Introduction
L'élevage allaitant, un système où les veaux sont élevés par leur mère et nourris de son lait, est un pilier de la production de viande bovine. Face aux défis économiques et environnementaux actuels, ce mode d'élevage est de plus en plus questionné. Cet article explore la définition de l'élevage allaitant, ses enjeux cruciaux, notamment l'efficience alimentaire, la précocité et la résilience des animaux, et présente une synthèse des connaissances acquises grâce à des expérimentations de grande envergure.
Définition de l'Élevage Allaitant
L'élevage allaitant se caractérise par l'utilisation de vaches de race à viande ou mixte, dont la fonction principale est de produire des veaux destinés à la production de viande. Contrairement aux vaches laitières, les vaches allaitantes ne sont pas traites et leurs veaux sont élevés au lait maternel. Les principales races allaitantes en France incluent la Charolaise, la Limousine et la Blonde d'Aquitaine, ainsi que d'autres races moins répandues comme la Rouge des plaines ou l'Aubrac. Une fois leur vie de vache allaitante achevée, elles sont engraissées et vendues sous le nom de vache de réforme avant d’être envoyées à l’abattoir.
Les Enjeux de l'Élevage Allaitant
La filière bovine allaitante est confrontée à de nombreux défis, qui peuvent être regroupés autour de trois axes principaux : l'efficience alimentaire, la réduction des périodes improductives et la résilience face aux aléas climatiques.
Efficience Alimentaire
Dans un contexte de coût croissant des aliments achetés à l'extérieur de l'exploitation, il est crucial que les animaux soient capables d'assurer leurs fonctions vitales (croissance, survie, production, reproduction) de manière efficiente, en valorisant principalement les fourrages plutôt que les concentrés. L'efficience alimentaire est définie comme le rapport entre la production de l'animal et la quantité d'aliment nécessaire pour obtenir cette production (Cantalapiedra-Hijar et al., 2021). Elle peut être estimée à l'aide de critères tels que l'ingéré résiduel (CMJR ou RFI) ou l'indice de consommation. La mesure de l'ingestion individuelle des animaux est cependant une tâche complexe et coûteuse, ce qui limite le phénotypage de ce caractère.
Réduction des Périodes Improductives
La réduction des périodes improductives, notamment celle entre la naissance de l'animal et son premier vêlage, est un levier important pour améliorer la rentabilité et réduire l'impact environnemental de l'élevage. En France, l'âge moyen au premier vêlage des Charolaises était de 36 mois sur la campagne 2018-2019 (Bidan et al., 2019). Cet âge tardif peut constituer un problème de compétitivité face à des races anglo-saxonnes plus précoces. La précocité sexuelle, mesurée par l'âge à la puberté, est un facteur clé pour réduire cet intervalle. Des études ont montré que l'âge à la puberté est influencé par des facteurs environnementaux tels que la saison et l'alimentation (Cardoso et al., 2020; Schillo et al., 1992), mais qu'une variabilité génétique existe également (Perry, 2016).
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Résilience Face aux Aléas Climatiques
Dans le contexte actuel de changement climatique, la vache allaitante est de plus en plus susceptible de faire face à des limitations de la quantité de fourrages disponibles. La capacité d'adaptation des animaux à ces périodes de restriction alimentaire est donc essentielle. Cette capacité peut être définie comme l'aptitude de l'animal à mobiliser ses réserves corporelles pour faire face au déficit énergétique, à maintenir sa capacité à produire et à se reproduire, et à restaurer ces fonctions après la fin de la perturbation (Blanc et al., 2010). Elle représente une facette de la résilience, définie comme la capacité des animaux à faire face à une perturbation (vague de chaleur, pathogène…), en tenant compte de l'intensité de l'impact et de la rapidité du retour à l'état initial (Poppe et al., 2021).
Étude Expérimentale sur la Précocité, l'Efficience et la Résilience en Race Charolaise
Afin d'approfondir les connaissances sur ces trois caractères et leurs liens, une expérimentation de grande envergure a été menée sur des femelles de race charolaise.
Dispositif Expérimental et Méthodes
L'expérimentation, schématisée figure 1, reposait sur l'étude des mêmes femelles à différentes étapes de leur vie. Entre 2011 et 2015, 650 génisses de race charolaise sont nées sur les deux unités expérimentales INRAE de Bourges (306 animaux) et du Pin (344 animaux). Un total de 56 taureaux d’insémination a été utilisé afin de constituer un fond génétique commun entre les deux troupeaux : 48 mâles d’entreprises de sélection (8,5 génisses/père en moyenne) choisis pour leurs caractéristiques extrêmes (améliorateurs ou détériorateurs) en matière d’efficience alimentaire (40 mâles) ou de précocité sexuelle (8 mâles), et 8 mâles eux-mêmes produits sur l’unité du Pin-au-Haras pour favoriser la variabilité en termes de précocité sexuelle (26,0 génisses/père en moyenne).
Dans un premier temps, le développement corporel et sexuel des femelles a été suivi depuis leur naissance jusqu'à l'âge de 22 mois. Les animaux ont été pesés à la naissance, puis une fois par mois jusqu’à l’âge de 22 mois. Une double pesée supplémentaire était effectuée au moment du sevrage (entre 7 et 8 mois). Des gains moyens quotidiens (GMQ) pendant différentes périodes et des poids à âge-type ont été déterminés par régression linéaire de ces pesées régulières en fonction du temps. À 18 mois, des mesures de conformations externes (hauteur au garrot, largeur d’épaule, largeur aux trochanters) et internes (pelvimétrie) ont été réalisées. Des échantillons de sang ont été prélevés à la queue tous les dix jours afin de déterminer l'âge d'apparition de la puberté par dosage ELISA de la progestérone circulante (Canépa et al., 2008). Cette partie de l'expérimentation s'est terminée par un passage en station de contrôle d'ingestion individuelle pour estimer leur efficience alimentaire pendant une durée de 12 semaines (après 4 semaines d’adaptation) à l’aide d’auges individuelles équipées de portillons automatiques. Un fourrage grossier (du foin au Pin, complémenté par un kg de concentré et de l’ensilage d’herbe à Bourges) était distribué aux animaux avec pesée quotidienne de l’offert et pesée des refus trois fois par semaine. L’efficience alimentaire a été déterminée par le calcul de l’ingéré résiduel (CMJR). Pour certaines cohortes, un accès à un GreenFeed® (C-Lock, USA) était possible et a permis d'obtenir des mesures d'émissions de méthane entérique pour ces animaux.
Après leur premier vêlage, les génisses devenues vaches ont participé à un challenge alimentaire pendant trois lactations successives (pour les femelles de l'unité du Pin uniquement). Le challenge était divisé en deux phases : une phase de restriction « hivernale » (jusqu'à la mise à l'herbe) pendant laquelle la moitié des animaux (lot BAS) était nourrie en quantités limitées, et une phase de récupération « printanière » (de la mise à l'herbe jusqu'à mi-juillet) où tous les animaux étaient conduits ensemble. Les poids des vaches et des veaux, ainsi que les notes d'état corporel des vaches (NEC), étaient déterminés régulièrement. La production laitière était estimée par pesée du veau avant et après tétées. Enfin, la reprise de la cyclicité était déterminée par dosage de la progestérone.
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Précocité Sexuelle et de Développement des Génisses
Environ 10 % des animaux (57 femelles) n'étaient toujours pas cyclés à la fin de la période de prélèvement. Pour ceux dont l'apparition de la cyclicité a eu lieu pendant la période de prélèvement, l'âge moyen de la puberté a été de 16,7 mois (médiane 16,4). Le lieu d'élevage n'a pas eu d'effet significatif sur l'apparition de la cyclicité. En revanche, l'effet de la saison de naissance a été très fort : les femelles nées en hiver étaient pubères plus tardivement que celles nées au printemps (différence de l'ordre de 2 mois et demi pour atteindre 50 % de l'effectif cyclé). Cet effet de la saison sur l'apparition de la puberté a déjà été rapporté dans la littérature (Schillo et al., 1992). Une héritabilité modérée de 0,21 ± 0,08 a été estimée pour l'âge à la puberté.
Efficience Alimentaire et Émissions de Méthane
L'étude a permis d'évaluer l'efficience alimentaire des génisses en station de contrôle, ainsi que leurs émissions de méthane entérique grâce à l'utilisation du GreenFeed®.
Réponse au Challenge Alimentaire
Le challenge alimentaire a permis d'étudier la résilience des femelles allaitantes face à la restriction alimentaire, en évaluant leur capacité à s'adapter à la perturbation et à récupérer une fois celle-ci terminée.
Conclusion
L'élevage allaitant est un système complexe qui doit relever de nombreux défis pour assurer sa durabilité économique et environnementale. L'amélioration de l'efficience alimentaire, la réduction des périodes improductives et l'augmentation de la résilience des animaux sont des leviers essentiels pour atteindre cet objectif. L'expérimentation menée sur des femelles de race charolaise a permis d'acquérir de nouvelles connaissances sur ces caractères et leurs liens, ouvrant ainsi des perspectives pour l'amélioration génétique et la gestion des troupeaux allaitants.
Perspectives d'Avenir
La filière bovine allaitante est en constante évolution. Pour répondre aux attentes sociétales et aux enjeux environnementaux, elle s'engage dans une démarche d'amélioration continue de ses pratiques.
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Amélioration des Pratiques d'Élevage
La filière s'engage à se concerter avec les ONG environnementales, de protection animale et de consommateurs pour prendre en compte les attentes et améliorer les pratiques. Une campagne de formation et de sensibilisation à destination des éleveurs a été menée pour encourager une meilleure prise en charge de la douleur lors de l'écornage.
Montée en Gamme des Produits
La filière vise une montée en gamme des produits, notamment en augmentant la part du Label Rouge, qui garantit une meilleure qualité organoleptique et des conditions d'élevage améliorées.
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