L'Eurovision, un concours musical international, est souvent perçu comme un événement apolitique. Cependant, la participation d'Israël, et plus particulièrement celle d'Eden Golan, suscite régulièrement des débats passionnés, mêlant questions d'identité, de géopolitique et de droits humains. Alors que la 68e édition du concours Eurovision de la chanson s'est tenue à Malmö, en Suède, l'événement a été la cible d'appels au boycott, en raison de la participation d'Israël, décriée par de nombreux observateurs et associations de défense des droits humains. Ces derniers dénoncent les massacres de civils (plus de 34 000 personnes) perpétrés par l'armée israélienne dans les territoires palestiniens depuis plusieurs mois, en représailles des attaques terroristes menées par le Hamas le 7 octobre 2023.
L'Eurovision : Une Histoire Européenne qui Dépasse les Frontières
Contrairement à la majorité des autres nations concourant chaque année, l'État hébreu se situe en effet géographiquement en Asie et non sur le continent européen. Comme son nom l'indique, l'Eurovision était pourtant à sa création, en 1956, un événement concernant exclusivement des pays situés en Europe, et plus précisément sept nations seulement : l'Allemagne, la Belgique, la France, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse. Le panel n'a ensuite cessé de s'élargir, suivant l'évolution de l'organisateur du concours, l'Union européenne de radio-télévision (UER).
À sa création en 1950, l'UER se définit comme une association professionnelle internationale regroupant les services de radiodiffusion de différents pays, mais aussi une plateforme destinée à l'établissement d'un réseau commun. C'est précisément ce réseau commun qui sera baptisé Eurovision en 1954 et donnera naissance deux ans plus tard au célèbre concours musical retransmis en simultané dans tous les pays couverts.
Dans les années 1960 et 1970, l'UER a donc entrepris d'étendre son influence, accueillant progressivement de nouveaux membres actifs, ainsi que des membres affiliés. Pour ce faire, l'organisation a pris pour base la Zone européenne de radiodiffusion (ZER) définie en 1961 par l'Union internationale des télécommunications et qui dépasse largement les limites géographiques de l'Europe. Plusieurs nations du bassin méditerranéen ont donc été rapidement associées à l'UER, qui n'a pas hésité, à partir des années 1970 à inviter certains de ces pays à participer à l'Eurovision. Ainsi, en 1973, Israël devient le premier pays non-européen à prendre part au concours. L'Etat hébreu sera ensuite imité par la Turquie (1975) et par le Maroc (1980). Plus récemment, d'autres nations situées hors de l'Europe, comme l'Arménie (2006) et l'Azerbaïdjan (2008), ou même hors de la ZER, comme l'Australie (2015), ont également rejoint le contingent des participants à l'Eurovision. Cette extension progressive de son aire d'influence a ainsi permis à l'UER de devenir la plus importante association de radiodiffuseurs nationaux dans le monde à l'heure actuelle.
Israël et l'Eurovision : Une Longue Histoire de Succès et de Polémiques
Pour sa part, Israël s'est imposé assez rapidement comme un acteur incontournable de l'Eurovision, avec une première victoire en 1978, puis une deuxième dès l'année suivante à domicile (la tradition veut que le vainqueur sortant de l'Eurovision accueille l'édition suivante). Devenu un habitué de l'événement, Israël a ensuite remporté deux autres succès (en 1998 et 2018) et participé au total 46 fois au concours depuis 1973. Ce chiffre, qui situe l'Etat hébreu à la 16e place des pays comptant le plus d'apparition à l'Eurovision, entre l'Italie et la Grèce, explique largement pourquoi l'Israeli Public Broadcasting Corporation, réseau national de télécommunications, a intégré l'UER à titre permanent en 2017.
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La participation d’Israël crée la polémique depuis plusieurs semaines déjà. Plusieurs pétitions ont circulé réclamant l’exclusion du pays, en raison de la guerre opposant Israël et le Hamas à Gaza. Alors que la Russie a été évincée du concours aux premières heures de l'invasion de l'Ukraine, le conflit entre Israël et le Hamas s’invite dans la prochaine édition, organisé à Malmö en Suède le 11 mai. Dans une pétition publiée le 30 janvier dans le quotidien Aftonbladet, plus de 1000 artistes locaux ont réclamé l’exclusion de l’État hébreu en raison des bombardements qui ont entraîné la mort de milliers de civils palestiniens, en riposte à l’attaque du 7 octobre."Autoriser des pays qui nient les règles du droit international humanitaire à participer à cet évènement culturel international banalise la violation de ce droit et invisibilise souffrances des victimes", écrivent les signataires. Parmi eux figurent des stars de la pop suédoise comme Robyn, Fever Ray, First Aid Kit ou encore la chanteuse d’opéra Malena Ernman, maman de l’activiste Greta Thunberg, qui fut candidate à l’Eurovision en 2009.
Les Suédois ne sont pas les premiers à manifester leur opposition à la venue de la candidate israélienne, Eden Golan. Mi-janvier, quelque 1400 artistes finlandais ont demandé à la télé publique de leur pays de boycotter le concours s’ils ne sont pas entendus. Fin décembre, le candidat britannique Olly Alexander a lui signé une tribune de l'organisation LGBT Voices4London accusant Israël d'apartheid et de génocide sur le peuple palestinien.
Eden Golan : Entre Identité Israélienne et Expérience Russe
Si Eden Golan est née à Kfar Saba, en Israël, elle a vécu ensuite en Russie, ne revenant dans son pays de naissance qu’au lendemain de la guerre en Ukraine. Elle a d’ailleurs participé aux sélections de l’Eurovision Junior pour la Russie en 2015, avant de participer à l’édition russe de "The Voice Kids" en 2018. Aurait-elle eu la moindre de chance de participer si elle était restée dans son pays d'adoption ?
La jeune chanteuse Eden Golan a représenté Israël lors du concours Eurovision le 11 mai en Suède. Depuis plusieurs semaines, de nombreux artistes réclament l'éviction de l'Etat hébreu en raison des victimes civiles à Gaza. Ce jeudi, les organisateurs déclarent que le cas d'Israël n'est pas le même que celui de la Russie, évincée depuis le début de la guerre en Ukraine.
Après la mort fin décembre à Gaza de Shaul Greenglick, un soldat de Tsahal qui s'était présenté aux auditions en treillis, c'est la chanteuse Eden Golan, 20 ans, qui a été désignée lors d’une émission de télé diffusé le 6 février. Pour défendre ses chances, elle a interprété le tube d'Aerosmith "I Don’t Want To Miss a Thing" en hommage… aux otages enlevés par le Hamas le 7 octobre."Je veux me tenir devant toute l'Europe et porter haut les couleurs de notre nation", a-t-elle déclaré après sa victoire. "Je promets de faire de mon mieux pour que le concours Eurovision ait lieu en Israël."
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Une Polémique qui Divise l'Opinion
La qualification, jeudi 9 mai, d’Israël, a soulevé l’indignation. Plusieurs milliers de personnes, pro-palestiniennes, avaient d’ailleurs manifesté en amont de sa prestation à Malmö en Suède, où a lieu le concours. Ils étaient entre 10 et 12.000 à protester dans les rues suédoises alors que la chanteuse Eden Golan montait sur scène pour défendre sa place.
Il y a quelques heures, Eden Golan a reçu le soutien de 400 stars internationales, réunies dans une lettre ouverte coordonnée par l’ONG Creative Community for Peace. Parmi elles, l’actrice britannique Helen Mirren, son compatriote le chanteur Boy George, le bassiste américain de Kiss Gene Simmons ou encore les actrices hollywoodiennes Selma Blair et Emmy Rossum."Nous sommes choqués et déçus de voir certains membres de la communauté du divertissement appeler à l’exclusion d’Israël du concours pour avoir riposté au plus important massacre de Juifs depuis la Shoah", écrivent-elles.
Le groupe public de radio et télévision espagnol RTVE a réclamé un « débat » sur la présence d’Israël à l’Eurovision, dont la finale est prévue en Suisse, en raison des « inquiétudes » liées à « la situation à Gaza ».« RTVE a adressé une lettre » à l’Union européenne de radio-télévision (UER), qui organise le concours, « pour demander l’ouverture d’un débat sur la participation au concours de la télévision publique israélienne (KAN) », indique le groupe public espagnol dans un communiqué.
Dans ce contexte, « il serait approprié que l’UER reconnaisse l’existence de ce débat et prévoit un espace de réflexion entre les diffuseurs membres de l’UER sur la participation de la télévision publique israélienne » au concours, conclut le groupe public.
L'UER Face à la Pression Politique
"Les comparaisons entre les guerres et les conflits sont complexes et difficiles et, en tant qu'organisme de média apolitique, il ne nous appartient pas de les établir", déclare Noel Curran, le directeur général de l'Union Européenne de Radio-Télévision (UER), qui regroupe les diffuseurs de la compétition de chant. "Il ne s'agit pas d'un concours entre gouvernements", précise-t-il.
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Si la Russie ne participe plus au concours depuis 2022, c'est parce que "les radiodiffuseurs russes avaient été suspendus de l'UER en raison de leurs manquements persistants à leurs obligations de membre et pour avoir violé les valeurs du service public", précise Noel Curran. Dans le cas d'Israël, "nos organes directeurs ont convenu que le radiodiffuseur public israélien Kan satisfaisait à toutes les règles du concours et qu'il pouvait participer comme il l'a fait au cours des 50 dernières années".
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