Élisabeth Woodville, figure centrale de la série "The White Queen", est une reine d'Angleterre dont le parcours exceptionnel a marqué l'histoire. Son nom est peut-être moins célèbre que celui d'autres monarques, mais son histoire est riche en rebondissements, en scandales et en stratégies politiques.
Une Naissance Scandaleuse et un Premier Mariage
Née en 1437 dans le Northamptonshire, Élisabeth Woodville est confrontée au scandale dès sa naissance. Le mariage de ses parents, Richard Woodville et Jacquette de Luxembourg, est une transgression des mœurs de l'époque, car son père est d'un rang inférieur à sa mère, de sang royal. Bien que proches du roi Henri VI, les Woodville appartiennent à la petite aristocratie anglaise.
Élisabeth épouse en premières noces Sir John Grey de Groby, qui meurt à la seconde bataille de Saint-Albans. Veuve à 23 ans, ruinée et seule avec ses deux enfants (de 5 et 6 ans), elle fait appel au roi Édouard IV d'York pour l'aider à réclamer son héritage.
Un Mariage Secret et un Scandale Royal
La rencontre entre le roi Édouard IV et Élisabeth aurait eu lieu sous un chêne. Édouard IV serait immédiatement tombé sous le charme de celle qui était surnommée « la plus belle femme de l’île de Bretagne ». Ils se marient secrètement en 1464, et Élisabeth devient reine le 26 mai 1465. L’annonce de ce mariage avec une veuve, plus âgée que le roi et roturière, choque la cour. Richard Neville, mentor du roi, désapprouve particulièrement cette union, car il souhaitait qu'Édouard épouse Bonne de Savoie, belle-sœur de Louis XI.
Neville s'allie à Georges Plantagenêt, duc de Clarence et frère du roi, allant même jusqu'à faire emprisonner Édouard IV le 26 juillet 1469. Il exécute le père et le frère d'Élisabeth, et poursuit sa mère pour sorcellerie. Bien qu'acquittée, la réputation de Jacquette de Luxembourg est ternie, tout comme celle de sa fille.
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Les Enfants d'Élisabeth Woodville et d'Édouard IV
De son union avec Édouard IV, Élisabeth Woodville a plusieurs enfants, dont deux fils qui deviendront figures centrales d'un mystère historique : Édouard V et Richard de Shrewsbury, duc d'York.
- Édouard V : Né en 1470, Édouard V devient roi à la mort de son père en 1483, à l'âge de 12 ans. Son règne est de courte durée.
- Richard de Shrewsbury, duc d'York : Né en 1473, Richard est le second fils d'Édouard IV et d'Élisabeth Woodville.
La Disparition des Princes de la Tour
À la mort d'Édouard IV le 9 avril 1483, son frère Richard, duc de Gloucester (futur Richard III), conteste la validité du mariage d'Édouard et d'Élisabeth, avançant un cas de bigamie. Il déclare ses neveux illégitimes et s'empare du trône. Édouard V et Richard de Shrewsbury sont emprisonnés dans la Tour de Londres, où ils disparaissent mystérieusement. Leur sort reste l'un des plus grands mystères de l'histoire anglaise. La rumeur persistante veut que Richard III ait ordonné leur assassinat pour consolider son pouvoir.
La Stratégie Politique d'une Mère
Face à la situation, Élisabeth Woodville fait preuve de résilience et d'esprit stratégique. Elle conspire avec Margaret Beaufort et marie sa fille Élisabeth à Henri Tudor. Ce mariage s'avère être un coup de maître : Henri Tudor remporte la bataille de Bosworth et devient roi sous le nom d'Henri VII.
Élisabeth d'York et la Fin de la Guerre des Deux-Roses
Élisabeth d'York, fille d'Élisabeth Woodville et d'Édouard IV, joue un rôle crucial dans la fin de la Guerre des Deux-Roses. Son mariage avec Henri VII, héritier de la maison de Lancastre, unit symboliquement les deux branches rivales et met fin à des décennies de conflit sanglant.
La Fin de Vie d'Élisabeth Woodville
Élisabeth Woodville finit ses jours à l'abbaye de Bermondsey. Elle décède en 1492, laissant derrière elle une histoire marquée par le scandale, le pouvoir et la tragédie.
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Richard III : Un Roi Controversé
Richard III, oncle d'Édouard V et de Richard de Shrewsbury, est une figure controversée de l'histoire anglaise. Son accession au trône et la disparition des jeunes princes ont suscité de nombreuses spéculations et accusations.
L'Ascendance de Richard III
Richard Plantagenêt, duc d'York, était le fils de Richard, comte de Cambridge, et d'Anne Mortimer. Richard de Cambridge était fils d'Edmond de Langley, duc d'York, fils d'Édouard III, roi d'Angleterre, et de Philippa de Hainaut. Anne Mortimer était fille de Roger Mortimer, comte de March, fils de Philippa Plantagenêt, fille de Lionel d'Anvers, comte de Clarence, fils d'Édouard III, roi d'Angleterre, et de Philippa de Hainaut. Richard d'York descendait donc d'Édouard III des deux côtés.
La Guerre des Deux-Roses
La maison de Lancastre ayant pour emblème une rose rouge et la maison d'York ayant pour emblème une rose blanche, commença alors la Guerre des Deux-Roses. Richard d'York tenta de détrôner Henry VI (qui après son père Henry V avait succédé à son grand-père Henry IV), mais sans succès. Il fut tué en affrontant Henry VI à la bataille de Wakefield. Mais le fils de Richard continua la lutte, et prit sa revanche.
Richard III et Anne Neville
Richard III épousa Anne Neville, fille de Richard Neville, comte de Warwick, et d'Anne de Beauchamp (héritière du comté de Warwick, c'est elle qui le transmit à son mari). Richard Neville était fils de Richard Neville, comte de Salisbury, frère de Cécile Neville, duchesse d'York. Richard III et le comte de Warwick étaient donc cousins germains, et Anne Neville était ainsi nièce à la mode de Bretagne de son mari.
Richard III et Anne Neville n'eurent qu'un fils mort enfant, Édouard de Middleham, prince de Galles. Anne mourut elle-même un an après son fils.
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La Mort de Richard III et la Fin de la Guerre des Deux-Roses
Quelques mois plus tard, les armées de Richard III furent écrasées par celles d'Henry Tudor, héritier de la maison de Lancastre, à la bataille de Bosworth, et Richard y perdit la couronne et la vie. Henry devint Henry VII, roi d'Angleterre, et épousa Élisabeth d'York, nièce de Richard, réconciliant symboliquement les deux branches de Lancastre et d'York et mettant définitivement fin à la fratricide et sanglante Guerre des Deux-Roses.
La Réputation Posthume de Richard III
On sait que la réputation posthume de Richard III fut considérablement compromise par la légende noire que la dynastie Tudor, de façon du reste fort compréhensible, s'employa à répandre sur son compte, et dont la pièce de Shakespeare constitue la quintessence.
Ses effigies elles-mêmes participèrent de ce phénomène, car les portraits dont nous disposons furent peints sous les Tudor, et montrent un homme passablement laid, au visage émacié, aux traits accusés, et à la physionomie cruelle. Un simple détail devait dès l'abord indiquer que ces représentations ne pouvaient pas être bien fidèles, puisque Richard III mourut à trente-trois ans, et semble en avoir cinquante sur tous ses portraits.
La Découverte du Squelette de Richard III
Or, en 2012, son squelette fut miraculeusement retrouvé… sous un parking de Leicester. Le roi avait en effet été inhumé chez les Franciscains de cette ville, mais sa tombe avait disparu depuis la dissolution et la destruction des monastères sous Henry VIII. Les restes formellement identifiés par l'ADN permirent aux spécialistes de livrer une reconstruction faciale à partir de son crâne. Le résultat est particulièrement réussi, et nous restitue enfin le véritable aspect de Richard III. Le visage a retrouvé ses traits harmonieux, et la jeunesse d'un homme de trente ans.
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