L'école maternelle du Petit Bard, située dans un quartier prioritaire de Montpellier, se trouve au cœur de problématiques sociales et éducatives complexes. Cet article vise à explorer les enjeux auxquels cette école est confrontée, les avis et actions des parents d'élèves, ainsi que les perspectives d'avenir pour une meilleure mixité sociale et une réussite scolaire accrue.
Un Contexte de Ségrégation Sociale et Ethnique
À l'automne 2015, Regards consacrait un dossier aux banlieues, soulignant que dix ans après les émeutes, la France semblait rejouer la même tragédie. En 2023, le meurtre du jeune Nahel a ravivé ces tensions. Au printemps de cette année, des mères d'élèves du quartier du Petit Bard ont occupé les établissements scolaires pour dénoncer l'absence de mixité sociale. Elles affirment que les concepts d'égalité des chances et de mixité sociale et ethnique restent peu tangibles dans les écoles de leurs enfants.
Les écoles du Petit Bard se caractérisent par une forte concentration d'élèves issus de l'immigration, notamment maghrébine. Cette situation est perçue par de nombreux parents comme une forme de ségrégation qui ne permet pas à leurs enfants de s'épanouir pleinement et de se sentir pleinement français. Comme l'a souligné le sociologue Choukri Ben Ayed, ces mobilisations rappellent que l'école française est censée être un lieu qui n'est pas le calque de ce que l'on vit dans son environnement immédiat. L'idée est d'appartenir à un collectif, de ne pas être tenu à la marge.
La Mobilisation des Parents d'Élèves
Le Collectif des parents d’élèves Petit-Bard Pergola, composé de mères âgées de trente à quarante ans, nées et/ou ayant grandi dans le quartier, s'est constitué pour lutter contre cette situation. Elles ont commencé leur mobilisation suite à une missive de décembre 2014 annonçant que les élèves de CM2 des deux écoles élémentaires du Petit Bard seraient tous affectés au collège Las Cazes, considéré comme l'un des plus mal cotés de la ville. Auparavant, une partie des élèves était orientée vers le collège Rabelais, qui offrait une meilleure mixité sociale.
Face à cette décision, les mamans du Petit Bard se sont organisées. Elles ont envoyé des courriers à la Direction académique des services de l’éducation nationale (DASEN), au préfet, aux élus de la municipalité et du Conseil général. Après deux mois sans réponse, elles ont constitué le collectif, multiplié les assemblées générales, les déjeuners citoyens et les manifestations.
Lire aussi: Comment justifier une absence en maternelle : Le guide
Elles ont également dressé un cahier revendicatif, demandant notamment « l’éradication des ghettos scolaires » et « la remise en question de la carte scolaire de la maternelle au lycée », ainsi que des remplacements d’enseignants absents, des créations de classe, des interventions RASED et des concertations autour des TAP.
Des Actions Coup de Poing et des Résultats Mitigés
Le 4 mai, les mères du collectif ont décidé de passer à l'action en « cadenassant » les écoles. Cette action a permis d'attirer l'attention des médias et des autorités. Le 20 mai, la DASEN a organisé une table ronde avec des représentants institutionnels.
Après trois mois et demi de lutte, les mères du collectif ont obtenu quelques victoires : la création d’une toute petite section à la maternelle Michelet, un directeur pour l’école Delteil, quelques travaux réalisés et surtout le gel pour deux ans de la carte permettant d’envoyer une partie des enfants du Petit-Bard à Rabelais. Tous les élèves n’iront pas à Las Cazes - que certains élus socialistes appellent « le collège des Marocains ».
Cependant, la pilule reste amère. Les mères du collectif estiment que leurs enfants sont toujours privés de mixité sociale et que le niveau scolaire au collège Las Cazes n'est pas le même que dans les autres établissements. Elles craignent que leurs enfants soient orientés vers des filières professionnelles moins valorisantes.
Les Défis du Collège Las Cazes
Le collège Las Cazes est souvent pointé du doigt comme un « collège ghetto » en raison de sa forte concentration d'élèves issus de milieux défavorisés et d'origine maghrébine. Cette image négative est renforcée par le fait que de nombreuses familles préfèrent scolariser leurs enfants dans d'autres établissements, en utilisant des stratégies de contournement de la carte scolaire.
Lire aussi: École maternelle privée : est-ce le bon choix ?
La principale du collège, Anne Mayard, reconnaît que l'établissement a connu des épisodes de violences dans le passé, mais elle souligne que des efforts importants ont été réalisés pour améliorer le climat scolaire et les résultats des élèves. Le taux de réussite au brevet a augmenté et l'offre d'enseignements est riche et diversifiée.
Malgré ces progrès, le collège Las Cazes peine à attirer les familles les plus favorisées et à se défaire de son image négative.
La Complexité de la Mixité Sociale à l'École
La question de la mixité sociale à l'école est complexe et multidimensionnelle. Elle ne se limite pas à la répartition des élèves en fonction de leur origine sociale ou ethnique. Elle implique également des enjeux de qualité de l'enseignement, de climat scolaire, de valorisation de la diversité et de lutte contre les discriminations.
Comme l'a souligné Jean-Pierre Veran, ancien inspecteur d'académie, « théoriquement, la carte scolaire est là pour assurer la diversité sociale et donc le fait qu’il n’y ait pas d’établissement ghetto. Ça c’est la théorie de la carte scolaire. Et puis il y a la réalité. La réalité de Las Cazes, qui est le collège d’affectation des élèves du Petit Brad, c’est la réalité d’un collègue qui est effectivement aujourd’hui un collège ghetto. »
Pour favoriser une meilleure mixité sociale à l'école, il est nécessaire d'agir à plusieurs niveaux :
Lire aussi: L'École Maternelle Pasteur : un patrimoine fontenaisien
- Revoir la carte scolaire : Expérimenter de nouvelles formes de sectorisation qui permettent aux parents d'avoir plusieurs choix d'établissement et d'éviter les « ghettos ».
- Lutter contre l'évitement scolaire : Mettre en place des mesures pour inciter les familles les plus favorisées à scolariser leurs enfants dans les établissements les plus défavorisés.
- Améliorer la qualité de l'enseignement : Renforcer les moyens et les ressources des établissements les plus défavorisés, en particulier en matière d'encadrement pédagogique et de soutien aux élèves en difficulté.
- Valoriser la diversité : Mettre en place des actions éducatives pour sensibiliser les élèves à la diversité culturelle et lutter contre les stéréotypes et les préjugés.
- Lutter contre les discriminations : Former les personnels éducatifs à la lutte contre les discriminations et mettre en place des dispositifs de signalement et de traitement des situations de discrimination.
tags: #ecole #maternelle #petit #bard #montpellier #avis
