots. Soyez intransigeant : la succion simultanée pourrait troubler le développement du langage.
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L'utilisation prolongée de la tétine : quand s'inquiéter ?
De nombreux orthophonistes recommandent d’arrêter l’utilisation de la sucette après les deux ans de l’enfant. En tant que parent, il est important de prendre en compte les besoins spécifiques de votre enfant pour décider si, quand et combien de temps autoriser l’utilisation de la sucette. L’utilisation de la sucette peut être utile pour réconforter l’enfant dans une situation stressante ou dans le traitement de la douleur.
Les orthophonistes recommandent l’arrêt de la tétine dès l’âge de 12 mois pour plusieurs raisons. Premièrement, le développement oral de l’enfant évolue rapidement au cours des premières années de sa vie. Une succion prolongée peut créer un palais surélevé ou indenté, entraînant une cavité buccale trop grande pour une articulation typique. Cela peut se manifester par un trouble de la parole vers l’âge de quatre à cinq ans, nécessitant souvent un traitement pour y remédier. La dépendance affective, autre que celle d’un parent ou d’une personne s’occupant de l’enfant n’est tout pas présente chez le bébé. C’est cependant quelque chose qui se développe avec le temps. En limitant l’exposition à la tétine, il est souvent tout simplement plus facile pour l’enfant de s’en détacher.
Conseils pour aider l'enfant à se séparer de la tétine
Voici quelques conseils pour aider votre enfant à se séparer de sa tétine :
- En parlant d’histoire, lisez ensemble des histoires sur le sujet !
- Lorsqu’il ne l’utilise pas, garder la sucette à l’abri ses regards.
- Encourager l’enfant à prendre soin de ses dents. Expliquez-lui pourquoi il est important de bien se brosser les dents, mais aussi pourquoi il est important de moins se servir de sa sucette.
- Soyez patient ! Vous n’observerez pas de changement du jour au lendemain.
- Soyez conscient que la modification d’une sucette peut en faire un risque d’étouffement si les morceaux se séparent.
- Ne pas mentir à l’enfant au sujet de la disparition de sa tétine : la tétine est un objet d’affection, au même titre qu’un doudou.
- La patience sera de rigueur pour détacher l’enfant de sa tétine.
Concernant les différentes répercussions observées sur l’articulation, la parole, le langage et la communication, elles ne pourront être abordées qu’avec le désir d’autonomie de l’enfant, l’accord implicite des parents et, dans les cas les plus difficiles, l’aide de l’orthophoniste, du psychologue, et même de l’orthodontiste.
Les raisons d'un usage excessif de la tétine
Certains enfants gardent très souvent la tétine en bouche durant la journée. Les professionnels, de leur côté, ne savent pas toujours comment réagir : faut-il lui laisser à disposition ou au contraire l’encourager à la poser ? Comment expliquer qu’un enfant garde autant sa tétine en bouche ? Selon une étude canadienne, 84 % des nourrissons occidentaux en auraient une en bouche régulièrement, un pourcentage très élevé. Parmi eux, certains enfants la sollicitent uniquement pour des temps-clés, pour s’endormir par exemple, tandis que d’autres la gardent en bouche sur de longues périodes.
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Les raisons qui poussent les enfants à garder leur tétine en bouche sur de longues périodes sont multiples :
- Une réponse à un trop-plein de stress continu : Pour certains, dont la succion de la tétine est particulièrement vive, il s’agit d’un moyen d’autoréguler leur niveau de stress. L’activité de succion entraîne la libération d’endorphines qui favorisent le bien-être, ce qui permet aux enfants de se détendre face à un trop-plein de stress.
- Un objet de transition : Pour d’autres, la tétine est un objet de transition, un genre de doudou qu’ils transportent de la maison au lieu d’accueil et du lieu d’accueil à la maison, et qu’ils conservent en bouche un peu par habitude. Leur succion n’est pas très active. D’ailleurs, il arrive que ce soit les parents eux-mêmes qui, le matin à la séparation, mettent la tétine dans la bouche de l’enfant alors qu’il ne pleure même pas !
Les conséquences d'un usage excessif de la tétine
Quelle que soit la raison de cet usage excessif de la tétine, il est important de le limiter, et ce pour différentes raisons :
- La succion est une activité autorégulatrice, pas un vrai besoin : L’industrie de la puériculture nous fait croire que tout enfant est pourvu d’un besoin de succion, ce qui est faux. En réalité, le tout petit humain en début de vie est animé d’un réflexe de succion afin de lui permettre de téter le sein de sa maman. Pour les plus grands enfants, à défaut d’être un besoin, la succion est une activité d’autorégulation qui apparaît en réponse à une situation de stress. Si elle peut être réconfortante, la succion n’est pas indispensable au jeune enfant (il existe d’autres manières, bien plus efficaces et bien traitantes, d’apaiser un enfant !).
- La tétine habitue l’enfant à réprimer ses émotions : La tétine vient traiter le symptôme émotionnel de l’enfant [à savoir ses pleurs ou ses cris] et non l’origine de son émotion [c’est-à-dire la raison pour laquelle il s’est mis à pleurer ou à crier]. Le problème en soi n’est donc pas résolu. C’est un peu comme si on mettait un couvercle sur une casserole de lait bouillante !
- La tétine peut devenir leur unique objet de consolation : Certains enfants ayant été conditionnés à s’apaiser au contact d’une tétine réclameront la tétine à chaque montée de stress. Au point que chez certains enfants, la tétine devient leur unique ressource de consolation… Un cercle vicieux qu’il est important de ne pas alimenter. Rappelons que la tétine demeure un objet (tout comme le doudou, d’ailleurs) qui n’éprouve ni empathie, ni bienveillance, ni émotion. Celle-ci apporte à l’enfant une réponse tout à fait artificielle et inadaptée à son émotion. Des théoriciens s’interrogent d’ailleurs sur le devenir de ces enfants qui, à chaque montée de stress, trouvent ressource dans un objet. Comment réagir ont-ils à l’âge adulte lorsqu’ils seront stressés ? Dans la continuité, ne risquent-ils pas de trouver ressource dans le matériel, la cigarette, l’alimentation, l’addiction lorsqu’ils sont en proie à une émotion, au lieu de se tourner vers l’humain ? La question reste ouverte…
- Elle freine l’intelligence émotionnelle des enfants, en particulier celle des garçons : Une recherche conclut que l’usage de la tétine en excès, en dehors des phases où l’enfant dort, tend à diminuer l’empathie des enfants mais aussi leur capacité à identifier et à comprendre les émotions de leurs interlocuteurs. Pourquoi ? Car avoir une tétine en bouche freine la mobilité des muscles de leur visage et de leurs lèvres, et altère par conséquent ce mimétisme facial si précieux au développement de leurs compétences émotionnelles.
- A haute dose, elle nuit au développement du langage : Une recherche britannique a quant à elle souligné la difficulté de l’enfant, lorsqu’il a la tétine en bouche, à bien entendre et à bien différencier les sons qu’on lui adresse. Tout simplement car sa langue est freinée dans sa mobilité. De même, la tétine peut gêner l’enfant dans sa production de phonèmes et nuire à sa bonne élocution (certains phonèmes - tels que f, s, ch… - sont très difficiles à réaliser en cas de tétine en bouche).
- Elle risque de déformer la dentition et d’augmenter les infections ORL : Selon une recherche, 35% des enfants qui ont régulièrement une tétine en bouche auront une dentition déformée, même si la tétine en question est vendue à ses parents comme « orthodontique ». D’autres recherches ont souligné son implication dans certaines infections ORL.
Comment réagir face à un enfant qui utilise trop la tétine ?
- Distinguer la tétine « habitude » de la tétine « autorégulatrice » : En premier lieu, il convient de vous demander si cet enfant suce cette tétine par habitude ou davantage pour s’autoréguler, en réponse à un stress continu. Pour le savoir, la vivacité de la succion est un bon indicateur. En fonction, vous n’apporterez pas la même réponse.
- Encourager l’enfant à la poser de lui-même : S’il s’agit d’une tétine « habitude », encouragez l’enfant à la poser dès son arrivée sur le lieu d’accueil, de manière ritualisée. Touchez-en un mot à ses parents. Après leur avoir expliqué les effets possibles de la tétine sur leur enfant, proposez-leur d’en limiter, ensemble, son usage. Il ne faudrait pas, par exemple, que les parents mettent la tétine dans la bouche de leur enfant lors de la séparation du matin et que vous, quelques minutes plus tard, fassiez tout l’inverse ! Une cohérence entre la maison et le lieu d’accueil est essentielle.
- Proposez à l’enfant de quitter sa tétine quand vous lui parlez et quand vous lui lisez une histoire : L’usage de la tétine est particulièrement nocif quand l’enfant est en interaction avec un interlocuteur car celle-ci vient bloquer les mouvements de sa langue et freiner le mimétisme. Les phases sensibles d’interactions sont à préserver. Invitez-le systématiquement à retirer sa tétine lorsqu’il vous parle. Afin de faciliter sa production correcte de phonème et son élocution, il est important que l’enfant parle sans aucun objet dans la bouche.
- Lui laisser la tétine pour s’endormir, s’il la réclame : L’usage de la tétine lors des phases de sommeil est beaucoup moins pénalisant que lorsque l’enfant est éveillé, d’autant plus qu’il s’agit d’une activité autorégulatrice qui peut favoriser l’endormissement. Sans oublier que de nombreuses recherches ont confirmé que l’usage de la tétine pendant le sommeil diminuait de 90% environ le risque de mort subite chez le bébé ! Pour autant, lorsque l’enfant grandit, il est préférable de l’habituer à s’endormir sans tétine…
- De plus en plus souvent, en cas de stress ou d’émotion forte, prenez-le dans vos bras et rassurez-le … sans lui donner la tétine : L’idée étant de réapprendre à l’enfant à trouver la ressource dans l’humain et dans cet objet. Lorsqu’un enfant est en proie à une émotion, veillez à bien décrypter le besoin réel de son cerveau. Ce n’est pas de la tétine dont son cerveau a besoin à cet instant T (même si c’est que l’enfant vous réclame) mais bel et bien de s’apaiser ! Pour ce faire, prenez l’enfant dans vos bras et caressez sa peau avec tendresse tout en lui expliquant que vous restez à ses côtés. L’ocytocine, l’hormone de l’attachement qui est sécrétée lors des rapports humains chaleureux, est l’antidote du cortisol et le carburant de son petit cerveau. Ainsi, pas à pas, vous allez reconditionner l’enfant à trouver ressource dans le rapport humain en cas de montée de stress, ce pourquoi son cerveau est d’ailleurs programmé…
La succion chez l'adulte : un retour à l'enfance ?
Vous pensiez que la tétine n'était réservée qu'aux tout-petits ? Plus maintenant. En effet, depuis quelques mois, la tototte s'invite dans la bouche des adultes. Les adeptes expliquent que sucer une tétine leur apporte un sentiment de sérénité ; pour d'autres, c'est même un moyen d'arrêter de fumer. Le point commun ? La succion. Ce réflexe, qui n'est pas uniquement réservé aux bébés, apporte en effet un apaisement. "La succion n’a pas seulement pour objectif un nourrissement physique pour l’épanouissement corporel et physiologique de l’enfant. Elle apporte une sensation de réconfort et de sécurité. Elle est un moyen naturel d’apaisement pour le tout petit", explique la thérapeute Laurence Roche sur son site. Chez l'adulte, on retrouve ce réflexe de succion (qui devient parfois une addiction), avec la cigarette, mais aussi chez certaines personnes qui sucent encore leur pouce.
Les raisons de la succion chez l'adulte
“Oui je suce encore mon pouce !”, Héléna, 39 ans, 4 enfants, fait partie de ces adultes qui s’adonnent à des comportements infantiles qu'ils jugent apaisants. La jeune femme confesse en souriant “ne pas savoir pourquoi elle fait ça hormis par réconfort”. Les comportements infantiles à l’âge adulte, dont la succion du pouce sont des thèmes récurrents en psychanalyse. Les spécialistes ont d’ailleurs tous leurs théories et leurs explications, dont certaines ressortent fréquemment.
Véronique Salman analyse ce comportement comme une entrave à l’évolution, à une histoire bien définie due à une présence maternelle persistante et envahissante : “Généralement, les personnes qui sucent encore leur pouce ont été trop maternées et leur rapport à la mère est fusionnel. Ils ne parviennent pas à se détacher car la maman les retient dans ce lien. Les adultes qui sucent leur pouce demeurent dans cette partie infantile car ils répondent à un désir secret de la mère, ils n’ont jamais réussi à transgresser ça, par souci de culpabilité.” Cet attachement à la mère renvoie au concept psychanalytique de la toute-puissance maternelle. La psychanalyste évoque ici ses deux concepts autour de la mère hypercontrôlante, “La reine de la ruche” et “La poupée préférée”, avec un enfant soumis au diktat maternel (cf la conférence TEDx de Véronique Salman sur le sujet). Il s’agit de personnes “souvent des filles, éternellement assujetties au désir de leur mère qui en fait ce qu’elle veut.
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La succion du pouce à l’âge adulte peut également être perçue comme une forme d’addiction voire de jouissance associée au plaisir sexuel. “Sucer son pouce est un comportement addictif, il faut le voir comme une addiction mais pas n’importe laquelle. C’est une reviviscence du moment où le bébé trouvait sa jouissance par l’unique orifice qui lui était capable de lui faire ressentir ça : la bouche raconte la spécialiste. Quand on est bébé, tout passe par la bouche. Il y a une jouissance à téter, à se nourrir de lait au sein ou au biberon. Après quelques mois après, les bébés mettent tout à la bouche car c’est comme ça qu’ils réussissent à percevoir si c’est dur ou mou, ou comestible” poursuit-elle. Une explication qui renvoie au stade oral de la sexualité infantile freudienne. La symbolique de l’addiction se retrouve également dans la fonctionnalité du pouce : comme une cigarette, on le balade partout avec soi et “à tout moment l’adulte peut y avoir recours” précise Véronique Salman. Et face à un comportement addictif, le manque peut provoquer une irascibilité, d’autant plus que la succion du pouce chez les adultes “n’est pas socialement acceptable et névrotique. Chez l'adulte, la succion du pouce reflète son état d’esprit infantile. Une pratique qui est d’ailleurs régulièrement accompagnée par d’autres attitudes dites “régressives”, attribuées à l’enfance. “Inconsciemment, ces adultes ont tendance à vouloir aller dans un parc d’attraction plutôt qu’au musée. Ils ont également un code vestimentaire propre avec des couleurs criardes, un paquet de bonbons sur leur bureau.
Les conséquences de la succion chez l'adulte
Néanmoins, l'engouement pour la tétine pour adulte inquiète les professionnels de santé. Sur le plan psychologique, cette tendance traduit un mal-être, voire une infantilisation de l'adulte. C'est un retour à l'enfance, une période insouciante, sans responsabilité et sans décision. Interrogé par le média Le Matin, le médecin Tayeb Hamdi explique que pendant les confinements, "les adultes ont trouvé du réconfort dans des objets liés à leur enfance, souvent associés à des souvenirs rassurants : jouets, accessoires, vêtements… Cette régression, qui devait pourtant être temporaire, s’est pour certains, installée dans la durée, révélant un besoin émotionnel non satisfait". La tétine, quant à elle, est un moyen de "faire face à une réalité perçue comme instable, anxiogène et difficile à affronter".
Par ailleurs, la tétine a également des conséquences sur la santé bucco-dentaire. Les dentistes ne recommandent pas du tout cette pratique, car la tétine peut décaler la position des dents, provoquer des lésions au niveau du palais et des tensions au niveau de la mâchoire. La succion répétée peut également provoquer des douleurs au niveau des cervicales. Si la tétine peut être un apaisement temporaire, il s'agit surtout d'un pansement émotionnel inadapté pour répondre à la véritable problématique : la dégradation de la santé mentale.
Les conséquences physiques de la succion du pouce chez l'adulte
Outre la symbolique psychique et inconsciente, la succion du pouce chez les adultes est caractérisée par quelques particularités physiques, visibles au niveau de la dentition. Nathalie Atlan, chirurgienne-dentiste, indique “que la forme des dents chez les personnes concernées a gardé une béance antérieure, les dents ne se rejoignent pas et prennent la forme du pouce. Le palet reste également enfoncé. Ces gens ont aussi gardé une déglutition infantile, il tète encore”. Au-delà du souci esthétique, à long terme, cette pratique risque d'altérer les fonctionnalités de la dentition comme “un écart des dents dû à une déglutition atypique.
Comment arrêter de sucer son pouce à l'âge adulte ?
Pour les enfants, des solutions ludiques suffisent à freiner voire stopper la succion du pouce, à l’image de gants, l’emploi de distractions, l'encouragement etc. Pour les “grandes personnes” en revanche, la thérapie s'avère recommandée pour déceler les causes d’un tel geste, en s’adressant notamment à l’adulte qui sommeille en eux. La psychanalyste raconte ainsi qu'elle a “pour habitude de décortiquer le symptôme. Ce qui m’intéresse ce n’est pas le pouce mais ce qui a conduit à maintenir ce pouce donc l’addiction. Rien qu’en agissant de cette manière, la personne commence à réfléchir et à prendre conscience de sa régression infantile. Par ce biais, on retrouve l’adulte.
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