L'eczéma du nourrisson, ou dermatite atopique, est une affection cutanée courante qui touche près d'un bébé sur cinq en Europe. Caractérisée par des démangeaisons intenses, des rougeurs et des éruptions cutanées, elle peut impacter significativement la qualité de vie et le sommeil du nourrisson, tout en suscitant l'inquiétude chez les parents. Une étude récente, menée en France et publiée dans la revue "Nature", suggère un lien potentiel entre le stress maternel pendant la grossesse et l'apparition de l'eczéma chez le nouveau-né. Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives sur les causes de cette pathologie et pourrait conduire à des stratégies de prévention innovantes.

L'eczéma du nourrisson : un problème de santé publique

L’eczéma du nourrisson touche environ deux enfants sur dix. L'eczéma, ou dermatite atopique (DA), peut affecter sérieusement la qualité de vie et le sommeil du bébé. Des démangeaisons insupportables, des rougeurs qui perturbent le sommeil et la qualité de vie : l’eczéma, aussi appelé dermatite atopique, est une maladie cutanée qui touche de nombreux nourrissons. Ces symptômes apparaissent souvent dans des zones humides soumises à des frottements constants telles que les plis des coudes et des genoux, ou encore à l’intérieur des couches-culottes, mais les causes profondes de la maladie restent encore mal connues. Pour le moment, les causes d’apparition de cette maladie chronique de la peau ne sont pas clairement identifiées.

La dermatite atopique est une maladie inflammatoire chronique, dont chaque récidive génère d’intenses démangeaisons. L’eczéma du nourrisson se manifeste par des démangeaisons intenses et des rougeurs sur le visage, le cou ou le ventre. L’eczéma, souvent associé à d’autres allergies (alimentaires, crises d’asthme…), se développe à partir de l’âge de 3 mois. Sa prévalence est estimée à 8 % ou 9 % chez les enfants de 6-7 ans et à 10 % chez ceux de 13-14 ans. La maladie disparaît généralement au cours de l’enfance, « mais 10 % à 15 % des cas persistent jusqu’à l’âge adulte », observe l’Inserm.

Le stress maternel : un facteur de risque potentiel

Des études épidémiologiques scandinaves ont montré que plus la mère était stressée pendant la grossesse, plus il y avait de chances que les nourrissons à la naissance développent cette forme d’eczéma. Les chercheurs sont partis des résultats de plusieurs études, qui n’avaient toutefois pas établi de lien de cause à effet : lorsqu’une mère subit un stress important durant la grossesse, le bébé présente davantage de risque de souffrir d’eczéma. Une étude française, publiée le 27 août dans la revue Nature, dévoile comment, chez le nourrisson, cette maladie inflammatoire chronique de la peau, non contagieuse, pourrait résulter d’un stress maternel important durant la grossesse.

Une nouvelle étude coordonnée par l’équipe de Nicolas Gaudenzio au sein de l’Institut Toulousain des Maladies Infectieuses et Inflammatoires (Infinity, CNRS/Inserm/UT), publiée le 27 août dans la revue Nature ouvre la voie à une meilleure compréhension de l’origine de ces symptômes. Ces derniers pourraient être causés par une élévation du taux de cortisol, l’hormone du stress, pendant le deuxième trimestre de grossesse, qui dérègle le système immunitaire fœtal et entraîne une hypersensibilité de la peau, dès la naissance.

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L'étude sur les souris : une démonstration du lien de cause à effet

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont exposé des souris gestantes à des lumières désagréables plusieurs fois par jour, entre le 13 e et le 18e jour de leur grossesse. Pour comprendre ce phénomène, les chercheurs ont travaillé sur des souris gestantes, exposées plusieurs fois par jour à des lumières désagréables entre le 13e et le 18e jour de leur grossesse. C’est à ce moment que les systèmes immunitaire et nerveux se mettent en place au sein de la peau. À ce stade, les systèmes immunitaire et nerveux cutanés sont en plein développement. Ce stress s’est immédiatement traduit par une élévation de leur taux de cortisol, comme les chercheurs ont pu l’observer grâce à des prélèvements de sang et de liquide amniotique. Résultat : une élévation immédiate du cortisol, confirmée par des prélèvements sanguins et de liquide amniotique.

Après la naissance, « à première vue, aucun signe anormal n’était visible chez la descendance, hormis une légère altération de la barrière cutanée : une perte accrue d’eau transépidermique - c’est-à-dire une évaporation de l’eau à travers la peau plus importante que d’habitude. Après la naissance, « à première vue, aucun signe anormal n’était visible chez la descendance, hormis une légère altération de la barrière cutanée : une perte accrue d’eau transépidermique », explique Nicolas Gaudenzio. Or, cette condition est connue pour favoriser l’apparition de l’eczéma, surtout chez les enfants », explique Nicolas Gaudenzio, chercheur Inserm et dernier auteur de l’étude.

Pour reproduire les sensations d’un bébé dans sa couche, les chercheurs ont appliqué des compresses humides sur le dos des souris. Et pour imiter les conditions d’un bébé qui présente un eczéma (macération et frottements dans les zones humides notamment au niveau des couches), ils ont utilisé des compresses humides. Puis, en reproduisant les conditions de frottement et d’humidité que peuvent ressentir les bébés (couches, plis), les souris dont les mères avaient été stressées ont développé des éruptions cutanées et une hypersensibilité, signe de lésions d’eczéma profondes. Certaines zones sensibles, telles que le cou, les plis du coude et des genoux ont ensuite été délicatement frottées à l’aide d’un ruban adhésif. Résultat : la descendance des souris stressées pendant leur grossesse a développé des éruptions cutanées et une hypersensibilité, signe de lésions eczémateuses profondes, alors que l’épiderme des souris témoins est resté intacte et lisse. Mais soumis à des frottements simulant la vie dans une couche, ils ont développé des éruptions cutanées et une hypersensibilité nette, alors que les petits de mères non stressées présentaient une peau intacte.

Les mécanismes biologiques en jeu

Pour mieux comprendre la cause de ces lésions, les chercheurs sont ensuite allés voir au plus près des mécanismes inflammatoires et des voies nerveuses sensorielles stimulées lors d’une poussée d’eczéma. Les scientifiques ont, de plus, mis en évidence une modification dans le système immunitaire de ces souriceaux, au niveau des mastocytes, qui sont largement impliqués dans l’eczéma, du fait qu’ils relarguent l’histamine quand ils sont stimulés.

Une première analyse par séquençage de l’ARN des fibres nerveuses qui innervent la peau a alors permis d’observer que les neurones qui perçoivent la sensation de toucher, étaient davantage activés chez la descendance des souris stressées. Grâce au séquençage de l’ARN des fibres nerveuses cutanées, ils ont découvert que les neurones sensibles au toucher étaient davantage activés chez la descendance des souris stressées. Ces neurones sont à l’interface entre le système nerveux central et le reste de l’organisme, dans les ganglions de la racine dorsale de la moelle épinière. Des études comportementales complémentaires ont pu mettre en évidence qu’en effet, les souriceaux issus de mères stressées avaient une sensibilité au toucher exacerbée. « Cela démontre une hypersensibilité nerveuse au niveau la peau, car ce sont ces neurones spécialisés qui transmettent la sensation du toucher sous la forme de signaux électriques au niveau du cerveau », complète Nadine Serhan, première autrice de l’étude.

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Puis, les chercheurs ont observé que l’expression de nombreux gènes des mastocytes (530 au total) avait été modifiée, signe d’un profond changement dans leur fonctionnement. En parallèle, l’expression de 530 gènes liés aux mastocytes (cellules immunitaires responsables de la libération d’histamine) s’est révélée modifiée. « En temps normal, ces cellules immunitaires libèrent de l’histamine, la substance à l’origine des rougeurs et des démangeaisons, en présence d’un agent allergène ou irritant. Mais ici, les mastocytes sont déjà activés au repos, dans un environnement neutre, ce qui veut dire que la peau est prédisposée à développer l’inflammation », explique Nicolas Gaudenzio.

Confirmation chez l'humain

L’analyse de prélèvements sanguins de 58 femmes enceintes en collaboration avec des chercheurs et cliniciens de Singapour va dans le sens de l’hypothèse de l’équipe de recherche : des taux de cortisol élevés ont également été observés au cours du deuxième trimestre de la grossesse (qui correspond au moment où les systèmes immunitaires et nerveux se développent dans la peau chez l’humain), chez les mères souffrant d’eczéma. Pour renforcer ces observations, l’équipe toulousaine a collaboré avec des chercheurs et cliniciens de Singapour. Ils ont analysé les prélèvements sanguins de 58 femmes enceintes et constaté que celles qui souffraient d’eczéma présentaient également des taux élevés de cortisol au cours du deuxième trimestre. Une période critique, puisqu’elle correspond à la mise en place des systèmes immunitaire et nerveux cutanés chez le fœtus.

Implications et perspectives

« C’est la première fois qu’il y a une démonstration claire que l’eczéma du nourrisson pourrait avoir des causes antérieures à la naissance du bébé », souligne Nicolas Gaudenzio. Ces données confirment que l’expérience maternelle pendant la grossesse peut influencer durablement la santé de l’enfant.Ces résultats soulignent l’importance d’étudier comment l’expérience des femmes enceintes affecte la santé des enfants", conclut Nicolas Gaudenzio. Les chercheurs souhaitent désormais poursuivre les études sur les systèmes immunitaires et nerveux in utero, en particulier au cours du deuxième trimestre de grossesse.

Si cette découverte n’apporte pas de solution immédiate aux familles confrontées aux nuits hachées et aux crises de démangeaisons de leur bébé, elle ouvre une nouvelle piste : celle de la prévention. En comprenant comment le stress maternel agit sur le système immunitaire du fœtus, les chercheurs espèrent développer à terme de nouvelles stratégies de dépistage ou d’accompagnement des femmes enceintes. Quand je présente ces données en congrès, de nombreuses femmes viennent me voir en me disant que ça fait totalement sens, qu’elles ont eu des périodes compliquées (déménagement, décès de proches) et que leur enfant a développé cet eczéma. Mais le but n’est pas de rajouter un stress de plus sur les femmes enceintes ! On réfléchit donc à une proposition de détection de cortisol, dans le sang ou la salive, pour sensibiliser ces femmes et anticiper des comorbidités allergiques comme les allergies alimentaires, l’asthme allergique.

Importance de la santé maternelle

Il faut s'intéresser vraiment à la santé aussi de la mère, parce que c'est vraiment une symbiose ce développement in-utero de l'enfant. L'un influence l'autre et vice-versa, donc c'est très important de comprendre comment tout cela est régulé pour appréhender ces pathologies pédiatriques.

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