Il y a 125 ans, le 10 septembre 1898, l’impératrice d’Autriche et reine d’Hongrie, Élisabeth de Wittelsbach, plus connue sous le nom de Sissi, était assassinée au bord du lac Léman. Née à Munich en 1837, Sissi a épousé l’empereur d’Autriche François-Joseph Ier en 1854, à l’âge de 16 ans. De cette union sont nés quatre enfants, mais la vie de Sissi, loin d'être un conte de fées, fut marquée par les drames et un profond mal-être au sein de la cour de Vienne.
Une Rencontre Inattendue et un Mariage Précoce
Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach voit le jour le 24 décembre 1837 à Munich. Elle est le troisième enfant d’une famille qui en compte huit. Fille de Marie Ludovica de Wilhelmine et de Maximilien, duc de Bavière, Sissi grandit dans un environnement relativement libre et sans contraintes, loin du protocole strict des cours royales. Son destin bascule en 1853 lorsqu’elle accompagne sa mère et sa sœur Hélène à Bad Ischl, où Hélène devait rencontrer et se fiancer avec l’empereur d’Autriche François-Joseph Ier, son cousin. Contre toute attente, François-Joseph tombe sous le charme de Sissi, alors âgée de 15 ans, et décide de l’épouser. Ce mariage, célébré le 24 avril 1854 à Vienne, marque le début d’une vie qui s’avérera bien différente de celle à laquelle Sissi aspirait.
Dès le jour de ses fiançailles, Sissi exprime ses appréhensions face au protocole rigide de la cour. Le jour de son mariage, elle est accueillie dans la liesse populaire, vêtue d’une magnifique robe blanche très lourde. Fatiguée par le voyage depuis Munich, elle découvre rapidement les contraintes de sa nouvelle vie. On lui interdit de manger sans gants, on limite le nombre de fois où elle peut porter une paire de chaussures, et surtout, on la prive de la garde de ses enfants, confiés à des précepteurs. La nuit de noces elle-même se déroule sous le regard scrutateur de membres de la Cour. Ces épreuves traumatisantes laissent à Sissi une aversion pour la sexualité.
Une Vie à la Cour : Isolement et Rébellion
Sissi n’était pas heureuse dans sa vie d’impératrice. Le protocole, les obligations liées à sa fonction n’étaient pas pour elle. Rapidement, Élisabeth réalise que sa vie au palais est une prison dorée. Elle se sent isolée dans un environnement avec lequel elle n’a aucun lien, ni affectif, ni intellectuel. Ses dames de compagnie, choisies parmi la haute aristocratie, sont d’âge mûr et d’esprit conservateur. Sa belle-mère, l’archiduchesse Sophie, la critique constamment. L'archiduchesse Sophie, tante et mère de François-Joseph, joua un rôle prépondérant dans la vie de Sissi, critiquant ses manières, ses vêtements et ses goûts. Elle alla jusqu'à lui retirer la garde de ses enfants, ce qui marqua une profonde cassure entre les deux femmes.
Face à cette étiquette pesante, Elisabeth de Wittelsbach s’isole de plus en plus, d’autant plus que sa belle-mère lui rappelle constamment ses erreurs et ses manquements au protocole. L’une des choses que va faire Sophie et qui va véritablement marquer une cassure entre elle et l’impératrice, c’est quand elle lui retire la garde de ses enfants. Elisabeth fera tout pour récupérer ses enfants.
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Les Enfants de Sissi : Joies et Tragédies
De son mariage avec François-Joseph Ier, Sissi a eu quatre enfants :
- Sophie d’Autriche (1855-1857) : Aînée des enfants de Sissi, Sophie d’Autriche voit le jour le 5 mars 1855 à Vienne. Jugée trop jeune et pas assez mature par sa belle-mère Sophie de Bavière, Sissi voit sa fille Sophie d’Autriche confiée à sa grand-mère. En mai 1857, les enfants de Sissi sont en voyage à Ofen en Hongrie. Gisèle, la sœur cadette de Sophie âgée d’à peine de 9 mois, contracte alors un virus. Certains historiens s’accordent à dire qu’il s’agit alors de la rougeole, d’autres de la fièvre typhoïde. La jeune Gisèle réussit à se remettre sur pieds et retrouve la santé. Mais entre-temps, elle a transmis le mal à sa sœur aînée Sophie. Sa grand-mère l’archiduchesse ne s’alarme pas sur l’état de santé de la jeune fille, contrairement à ses parents. Sissi requiert l’avis de son médecin personnel, mais Sophie en Bavière en a décidé autrement. Contrairement à sa jeune sœur, Sophie d’Autriche ne recouvre pas la santé. L’aînée des enfants de Sissi meurt le 29 mai 1857 à 21h15. La mort de Sophie à l'âge de deux ans lors d'un voyage en Hongrie fut un coup terrible pour Sissi, qui se sentit coupable de sa mort.
- Gisèle d’Autriche (1856-1932) : Deuxième des enfants de Sissi, Gisèle d’Autriche voit le jour le 12 juillet 1857 à Laxenbourg en Autriche. Très rapidement, Gisèle d’Autriche dévoile un caractère similaire à celui de son père : mature, réaliste et le sens des réalités. Il en est de même de son physique, la jeune Gisèle ressemble comme deux gouttes d’eau à son impérial père. Malgré cette ressemblance, la jeune fille ne voit que très peu ses parents. Alors qu’elle n’a que 16 ans, elle est mariée à Léopold de Bavière de 12 ans son aîné. Ce mariage est arrangé afin de permettre à son oncle le duc Maximilien-Emmanuel en Bavière d’épouser Amélie de Saxe-Cobourg-Gotha. Cette dernière était en effet promise à Léopold, malgré son amour pour Maximilien. C’est ainsi que Gisèle d’Autriche, deuxième des enfants de Sissi, épouse Léopold de Bavière le 20 avril 1873. Pendant la Première Guerre mondiale, le fille de l’Impératrice fait preuve d’une grande bonté et installe dans son propre palais un hôpital militaire. Elle permet à de nombreux soldats de s’y faire soigner. L’incident avec sa sœur aînée, morte à seulement 2 ans suite à la maladie qu’elle lui a transmise, l’a poussé à aider régulièrement ceux qui ont besoin de soins. Le 27 juillet 1932, Gisèle meurt à l’âge de 76 ans. Gisèle, contrairement à sa sœur aînée, survit à l’enfance et développe une personnalité proche de celle de son père. Elle se marie à l'âge de 16 ans avec Léopold de Bavière.
- Rodolphe d’Autriche (1858-1889) : Troisième des quatre enfants de Sissi, Rodolphe d’Autriche est le seul fils du couple impérial. Rodolphe d’Autriche voit le jour le 21 août 1858 au château de Laxenbourg près de Vienne. Au lendemain de sa naissance, et selon la tradition impériale, il est proclamé Colonel du dix-neuvième régiment d’infanterie par son père François-Joseph. Au même titre que ses sœurs, le jeune garçon est élevé soin de ses parents, auprès de sa grand-mère l’archiduchesse. Mais en tant qu’héritier de la couronne, il se doit d’acquérir tout le nécessaire pour monter sur le trône. Son père l’Empereur suit donc de très près l’éducation de son fils unique. Alors qu’il n’a que 6 ans, il est donc séparé de sa sœur aînée Gisèle pour être confié à un précepteur. Celui qui va lui enseigner l’art de gouverner est le général-comte d’origine lorraine Charles-Léopold de Gondrecourt. Mais les méthodes particulièrement sévères de ce héros de guerre vont heurter et perturber le jeune héritier. Malgré cette affection, Rodolphe souffre particulièrement de l’absence de sa mère l’Impératrice Sissi, et du peu d’amour qu’elle lui procure. Élisabeth de Wittelsbach préfère parcourir le monde et s’adonner à sa passion pour l’équitation. Rodolphe d’Autriche, qui montre un véritable attrait pour les sciences naturelles, se voit contraint d’emprunter une carrière militaire. Même si l’héritier du trône emprunte un chemin tout tracé vers la couronne, il dévoile avec l’âge un caractère têtu et des convictions qui vont à l’encontre de son père. Libéral, il n’hésite pas à écrire des articles en anonyme dans des journaux de Vienne pour étendre ses idéologies. Pour calmer ses ardeurs, l’Empereur décide qu’il est temps pour son fils de contracter un mariage avantageux. Le 10 mai 1881, Rodolphe d’Autriche, seul fils des enfants de Sissi, épouse la jeune princesse Stéphanie de Belgique. Mais ce mariage n’est pas des plus heureux, et Rodolphe prend rapidement des maîtresses. La plus connue d’entre elles se nomme Marie Vetsera, une jeune noble autrichienne. Rodolphe d’Autriche décide de fuir en compagnie de sa maîtresse et d’amis proches au pavillon de chasse de Mayerling. Quelques jours plus tard, le 30 janvier 1889, l’héritier du trône est retrouvé mort sur son lit, à côté de sa maîtresse. De nombreuses spéculations ont été faites autour de son décès, provoquant un terrible effroi à la cour autrichienne. Ce sont sans aucun doute les jours les plus sombres pour l’Impératrice Sissi et son époux François-Joseph. Héritier du trône, Rodolphe eut une relation complexe avec ses parents. Son suicide en 1889 à Mayerling, avec sa maîtresse Marie Vetsera, plongea Sissi dans un deuil inconsolable.
- Marie-Valérie d’Autriche (1868-1924) : Cadette des enfants de Sissi, Marie-Valérie, archiduchesse d’Autriche, naît le 22 avril 1868 à Budapest. A l’inverse de tous ses autres enfants, Élisabeth de Wittelsbach a véritablement désiré Marie-Valérie. A la naissance de sa petite dernière, l’Impératrice est alors âgée de 31 ans. Peut-être que l’âge a vu naître en elle sa fibre maternelle. Pour le plus grand bonheur de la petite Marie-Valérie d’Autriche, Sissi a décidé d’élever elle-même sa cadette. De nombreuses rumeurs ont entouré sa naissance, laissant supposer que Sissi avait eu un enfant hors mariage, avec le comte Andrassy qui était alors son mentor. Mais les ressemblances physiques entre l’enfant et son père ont très rapidement mis fin à ces accusations. Alors que Sissi a obligé sa fille Gisèle à épouser un homme à seulement 16 ans, son attitude est totalement différente avec sa petite protégée, sa “Kedvesem”. En plus de laisser Marie-Valérie d’Autriche choisir son futur époux, elle lui conseille même d’attendre pour se marier. Elle épouse finalement son cousin l’archiduc François-Salvator de Habsbourg-Toscane, le 31 juillet 1890. Même si les débuts de leur union semblent très heureux, le jeune époux va rapidement prendre du bon temps avec d’autres femmes. Ce qui provoque en 1914 un véritable drame : François-Salvator met une femme enceinte. Cette dernière est mariée de force à un prince de Hohenlohe et emménage à Londres. Malgré tout, 10 enfants naissent de ce mariage. Marie-Valérie fut la seule enfant que Sissi put élever elle-même, ce qui créa un lien très fort entre elles.
Voyages et Quête de Liberté
Elisabeth de Wittelsbach va passer son temps en voyage pour mieux fuir Vienne. Sissi adore visiter de nouveaux pays comme la Grèce, la France, l’Irlande ou l’Italie. Elle ne passera que très peu de temps à Vienne et préféra partir loin du protocole de Vienne et le plus loin possible de la cour. Sissi voyage en train. Elle possède deux wagons qu’elle fait aménager ; l’un en chambre, l’autre en salon.
- Grèce : En Grèce Sissi se fait accompagner par une toute petite cour d’amis qu’elle a choisis. Elle va en Grèce pour se consoler de la perte de sa petite fille et échapper aux brimades de sa belle-mère qui l’accable de reproches.
- France : En France, elle va chercher les étendues de forêts pour faire de l’équitation. Elle aime beaucoup la France, car elle peut aussi aller à la plage et se baigner.
- Hongrie : Sissi a toujours été fascinée par la Hongrie. Elle va s’entourer de toute une cour de femmes hongroises, même lorsqu’elle est à Vienne. C’est elle qui va conquérir le coeur des Hongrois. Elle sera même couronnée reine de Hongrie.
Sissi aime voyager, elle aime tellement cela qu’elle a une citation que j’adore et qui est devenue la devise de ma vie : « si l’on devait m’enfermer au Paradis, il deviendrait très vite un Enfer pour moi ».
Beauté et Mélancolie : Les Obsessions d'une Impératrice
Elisabeth de Wittelsbach a une obsession dans la vie : le culte de la beauté. Sissi est une femme au corps exceptionnel, d’une sveltesse rare : elle a une taille tout à fait parfaite, elle fait 50 cm de tour de taille et 65 de tour de hanche. Afin de conserver son corps parfait, Sissi s’astreint à un régime drastique en ne mangeant que des oranges, des œufs et du jus de viande. Elle fait aussi énormément de sport ; elle réalise beaucoup d’exercices de gymnastique.
L’autre facette de son culte de la beauté est celui du rituel de la coiffure. Élisabeth avait des cheveux extrêmement longs et les soignait très bien. Elle dira d’ailleurs à propos de ses cheveux qu’ils sont sa vraie couronne.
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Le début de la mélancolie d’Elisabeth de Wittelsbach a commencé quand son amour de jeunesse meurt de la tuberculose. Les morts de ces deux êtres qu’elle aimait énormément vont la marquer à vie et elle ne revêtira plus que du noir, la couleur du deuil, jusqu’à la fin de sa vie. La mort de son fils Rodolphe et de son cousin Louis II de Bavière dont elle est très proche finiront par la maintenir dans une mélancolie permanente. La mort de son fils sera bien sûr la plus éprouvante voire traumatisante.
Sissi et la Politique : Une Impératrice Engagée
Plus que les bals et les cérémonies officielles, Elisabeth de Wittelsbach est passionnée par la politique. En effet, Sissi ne veut pas être seulement une poupée que l’on trimbale de réception en réception, mais un vrai personnage politique. Elisabeth de Wittelsbach va également marquer l’histoire de la Hongrie, lorsque fraîchement couronnée, l’impératrice d’Autriche va se rendre en Italie et plus particulièrement à Milan et à Venise.
C’est pourtant Élisabeth qui réussit à préserver l’union de la Hongrie à l’Empire. Le 8 juin 1867, François-Joseph et Élisabeth sont solennellement couronnés roi et reine de Hongrie en l’église Notre-Dame de Budapest. Le peuple hongrois leur témoigne sa reconnaissance en leur faisant cadeau du château baroque de Gödöllõ, proche de la capitale. C’est là que naît, un an plus tard, leur dernière fille, l’archiduchesse Marie-Valérie, la préférée de Sissi.
Le Tragique Destin d'une Impératrice
Sissi est poursuivie par les malédictions. Son fils Rodolphe : son fils se serait suicidé. Sa soeur Hélène : Ses deux enfants meurent avant elle ce qui va la plonger dans la folie. Sa soeur Sophie en Bavière : Sophie fut fiancée à son cousin Louis II de Bavière, mais après une longue hésitation, Ludwig II rompt les fiançailles ce qui serait dû à son homosexualité refoulée et à ses profonds sentiments pour Sissi. Sa nièce Mathilde : Mathilde va mourir brulée vive alors qu’elle veut cacher sa cigarette derrière sa robe.
Après le décès de Rodolphe, Élisabeth n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle accuse la cour de Vienne d’être responsable de la mort de son fils et ne portera plus jamais de vêtements de couleur. Désormais drapée de deuil, elle voyage sans relâche, se dissimulant toujours derrière un grand éventail ou un voile, ou sous un pseudonyme qui lui permet de penser qu’elle passe inaperçue.
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Le 10 septembre 1898, alors qu’elle séjourne à Genève, Élisabeth est assassinée par Luigi Lucheni, un anarchiste italien. Elle est inhumée dans la crypte des Capucins à Vienne.
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