Les 1 000 premiers jours de la vie d'un enfant représentent une période cruciale pour son développement. Durant ces premières années, le cerveau se construit à un rythme effréné, façonnant les bases du langage, de la motricité, de la régulation émotionnelle et de la socialisation. L'utilisation des écrans chez les bébés suscite des inquiétudes croissantes parmi les parents et les experts en santé infantile. Pourquoi les écrans sont-ils considérés comme néfastes pour les bébés ? Quelles sont les conséquences potentielles des écrans sur eux ? Pourquoi est-il recommandé de limiter, voire d'éviter, l'exposition des tout-petits à ces dispositifs ?
Développement du nourrisson et écrans : un enjeu majeur
L’association « bébé et écran » est devenue monnaie courante dans de nombreux foyers, mais les professionnels de la santé mettent en garde contre cette pratique. En effet, les premières années de la vie d’un enfant sont cruciales pour son développement cognitif, émotionnel et physique. L’exposition précoce aux écrans, entre la naissance et l’âge de 5 ans, peut compromettre ces aspects fondamentaux.
Avec une moyenne de 6,6 écrans présents dans chaque foyer français (Médiamétrie, 2022), les télévisions, ordinateurs, tablettes, smartphones… font partie du quotidien des bébés d’aujourd’hui. Dans un monde où les écrans sont omniprésents, le défi est de les utiliser avec conscience et parcimonie.
Pourquoi les écrans sont-ils considérés comme néfastes pour les bébés ?
Les écrans sont néfastes chez les bébés de façons diverses. Il y a le cas des petits qui sont exposés de manière directe aux écrans et ceux qui sont exposés de façon passive à l’écran de leurs parents (la télévision par exemple). On constate également un problème avec les parents qui, eux-mêmes sur leurs écrans, jouent moins, parlent moins et, en bref, interagissent moins avec leur enfant.
Stimulation visuelle excessive
Les écrans émettent une lumière bleue et intense qui peut entraîner une surstimulation visuelle chez les bébés, dont les yeux sont encore en développement. Outre de possibles problèmes de vue, le temps passé devant les écrans remplace souvent les activités physiques essentielles au bon développement moteur et du cerveau des tout-petits. Un enfant doit expérimenter à l’aide de tous ses sens afin de se développer correctement. Il est essentiel qu’il joue, sorte, imagine, échange… De 0 à 5 ans, chaque interaction crée une connexion chez le bébé et construit son cerveau et son langage. Les interactions parents/enfants sont donc cruciales.
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Impact sur le sommeil
Regarder un écran, surtout avant le coucher, n’est pas sans impact sur le sommeil du bébé. La lumière bleue émise par les écrans réduit en effet la production de mélatonine, l’hormone du sommeil, rendant l’endormissement plus difficile et favorisant des réveils nocturnes.
Faux effet apaisant et surcharge sensorielle
Méfiez-vous également du faux effet apaisant des écrans. Lorsque votre bébé est captivé par le flux continu de sons, d’images et de lumières, il peut sembler calme, voire absorbé. Une exposition prolongée surcharge le cerveau immature de l’enfant, et lorsque l’écran s’éteint, cette stimulation excessive peut se traduire par des réactions émotionnelles intenses : pleurs, irritabilité ou crises de colère. Les contenus très stimulants et rapides peuvent entraîner une surcharge sensorielle et captiver l’attention des tout-petits de manière excessive.
Interférence avec le développement du langage
Pour développer son vocabulaire, le bébé a besoin de dialogues vivants. Échanger des regards avec les autres, entendre une réponse à ses babillages, observer les expressions du visage des gens autour de lui. Ces interactions aident l’enfant à comprendre les mots et à décoder les émotions de son entourage. Alors que penser des jeux, programmes ou applications qui se vantent d’être éducatifs ? Les prétendus bénéfices des émissions enfantines, applications et jeux sur le développement du langage sont contredits par les neurosciences. Pour apprendre à parler et enrichir son vocabulaire, l’enfant a besoin d’interactions avec une personne réelle. Les échanges humains permettent de décoder les mouvements liés à la production des mots, nourrissent les compétences sociales et affectives et les autres éléments essentiels à tout échange. Les moments passés devant un écran sont autant d’opportunités manquées pour l’interaction et la communication. Des études ont lié une exposition excessive aux écrans à des retards dans le développement du langage et des compétences sociales chez les tout-petits.
Risque de dépendance
L’exposition précoce aux écrans peut créer une dépendance chez les jeunes enfants, rendant difficile la transition vers des activités plus interactives et éducatives. En effet, les écrans ont un pouvoir addictif puissant chez les petits.
Perturbation des apprentissages
Des recherches indiquent que l’utilisation précoce des écrans peut perturber le sommeil des bébés. Parmi les études scientifiques mentionnées, celle qui a trait à la cohorte ELFE est remarquable par son ampleur. Menée en France, ladite étude a suivi le développement de près de 18 000 enfants nés en 2011. Elle livre des connaissances précieuses sur leur développement physique, cognitif, social et affectif, en tenant compte de nombreux facteurs tels que le milieu socio-économique et environnemental. Ses résultats incitent à penser que la consommation quotidienne d’écrans perturbe les apprentissages des enfants. Ainsi, l’étude note que les enfants de deux ans qui regardent fréquemment la télévision pendant les repas tendent à avoir un développement langagier et cognitif plus faible à l’âge de 3,5 ans par rapport à ceux qui ne la regardent pas.
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Recommandations et limites
D’autres experts, dont le psychiatre Serge Tisseron, préconisent une interdiction totale des écrans avant 3 ans, afin de ne pas interférer avec le développement global de l’enfant. La règle 3-6-9-12 de Serge Tisseron, relayée par l’AFPA, stipule également qu’avant 3 ans, les écrans doivent être évités.
Il existe plusieurs recommandations sur l’usage des écrans avant 5 ans. Dès la naissance, les premiers contacts visuels (les proto-regards) sont essentiels pour créer le lien d’attachement de bébé avec ses parents. Un bébé qui pleure ne doit pas être calmé par un écran. Il a besoin d’une présence : le prendre, le porter contre soi, le promener en poussette.
Publié au printemps 2024, le rapport « Enfants et écrans : À la recherche du temps perdu » commandé par le président Emmanuel Macron auprès d’une commission d’experts, a donné lieu à des recommandations aux intonations inquiétantes. Soulignant l’urgence de repenser l’utilisation des technologies numériques chez les enfants et les adolescents, le rapport recommande d’encadrer celui-ci par des limites strictes.
Globalement sur quoi est-on d’accord ?
- Regarder la télévision pendant les repas détourne l’attention des petits. Ils consomment des rations caloriques plus importantes et avalent machinalement sans savourer.
- Des études ont montré que lorsque des enfants de moins de 2 ans étaient laissés seuls devant un écran, ils n’en ressortaient aucun apprentissage. Les chaînes TV et tablettes éducatives pour tout-petits sont inutiles. Bébé a besoin d’interactions humaines pour apprendre.
- Les enfants exposés aux écrans avant l’âge de 3 ans sont plus à risque de développer des troubles attentionnels à l’âge de 7 ans. Pourquoi ? Lorsque les enfants regardent un écran, ils répondent à une attention primaire réflexe, qui n’est pas une concentration volontaire.
- La télévision, le téléphone… les écrans en général entraînent une heure de coucher plus tardive, une durée de sommeil plus courte, des difficultés à s’endormir et à maintenir son sommeil, et enfin une fatigue diurne.
Alternatives et bonnes pratiques
- Privilégier les interactions humaines : Pour développer son vocabulaire, le bébé a besoin de dialogues vivants. Échanger des regards avec les autres, entendre une réponse à ses babillages, observer les expressions du visage des gens autour de lui.
- Encourager le mouvement et l'exploration : Le bébé apprend en mouvement. Ramper, attraper des objets, secouer, sauter ou simplement explorer son environnement en toute liberté renforce sa coordination et ses capacités physiques.
- Proposer des activités alternatives : La lecture (livres en tissu ou cartonnés avec des images simples et colorées), les jeux, les sorties en plein air sont autant d'alternatives enrichissantes aux écrans.
- Être un modèle : Les bébés imitent leurs parents. L’arrivée de bébé est un bon moment pour réfléchir à notre propre consommation d'écrans. L’idée n’est pas de tout changer du jour au lendemain, mais plutôt, d’aller progressivement vers ce qui nous parait faisable.
- Être attentif aux signaux de l'enfant : Quand bébé est énervé, il a besoin de notre présence : le prendre, le porter contre soi, le bercer, le promener en poussette ou dans un porte-bébé ou une écharpe de portage peut l’aider à s’apaiser. Les écrans captivent bébé, mais le calme n’est qu’apparent.
Le rôle des parents
Dans un monde où les écrans sont omniprésents, le défi est de les utiliser avec conscience et parcimonie. L’impact des écrans sur les enfants reconnu par tous. D’abord que tous ont conscience des effets des outils numériques sur le développement des enfants. Ainsi, les professionnels de santé, lorsqu’on les interroge (question ouverte) sur les facteurs affectant le plus le développement des enfants, celui qui ressort « spontanément, ce sont les écrans » (pour 50% d’entre eux). Des impacts toutefois qui ne sont pas exclusivement négatifs, certains pros relevant des effets positifs (« jeux interactifs avec d’autres enfants »).
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Sur le terrain, les professionnels sont nombreux à constater des situations où les écrans sont omniprésents dans le quotidien des familles. Ainsi, 83% notent souvent des écrans allumés sans que personne ne soit devant (lors de leurs visites à domicile), 63% remarquent souvent des enfants qui jouent avec le téléphone de leurs parents ou encore 62% voient souvent des parents qui utilisent leur téléphone pendant qu’ils s’occupent de leurs enfants. Et les résultats montrent également que ¾ des pros ont envisagé un lien entre l’exposition aux écrans et des difficultés de développement chez l’enfant.
La grande majorité d’entre eux (96%) a conscience que l’usage des écrans impacte le développement des enfants. Plus précisément : 64% des familles interrogées ont relevé des conséquences négatives de l’utilisation des écrans par les enfants et 56% ont noté de tels effets liés à leur propre usage des écrans. A noter que lorsqu’il s’agit de pratiques numériques excessives de la part des parents, 98% des pros pensent qu’elles peuvent être néfastes à la relation parent-enfant. Parmi les effets négatifs perçus par les familles, dans le top 3 : les troubles du comportement (52%), de l’attention (36%), les problèmes de sommeil (33%). Des chiffres en augmentation par rapport au baromètre 2023.
En pratique, deux tiers des parents disent encadrer l’utilisation des outils numériques par leurs tout-petits (à certains moments de la journée et pendant un temps limité), tandis que 10% leur donnent un accès illimité. A noter que 40% affirment quand même être dépassés par l’évolution du numérique.
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