Introduction

Le suicide maternel est un sujet tabou, souvent tu, malgré sa dure réalité. Bien que la société progresse dans la discussion sur la santé mentale, une hésitation persiste face au suicide et aux idées suicidaires. Cependant, briser le silence est essentiel pour avancer et apporter un soutien adéquat aux mères en difficulté. Le suicide est l'une des principales causes de décès pendant la grossesse et l'année suivant l'accouchement. Bien que rare, ce phénomène est alarmant et nécessite une attention particulière. Cet article vise à explorer les causes du suicide post-partum, les facteurs de risque, les stratégies de prévention et l'importance de la parole pour briser le tabou et offrir un soutien aux mères en souffrance.

L'ampleur du problème

En France, sur la période 2013-2015, les suicides représentaient la première cause connue de décès maternels en période périnatale (13,4% de l'ensemble des décès), soit 1,4 femmes pour 100 000 naissances vivantes (IC95%: [1,0-2,0]). Une étude conjointe de Santé publique France et de l’Inserm, sur les morts maternelles en France de 2016 à 2018, a révélé que le suicide était devenu la première cause de mortalité chez les jeunes mères, devant les maladies cardiovasculaires. Les auteurs précisent que le pic survient vers quatre à cinq mois après l’accouchement. « Territorialement, les Départements et région d’outre-mer (DROM) se distinguent par un niveau de mortalité équivalent à 2 fois celui de l’Hexagone.

La majorité des suicides (77%) s'étaient produits après le 42e jour postpartum et en médiane vers le 4e mois post-partum.

Causes et Facteurs de Risque

Plusieurs facteurs peuvent contribuer au suicide post-partum :

  • Changements hormonaux: La grossesse entraîne une poussée d'hormones, qui changent à nouveau pendant la période post-partum. Ces fluctuations hormonales peuvent affecter l'humeur et la santé mentale.
  • Antécédents de problèmes de santé mentale: Les femmes ayant déjà connu des problèmes de santé mentale sont plus à risque de développer des maladies mentales périnatales et post-partum. La présence d'un antécédent psychiatrique multiplie par 4,38 le risque de survenue des idées suicidaires.
  • Facteurs liés à la maternité: Avoir un bébé avant terme, ne pas pouvoir allaiter, retourner au travail après l'accouchement sont autant de facteurs de risque. Devenir maman est un changement majeur dans la vie, tant sur le plan hormonal que physique et mental.
  • Isolement: La grossesse et la première année de maternité peuvent être des périodes d'isolement. Le manque de soutien social et familial peut aggraver les difficultés émotionnelles.
  • Pression sociale: Les nouvelles mères sont souvent soumises à des pressions sociales, notamment via les médias sociaux, qui peuvent les culpabiliser et les décourager.
  • Privation de sommeil: La privation de sommeil, une expérience très courante pour les nouveaux parents, peut également contribuer aux idées suicidaires.
  • Précarité et événements de vie douloureux: Les femmes en situation de précarité ou ayant vécu des événements de vie douloureux sont plus vulnérables.
  • Complications pendant la grossesse ou l'accouchement: Les complications pendant la grossesse ou l'accouchement peuvent également augmenter le risque de suicide post-partum.

Les Différents Types de Dépression Post-Partum

Au XIXème siècle, les médecins détectaient chez les jeunes accouchées ce qu’ils appelaient les « fièvres et folies puerpérales ». Aujourd’hui on évoque la dépression périnatale et la dépression post-partum : qu’est ce exactement ? Le manuel MSD donne la définition suivante : « la dépression du post-partum correspond à des symptômes dépressifs qui durent plus de 2 semaines après l’accouchement et qui perturbent les activités de la vie quotidienne. » Elle est liée à une violente chute d’hormones après l’accouchement, créant une forte baisse de sérotonine dans le cerveau (« l’hormone du bonheur »). La jeune maman peut être confrontée à des crises existentielles, une véritable dépression allant jusqu’aux troubles psychotiques, et même au suicide.

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Prévention et Dépistage

La prévention du suicide post-partum est essentielle. Plusieurs stratégies peuvent être mises en œuvre :

  • Dépistage précoce et répété: Un dépistage précoce et répété des femmes à risque, en particulier celles présentant des troubles psychiatriques connus ou incidents, est crucial. Les médecins effectuent des dépistages de santé mentale, mais les nouvelles mamans ne se sentent pas toujours en sécurité pour admettre leurs pensées et leurs sentiments les plus sombres.
  • Prise en charge graduée: Une prise en charge graduée, adaptée aux besoins de chaque femme, est nécessaire.
  • Amélioration des soins: L’analyse du parcours des femmes décédées montre qu’une amélioration est possible, car plus de la moitié des décès maternels sont considérés comme probablement ou possiblement évitables et dans deux tiers des cas, les soins dispensés n’ont pas été optimaux. Les facteurs d’évitabilité identifiés mettent l’accent sur l’importance de la prévention, du dépistage, et de la prise en charge coordonnée et multidisciplinaire depuis la période préconceptionnelle jusqu’aux mois après l’accouchement, dans toutes les sphères de la santé de la femme.
  • Établir ou rétablir une couverture sociale: Les dispositifs qui permettent d’établir ou rétablir une couverture sociale au cours de la grossesse sont déployés dès le premier contact avec le système de soins.
  • Coordination des soins: L’échange d’informations et la coordination des soins entre l’équipe de maternité et les autres acteurs de soins est un facteur majeur d’évitabilité du décès chez les femmes atteintes d’une pathologie somatique ou psychiatrique préexistante ou découverte en cours de grossesse.
  • Soutien social et familial: Les nouvelles mères ont besoin d'un village autour d'elles. Il est important de leur offrir un soutien chaleureux et compréhensif. Lorsque nous parlons de nos luttes, nous devons être accueillis avec chaleur et compréhension.
  • Programmes gouvernementaux: En France, le projet gouvernemental "1 000 premiers jours" et les entretiens prénatals précoces et post-natals obligatoires vont dans ce sens.
  • Préparation à devenir grand-mère: Il existe pour l’instant un seul pays en Europe qui prévoit une préparation à devenir grand-mère, c’est l’Espagne. Et c’est un enjeu crucial parce que la fille au moment de l’accouchement a besoin de consolation.

L'importance de la parole et de la déstigmatisation

Parler de suicide est alarmant. Cependant, si vous avez une nouvelle maman dans votre propre vie qui se débat, il est important de lui faire savoir que vous êtes disponible pour parler sans jugement. Les mères peuvent exprimer leurs pensées et leurs sentiments, même les plus sombres, et être des mamans incroyables en même temps. En partageant nos luttes personnelles, nous laissons les autres se connecter avec nous.

En partageant nos histoires et en éduquant notre entourage sur le suicide maternel, les nouvelles mamans se sentent moins seules. Lorsque nous normalisons la conversation, non seulement entre la mère et un professionnel, mais aussi entre amis et famille, c'est à ce moment-là que nous voyons le changement.

Lorsque nous parlons de suicide, d'idées suicidaires et de pensées d'automutilation, nous détruisons le rideau qui est levé depuis trop longtemps. Le sujet devient moins tabou et plus normalisé. Plus nous partageons notre propre douleur, plus il devient facile de trouver l'espoir et la guérison.

Comment Aider?

Une partie de la déstigmatisation du sujet du suicide maternel vient des amis et de la famille de la mère. Il est important de faire savoir à la nouvelle maman que vous êtes disponible pour parler sans jugement. C'est facile de jouer comme si tout allait bien, même quand nous luttons si fort.

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  • Ecoute active : Soyez présent et écoutez attentivement ce que la mère a à dire, sans l'interrompre ni la juger.
  • Validation des sentiments : Reconnaissez et validez ses sentiments, même s'ils vous semblent irrationnels. Dites-lui que vous comprenez qu'elle traverse une période difficile et que ses sentiments sont légitimes.
  • Offrir de l'aide concrète : Proposez de l'aider avec les tâches quotidiennes, comme faire les courses, préparer les repas ou s'occuper du bébé, afin qu'elle puisse se reposer et prendre soin d'elle.
  • Encourager à chercher de l'aide professionnelle : Encouragez-la à consulter un médecin, un psychiatre ou un psychologue. Accompagnez-la si elle le souhaite.
  • Rester présent et disponible : Continuez à lui offrir votre soutien et votre présence, même si elle semble aller mieux. La dépression post-partum peut être une longue et difficile.

Si nous avons des pensées intrusives, nous pouvons croire que quelqu'un peut nous enlever notre bébé si nous les exprimons. Dans une certaine mesure, c'est à nous de nous ouvrir lorsque quelqu'un demande : « Ça va ? De cette façon, les personnes de notre système de soutien peuvent réagir en conséquence et être mieux équipées pour gérer la situation. Comme mentionné précédemment, il est difficile d'avancer si nous ne nous ouvrons pas en premier lieu. Les mères peuvent exprimer leurs pensées et leurs sentiments, même les plus sombres, et être des mamans incroyables en même temps.

Traitements

Comme pour toutes les formes de dépression, il y a évidemment possibilité de consulter un médecin, un psychiatre ou un psychologue ; dans le cas de la dépression post-partum, à cette liste s’ajoutent les gynécologues et parfois les sages-femmes. Si la jeune mère ne trouve pas le temps de consulter et qu’elle est trop fatiguée, elle peut également avoir recours aux associations d’écoute gratuite et d’aide au suicide. Aux États-Unis, un médicament contre la dépression post-partum vient d’être mis sur le marché ; cette nouvelle est vue pour la plupart des médecins comme un réel progrès.

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